• On ne connaît pas Natalie Bauer-Lechner. Et pour cause : le nom de cette talentueuse altiste a été effacé par l'entourage de Mahler. Pourtant, c'est bien elle qui la première a cru en Gustav Mahler, lorsqu'en 1876, elle rencontre le musicien, âgé de seize ans, au Conservatoire de Vienne. Jusqu'à son mariage avec Alma, elle fut sa confidente, la première lectrice de ses compositions, sa compagne de randonnées, la baigneuse du lac au petit matin... Son âme soeur. Elle a rédigé des Souvenirs, nés de ses conversations avec lui. Avant-gardiste, membre d'un quatuor de femmes réputé, elle se méfie des codes étouffants de Vienne. La capitale autrichienne vit son âge d'or : ivre d'art et de musique, elle acclame le chef d'orchestre mais malmène le compositeur.
    Évelyne Bloch-Dano nous emmène à la rencontre de trois personnages, un génie, une artiste et une ville, dans une époque euphorique et impitoyable que la Première Guerre mondiale balaya.
    Le récit d'une intimité hors normes qui a le souffle d'un roman.

  • Qui n'a jamais entendu parler du questionnaire de Proust ?
    Les réponses de l'écrivain ont traversé le temps et fait le tour  du monde. On a oublié qu'elles provenaient d'un album  intitulé Confessions, appartenant à Antoinette Faure, la fille  du futur président de la République.
    En participant à ce jeu de société à la mode, Marcel Proust  ne se doutait pas qu'il livrerait des indices sur l'adolescent  qu'il était. Ses réponses ont été commentées. Mais jamais  contextualisées ou comparées. Jamais datées avec exactitude.
    De Gilberte aux Champs-Élysées à la petite bande d'Albertine  et des jeunes filles en fleurs, quelles traces ont-elles laissées  dans son oeuvre ?
    Évelyne Bloch-Dano a mené l'enquête. Elle est parvenue  à identifier les autres amis de l'album d'Antoinette. C'est  alors tout un monde qui a surgi, celui des jeunes filles de la  bourgeoisie de la Belle Époque. Quelques garçons aussi. À
    travers leurs goûts, leurs rêves, s'est dégagé le portrait d'une  génération. Celle de Marcel Proust.

  • Tout parle dans une maison d'écrivain pour peu qu'on sache entendre, voir, imaginer. Évelyne Bloch-Dano nous invite à découvrir une centaine de lieux en France et à l'étranger : la tour-bibliothèque de Montaigne, le Key West de Hemingway, la maison d'enfance de Colette et sa glycine, le Guernesey de Hugo et son « look-out », le Nohant romantique de George Sand, le Paris enfui de Sartre et Beauvoir, le Cabourg de Proust et ses jeunes filles en fleurs ou la ferme africaine de Karen Blixen. Et tant d'autres, résidences permanentes ou séjours éphémères...
    Mettre en relation une maison et l'univers littéraire d'un écrivain, les relier à sa vie, tel est le magnifique projet de cet ouvrage érudit, éclairé mais aussi distrayant. Ces pages sont autant une invitation à la lecture qu'au voyage. C'est un peu de cette liberté, entre vagabondage et ancrage, qu'elles nous offrent.

  • A la question : « Quel serait votre plus grand malheur ? », Marcel Proust avait répondu : « Etre séparé de maman. »... Jeanne Weil, née en 1849 à Paris, appartient à cette bourgeoisie juive éclairée dont les ancêtres sont venus d'Alsace et d'Allemagne au XVIIIème siècle. Son mariage avec Adrien Proust, fils d'épicier catholique beauceron, sans fortune mais promis à une brillante carrière médicale, témoigne avant tout de son désir d'intégration : si elle-même ne se convertit pas, ses enfants deviendront les descendants catholiques d'une famille terrienne d'Illiers. Du côté Proust, on voit bien le parti avantageux que représente la jeune femme, éduquée et fortunée... mais on approuve du bout des lèvres. Marcel sera donc baptisé, comme près de deux ans plus tard, son frère Robert. Autant le premier est, dès sa naissance, fragile et nerveux, autant le cadet est robuste et indépendant. Entre ses trois hommes, Jeanne Proust s'efforcera toute sa vie à l'égalité. Pourtant, elle a beau faire, il y a en elle un fond d'inquiétude permanent pour l'aîné, que Marcel, lui-même toujours inquiet quant à l'amour qu'elle lui porte, ne cessera d'attiser, comme si ses crises d'asthmes n'y suffisaient pas... Jusqu'à la mort de Jeanne en 1905 (il a alors a 34 ans !), il est ainsi anxieusement couvé, comme un éternel petit garçon, par celle qu'en légitime retour, il appellera toute sa vie « maman » : « J'avais toujours quatre ans pour elle », écrira-t-il. Tous deux se quitteront peu, vivant sous le même toit, partant ensemble en cure quand la santé de l'un ou l'autre l'exige, et entretenant une correspondance suivie des plus détaillées les rares fois où ils s'éloignent... Madame Proust raconte aussi le rôle essentiel de Jeanne dans la formation de l'écrivain : celle qui, des heures durant, lui faisait la lecture lorsqu'il était enfant - le père ne lit pas -, est devenue sa première lectrice, mais aussi sa collaboratrice. A sa demande, elle traduit mot à mot des centaines de pages de Ruskin qu'il remet ensuite en forme, elle l'encourage sans cesse au travail, et lutte pour faire acquérir au jeune homme souffrant, dissipé et mondain, la discipline nécessaire à tout grand créateur...

  • Décembre 1849. George Sand, auteur prolifique de romans à succès, admirée par Balzac et Dostoïevski, scandaleuse menant une vie de bohème sous un pseudonyme masculin, muse du romantisme, femme engagée, est en France une célébrité au faîte de sa gloire. Pour Noël, cette année-là, son fils Maurice invite à Nohant un jeune homme de ses amis, un graveur inconnu : Alexandre Manceau. George Sand a quarante-cinq ans, Alexandre trente-deux. Ils ne se quitteront plus. On connaît la liaison tumultueuse de Sand avec Musset, son amour de neuf ans avec Chopin. Mais qui se souvient des années qu´elle a passées aux côtés du tendre Manceau, son dernier compagnon ? De la maison de Nohant à l´agitation parisienne, de la brouille avec sa fille Solange au mariage de son cher fils Maurice, de l´amitié avec les plus grands artistes de son temps à la mort de sa petite-fille Nini, du coup d´Etat de Napoléon III aux combats de George pour l´amnistie des prisonniers politiques, des spectacles joués dans l´intimité aux pièces créées à l´Odéon, ce sont ici des jours et des nuits de travail, de bonheur, de tristesse aussi. Dans cette biographie foisonnante, Evelyne Bloch-Dano fait revivre avec éclat quinze ans de la vie passionnée de George Sand.

  • Jardins de papier ou rêves de jardins ? Déjà exploratrice des légumes oubliés, Évelyne Bloch-Dano passe ici du potager au jardin dans la vie ou l´oeuvre de grands prosateurs. Après une promenade historique du paradis de la Bible aux parcs à l´anglaise, elle montre comment, dans les romans, le jardin est le reflet de l´âme, le travail qui rend meilleur, le repos mérité, la nostalgie de l´enfance, le rêve d´un monde idéal. De Rousseau à Proust, de Duras à Sand, de Colette à Modiano, il apparaît à la fois comme une représentation du réel et un miroir de l´imaginaire. Il y a aussi une part d´autobiographie joyeuse dans ce vagabondage cultivé : tout lecteur saura parcourir, déchiffrer, aimer, ce tableau naturel.

  • Porte de Champerret

    Evelyne Bloch-Dano

    • Grasset
    • 30 Janvier 2013

    La mère de la narratrice, qui fut dans le Berlin de l'immédiat après-guerre une femme engagée, est atteinte de la maladie d'Alzheimer. Elle oublie le passé proche, mais les images de la petite enfance lui reviennent. En parallèle, sa fille Evelyne décide enfin de vider l'appartement où sa mère n'habitera plus. Le départ de cet immeuble de la porte de Champerret, ce lieu des lisières, provoque en elle une montée se souvenirs.
    Que filtrer dans ce sablier magique où passent les grains du temps ? Que retenir des propos d'une mère à la mémoire éteinte ? Peut-on s'expulser soi-même du passé, comme on est délogé d'un appartement ?
    Dans la lignée de La Biographe, Evelyne Bloch-Dano révèle ce que cachent la famille et le foyer, la maternité et la filiation, mais aussi le deuil, attendu, des bonheurs enfuis.

  • Etrange destin que celui de Flora Tristan (1803-1844) : celle qui restera dans l'histoire comme la Femme-Messie des Saint-Simoniens, la compagne de lutte des ouvriers, socialiste avant l'heure, est née de l'union d'un aristocrate péruvien et d'une bourgeoise parisienne. Celle qui, avant de mourir d'épuisement à 41 ans, parcourant les routes de France pour y prêcher la cause des travailleurs, fut aussi une beauté voluptueuse, arrachant ce jugement à un contemporain : « C'est la Circé antique, moins la baguette ». Violente, indépendante, capable de tous les excès et de toutes les contradictions, en ce siècle des messies d'un jour que fut le XIXº siècle, Flora Tristan se construit à travers ses métamorphoses: Elle fut tour à tour aventurière au Pérou, où une partie de sa famille vivait dans l'opulence, mère de famille en rupture, échappant de peu à un coup de pistolet du mari furieux, femme de lettres dansant dans les bals à la mode, amie de Marie Dorval, s'attirant la jalousie d'une George Sand, puis sous l'influence des utopies fouriéristes, prophète de l'Union ouvrière, à sa manière presque mystique, indomptable, suicidaire. Alors, où est la vérité du personnage ? « Paria-Archiduchesse » selon le mot de l'époque, ou « Bas-bleu » socialiste s'écriant « Que c'est beau d'être bon », d'après son petit-fils qui n'est autre que... Paul Gauguin ! Du Pérou libéré par Simon Bolivar au Paris du petit peuple, de Londres où Flora Tristan se déguisa en homme pour pénétrer la Chambre des Lords à la France bourgeoise de Guizot, des archives du Romantisme aux cercles enfumés des utopies messianistes, des faux prophètes aux vrais ouvriers, Evelyne Bloch-Dano enquête. Flora Tristan, auréolée depuis d'une gloire féministe, n'est ici ni sainte ni martyre. Juste une femme complexe, étonnante de modernité, qui décide d'aimer comme elle le veut.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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