• Non les pauvres ne votent pas à droite : écoeurés, la plupart ne votent plus. L'analyse sérieuse des résultats du vote américain le prouve. Le vote populiste n'est pas la revenche du peuple. Éric Fassin dénonce la confusion qui s'installe à gauche autour de "la victoire du peuple contre les élites" et montre comment la réponse de la gauche au grand ressentiment ne doit pas être l'illusion populiste mais la reconquête du "parti des abstentionnistes".

  • « La gauche peut mourir », ne cesse de répéter Manuel Valls. Certes. Le diagnostic de cet essai n'a pas changé depuis sa parution en 2014 ; mais le pronostic semble plus sombre encore à l'approche des élections présidentielles.  Éric Fassin ne se contente pas de dénoncer la stratégie de droitisation de la gauche. Il développe des propositions pour en renouveler le langage politique. Il met les sciences sociales au service de l'analyse de l'actualité politique avec un objectif : comprendre ce qui arrive pour moins subir.

  • La France est une démocratie. Or, la politique menée à l´égard des « autres », immigrés ou Roms, mais aussi musulmans, s´autorise de l´identité nationale. Donc, elle est nécessairement démocratique. Tel est le syllogisme à la Ionesco dont l´absurdité permet à notre société de s´accommoder, tant bien que mal, d´une démocratie de plus en plus précaire.

    En France aujourd´hui, être raisonnable, c´est tolérer la déraison du régime, travestie en raison d´État. Mieux encore : c´est au nom de la liberté des femmes et de l´égalité entre les sexes qu´on nous invite à faire barrage aux ennemis supposés de notre « démocratie sexuelle »- ces « autres » assignés à leur origine, leur apparence ou leur religion.

    /> C´est ainsi qu´il faut comprendre le nouveau « syndrome de Vichy » : si cette mémoire hante le régime et ses exécutants, la comparaison avec le passé sert uniquement à proclamer qu´il serait incomparable avec notre présent. S´il est interdit de crier au fascisme, c´est que nous vivons en démocratie ! Il faut raison garder, nous dit-on. En réalité, il en va de notre confort : sinon, il faudrait nous demander comment nous pouvons accepter l´inacceptable...

    Le livre aborde les années Sarkozy selon une double temporalité, en temps réel et rétrospective, qui en organise les deux parties. D´une part, le livre recueille des chroniques publiées au fil de l´actualité, en particulier depuis 2006, pour suivre les glissements progressifs de la démocratie. D´autre part, un essai introductif en propose une relecture, en guise d´autopsie d´un régime.

    Rendre raison de la déraison du régime qui nous transforme en tant que sujets politiques : telle est donc l´ambition de cet ouvrage. Mais comment appréhender, à partir des sciences sociales, l´actualité politique ? La démarche revendiquée par ce livre peut paraître inhabituelle : le sociologue est ici pris dans l´actualité qu´il analyse, et n´hésite pas à mettre en scène, dès l´ouverture, comment il est pris à partie pour avoir pris parti. C´est qu´il n´est pas possible de parler de politique en affectant la neutralité ; comprendre l´actualité, c´est s´y engager.

  • Le sexe est-il politique ? Non, répondait-on naguère en France : il relève des moeurs. Le sexe n'est-il donc pas politique ? Si, dit-on au contraire dans les années 2000. La liberté et l'égalité sexuelles seraient les emblèmes de la démocratie. Tel est le renversement qu'analyse cet ouvrage, qui parle des États-Unis, de la France - et de la comparaison transatlantique. Genre et sexualité travaillent nos sociétés, et en même temps sont au travail dans les sciences sociales.

  • L'argument est le suivant : ce qui se passe autour des Roms n'est pas l'éternel retour d'une haine du nomade, ce n'est pas identique à ce qui se passe autour des immigrés extra-européens, ce n'est pas non plus la simple répétition de ce qu'on a connu sous Sarkozy. Il s'agit ici de race - et non pas simplement de racisme. En effet, parce que les Roms sont (quasi) européens, ils ne peuvent (plus) faire l'objet de discriminations légales. Pour autant, il n'est pas question de les intégrer. En pratique, se met en place aujourd'hui ce qu'on peut appeler « auto-expulsion » : on rend la vie impossible aux Roms pour les dissuader de rester ou de venir. Pour justifier la discrimination, il faut supposer, a priori ou a posteriori, une différence radicale - qui seule autorise ce traitement inhumain. C'est en cela qu'il faut bien parler de race. Reste une question : si le racisme n'est pas la cause, mais l'effet de la politique (autrement dit, si l'on inverse la logique du populisme), pourquoi nos politiques, en particulier de gauche aujourd'hui, réinventent-ils la race - alors même qu'ils se veulent antiracistes ?

  • Aujourd'hui, la question raciale vient apporter un démenti aux discours qui se réclament de l'universalisme républicain ; mais elle ne permet pas davantage de représenter la société exclusivement en termes de classes. À l'ombre des émeutes urbaines de l'automne 2005, c'est la représentation d'une France racialisée qui s'est imposée dans le débat public. On n'ignorait pas le racisme, mais on découvre combien les discriminations raciales, dans l'emploi, le logement et à l'école, face à la police et à la justice, structurent des inégalités sociales. En retour, se font jour des identifications ainsi que des tensions dans le langage politique de la race, naguère encore interdit de cité. Faut-il donc parler de races, ou pas ? Comment nommer ces réalités sans stigmatiser les groupes qu'elles désignent ? Doit-on se réjouir que les discriminations raciales soient enfin révélées, ou bien se méfier d'un consensus trompeur qui occulterait des inégalités économiques ? D'ailleurs, en a-t-on vraiment fini avec le déni du racisme ? À ces interrogations, les auteurs de ce livre ne proposent pas une réponse univoque, mais leur réflexion collective donne des outils pour penser l'actualité d'une société héritière de l'histoire de l'esclavage et de la colonisation. Ensemble, ces études composent un éloge de la complexité, autour d'un engagement problématisé : comment articuler, plutôt que d'opposer, question sociale et question raciale ?
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2009.)

  • La gestation difficile du PaCS n´interdit pas de penser au-delà, la réflexion savante n´est pas circonscrite par le débat parlementaire. Politiquement, il s´agit d´ouvrir à l´homosexualité le couple, mais non la famille. Scientifiquement nul n´est obligé de reprendre à son compte un partage qui trouve sa logique dans la négociation politique. Rien n´empêche de revenir sur les évidences qui posent la différence des sexes et l´hétérosexualité au principe du mariage et de la filiation : peut-on au nom de la science, en interdire l´accès aux homosexuels ? Cet ouvrage collectif se réclame d´une logique anti-expertise. Cette démarche suppose un retour critique sur les arguments scientifiques mobilisés dans le débat, mais aussi sur la légitimité d´une argumentation de type savant pour fonder des choix politiques. Le meilleur moyen d'échapper à l'alternative d'une science indifférente et d'une expertise instrumentalisée 'est de croiser des savoirs différentsen vue d'une réflexion commune entre sociologues et anthropologues, psychanalystes et juristes, dans un dialogue avec des philosophes, en se plaçant au-delà de l'atualité politique. Engager un débat scientifique a une signification politique, mais ce choix ne dicte en rein une solution. Le savoir n'a pas plus le pouvoir de prescrire que le pouvoir d'interdire, il invite au débat démocratique, il peut aussi l'éclairer, voire le nourrir, il ne saurait en tenir lieu. La fonction politique du débat intellectuel est en effet d'ouvrir non de clore le débat démocratique.

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