• Dolmancé à Eugénie : "Soyez de même extrêmement libre avec les hommes ; affichez avec eux l'irréligion et l'impudence : loin de vous effrayer des libertés qu'ils prendront, accordez-leur mystérieusement tout ce qui peut les amuser sans vous compromettre ; laissez-vous manier par eux... ; mais, puisque l'honneur chimérique des femmes tient à leurs prémices antérieures, rendez-vous plus difficile sur cela ; une fois mariée, prenez des laquais, point d'amant, ou payez quelques gens sûrs : de ce moment tout est à couvert ; plus d'atteinte à votre réputation, et sans qu'on ait jamais pu vous suspecter, vous avez trouvé l'art de faire tout ce qui vous a plu."

  • "Irrités de ce premier crime, les monstres ne s'en tinrent pas là ; ils l'étendirent ensuite nue à plat ventre sur une grande table, ils allumèrent des cierges, ils placèrent l'image de notre sauveur à sa tête et osèrent consommer sur les reins de cette malheureuse le plus redoutable de nos mystères. Je m'évanouis à ce spectacle horrible, il me fut impossible de le soutenir."

  • "Eh bien ! monsieur, dit-elle à Courval, croyez-vous maintenant qu'il puisse exister au monde une criminelle plus affreuse que la misérable Florville ?... Reconnais-moi, Senneval, reconnais à la fois ta soeur, celle que tu as séduite à Nancy, la meurtrière de ton fils, l'épouse de ton père, et l'infâme créature qui a traîné ta mère à l'échafaud... Oui, messieurs, voilà mes crimes ; sur lequel de vous que je jette les yeux, je n'aperçois qu'un objet d'horreur ; ou je vois mon amant dans mon frère, ou je vois mon époux dans l'auteur de mes jours ; et si c'est sur moi que se portent mes regards, je n'aperçois plus que le monstre exécrable qui poignarda son fils et fit mourir sa mère. Croyez-vous que le ciel puisse avoir assez de tourments pour moi, ou supposez-vous que je puisse survivre un instant aux fléaux qui tourmentent mon coeur ?... Non, il me reste encore un crime à commettre : celui-là les vengera tous."

  • Le talent de Sade conteur ne s'est pas seulement exprimé dans Les Crimes de l'amour, mais aussi dans une cinquantaine de nouvelles, d'historiettes et de fabliaux méticuleusement recensés par un « catalogue raisonné » que le Divin Marquis établit durant son incarcération à la Bastille, de 1786 à 1788. Cette part de son oeuvre dessine un continent méconnu, qui est la face officielle, mais non moins licencieuse, d'un débauché soucieux de son image d'« homme de lettres ».
    Occultés par la réputation scandaleuse de leur auteur et la fascination exercée par sa production clandestine, ces contes dévoilent une autre écriture : variée et nerveuse, entrelaçant gravité et plaisanterie, elle témoigne d'une grande maîtrise de la concision.
    De ces recueils mixtes, que Sade n'eut pas le temps de publier, le présent volume cherche pour la première fois à donner une idée. L'homme de lettres s'y révèle libertin... mais autrement.

  • Ce pamphlet est une charge d'une rare violence contre toutes les formes de despotisme : celles du Père, des Pères, des pères et des Rois. Nous devons nous délivrer du sceptre et de l'encensoir. Les régicides sont des parricides, des transgressions qu'il s'agit de rendre perpétuelles, sous peine d'en neutraliser la puissance subversive. Français, encore et toujours un effort, car la République ne saurait connaître de repos, tout comme l'état immoral de l'homme sadien qui est « un état de mouvement perpétuel qui le rapproche de l'insurrection nécessaire dans laquelle il faut que le républicain tienne toujours le gouvernement dont il est membre ». Insurrection intégrale et perpétuelle, si l'on peut dire, qui concerne aussi bien les idées que les moeurs.

  • Le mariage entre le marquis de Sade et le dessinateur Willem ne pouvait que fonctionner à merveille.
    Que vous ayez déjà lu ou non Français, encore un effort si vous voulez être républicains, n'hésitez plus un seul instant à vous procurer cette édition enrichie d'illustrations originales - dans tous les sens du terme - d'un essai du plus génial des subversifs !

    Les classiques de
    Charlie Hebdo, c'est une collection de classiques de la littérature, que ce soient de la poésie, des romans, des pièces de théâtre, des essais, confiés à des dessinateurs résolument contemporains, et professionnels de l'humour.

    Pour chaque titre un duo improbable est formé : Sade et Willem, Dom Juan et Riss, Boule de Suif et Coco. Et en 2018, Les Fleurs du Mal et Foolz, Candide et Juin, Perrault et Vuillemin, etc.

    Loin des gravures classiques que l'on connaît, les dessinateurs s'emparent du texte, à leur façon.

    Dépoussiérer un classique, et permettre à tous les lecteurs, jeunes et moins jeunes, de lire, relire, découvrir ces monuments de la littérature, tel est le mot d'ordre !

  • La version complète du "Boudoir dans la Philosophie" comprenant le texte de Sade ("La Philosophie dans le Boudoir"), les commentaires - fictifs - de la Section des Piques et la version remaniée par les censeurs.
    "Extrait de l'introduction: En 1795 paraît, «à Londres, aux dépens de la Compagnie», un «ouvrage posthume de l´auteur de Justine». Si l´ouvrage est de la main de l´auteur de Justine, celui-là n´est point mort. Ces «dialogues destinés à l´éducation des demoiselles» mettent en scène deux fieffés coquins: Dolmancé, bougre philosophe; et Mme de Saint-Ange, libertine affirmée. Leur projet: faire d´Eugénie, la fille de quinze ans de la prude Mme de Mistival, une écolière accomplie dans la carrière du libertinage. L´ouvrage mêle scènes pornographiques outrées et discussions sur la religion, la vertu et le crime, la liberté d´assouvir ou non ses passions. Sade déploie sur trois cents pages une philosophie toute personnelle qui ne craint pas de se contredire d´un dialogue à l´autre - des pages sublimes sur la liberté de pensée ou les horreurs de la religion voisinent avec la défense du meurtre comme outil de jouissance.
    On oublie souvent que Sade, ruiné, écrivit ses livres érotiques avant tout pour survivre; qu´il entrelarda les scènes de genre, toujours précises dans leur exposé, de considérations qui lui tenaient à coeur sur la Nature, la société et la grande variabilité des moeurs. "La Philosophie dans le Boudoir", comme "l´Histoire de Juliette", voit le triomphe des libertins, qui expriment volontiers leur mépris du monde tout en revendiquant pour eux-mêmes une liberté de jouir sans frein qui n´est pas, par certains côtés, sans rappeler les mots d´ordre de Mai-68.

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