• La misère, impensable, est d'abord, dans tous les sens, l'innommable. Pour forcer sa réalité à accéder en nous à l'existence, Hugo emprunte, de façon récurrente, des voies obliques. Ce sont quelques-uns de ces chemins de traverse du discours romanesque que l'on essaie d'analyser ici : la poétique du nombre, abîme du quantitatif désocialisant ; le grotesque « bricolage », étrange médiateur du progrès ; les variations sur le thème du sujet des tréfonds, d'Eponine, héroïne de la République assassinée à Thénardier, irréductible « filousophe » ; les détours actanciels de l'affirmation auctoriale d'une Vérité. Ces paroles atteignent leur but par ricochets ; elles rompent le silence, en attente d'un progrès à venir, coïncidant avec le triomphe de « l'amour fou », le sacrifice du moi en chacun et son oblation.

  • À partir de 1850, Nerval adopte une forme narrative qui renouvelle la tradition du récit excentrique, une forme qu'il fonde sur l'observation du monde contemporain. Aux errements du siècle, le narrateur oppose des ailleurs : le Valois, des pays étrangers, le monde des rêves. Moins nostalgique que critique, cette opposition anime une authentique pensée du progrès. Ce réalisme atypique trouve son achèvement dans « Angélique », « Sylvie », « Octavie », « Aurélia ». En 1854, réunissant certains de ces textes avec d'autres plus anciens et « Les Chimères », Nerval compose un des plus étranges « recueils » de notre littérature : « Les Filles du Feu ».

empty