• TRANS est le préfixe de notre temps. Transhumain, transgenre, transparence : autant de notions à la mode, que l'auteur explore ici à rebours.
     
    Dans L'Homme révolté, bilan des deux totalitarismes du XXe siècle, Albert Camus distinguait entre révolte sociale et révolte métaphysique, entre protestation au nom de la dignité humaine et contestation de l'existence de Dieu et de la Création. La première avait donné les grandes gestes d'émancipation, la seconde conduisit au nihilisme et à la terreur. « L'homme, écrivait ainsi Camus, est la seule créature qui refuse d'être ce qu'elle est. » Si l'homme se définit par le refus d'être ce qu'il est, alors le désir TRANS est le propre de l'homme. Mais ce désir de sortie de l'humain peut entraîner des dérives menaçantes. Les Grecs nommaient cela hybris.
     
    Bruno Chaouat est professeur de littérature à l'université du Minnesota, aux États-Unis.

  • L'homme sans ombre est un moi sans Autre, monade solipsiste. Inquiétante étrangeté de ce moi inaltéré, égal à lui-même, sans différence. Cette vie sans ombre, exposée à la lumière du jour, ce Même sans Autre, ne serait qu'expérience mutilée, umbra vitae, ombre de la vie. L'étrange histoire de Peter Schlemihl, fable morale et métaphysique, plane sur les pages de ce livre comme une allégorie de l'histoire de la pensée française après la guerre froide. Procédant par micrologies, L'Ombre pour la proie suggère, en s'étayant d'un vaste corpus de textes polémiques, philosophiques et littéraires contemporains, que l'homme postmoderne, nouveau Peter Schlemihl, aurait ainsi aliéné son ombre (l'Autre, la Loi, le Symbolique) à la jouissance immédiate et sans entraves qu'offre une société hyper-individualiste et festive. « Je sais que l'ombre n'existe plus dans notre monde, c'est un accessoire démodé de romans gothiques », écrivait le romancier Pierre Jourde. Peut-être l'écrivain survit-il littérairement dans un univers post-littéraire, dernier témoin d'une civilisation crépusculaire

  • Peut-on rassembler, sans reste, le tout de l'expérience vécue, se restaurer, ramasser les miettes de sa vie ? Peut-on inscrire son origine au commencement et sa mort à la fin de son livre, ce qui s'appelle communément faire oeuvre ? Ce sont ces questions sans issue qui auront animé ce travail. Se donne à lire ici un Chateaubriand désoeuvré, dépossédé, privé de la main et de la manuscripture, aliéné à sa propre mort. "Ma main... n'est pas revenue : je meurs par morceaux.", aura-t-il écrit, sur le pas de la mort. Émasculé ou manchot ? Peut-être... Un Chateaubriand en tout cas qui n'en finit pas de finir, et crève d'inachèvement ; un Vicomte, enfin, qui jouit de l'obscène effeuillage de sa propre mort.

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