• Thomas apprécie qu'on le distingue. Quand il fait ses courses, il aime bien que les commerçants prennent des nouvelles de sa cheville foulée, ou lui demandent s'il a eu beau temps pour ses vacances. Aujourd'hui, Thomas déménage, il s'en va habiter Écheville. De nouveau, il va falloir se faire remarquer ; aguicher la boulangère, séduire le poissonnier, faire de l'oeil au boucher. Tout un travail. C'est un endroit étrange que le quartier. Les figures qu'on y croise sont familières mais le destin de chacune demeure souvent inaccessible ; ses limites sont floues, et tout le monde peut y entrer ; pourtant, celui qui s'y installe passera par une période d'adaptation. Au fil des mois, dans une ville imaginaire, le nouveau venu va s'agréger à sa communauté de vie, et acquérir une fluidité grandissante de ses déplacements. Cela suffira-t-il ? La quête de sort prochain est-elle soluble dans le quartier ? Il y a du René Clair dans ce texte réaliste et farfelu. Ma boulangère... retrace, en de brèves séquences, la chronologie d'un apprentissage : celui de l'accord entre un être et ses paysages.

  • Né au Havre en 1931, dans un milieu ouvrier, William Perrin a commis ses premiers vols en se faisant embaucher comme docker à la journée à l'âge de 14 ans. Il est devenu proxénète en fournissant des filles aux militaires américains lors du Débarquement, alors qu'il n'avait pas 15 ans. Il devient très vite l'un des meilleurs spécialistes du chalumeau et écume banques et supermarchés dans toute la France, et bientôt l'Europe.
    Installé à Buenos Aires dans les années 60, « le Grand William », comme on le surnomme, est l'un des acteurs les plus dynamiques de la French Connection. Il livre des kilos d'héroïne marseillaise à New York, avant de purger une dizaine d'années de prison, dans les années 70.
    Revenu dès sa libération à ses premières amours, les casses, il sévit pendant dix ans sans jamais se faire prendre. Il se rabat de nouveau sur les stupéfiants au début des années 80 et fournit le marché new-yorkais en héroïne non plus marseillaise, mais thaïlandaise.En lisant les souvenirs à la première personne de ce globe-trotter du crime organisé, le lecteur voit défiler les premières Cadillac et filer les premières DS; il entend siffler les balles de la guerre des hôtels de passe et celles de la guerre des cercles de jeux. Il voit des hommes en costume-cravate casser des banques et fait connaissance avec Moineau, l'ami d'enfance, Bouboule, l'homme à femmes, Jeannot le triste, qui parlait peu, Dédé, Mimi et quelques autres, le tout raconté sans fioritures et dans un langage haut en couleur qui devrait séduire les amoureux des dialogues de Michel Audiard.
    Frédéric Ploquin, spécialiste des affaires de police et de justice à Marianne, est notamment l'auteur de la série Parrains & Caïds (4 tomes) dont Génération Kalachnikov (Fayard, 2014). 

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