• Les femmes, les migrants. Deux acteurs fondamentaux de la société de communication dans laquelle nous entrons sans toujours bien comprendre ce qui nous arrive. Finie la bonne vieille lutte des classes, finis les conflits hérités de la société industrielle, place au Sujet évoluant dans la société globalisée, capable de création et de transformation de son environnement, place à la revendication universelle des droits.

    Les femmes, en nous libérant du règne de la raison masculine, tiennent une place éminente dans ce passage. Mais les migrants aussi, puisque seule la reconnaissance de leurs droits nous libérera de l'héritage colonial.

    Bien sûr, cette dynamique d'entrée dans le monde nouveau n'opère pas sans secousses, et le risque est grand de voir la démocratie débordée par les crispations sexistes, la haine de l'autre et le sentiment d'exclusion dont se nourrissent les populismes. À nous de contrer ces vents mauvais en consacrant toutes nos forces à l'éducation et à la recherche, à la réduction des inégalités, à la démocratisation du travail, à la décentralisation de l'administration , en ne cédant jamais sur l'affirmation de la dignité de chaque être humain, d'où qu'il vienne et où qu'il aille. Bref, en nous engageant sans réserve sur la voie de la subjectivation, qui est tout à la fois la condition et le propre de la société de communication.

  • Nous sommes, depuis la crise financière, confrontés à cette évidence : avec la décomposition du capitalisme industriel, toutes les institutions sociales, la famille, l'école, la ville, les systèmes de protection et de contrôle social, l'entreprise, la politique elle-même perdent leur sens. Que se passe-t-il pour que les piliers de nos sociétés démocratiques se dérobent ainsi quand la globalisation du monde appellerait leur renforcement ?Loin de céder à la peur du chaos qui accompagne et accélère le déclin, cet ouvrage s'efforce d'unir le récit d'une fin et l'annonce d'un commencement : celui d'un autre type de vie collective et individuelle fondé sur la défense des droits humains universels contre toutes les logiques d'intérêt et de pouvoir. À travers leurs revendications éthiques, les militants du Printemps arabe ou d'Occupy Wall Street, les indignados de la Puerta del Sol, les nouveaux dissidents chinois, les étudiants chiliens ou, plus généralement, le mouvement des femmes et des minorités sexuelles comme l'écologie politique fraient les voies de l'ère post-sociale et post-historique dans laquelle nous entrons.À charge pour nous d'apprendre à quelles conditions le sujet de droits que chacun peut invoquer est susceptible de se faire l'acteur d'expériences entièrement nouvelles, où le capitalisme financier, devenu sauvage aujourd'hui, pourrait être à nouveau contrôlé.Sociologue de renommée internationale, Alain Touraine a publié en un demi-siècle de carrière une quarantaine de livres. La Fin des sociétés marque le couronnement théorique de son oeuvre.

  • Contre un économisme brutal qui menace d'en finir avec les sciences sociales, c'est de l'idée de modernité qu'Alain Touraine nous invite à repartir pour penser notre époque. Il s'agit d'abord de reconstruire une conception de l'action sociale fondée sur l'être historique de l'homme issu de la modernité, l'homme capable, par l'expérience et l'exercice de la volonté, de transformer son environnement social et la condition humaine elle-même.
    Il s'agit ensuite de concentrer l'attention sur la société nouvelle qui prend, sous nos yeux, la place de la vieille société industrielle. Or, là où certains n'aperçoivent qu'une chute de notre vieux monde dans la postmodernité, Alain Touraine met au contraire en évidence son entrée dans l'hypermodernité, avancée qui recèle, certes, de terribles périls attachés aux nouvelles formes de domination, mais qui est porteuse aussi de nouveaux mouvements sociaux affirmant plus directement que par le passé les droits des Sujets humains.
    Il donne, ce faisant, la mesure de l'importance des mouvements de libération des femmes et désigne la question de l'accueil ou du rejet des populations issues de cultures différentes comme l'enjeu principal des politiques nationales.
    ¿Fondamentalement, et à rebours du fatalisme économique de ceux qui gouvernent la planète, Alain Touraine entreprend d'associer réélaboration des objets centraux de l'analyse sociologique et connaissance du monde pour redonner vie aux mouvements de libération.

  • "Comment la crise économique que nous traversons agit-elle sur les tendances à long terme qui transforment nos sociétés ? Comment entrevoir ce qui nous attend lorsque nous en sortirons ? Telles sont les deux questions autour desquelles se noue l'essai le

  • Après avoir analysé, dans La Fin des sociétés (2013), le déclin des sociétés industrielles et le délitement de leurs piliers, Alain Touraine élabore dans cet ouvrage une nouvelle pensée sociale capable d'appréhender le monde qui leur succède. Les promesses de la globalisation et du développement des technologies de l'information sont aussi vastes que sont grands les obstacles à leur réalisation. Alors que nous prenons de plus en plus conscience du droit inaliénable au respect de la dignité humaine, nous nous heurtons dans nos pays à la puissance d'un capitalisme financier déconnecté de l'économie productive et, ailleurs dans le monde, à des régimes tyranniques ou totalitaires qui menacent de dominer la sphère de la subjectivité autant que celle des ressources matérielles. Si notre capacité de nous transformer nous-mêmes et d'agir sur notre environnement n'a jamais été aussi forte, le potentiel de destruction de l'humanité apparaît simultanément inégalé. Face à ces enjeux décisifs auxquels l'indignation ne peut à elle seule répondre, Alain Touraine en appelle à la mobilisation de nouveaux acteurs susceptibles de remplacer les mouvements sociaux dont les conflits structuraient les sociétés industrielles. À la fois éthiques et démocratiques, ils doivent se faire les défenseurs des droits fondamentaux du sujet humain pour combattre des formes de pouvoir dont l'emprise se révèle de plus en plus totale.Sociologue de renommée internationale, Alain Touraine a publié en un demi-siècle de carrière une quarantaine de livres.

  • La globalisation est la plus importante transformation survenue dans le monde depuis la chute du communisme. Et, dans ce contexte nouveau, nous sentons bien que le vieux clivage gauche/droite n'opère plus. Non pas qu'il n'y aurait plus de gauche ni de droite, mais parce que la vie dans chaque pays est aujourd'hui commandée par l'état général du monde et que, du coup, la contradiction principale oppose désormais ceux qui acceptent de se projeter dans le monde globalisé et ceux qui résistent de toutes leurs forces à cette perspective. Mais comment s'y retrouver et assumer son devoir civique quand les repères sont brouillés à ce point ? Pour nous aider à entrer de plain-pied dans le « nouveau siècle politique », Alain Touraine, à la veille d'échéances cruciales en France et dans le monde, revisite, à l'intention des électeurs de demain, les grandes questions sur lesquelles ils devront se prononcer à partir de ce point de vue neuf : la question nationale, la question religieuse (et la laïcité), la lutte anti-terroriste, la question écologique. L'enjeu est d'importance : si nous acceptons de nous confronter à la politique dans la pleine conscience que nous sommes entrés dans un monde nouveau, nous donnerons aux citoyens actifs que nous serons redevenus une chance de se faire entendre en résistant aux forces de la technologie, du profit et de la propagande de masse.

  • Penser autrement

    Alain Touraine

    • Fayard
    • 3 Octobre 2007

    Après avoir étudié, dans ses livres précédents, les grands changements qui ont transformé notre vie personnelle et collective, Alain Touraine choisit ici de se consacrer à la nécessaire transformation de notre manière de penser ces changements. Car l´idée même de société est en crise : la mondialisation sous toutes ses formes, les désirs libérés des interdits ont entraîné l´écroulement de l´édifice social. La définition du bien et du mal dans notre société n´est plus du ressort des institutions ; la conscience de soi l´emporte sur la conscience des règles : le sujet devient créateur de lui-même. À partir d´une critique de ce qu´il nomme le Discours interprétatif dominant, qui a cherché à imposer, tout au long du XXe siècle, l´idée d´une société sans acteurs, soumise à des déterminismes surtout économiques, Alain Touraine invite le lecteur à découvrir que le seul principe permettant d´évaluer les conduites de chacun et les situations sociales est la reconnaissance des droits, politiques, sociaux et culturels, de tous les êtres humains, reconnus comme des êtres libres et égaux. Il appelle à repenser l´individu en tant que sujet, clé de voûte d´une sociologie reconstruite. Là où certains dénoncent l´individualisme, l´auteur vante la subjectivation, qui passe par la défense des droits de chacun contre tous les modes d´intégration sociale. L´unité des conduites sociales n´est plus imposée par la société ou la culture, mais par le sujet, porteur de droits universels vécus dans des situations sociales et culturelles particulières. La dépendance des femmes, le rejet des minorités et les difficultés des jeunes à l´école et au travail sont les trois principaux domaines de la vie sociale dans lesquels le retournement nécessaire de la pensée sociale que propose Alain Touraine trouve ses champs d´application.

  • Peut-on d'ores et déjà « dire » sur l'action que conduit Emmanuel Macron aux commandes de la France ? Il est évidemment bien trop tôt. En revanche, de sa genèse aux premières concrétisations, le « phénomène » Macron révèle beaucoup sur l'état de santé de la politique, de la démocratie et de la société françaises. Et c'est à un éclairage et un examen sociologiques dudit phénomène qu'invite Alain Touraine, dont chaque thème traité (pouvoir, démocratie, idéologie, Etat, Europe, etc.) fait l'objet d'une passionnante mise en perspective historique et civilisationnelle.

    Alain Touraine est un sociologue français de l'action sociale et des nouveaux mouvements sociaux, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages.

  • Dans les premiers siècles de sa modernisation, l'Occident a décrit et pensé la réalité sociale en termes politiques : le désordre et l'ordre, le roi et la nation, le peuple et la révolution. Puis, avec la Révolution industrielle, le capitalisme s'est émancipé du pouvoir politique. Nous avons alors pensé et agi au nom d'un nouveau paradigme, économique et social celui-ci, et parlé classes, richesses, inégalités et redistribution. Aujourd'hui, à l'heure de l'économie globale et de l'individualisme triomphant, la mondialisation a fait voler en éclats ces anciens modèles de sociétés. Chacun de nous, pris dans la production et la culture de masse, s'efforce de leur échapper et de se construire comme le sujet de sa propre vie. Le nouveau paradigme dans lequel nous rendons compte de ces préoccupations nouvelles est culturel. En témoignent les grandes interrogations de notre époque : quelle place faut-il faire aux minorités ? La sexualité doit-elle être placée au centre de tout ? Assistons-nous au retour des religions ? Les anciens paradigmes étaient tournés vers la conquête du monde, avec le nouveau, c'est de nous qu'il s'agit. Et tandis que nous prenons acte de la décomposition d'un monde qui était dirigé par les hommes, nous entrons dans une société de femmes. Comme toujours chez Alain Touraine, le souci de donner forme théorique à nos pratiques sociales est fécondé par la vie telle qu'elle est vécue, et tout ce qui est pensé ici renvoie à l'expérience la plus quotidienne de l'univers globalisé dans lequel nous évoluons désormais. Un grand livre de référence.

  • La critique de la modernité

    Alain Touraine

    • Fayard
    • 23 Septembre 1992

    L'Occident a longtemps cru que la modernité était le triomphe de la raison, la destruction des traditions, des appartenances, des croyances, la colonisation du vécu par le calcul. Mais, aujourd'hui, toutes les catégories qui avaient été soumises à l'élite éclairée, travailleurs et colonisés, femmes et enfants, se sont révoltées et refusent d'appeler moderne un monde qui ne reconnaît pas à la fois leur expérience particulière et leur accès à l'universel. De sorte que ceux qui s'identifient à la raison apparaissent désormais comme les défenseurs d'un pouvoir arbitraire. Faut-il renverser leur domination et reconnaître une diversité sans limite des expériences vécues et des traditions? Mais ce différencialisme extrême porte en lui l'intolérance, le racisme, les guerres de religion. Et la fuite dans le postmodernisme ne découvre que l'épuisement de l'idéologie qui identifiait la modernité à la rationalisation. Il faut reconstruire la modernité, d'abord en revenant à ses origines. Dès le début, dès la rupture entre la Renaissance et la Réforme, elle a rompu l'unité du monde ancien, à la fois rationnel et sacré. Elle a chargé la raison de découvrir les lois du monde, et la conscience de faire apparaître un sujet qui n'était plus divin mais humain. Ce dualisme de la modernité, présent chez Descartes comme dans la Déclaration des Droits de l'Homme, a été détruit par l'orgueil de la philosophie des Lumières et des philosophes de l'histoire. Maintenant que le règne de la raison conquérante s'est achevé, renversé par Nietzsche et par Freud, mais aussi par la consommation de masse et les nationalismes, il faut écouter la voix du sujet, qui n'est pas introspection mais lutte pour la liberté contre la logique de la marchandise et du pouvoir, qui est volonté de l'individu et du groupe d'être acteurs de leur vie, mais aussi mémoire et appartenance. La modernité est faite des complémentarités et des oppositions entre le travail de la raison, la libération du sujet et l'enracinement dans un corps et dans une culture. Ce livre marque une nouvelle étape majeure, après Sociologie de l'action et Production de la société, dans la réflexion d'Alain Touraine.

  • Ce livre propose une réponse à l'interrogation qui naît d'un "double refus", celui de l'Etat mobilisateur trop arrogant et celui du face-à-face trop dangereux du marché et des tribus. Quel contenu positif pouvons-nous donner à une idée démocratique qui ne peut pas être réduite à un ensemble de garanties contre le pouvoir autoritaire? Cette interrogation s'impose à la philosophie politique, mais aussi à l'action la plus concrète quand elle cherche à combiner la loi de la majorité avec le respect des minorités, à réussir l'insertion des immigrés dans une population, à obtenir un accès normal des femmes à la décision politique, à empêcher la rupture entre le Nord et le Sud. La réponse que nous cherchons doit, par priorité, nous protéger du danger le plus présent, celui de la dissociation croissante entre l'instrumentalité du marché et du monde technique d'un côté, l'univers clos des identités culturelles de l'autre. Comment combiner l'unité du premier et la fragmentation du second, l'objectivité et le subjectif? Comment "recomposer" un monde qui se casse en morceaux? Pouvons-nous concilier l'égalité des droits et la diversité des convictions et des genres de vie? Ce travail prolonge la réflexion sur laquelle s'achevait mon précédent ouvrage, Critique de la modernité. De même que philosophie politique et philosophie morale sont étroitement associées dans la pensée contemporaine, j'ai voulu montrer qu'un lien nécessaire unissait la culture démocratique à l'idée de sujet.A.T.

  • Notre société est-elle encore capable d'agir sur elle-même, de générer des idées et des politiques économiques et sociales ou s'enferme-t'elle dans une crise sans fin ? D'un côté, les libéraux nous conseillent de renoncer à construire un avenir volontariste et de nous laisser guider par le marché. De l'autre, l'ultra-gauche se contente de dénoncer la domination et de parler au nom de victimes réduites à l'impuissance. Au centre, beaucoup, autrefois de gauche, prenant acte du vide et de la confusion qui règne sur la scène sociale, ne croient plus qu'à la défense des institutions républicaines, synonyme, ou peu s'en faut, d'ordre et de discipline. J'ai écrit ce livre contre ces trois manières de proclamer, d'accepter, de renforcer le vide social. Sortir du libéralisme ? Rien n'est plus urgent. Mais il y a les bonnes et les mauvaises manières de le faire. La voie que j'emprunte ici passe par l'identification et la reconnaissance de nouveaux acteurs, qui cherchent avant tout à faire reconnaître leurs droits culturels et qui peuvent, sans perdre leur indépendance, régénérer l'action politique. Il est grand temps de redéfinir, au-delà de la puissance déchaînée des marchés et des communautarismes extrêmes, une politique du possible et d'obtenir de chacun l'acceptation de l'identité et des projets des autres, regardés comme égaux et différents.

  • Carnets de campagne ne ressemble à aucun autre livre sur la campagne. C´est un ouvrage personnel, un livre de penseur, d´homme engagé. Touraine aime la politique et il la fait aimer. Loin de l´analyse froide des faits et gestes des politiciens, il défend un vrai point de vue, soutenu par une pensée élaborée. À la croisée de la science politique, de la sociologie et de la philosophie, Alain Touraine pose beaucoup de bonnes questions dans ce court essai à la fois vif et profond.

    Il circonscrit les grands enjeux de la campagne, ce qui s´y joue vraiment (la crise, l´individualisme, le moral contre le social, le nucléaire, l´Europe, la justice sociale) et se demande sur quelles batailles va se jouer l´élection : l´anti-sarkozysme ? L´acceptation de la rigueur ? Le ton de la campagne ? La personne même du président ? Chaque question est examinée en une page au plus, ce qui rend la lecture fort agréable.

    Alain Touraine prend de la hauteur et propose de véritables raisonnements sur des questions politiques intemporelles : où sont les idées ? Quels sont les différents niveaux de l´action politique ? Quelles constructions du monde s´opposent aujourd´hui ? Sur quels critères choisir nos dirigeants ?

  • Le monde des femmes

    Alain Touraine

    • Fayard
    • 1 Mars 2006

    A la question « Qui êtes-vous ? », les femmes d'aujourd'hui répondent successivement : « Je suis une femme », « Je me construis comme femme » et « Je le fais d'abord par la sexualité ». Les femmes, comme le révèle l'enquête de terrain sur laquelle repose ici l'analyse, nourrie par ailleurs des débats les plus actuels, vivent dans un univers cohérent de représentations et de pratiques, qui apparaît profondément différent de celui des hommes parce qu'il est orienté vers la création de soi et la recomposition de la société, alors que les hommes avaient conquis le monde en concentrant les ressources dans les mains de certains d'entre eux et en réduisant les travailleurs, les colonisés, les femmes et les enfants à des figures de l'infériorité. Parce qu'elles n'avaient été définies que comme l'autre de l'homme, selon le mot de Simone de Beauvoir, elles cherchent maintenant à dépasser, pour elles-mêmes et pour les hommes, l'opposition du corps et de l'esprit, de la vie privée et de la vie publique, des hommes et des femmes. Avec les femmes, la conquête du monde s'efface devant la construction de soi. Faut-il s'étonner, dans ces conditions, qu'elles assument avec tant d'évidence et de détermination l'avènement de cet univers à dominante culturelle qui s'impose à nos yeux ?

  • Le Laboratoire de Sociologie Industrielle de l'École Pratique des Hautes Études (VIe section) a été créé en 1958. Son but est d'étudier directement les conditions de travail et les attitudes des travailleurs industriels, ainsi que les mouvements sociaux auxquels ils participent. Chacun des mémoires qu'il publiera présentera des recherches concrètes. Mais son ambition est que chaque observation, loin d'être monographique, contribue à l'élaboration de principes généraux d'analyse, refusant ainsi d'accepter la dangereuse séparation de la recherche « empirique » et de la spéculation « théorique ». Aux mémoires, qui présentent les recherches effectuées par le laboratoire, s'ajouteront des publications plus générales, présentant l'état actuel des divers domaines de la sociologie du travail. A mi-chemin des articles et des ouvrages d'ensemble, ces mémoires chercheront à faire connaître les intentions, le mouvement et les méthodes de la recherche. Dans les prochaines publications, B. Mottez suivra l'évolution des systèmes de rémunération ; R. Bassoul, P. Bernard et A. Touraine proposeront une analyse des attitudes au travail dans une usine de la région parisienne ; L. Karpik considérera de nouveaux aspects de l'arrivée dans l'industrie des ouvriers d'origine rurale ; R. Bassoul présentera les méthodes modernes de construction de plans d'analyse ; J. Lenfant étudiera les conseils ouvriers yougoslaves.

  • Le Laboratoire de Sociologie Industrielle de l'École Pratique des Hautes Études (VIe section) a été créé en 1958. Son but est d'étudier directement les conditions de travail et les attitudes des travailleurs industriels, ainsi que les mouvements sociaux auxquels ils participent. Chacun des mémoires qu'il publiera présentera des recherches concrètes. Mais son ambition est que chaque observation, loin d'être monographique, contribue à l'élaboration de principes généraux d'analyse, refusant ainsi d'accepter la dangereuse séparation de la recherche « empirique » et de la spéculation « théorique ». Aux mémoires, qui présentent les recherches effectuées par le laboratoire, s'ajouteront des publications plus générales, présentant l'état actuel des divers domaines de la sociologie du travail. A mi-chemin des articles et des ouvrages d'ensemble, ces mémoires chercheront à faire connaître les intentions, le mouvement et les méthodes de la recherche. Dans les prochaines publications, B. Mottez suivra l'évolution des systèmes de rémunération ; R. Bassoul, P. Bernard et A. Touraine proposeront une analyse des attitudes au travail dans une usine de la région parisienne ; L. Karpik considérera de nouveaux aspects de l'arrivée dans l'industrie des ouvriers d'origine rurale ; R. Bassoul présentera les méthodes modernes de construction de plans d'analyse ; J. Lenfant étudiera les conseils ouvriers yougoslaves.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Prolongeant Production de la société, ces essais se proposent de définir la démarche et le rôle de la sociologie dans nos sociétés. Ils ne présentent pas une pensée bouclée, mais invitent à adopter une attitude sociologique en rupture critique avec les catégories de l'ordre social, les idéologies et les pressions des pouvoirs pour découvrir comment les sociétés se constituent et se transforment.
    Au sommaire : l'objet de la sociologie ; dix idées pour une sociologie ; systèmes et conflits ; rapports et conflits sociaux dans la société postindustrielle ; identité sociale et mouvements sociaux ; le moment de la sociologie.

  • La conscience de classe ouvrière n'est ni une réponse constante à la condition prolétarienne, ni un effet de la propagande. Elle est un fait historique, lié à un moment privilégié de l'évolution de l'industrie : la rencontre du monde (ouvrier) du métier et du monde (patronal) de la propriété avec l'organisation rationalisée de la production. Elle marque l'entrée des sociétés capitalistes dans la civilisation industrielle. Telles sont les conclusions auxquelles conduit l'analyse des réponses à une vaste enquête. Elles apportent un sens positif à des thèmes trop souvent réservés à la discussion idéologique. Elles amènent à isoler l'idée de conscience ouvrière, définition que les travailleurs se donnent de leur condition, de leurs objectifs et des conflits où ils sont engagés ; et à situer cette même idée par rapport à celles, plus classiques, d'attitudes au travail et d'action ouvrière. Ce sont des résultats dont toute sociologie du mouvement ouvrier devra tenir compte, comme aussi toute réflexion sur les problèmes présents.

  • Une société n'est pas seulement un organisme qui maintient ses règles et son organisation. Elle est aussi capable de modifier ses normes et ses objectifs pour s'adapter à des changements internes et externes. Plus encore, elle crée ses orientations ; elle donne un sens à ses activités et transforme ce sens en conduites. L'expérience des sociétés contemporaines rend de plus en plus visible cette production de la société par elle-même, par la connaissance, l'investissement et l'image qu'elle se forme de la créativité. Ainsi se définit l'historicité, distance de la société par rapport à elle-même, qui est aussi son déchirement en classes antagonistes et l'enjeu des mouvements sociaux.
    Ce livre veut introduire à la sociologie en liant clairement les uns aux autres ses concepts fondamentaux : relations, systèmes et action ; classes, institutions, organisations et changement. Il redéfinit ce qu'on peut nommer une démarche actionnaliste, instrument privilégié des sociétés qui ont découvert par la croissance accélérée, le pouvoir totalitaire, le risque de guerre totale et les révolutions sociales que leur être dépend plus de leur action sur elles-mêmes et de leur mode de transformation que de lois naturelles. Il veut aider à briser la prétendue positivité de l'ordre social et des idéologies, pour retrouver les orientations et les combats à travers lesquels les hommes produisent leur société.

  • Avons-nous perdu la société ? Les discours anciens ne la saisissent plus : les révoltes se placent hors d'elle ou dans sa marge.
    Rarement société a détourné son regard aussi opiniâtrement de son propre corps et de ses mouvements.
    Et pourtant, crises, conflits et choix politiques nous rappellent au présent.
    Il faut réapprendre à regarder une société qui commence à prendre forme après une époque de transformations aveuglantes. Mais ce regard ne peut être impersonnel, et le sociologue s'interroge sur la manière dont il produit son analyse.
    Journal intellectuel, écrit de l'automne 1974 au printemps 1976, la Société invisible construit par morceaux une image de la société, en interrogeant les événements politiques, les débats intellectuels et le sociologue lui-même.
    Alain Touraine

  • J'ai vécu l'épuisement d'une gauche qui croyait à la raison, à la production et à l'histoire. Vivrons-nous l'invention d'une autre gauche, celle de la liberté personnelle, de la solidarité et de la diversité? Cette invention dépend des responsables politiques auxquels je m'adresse, mais, au moins autant, de vous et de moi. A.T.

  • Après deux siècles d´un culte de la société qui a soumis les acteurs sociaux à la loi de la Raison, de l´Histoire ou de la Puissance, n´est-il pas temps de remettre en question notre représentation de la vie sociale ? A une conception centrée sur les notions d´évolution, d´institution et de participation, de substituer une image mettant en avant les idées d´autoproduction, de mouvement social et de sujet ? Ce changement dans la pensée correspond au passage, que nous vivons aujourd´hui, de la société industrielle, organisée comme une entreprise ou comme une armée, et qui cherche avant tout à dominer la nature, à un nouveau type d´organisation sociale capable d´agir plus directement sur les conduites et les relations sociales, notamment par la production d´informations, de langages, d´images. La vie sociale ne peut plus, désormais, être comprise comme manifestation d´une essence - ou d´exigences fonctionnelles - mais comme constante invention, à travers des conflits et des négociations, des règles de la vie collective. Après dix ans de recherches concrètes sur différents mouvements sociaux, Alain Touraine reprend ici la réflexion fondamentale qu´ouvraient des livres tels que Sociologie de l´action, Production de la société, Pour la sociologie.

  • " Le progrès de la connaissance scientifique et de son rôle dans le développement social a remplacé les crises de socialisation par des conflits sociaux de portée générale, à travers lesquels commencent à se dessiner les rapports et les conflits de classes propres aux sociétés technocratiques. L'université, parce qu'elle est un centre de production et de diffusion de la connaissance scientifique, devient de plus en plus un lieu central des conflits sociaux de notre temps. " L'université a eu successivement une fonction d'adaptation au changement économique et à l'intégration nationale, de consolidation d'une élite dirigeante, enfin, de production scientifique et technique. Cette dernière place l'université au coeur des forces et des rapports de production et lui donne un rôle politique. C'est contre sa participation au pouvoir de classe que s'est soulevé le mouvement étudiant de 1964 à 1970. Il a mis en cause les liens de l'université et des dirigeants, s'est mêlé au soulèvement des Noirs, a animé la lutte contre la guerre au Viet-Nâm, a exprimé le refus de "l'abondance". Une contribution capitale au problème de la place du système d'éducation dans la société.

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