• L'hospitalité n'est pas seulement une valeur traditionnelle. Elle est aussi, dans le contexte municipal, un ensemble de pratiques plus ou moins codifiées, destinées à encadrer l'arrivée et le séjour de l'étranger, réglant ainsi les frontières de l'intégration. Ces pratiques, à la fois politiques, juridiques et sociales, s'adressent elles-mêmes non seulement aux étrangers stricto sensu (l'étranger national), mais à tout groupe, famille ou individu considéré comme « autre » en vertu de sa provenance, sa mobilité, sa culture ou sa religion. Où commence cette altérité ? En vertu de quelle légitimité est-elle ainsi définie ? Quel régime lui applique-t-on ? Quelles sont les contradictions et les conséquences de la division entre « ressortissants » et « non ressortissants », consubstantielle à la pensée d'État ? C'est en convoquant des approches disciplinaires diversifiées - en particulier historiques, sociologiques et juridiques - que le présent ouvrage entend clarifier ces questions pour percevoir, sous les logiques affichées, les ressorts normatifs de l'accueil des « étrangers » qui incombent aux municipalités, responsables de fait de la cohésion sociale.

  • Si la volonté de ne pas engendrer, attestée depuis l'Antiquité, n'est pas inédite, le choix de ne pas avoir d'enfant a ceci de moderne qu'il est désormais socialement accepté, assumé et même revendiqué comme tel. Loin de se penser comme des femmes et des hommes singuliers ou marginaux, les sans-enfant proactifs considèrent en effet qu'ils sont au centre d'une rationalité proprement contemporaine fondée sur le libre choix et dont ils représenteraient l'avant-garde. Érigé en cause, le choix de ne pas avoir enfant ni descendance n'est pourtant pas univoque, et les aléas de l'inscription généalogique y ont toute leur part. Comme y ont aussi leur part les valeurs libérales dont se réclament des hommes et des femmes à la fois résolus à soulager la planète de son excédent démographique et à s'affranchir de toute obligation intergénérationnelle. Qu'ils soient décidés de tout temps à ne pas avoir d'enfant ou qu'ils se découvrent à l'âge adulte dépourvus d'attirance pour la vie de famille, on se demandera qui sont les sans-enfant volontaires, ce qu'ils ont de commun, quelles sont leurs raisons, ce qu'ils nous disent de la société contemporaine et ce qui fait de ce choix une détermination à ne pas perpétuer l'espèce humaine.

  • Pratique privée autant que sociale, l'hospitalité est souvent évoquée et même requise dans les interrogations sociales actuelles : du droit d'asile à la solidarité familiale en passant par l'accueil des réfugiés et la resocialisation des marginaux et exclus, l'hospitalité est simultanément objet d'admiration et cultivée comme une vertu morale et de défiance, source de conflits. Proche de l'expérience concrète, ce livre envisage l'hospitalité comme une pratique sociale critique de la vie quotidienne, dans laquelle bon gré mal gré, l'être humain se réalise.

  • Affaire de famille et fait de société, l'héritage est une notion complexe. C'est un bien autant qu'un lien dont la valeur est matérielle et dont le sens relève d'un entrelacs de symboles culturels. En analysant la notion d'héritage dans ses dimensions juridiques, socio-économiques et anthropologiques, cet ouvrage souligne la permanence de cette institution qui, comme droit attaché à la naissance, contredit les valeurs égalitaires et méritocratiques des sociétés modernes.

  • On entend régulièrement parler d'un « retour du religieux », mais qu'en est-il en réalité ? Qu'en est-il des formes de vie et des motivations des personnes qui, sans être particulièrement dévotes, demeurent attachées à leur religion et à ses traditions ? Au travers d'une enquête sociologique aussi sensible que minutieuse, Anne Gotman dresse les portraits d'une dizaine d'hommes et de femmes de confession catholique et juive dont les degrés d'adhésion et de fidélité religieuses sont d'intensité variable - plus souvent faible et moyenne que forte - mais dont les opinions religieuses ont une relation directe avec leur conduite quotidienne et leurs priorités intellectuelles effectives ; des personnes ayant décidé à un certain point que la spiritualité en tant que quête valait la peine d'être activement poursuivie, en y consacrant le temps et l'énergie jugés nécessaires. Nous découvrirons dans ce livre non seulement « ce que la religion fait aux gens » mais aussi, et surtout, ce que les gens eux-mêmes en font. Car, à l'âge séculier qui est le nôtre, les personnes religieuses ne croient plus naïvement mais savent désormais que leur croyance est une façon de voir qui se réfléchit sur d'autres façons de voir.

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