• « Il y a un complot dont personne ne parle : c'est celui des cintres. Je suis convaincu qu'ils veulent notre peau. En vérité, le cintre est l'ennemi du genre humain. Ce ne sont pas là paroles en l'air. Encore moins propos de paranoïaque. Si j'accuse le cintre, c'est à la suite de longues années d'observations scientifiques. Et surtout de douloureuses expériences personnelles. Car si le cintre en veut à l'humanité, il m'en veut d'abord à moi, personnellement. Le cintre est mon ennemi intime. Le cintre est intrinsèquement pervers. Le cintre est né pour tuer. Pierre Desproges avait vu juste : dans l'un de ses sketches les plus métaphysiques, il avait démasqué la méchanceté ontologique des cintres. Lui aussi parlait d'expérience. Mais on ne l'a pas écouté. On a laissé sévir les cintres. Et voilà pourquoi ils auront notre peau ».

    Soixante deux petites chroniques de la vie quotidienne, savoureuses, incongrues ou désopilantes. Ces méditations amusées sur l'état du monde ont été publiées initialement dans Marianne. Un régal d'intelligence et d'ironie.

  • " Il est partout, il souffle de partout, il nous attaque de partout, ce putain de vent de nord-est. Un vent mauvais qui nous déprime, qui nous fait nous claquemurer, nous enfermer. Nous voilà transis de froid, rêvant de nous retrouver bien au chaud entre nous, dans un monde qui serait comme avant, un monde rassurant, comme quand on était petits. Nous voilà fantasmant sur ce monde d'avant, ce monde où il ne faisait pas froid, où chacun était à sa place, où tout n'était qu'ordre, rigueur et discipline, autour du poêle de l'école primaire d'antan. Mais on ne va pas se laisser faire. En tout cas, moi, je n'ai pas l'intention de me laisser faire. Je me dis que je vaux mieux que ça. Que ma vie vaut mieux que ça. " Alain Rémond est né en Bretagne dans une famille de onze enfants. Il a raconté sa jeunesse dans des récits devenus de grands succès d'édition (Chaque jour est un adieu, Un jeune homme est passé, Comme une chanson dans la nuit). Il écrit un billet quotidien dans La Croix.

  • Les images

    Alain Rémond

    Jérôme et Sylvie disent adieu au Paris des années soixante. Ils vont diriger, à Bordeaux, une agence de publicité. Ils sont jeunes, ils sont dynamiques, ils ont l'intention de réussir, de former un couple à part. Ils se rêvent provinciaux comme on l'est dans les revues haut de gamme. Portés par la vague de mai 1968, ils deviennent des publicitaires à la mode, mi-gourous mi-sociologues, qui vendent des « nouilles libres » et des « yaourts antiracistes ».
    Mais les choses ne se passeront pas exactement comme prévu. Paris les rappelle, et voici Jérôme et Sylvie embarqués dans le maelström de la télévision nouvelle. C'est l'ère des conseillers en communication, du sponsoring, des clips littéraires, des chaines privées et des reality-shows.
    Du milieu des années soixante à celui des années quatre-vingt-dix, Alain Rémond, avec humour et ironie, nous conte le cheminement d'une génération qui a commencé par échanger l'existence contre les choses, et qui finit par ne plus voir le monde au-delà des images.
    A moins que Jérôme et Sylvie ne se rebiffent. Qui sait ?

  • «Mon lieu préféré, à Rome, c'est un grand parc qui vient tout juste d'être ouvert au public, la villa Pamphili. J'y vais à pied, les fins d'après-midi. C'est l'heure où j'ai rendez-vous avec moi-même, avec mon enfance, avec ma famille. Je pense à mon père, à la mort de mon père, à la guerre entre mes parents, au silence de mon père, à notre silence à nous, les enfants. Je suis heureux et j'ai peur. L'étrange douceur de la villa Pamphili me serre le coeur. Il va bientôt faire nuit. Les promeneurs sont des ombres. De violentes odeurs montent de l'herbe. Je rentre au Collegio tel un fantôme, glissant dans l'air comme à travers l'absence. C'est l'heure de retrouver mes amis américains. Ce soir, Mike va sortir sa guitare et chanter We shall over-come - oui, nous vaincrons nos ennemis.» Après Chaque jour est un adieu, Alain Rémond, avec la même sincérité et la même sensibilité, évoque ses années de formation.

  • « Je veux rire, une fois encore, de nos délires ensemble. Sur les chemises bicolores. Sur Twin Peaks, sur Urgences. Sur les vaches. Sur tant d'histoires qui n'avaient pas forcément de rapport avec la télé parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi). Oui, je pense à vous. Chacun se battant dans sa vie, pour sa vie. Contre la bêtise et le mensonge, contre tout ce qui manipule et avilit. Mais je n'ai pas envie de sortir les grands mots. Ça ne vous ressemble pas, les grands mots. Je vous vois au quotidien. Dans le jardin, au soleil. Dans les manifs. Les bagarres. Les fêtes avec les amis. Pas les grands mots, non. Les balades au bord de la mer. Le chat qui plisse les yeux sous la lampe. Les confidences et les secrets. Un livre qui fait vivre. Une vieille chanson qui se réveille dans la tête. Le plaisir tout bête de rigoler d'un taré à la télé... »

  • « Toutes ces années à faire un métier qu'on aime, dans un journal qu'on aime. Et puis c'est fini. Toutes ces questions qui font revenir l'enfance, le long film de la vie. On débusque des énigmes. On croise des fantômes. On bute sur des secrets. Tout arrive par bouffées, à l'improviste, par effraction. Qu'est-ce qu'une vie ? Qu'est-ce qui fait qu'on peut dire: voilà, c'est ma vie ? Le travail, les rencontres, l'amour, les enfants, les deuils, les échecs, les souffrances... Et ces moments d'incroyable bonheur avec celle qu'on aime, avec les enfants, avec la couleur du ciel et l'odeur de la terre. Ces moments qu'on se jure de ne jamais oublier, comme un viatique pour affronter la vie quand on ne sait plus, quand on a peur. » AR

  • «Après trois récits autobiographiques, après avoir dû répondre, encore et encore, aux mêmes questions sur ma vie, j'ai eu peur de me faire voler l'intime de mon intime. Et j'ai eu envie de me cacher, de me protéger, en écrivant un roman, une fiction. Et puis je me suis aperçu que j'avais fait fausse route. Que ce roman était raté, nul et non avenu. Alors j'ai voulu comprendre ce qui m'était arrivé. S'il n'y avait pas quelque chose de plus obscur derrière ce désir. Et j'ai tiré le fil de multiples questions. Qui ramènent toutes, en définitive, à celle-ci : que veut dire raconter sa vie ?

    J'ai essayé de remonter jusqu'à la source. Jusqu'à cet enfant habillé de blanc sur une photo oubliée.»

  • ' Je sursaute à cette seule idée : d'autres gens y habitent, dans notre maison. Et ça reste complètement insupportable. Combien de temps a-t-elle été à nous ? J'avais six ans quand on s'y est installés. J'en avais vingt-cinq à la mort de ma mère, quand e

  • Aprs le rcit de son enfance et sa jeunesse, Alain Rmond voque cette fois ses engagements de toujours, les ides qui le portent, confrontes l'preuve du rel et du temps qui passe.Mai 68 et Vatican II, la contestation dans les universits amricaines, la lutte pour les droits civiques, Martin Luther King... C'est ce jeune homme qui a chant "We Shall Overcome" que nous verrons, au fil des pages, chercher s'accomplir sans se trahir, quitter la religion pour embrasser la politique, puis dcouvrir que ses combats exigent dsormais un nouvel outil. Le journalisme devient sa discipline quotidienne, l'autre nom de son engagement citoyen. Et la condition de son bonheur.Un rcit la fois intime et passionn, dans la veine de Chaque jour est un adieu, qui nous donne en partage des moments rares. Alain Rmond au meilleur de lui-mme.

  • « Écrire sur mes parents, écrire sur ma soeur Agnès, c'est ma litanie des saints à moi, c'est ressusciter des visages, des paroles, des secrets, c'est ressusciter des vies disparues. Comme j'aurais voulu ressusciter les vies disparues sous le hangar, près de la ferme abandonnée, alors que tombait cette pluie de fin du monde, quand j'ai ramassé les papiers de famille de ces inconnus, toute leur vie dispersée, jetée aux quatre vents, livrée aux passants. » A. R.

    Dans ce récit à la fois simple et prenant, porté par une langue musicale, Alain Rémond poursuit la quête qui a fait le succès de ses récits autobiographiques, depuis Chaque jour est un adieu.

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