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  • Les maoccidents

    Jean Birnbaum

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    • 9 Septembre 2009

    Mai 1968 - mai 2008, de la politique à la religion : parmi les maoïstes français, ils sont quelques-uns à avoir emprunté ce chemin. Qu´ils soient croyants ou athées, ils sont passés d´une scène marxiste à une scène spirituelle : de Mao à saint Paul, pour Alain Badiou, Guy Lardreau ou Christian Jambet ; de Mao à Moïse, pour Benny Lévy, Jean-Claude Milner et leurs camarades. Par-delà les divergences, ils se retrouvent désormais sur ce nouveau front. Mais ils ne se sont pas " rangés ". L´argent ne les intéresse guère, le conformisme bourgeois ne leur inspire que mépris. Pour ces hommes de plume, l´essentiel est ailleurs. Ils connaissent la France, le pouvoir qu´exercent les idées ici. Ils savent que la guerre intellectuelle, la seule qui compte, est une bataille de longue durée. Ainsi, les anciens " maos " n´ont pas cessé de croire. Avec le temps, l´objet de leur foi s´est déplacé, voilà tout. Hier, pour chacun, la Cause se situait à Pékin, au coeur de l´Orient rouge.

    Aujourd'hui pour certains, la Cause s´appelle Occident. " L´Ouest ", comme dit André Glucksmann

  • Voici une expérience singulière : à quatorze ans, vouloir changer le monde. À quatorze ans, se mouiller pour ses idées, monter à l´assaut du ciel, endurer l´angoisse du militant. À entendre certains « soixante-huitards » revenus de tout, et qui prétendent avoir été les ultimes représentants de la jeunesse révolutionnaire, cette expérience serait désormais impensable : « Après nous, le désert politique », affirment-ils... À mille lieux de cette nostalgie stérile, Jean Birnbaum a voulu savoir comment l´espérance révolutionnaire se transmet entre les générations. Et si cette « enquête en filiation » est menée au miroir du mouvement trotskiste, c´est que ce courant singulier a maintenu vivante, tout au long du XXe siècle, une tradition minoritaire mais opiniâtre d´émancipation. En France plus qu´ailleurs, les traits spécifiques de cette tradition (l´écoute des aînés, la passion des textes...) en ont fait l´une des plus grandes écoles politiques et intellectuelles. Entre la génération des années 1930, isolée, pourchassée, affrontant à la fois le stalinisme et le fascisme, et celle des années 1960, solidaire des peuples colonisés, la continuité fut tant bien que mal assurée. De cette mémoire fraternelle, entre révolte et mélancolie, que reste-t-il maintenant ? Des jeunesses de jadis et d´hier à celles d´aujourd´hui, inventant, avec l´« altermondialisme », de nouvelles radicalités sans frontières, quelles sont les filiations ?

    À partir d´entretiens approfondis avec des militants, actuels ou anciens, célèbres ou inconnus, Jean Birnbaum restitue avec force des figures et des destins hors du commun, mais repère aussi la trace des déceptions et des déchirures intimes : sur la question juive, par exemple, ou encore sur les dérives sectaires. Au fil de ce parcours critique et au coeur de ces propos, n´en vibre pas moins l´exigence qui anime toute « génération » digne de ce nom : celle d´une justice à venir, par-delà le monde présent.

  • C'est un grand professionnel du petit écran : voici près de dix ans que vedettes et personnalités défilent sur son plateau. Et quel que soit le jugement que l'on porte à son égard, il faut admettre que son émission épouse un certain air du temps. Etudier le discours qui lui est attaché, en exhiber les traits originaux, c'est éclairer les passions et les angoisses de notre société. Il parle des hommes, de leur cinéma, de leur politique. Des femmes aussi, de leur corps surtout. Et puis de magouilles, d'impostures et de mystérieux complots. Sur ce plateau, tout un monde fantasmagorique se trouve convoqué, où rien n'arrive par hasard, où la vérité demeure sans cesse à dévoiler : à une heure de grand écoute, sous les yeux d'un comique envoûté, d'une irrésistible top-model ou d'un philosophe consterné, il fait du bon sens « conspiratif » et du style « paranoïde » de vraies valeurs high-tech. De quoi ces obsessions font-elles symptôme en démocratie ? Et pourquoi une telle cérémonie vient-elle flatter si agréablement les honnêtes gens ? Notre méthode est simple. Elle consiste à prendre l'animateur au mot.

    Plonger dans l'archive télévisuelle, visionner les émissions, semaine après semaine, histoire de repérer thèmes privilégiés et continuités rhétoriques (codes, mots de passe, combinaisons symboliques?), par-delà la sidération de l'instant et les illusions du (faux) direct. D'emblée, le lecteur doit donc en être averti : l'ouvrage qu'il tient entre ses mains ne prétend pas, lui, livrer la « face cachée » du personnage, ni révéler sa « part d'ombre ». Nous n'avons pas enquêté sur ses « réseaux », nous n'avons pas interrogé ses meilleurs ennemis, nous n'avons pas fouillé dans son passé? Aux « coulisses », nous avons préféré l'image telle qu'elle se donne à voir, le discours tel qu'il se déploie. Nul jugement, ici : décrire suffit.

    Car à l'horizon de cette enquête sur la « face visible » du phénomène (la seule qui compte, à la fin), il y a une conviction : non, la vérité de l'époque n'est pas « ailleurs » ; elle explose là, sous nos yeux, en pleine lucarne, « face caméra ».

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