• En 1923, le traité de Sèvres donnait naissance à la République turque. Cent ans plus tard, Erdogan veut laver l'affront et redonner à son pays la gloire perdue. Son rêve ? Reconquérir les territoires de l'Empire ottoman. C'est tout l'objet de notre nouveau numéro.
    En kiosque demain, le vendredi 19 février.
    En librairie, le mercredi 3 mars.
    Le sommaire complet est en pièce jointe.


    Dossier : Le spectre ottoman

    -> Entretien avec Jean-François Colosimo : Jusqu'où ira la Turquie ?
    Jean-François Colosimo évoque la longue relation qu'entretient la France avec l'empire ottoman devenu la Turquie en 1923. Erdogan est, selon l'historien, un opportuniste qui sait jouer des faiblesses de l'Europe pour accroître sa puissance. Le président turc se sert de l'islam comme marqueur identitaire et politique.

    -> L'islam turc en France : les convergences du nationalisme islamiste par Dieter Arslan
    Dieter Arslan décrit l'évolution de l'islam turc en France, alimenté par différents courants nationalistes. Depuis l'arrivée d'Erdogan au pouvoir, son influence s'est renforcée grâce à un important réseau de mosquées et à une mobilisation de plus en plus forte des fidèles.

    -> Journal arménien par Jean-Christophe Buisson
    Jean-Christophe Buisson relate son dernier voyage dans le Haut-Karabagh en octobre et novembre 2020, quand la guerre faisait rage entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

    -> Tensions maritimes en Méditerranée orientale par Christophe Prazuck
    L'amiral Christophe Prazuck analyse les nombreux motifs de tensions entre la Turquie et la Grèce en mer Méditerranée. Certains sont séculaires, d'autres beaucoup plus récents, comme les enjeux économiques liés à des gisements gaziers.

    -> Le bras de fer France-Turquie par Renaud Girard
    Renaud Girard examine les velléités expansionnistes d'Erdogan sur terre comme sur mer. D'après le journaliste, le président turc souhaite reconstituer l'empire ottoman. Il manque néanmoins d'alliés et se heurte à bien des réticences notamment françaises.

    -> Le califat néo-ottoman et l'Europe par Tony Corn
    Le califat ottoman a été aboli en 1924. Nombreux sont ceux qui veulent le rétablir. En 1969 naît l'Organisation de la conférence islamique, un califat 2.0 pour Tony Corn. Celui-ci en détaille les objectifs et notamment la « mission civilisatrice » qui constitue pour l'Europe une nouvelle guerre froide.

    -> Et aussi Christian Makarian, Olivier Weber et Eryck de Rubercy.


    Littérature

    -> Inédit L'adolescence démasquée par Gaëlle Nohant
    L'auteure de la Femme révélée (Grasset, 2020) raconte comment une adolescente fait l'apprentissage de la liberté.


    Études, reportages et réflexions

    -> La musique est-elle raciste ? par Bruno Chaouat
    La cancel culture sévit aux États-Unis. Bruno Chaouat évoque une controverse liée au théoricien juif allemand Heinrich Schenker (1868-1935). La musique occidentale serait, nous explique-t-on, une vaste entreprise coloniale...

  • On connaît le George Orwell de 1984 et de La Ferme des animaux, on connaît moins le George Orwell reporter qui vécut l'impérialisme britannique en Birmanie, s'engagea dans la guerre d'Espagne en 1936, couvrit la Libération de la France pour l'Observer en 1945. Notre numéro revient sur ses engagements et sur la fameuse notion de common decency.
    Le sommaire complet est en pièce jointe.


    Dossier : Orwell plus actuel que jamais

    -> Entretien avec Julian Barnes : « En 2020, Orwell ne manquerait pas de sujet d'inspiration »
    Excellent connaisseur de George Orwell, Julian Barnes explique en quoi les prédictions de l'écrivain résonnent chaque jour davantage (puissance de l'État, post-vérité, exploitation de l'homme...).

    -> « Faire de l'écriture politique un art véritable » par Sébastien Lapaque
    Orwell fut largement mal compris voire méconnu en France. En cause, explique Sébastien Lapaque, ses engagements politiques, ses luttes pour les classes défavorisées, son style journalistique, les mauvaises traductions de ses écrits.

    -> Se battre au nom de la common decency par Lucien d'Azay
    Lucien d'Azay voit en Orwell un François d'Assise des temps modernes. Toujours tourné vers les plus démunis, ce « saint laïc » pense et agit selon les principes de la common decency, soit de « l'honnêteté commune ».

    -> Entretien avec Florence Aubenas - Une leçon de journalisme
    À l'instar d'Orwell, Florence Aubenas pratique le journalisme d'immersion. L'auteure du Quai de Ouistreham revient sur son expérience avec les femmes de ménage et évoque les valeurs morales des « gens ordinaires ». L'uberisation du travail risque de changer la donne.

    -> Orwell et la common decency. Une courte mise au point par Bruce Bégout
    Rien de plus difficile que d'appréhender la notion de common decency. Bruce Bégout relève le défi.

    -> Et aussi Jean-Pierre Naugrette, Frédéric Verger, Marin de Viry, Céline Laurens et Julie Élisa.


    Littérature

    -> Inédit : L'Europe capable de tout par Gilles Boyer
    L'ex-conseiller auprès du Premier ministre Édouard Philippe, député européen et auteur du Maître d'hôtel de Matignon (JC Lattès, 2019), rend hommage à une Europe aussi miraculeuse que désespérante.


    Études, reportages et réflexions

    -> Pourquoi les islamistes s'en prennent à l'école de la République. La stratégie de l'Isesco par Florence Bergeaud-Blacker
    L'anthropologue Florence Bergeaud-Blacker décrit l'idéologie des islamistes, ses origines, ses actions et son principal objectif : détruire les valeurs démocratiques.

    -> De l'antisémitisme au sionisme : Pierre Boutang par Gilles Banderier
    Gilles Banderier retrace le parcours de Pierre Boutang, une figure longtemps controversée.

  • Grand entretien : Élisabeth de Fontenay. « Il faut repenser les Lumières avec les mots d'aujourd'hui »
    À l'occasion de son dernier ouvrage, En terrain miné (Stock, 2017), la philosophe Élisabeth de Fontenay évoque son amitié conflictuelle avec Alain Finkielkraut, son attachement au judaïsme, sa vision de la laïcité et de l'islam et son engagement pour la cause animale.
    Dossier : Qu'est-ce que le macronisme ?
    -> Rencontre de Ricoeur et de Macron par Olivier Mongin
    En 1999, Emmanuel Macron accepte de travailler comme assistant éditorial de Paul Ricoeur. Olivier Mongin explique l'influence intellectuelle du philosophe sur l'étudiant et son rôle d'éducateur politique auprès du futur président.
    -> La place de Paul Ricoeur dans la philosophie contemporaine par Olivier Abel
    /> Olivier Abel définit la pensée de Paul Ricoeur, son style et ses grands thèmes de prédilection (la question du mal, le langage, le temps).
    -> Le prince et la République par Philippe Raynaud
    Emmanuel Macron a rédigé un mémoire de maîtrise sur Machiavel. Philippe Raynaud se demande en quoi les concepts machiavéliens peuvent ou non illustrer l'action du président.
    -> L'enfant caché de Giono par Franz-Olivier Giesbert
    Giono figure au panthéon littéraire d'Emmanuel Macron, aux côtés notamment de Gide et Camus.
    -> Mitterrand, l'avenir de Macron ? par Laure Adler
    Mettre en parallèle François Mitterrand et Emmanuel Macron permet de dégager d'intéressantes similitudes et dissemblances.
    -> Le macronisme est-il schumpétérien ? par Annick Steta
    Maladroitement assimilée aux théories de Joseph Schumpeter, la philosophie économique d'Emmanuel Macron puise à d'autres sources, comme l'analyse Annick Steta.
    Littérature -> Inédit. Julie Wolkenstein « Regarde ! Regarde comme je suis fait pour toi ! »
    Julie Wolkenstein raconte comment elle trouva un long-métrage disparu d'Éric Rohmer, sujet de son dernier roman, Vacances (POL, 2017).

  • Nous vous proposons de passer l'été en compagnie de La Fontaine, Diderot, Sade et d'autres auteurs sulfureux de la littérature française.
    Vous aurez aussi le plaisir de comprendre la passion de Mona Ozouf pour 1789.

  • « Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu'on la dupe, pourvu qu'on la repose », Tocqueville.
    Dans son numéro de rentrée, la Revue des Deux Mondes revient sur la crise sanitaire et sur les dysfonctionnements de notre système (politique, administratif, sanitaire...).



    Grand entretien - François Sureau : « Ce qui nous manque »


    Ancien membre du Conseil d'État, aujourd'hui avocat et écrivain, François Sureau analyse ce qui manque aux Français : l'amour du pays, un assentiment aux institutions, une autorité politique déléguée et responsable.



    Dossier : L'épuisement français

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    -> Peut-on comparer 1940 et 2020 ? Par Éric Roussel
    Éric Roussel met en parallèle deux épisodes qui ont entraîné la paralysie quasi complète de la France : la défaite de 1940 et la crise sanitaire liée au Covid-19.

    -> Laboratoire P4 : de la folie marchande à la faillite morale collective par Vincent Hein
    Vincent Hein raconte l'histoire du laboratoire P4 de Wuhan, berceau de l'épidémie, qui fut financé par une France fort peu soucieuse des risques encourus.

    -> Entretien avec Bernard Debré : « Depuis que l'administration a pris le pouvoir, l'hôpital est en crise »
    Ancien ministre et député de Paris, le médecin Bernard Debré juge sévèrement la gestion de la crise sanitaire en France. Au-delà de la pandémie, il s'inquiète de la dégradation de l'hôpital, où l'administratif a pris la main, et dénonce la connivence entre laboratoires, médecins et administration.

    -> La santé est politique par Philippe Douste-Blazy
    L'ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy explique pourquoi nous n'avons pas su gérer la crise alors que des stratégies sanitaires avaient été étudiées dès 2004, lors de la grippe aviaire.

    -> L'Allemagne complexante par Marion Van Renterghem
    L'Allemagne reste supérieure à la France. La journaliste Marion Van Renterghem en donne les raisons : un exécutif plus faible, un fédéralisme qui offre de la souplesse dans les prises de décision, un climat de confiance et une fluidité de fonctionnement entre les différents acteurs de la société.

    -> Préparer l'État à affronter l'incertitude par Annick Steta
    Annick Steta pointe l'absence quasi totale de culture scientifique dans l'administration et la classe politique, due notamment aux conditions de recrutement des hauts fonctionnaires.

    -> Et aussi Alain Minc, Pierre Vermeren, Maryvonne de Saint Pulgent, Jacques de Saint Victor, Yannick Bertélémi, Anne-Marie Le Pourhiet et Marin de Viry



    Littérature


    -> Inédit : Dépôt de bilan par Éric Neuhoff
    L'auteur de (Très) cher cinéma français (Albin Michel, 2019) dresse le bilan désenchanté de ses 60 ans.

  • Événement - La terre, l'amour, le Christ : Michel Houellebecq monte au front
    -> Michel Houellebecq au temps du désespoir par Sébastien Lapaque
    Si Michel Houellebecq est considéré comme un écrivain de la décadence, il ne cède jamais au déclinisme, affirme Sébastien Lapaque : son oeuvre en explore les différentes facettes pour mieux s'en délivrer.
    -> Lettre à Michel Houellebecq à propos de Sérotonine par Marin de Viry
    Marin de Viry analyse deux personnages du dernier roman de Michel Houellebecq en proie à l'enfermement et à la destruction. Selon lui, le narrateur se détourne sans cesse de l'amour, la seule valeur salvatrice.
    -> Le mariage de Michel H. et Lysis Q. par Marin de Viry
    Dans une fiction désopilante, Marin de Viry raconte les noces d'un Michel Houellebecq heureux.
    Dossier - Sommes-nous décadents ?
    -> Une parabole : la décadence romaine par Xavier Darcos
    Depuis son avènement en 410, la chute de Rome alimente notre réflexion sur la décadence des civilisations. Xavier Darcos revient sur les causes avancées au fil du temps : chaque époque forge une explication en fonction de ses préoccupations.
    -> Éternelle décadence par Michel Winock
    L'idée de décadence traverse les siècles avec plus ou moins d'intensité. Michel Winock relève les nombreux points de convergence entre notre société et celle des années 1880.
    -> Décadence et modernité par Robert Kopp
    La décadence et la modernité n'ont pas toujours été des notions contradictoires, prouve Robert Kopp en relisant Baudelaire.
    -> L'Europe tétanisée face à l'hégémonisme américain par Renaud Girard
    Les relations entre l'Europe et les États-Unis sont passées de l'alliance à la sujétion, soutient Renaud Girard. Le géopoliticien explique comment et pourquoi nous en sommes arrivés là. Il propose quelques pistes pour sortir de ce déséquilibre.
    Et aussi Lucien d'Azay, Jérôme Besnard et Kévin Boucaud-Victoire
    Littérature
    -> Inédit. « Je suis le faussaire de mon passé » par Nina Bouraoui
    Née en France, Nina Bouraoui a grandi à Alger. L'auteure de Tous les hommes désirent naturellement savoir (JC Lattès, 2018) raconte son exil sentimental et romantique.

  • -> Grand entretien : Michel Onfray persiste et signe Michel Onfray s'insurge contre le principe d'ingérence : « Si l'on devait se faire le gendarme du monde au nom des droits de l'homme, il y aurait cent pays dans lesquels il faudrait intervenir. [...

  • En 1964 s'ouvrait la première ambassade de France en Chine. Loin de faire l'unanimité, la courageuse décision du général de Gaulle provoqua des réactions passionnelles. Cinquante ans plus tard, où en sommes-nous avec la Chine ? L'avenir de la deuxième puissance économique mondiale est-il aussi rose que le laissent croire ses chiffres mirobolants ? Quel rôle joue réellement l'Empire du milieu sur la scène internationale ? Dans sa livraison de décembre la Revue des Deux Mondes s'est mise à l'écoute d'un pays complexe, difficile à appréhender.
    Pierre Morel, ambassadeur à Pékin entre 1996 et 2002, retrace huit siècles d'histoire franco-chinoise qui furent ponctués de rencontres, d'échanges, d'accords et de désaccords. Dans sa chronique diplomatique, François Bujon de l'Estang s'intéresse aux quatre dernières décennies qui virent passer la Chine d'un état humilié et déchu à une société fière et riche ; si les gouvernants restent discrets sur le plan international et se gardent bien de livrer un quelconque message à vocation universelle, ils multiplient en revanche les initiatives spectaculaires à l'intérieur du pays et dans l'environnement proche. Le philosophe et sociologue Yu Hai explique pourquoi la Chine ne souhaite pas devenir le numéro un mondial. Dorian Malovic, lui, nous fait part d'un point de vue réaliste et pragmatique : l'Empire du milieu doit se résoudre à aller au bout de ses réformes sinon il s'effondrera. Pour l'universitaire Wang Zhenmin, l'avenir se construira sur un état de droits ou ne se construira pas. L'économiste Li Wei analyse un problème crucial : le vieillissement de la population chinoise. Enfin Michel Crépu rend un bel hommage à Simon Leys, brillant sinologue qui dénonça avant tout le monde les exactions du régime maoïste et l'aveuglement de certains intellectuels occidentaux.
    Également au sommaire, un entretien exclusif avec Robert Silvers, le directeur de la célèbre New York Review of Books qui fête son cinquantième anniversaire.

  • -> Grand entretien avec Alain Finkielkraut : « Qu'avons-nous fait du 11 janvier? »



    Alain Finkielkraut considère le 11 janvier 2015 comme un grand moment d'unité nationale et de division. Pour le philosophe, la France n'est pas coupable envers les enfants de l'immigration. La faute revient au délitement de l'idéal républicain. En ce sens, ...

  • -> Grand entretien avec Michel Houellebecq : « Même quand on a une vie nulle, on peut faire quelque chose de beau »
    Michel Houellebecq exposera ses photos cet été à Paris, au Palais de Tokyo. « On peut porter un regard beau sur une réalité objectivement insipide. C'est très important pour moi parce que j'ai eu ça; exactement ; ma vie était nulle et mon oeuvre faisait sens. »
    -> Dossier : Complot et complotisme
    Plutôt Zeus que Big Brother ! par Xavier Darcos
    L'idée qu'une puissance mystérieuse programme le destin collectif remonte à l'Antiquité, explique Xavier Darcos. Avec le progrès intellectuel et moral, la raison et la science essayent de disséquer la réalité ; les supposées manoeuvres surnaturelles sont remplacées par des théories du complot.
    Le mythe du complot juif. Un survol historique par Pierre-André Taguieff
    Le mythe du complot juif apparaît dès l'Antiquité. Après en avoir décrit quelques moments historiques significatifs, Pierre-André Taguieff analyse les Protocoles des Sages de Sion, un grand récit conspirationniste largement diffusé aux États-Unis et au Moyen-Orient, régulièrement convoqué par les extrémistes de tout bord.
    Du bon usage du complotisme par Jacques de Saint Victor
    S'il y a des complotistes, c'est qu'il existe bien parfois de véritables complots, affirme Jacques de Saint Victor. Toute la difficulté est de savoir distinguer le manipulateur du lanceur d'alerte.
    Darknet par Laurent Gayard
    Laurent Gayard nous initie aux méandres souterrains du Darkweb « constitué de réseaux privés ou de navigation cryptée auxquels on n'accède que grâce à des outils bien spécifiques ».
    Et aussi Michel Delon, Loïc Nicolas et Iannis Roder.
    -> Littérature - Inédit
    « Il n'était plus l'homme qu'il avait été » par Lionel Duroy
    Lionel Duroy publie à la rentrée l'Absente. Parce qu'il divorce et doit déménager, un écrivain s'enfuit en voiture et rencontre en route une femme. Retrouvez dans le numéro les bonnes feuilles de ce roman qui paraîtra le 18 août chez Julliard.
    -> Études, reportages, réflexions
    Une timide (mais préoccupante) percée de l'antipolitique française par Jacques de Saint Victor
    Au-delà du mouvement « Nuit debout », Jacques de Saint Victor constate la lente installation du courant antipolitque en France après bien d'autres pays.

    Le sport est-il la fabrique d'une mutation anthropologique ? par Robert Redeker
    Le sport mobilise des foules de plus en plus nombreuses. Robert Redeker analyse les enjeux politiques, financiers, idéologiques et anthropologiques du spectacle sportif.






  • Dossier : Faut-il supprimer le roman national ?
    -> Entretien avec Pierre Nora : « L'histoire de la France a été le nerf de l'unité nationale »
    Depuis les années 60, l'enseignement de l'histoire suscite des controverses. L'approche chronologique est stigmatisée ; à l'histoire, on préfère la mémoire. Pierre Nora rappelle l'enjeu des polémiques et met en garde contre l'instrumentalisation de l'histoire.
    -> Les trois grands récits qui ont forgé notre passé par Patrice Gueniffey
    Mythe troyen de la France, mythe romain puis mythe des droits de l'homme et de la raison : tels sont, pour Patrice Gueniffey, les trois récits qui ont bâti notre passé.
    -> Entretien avec Patrick Boucheron : « L'histoire est diverse, plurielle et complexe »
    /> La parution de l'Histoire mondiale de la France (Seuil, janvier 2017) a déclenché les plus vifs éloges comme les plus sévères critiques. Patrick Boucheron revient sur le projet de cet ouvrage et sur sa réception.
    -> Au-delà de l'écume médiatique par Olivier Grenouilleau
    Olivier Grenouilleau analyse le rôle de l'histoire à l'école et s'intéresse aux manières de faire évoluer son enseignement.
    -> Éduquer l'enfant à l'exigence citoyenne et républicaine par Fatiha Boudjahlat
    Enseignante d'histoire dans un collège classé en zone prioritaire, Fatiha Boudjahlat loue l'école de la République pour ses vertus émancipatrices ; son témoignage dénonce l'idéologie des indigénistes qui enferme les esprits dans un discours ethno-religieux.
    -> Noblesse de l'histoire grand public par Fabrice d'Almeida
    Fabrice d'Almeida défend l'histoire grand public portée par des Stéphane Bern, Franck Ferrand, Thomas Snegaroff... Le succès de leurs émissions reflète la passion des Français pour l'histoire.
    Littérature
    -> Inédit. François-Henri Dérérable : « J'ai passé mon été à nager et à lire »
    L'auteur d'Un certain M. Piekielny (Gallimard) raconte comment, grâce à Flaubert, il comprit pourquoi il écrivait. Études, reportages, réflexions
    -> Venezuela : le piège de l'« excrément du diable » par Annick Steta
    Annick Steta explique comment le Venezula, qui détient les réserves de pétrole les plus importantes au monde, s'enfonce dans une crise politique et économique.

  • Grand entretien avec BHL : « Dans la zone grise des idéologues, rien n'est lumineux »
    Bernard-Henri Lévy pose un regard sur le monde contemporain et sur sa complexité géopolitique. Le philosophe croit en un islam des Lumières sans nier la montée de l'islamisme et d'un antisémitisme d'origine arabo-musulmane.
    Dossier : Quoi de neuf ? Le diable !
    -> Les mille visages du diable par Robert Kopp
    Qu'il soit réel ou symbolique, le diable hante les arts du monde entier. Robert Kopp analyse les différentes figures de Satan au cours des siècles.
    -> Entretien avec Rémi Brague : « On parle du retour du religieux or il n'est jamais parti... »
    On croyait la religion morte mais sa prégnance actuelle prouve le contraire. Rémi Brague revient sur les questions du bien, du mal, de la morale et de la politique vues à travers le prisme du religieux.
    -> L'inutile recours au « diable » dans les relations internationales par Renaud Girard
    En qualifiant l'URSS d'« empire du mal », Ronald Reagan utilise pour la première fois un concept moralisant en géopolitique. Pour les néoconservateurs, l'Amérique a reçu de Dieu une mission sur terre : combattre le mal.
    -> Hitler, émanation du diable par Eryck de Rubercy
    Eryck de Rubercy se penche sur la présence des forces démoniaques dans l'histoire allemande. Doit-on se figurer le diable en la représentation d'un seul démon (Hitler), ou doit-on croire à une anomalie germanique ?
    -> J'ai vu le diable dans ses oeuvres par le Frère Ange Rodriguez
    Prêtre exorciste pendant dix ans, le Frère Ange Rodriguez raconte son expérience.
    Et aussi Jean-Paul Clément, Céline Laurens, Stéphane Guégan et Richard Millet
    Dossier : Georges Bernanos, le nihilisme et la grâce
    -> La Grande Peur des bien-pensants : un adieu à Maurras par Grégoire Kauffmann
    Parmi les influences intellectuelles sulfureuses de Bernanos se relèvent Charles Maurras et Édouard Drumont, le père de l'antisémitisme français.
    -> Sous le soleil de Bandol (novembre 1945-août 1946) par Sébastien Lapaque
    Sébastien Lapaque décrit le séjour de Bernanos à Bandol, là où son activité journalistique fut intense.
    Et aussi Florence Delay et Frédéric Boyer
    Littérature
    -> Inédit. Frédéric Beigbeder : « Une frayeur grosse comme le Ritz »
    Témoin d'une attaque à main armée au Ritz, Frédéric Beigbeder relate, avec beaucoup d'humour, son aventure.

  • Autour de Céline
    -> Nouvelle polémique : Céline était-il un agent actif du régime nazi, comme le suggèrent Pierre-André Taguieff et Annick Duraffour dans Céline, la race, le juif (Fayard, 2017) ? Les avis de Sébastien Lapaque et de Stéphane Guégan divergent.
    -> Inédit - Le Secret d'État : André Derval a trouvé une lettre inconnue de Céline. En douze pages, l'écrivain propose le synopsis d'un ballet relatant l'histoire de la politique française du roi Dagobert à la guerre de 14-18.
    Dossier : L'écrivain face au pouvoir
    -> Entretien avec Kamel Daoud : « Il n'y a pas de dictature sans consentement »
    Kamel Daoud est un journaliste franco-algérien à la plume courageuse. Situation des médias en Algérie, engagements personnels, amour de la littérature : l'auteur de Mes indépendances (Actes Sud, 2017) témoigne.
    -> Auguste : la divinisation littéraire du pouvoir par Xavier Darcos
    Dans la Rome antique, les poètes sont sollicités par les puissants : l'écriture joue un rôle profondément politique. À travers la figure d'Auguste, Xavier Darcos démontre comment des versificateurs sont enrôlés pour servir la doctrine officielle.
    -> Voltaire et les ambivalences du courtisan par Nicholas Cronk
    S'il conteste le pouvoir, Voltaire a toujours cherché à s'attirer les bonnes grâces des aristocrates et des monarques, une attitude digne du parfait courtisan, montre Nicholas Cronk.
    -> Victor Hugo dictateur par Jean-Marc Hovasse
    Napoléon fascine très jeune Victor Hugo. De là date la relation particulière qu'entretient le poète avec le pouvoir, affirme Jean-Marc Hovasse. Influencer les opinions et les gouvernants, telle est la mission qu'il s'assigne.
    Et aussi Jean-Paul Clément, Robert Kopp, Jean-Marie Rouart, Patrick Besson et Marin de Viry.
    Littérature
    -> Inédit. Aurélien Bellanger : « Je suis un enfant de la troisième révolution industrielle »
    Né en 1980, l'auteur du Grand Paris (Gallimard, 2017) décrit l'époque contemporaine et interroge l'émergence continuelle de la technologie.


  • Dossier : De quoi Fillon est-il le nom ?

    -> François Fillon, l'homme des trois droites par Franz-Olivier Giesbert
    Franz-Olivier Giesbert retrace le parcours politique de François Fillon, homme à la fois libéral et conservateur. Il synthétise pour lui les trois droites : légitimiste, orléaniste et bonapartiste.
    -> De Fillon et des catholiques. Les aphorismes de ma grand-mère valent bien les éditoriaux de Laurent Joffrin par Marin de Viry
    Les catholiques ont largement plébiscité François Fillon lors de la primaire à droite. Marin de Viry analyse cet électorat qui retrouve dans la candidature de Fillon, l'occasion de réaffirmer ses valeurs.
    -> La droite sans le peuple par Sébastien Lapaque
    La droite comme la gauche ne sait plus parler au peuple, affirme Sébastien Lapaque. Cette France périphérique, qui représente vingt millions d'électeurs, risque de voter massivement Marine Le Pen.


    Dossier : L'origine des guerres de religion en France

    ->Tuer et mourir au nom de Dieu au temps des guerres de religion par Nicolas le Roux
    À la fin du XVIe siècle, massacres et assassinats politiques « au nom de Dieu » se multiplient. Nicolas Le Roux décrit ces grands cycles de vengeance et de crimes.
    -> Entre outrance et tempérance : les écrivains face aux guerres de religion par Loris Petris
    Partisans ou contempteurs de la Réforme, les écrivains du XVIe siècle se font entendre. Loris Petris propose un tour d'horizon de cette littérature engagée.
    -> Entretien avec Rémi Brague. « Nos sociétés ne prennent pas la religion au sérieux »
    Rémi Brague note les profondes différences entre les guerres de religion du XVIe siècle et le jihad. Pour le philosophe, l'idée d'un affrontement au nom du religieux est inaudible par les sociétés occidentales, ce qu'il déplore.
    -> Les guerres de religion entre fin des temps et théâtre de cruauté par Denis Crouzet
    D'après Denis Crouzet, les guerriers de Dieu au XVIe siècle et ceux de Daesh au XXIe siècle utilisent le même discours sur la fin des temps et le même exhibitionnisme de la mort.
    -> Ceci n'est pas religieux par Jean-Marie Le Gall
    Jean-Marie Le Gall critique les analystes qui refusent de voir dans le religieux, les explications du comportement de certains exaltés.


    Littérature

    -> Inédit. Catherine Cusset : « un trop grand désir d'être aimée »
    La romancière raconte comment, à la recherche d'une colocataire dans une ville américaine, elle fait connaissance de « l'ange Meredith » qui la rend meilleure.


    Études, reportages, réflexions

    -> Pour une économie du bien commun. Discours à la jeunesse par Jean Tirole
    Le prix Nobel d'économie explique ce qu'est l'économie du bien commun et pourquoi il faut aller dans cette direction.

  • Poutine est-il notre ennemi ? Histoire d'une relation passionnelle entre la France et la Russie
    Avec Hélène Carrère d'Encausse, Jean-Paul Clément, Hubert Védrine, Michel Eltchaninoff, Andreï Gratchev, Arnaud Kalika et Franz-Olivier Giesbert.
    -> Grand entretien avec Hélène Carrère d'Encausse : « Poutine veut restaurer le génie national russe »
    Hélène Carrère d'Encausse voit en Poutine l'héritier de tous les Romanov, et notamment du tsar Pierre le Grand, qui ont oscillé entre désir de réforme et repli nationaliste russe. L'historienne souligne une continuité dans la place qu'occupe la Russie au sein de l'Europe depuis le XVIIIe siècle.
    -> Entretien avec Hubert Védrine « Poutine est aussi réfléchi et calculateur que réactif et viscéral »
    Hubert Védrine critique notre vision caricaturale de Poutine : selon lui, le chef du Kremlin ne veut pas rétablir un Empire russe ni l'URSS mais laver l'humiliation de 1991 et rendre sa fierté au pays. S'il est difficile de créer un climat de confiance avec Poutine, l'Occident doit réinventer ses rapports avec la nouvelle Russie et la réintégrer comme partenaire sur le plan international.
    -> Le brouillard manichéen de la relation franco-russe par Arnaud Kalika
    Entre fascination et répulsion, le sujet russe scinde de plus en plus la classe politique et intellectuelle française. De Marine le Pen à Jean-Luc Mélanchon, Arnaud Kalika se penche sur les réseaux et les centres d'influence pro et anti-poutiniens en France.
    -> Ivan Ilyine, l'inspirateur secret du poutinisme par Michel Eltchaninoff
    Poutine se réfère souvent à des philosophes pour légitimer sa politique. Michel Eltchaninoff s'intéresse à Ivan Ilyine, un essayiste réactionnaire du début du XXe siècle, figure intellectuelle favorite du président russe.
    -> Franz Olivier-Giesbert : « Lettre ouverte à mes amis poutinistes »
    -> Jean-Paul Clément : « Les origines du nationalisme russe »
    -> Andreï Gratchev : « Et si l'Occident avait eu tort ? »

    Dans ce même numéro :
    -> « Jusqu'où ira la finance islamique ? » par Annick Steta
    Annick Steta analyse les caractéristiques de la finance islamique qui lui ont permis d'échapper à la crise des subprimes. Ce système financier attire de plus en plus de pays dans le monde.


  • La jeunesse irait mal, entend-on : aucun travail, pas de perspective, plus de rêve. Qu'en est-il exactement ? Le mythe de la jeunesse aurait-il disparu ? Les jeunes n'éprouveraient-ils plus le besoin d'aller au bout d'eux-mêmes ? À partir de portraits et d'expériences personnelles, la
    Revue des Deux Mondes
    propose d'ausculter la jeunesse d'hier et d'aujourd'hui, de regarder ses parts d'ombre et de lumière.


    Jean-Yves Boriaud nous conduit au coeur de l'Antiquité gréco-romaine et nous explique comment s'organisait alors le temps de la jeunesse, un temps fortement encadré et soigneusement ritualisé. Henri de Montety, lui, examine la première étude sociologique consacrée à la jeunesse parue en 1913 dans la Revue des Deux Mondes. L'auteur, un certain Agathon, s'emploie à observer la jeune élite masculine de son temps pour connaître l'esprit à venir. Il y vante les mérites admirables de ces garçons qu'il trouve dynamiques et patriotiques. Luc Ferry relève les nouvelles préoccupations du moment : ce n'est pas tant le jeune que l'enfant qui est aujourd'hui sacralisé. Si les grandes questions politiques se focalisaient hier sur la problématique de la nation, elles se concentrent au XXIe siècle sur celle de la jeunesse et des générations futures. Géraldine Dolléans, actuellement thésarde en littérature, est partie en Syrie. Là-bas, elle a rencontré Salim, un jeune poète né en 1989. À travers son portrait, nous suivons les rêves, les découragements et les espoirs d'une jeunesse syrienne interdit d'avenir. Deux témoignages complètent le panorama : celui de Mathieu Flourens, étudiant à Sciences Po et en philosophie à la Sorbonne, et d'Henri Dax, diplomate de 27 ans. Le premier s'insurge contre le phénomène de victimisation. Il est temps, dit-il, que la jeunesse se prenne en main, qu'elle se responsabilise et s'autocritique. Le second s'inscrit en faux contre les discours ambiants : non, les jeunes ne sont pas tous apathiques ; non, ils ne sont pas uniquement intéressés par leur seul bien-être. Le corps étatique est irrigué régulièrement par un sang neuf, bouillonnant du désir de servir la France.
    Également au sommaire, un entretien avec Richard Ford, prix Femina 2013 pour son roman Canada. Par l'évocation de frontières physiques et symboliques, l'auteur développe les notions de liberté, de transgression et de conquête de soi.

  • Vladimir Poutine annexe la Crimée à la Russie sous les yeux interloqués de la communauté internationale. Il lorgne dorénavant l'Ukraine. Depuis Maïdan, les tensions entre Moscou et l'Occident ne cessent de se tendre, donnant à vivre une crise politique majeure entre l'Ouest et l'Est. Que cherche Poutine ? Quelles stratégies adopter ? Quelle diplomatie possible ?
    Si le scénario des événements est relativement simple, les origines de la crise sont fort complexes. François Bujon de l'Estang nous aide à y voir clair : sa remarquable synthèse décortique les différentes phases, n'hésitant pas à remonter jusqu'au Moyen Âge pour comprendre les ambiguïtés historiques et géographiques. Dans un entretien, Pierre Hassner et Thomas Gomart apportent des éclairages sur la personnalité, les ambitions et les calculs de Poutine : l'homme n'est peut-être pas machiavélique, expliquent-ils, mais il a, en lui, quelque chose de machiavélien. Nous le comprenons d'autant plus avec Jean-Yves Boriaud, professeur de littérature latine, qui profite du cinq-centième anniversaire du Prince pour rappeler les perspectives de l'oeuvre : Machiavel s'efforce de donner dans son livre des conseils pratiques et non théoriques pour maintenir un État. Il décrit aussi les qualités d'un bon prince, inventant par là une nouvelle morale fondée sur la négation des qualités. Dominique de Villepin, lui, évoque la modernité du Prince : l'État est aujourd'hui en pleine métamorphose, explique-t-il. Il est temps de comprendre la distinction essentielle entre la république et la démocratie. L'ancien ministre des Affaires étrangères revient sur la notion de pouvoir et son exercice : on y retrouve pleinement les enseignements de Machiavel. De son côté, Jacqueline Risset insiste sur le fait que Machiavel s'inscrit dans le sillage de Dante plus qu'il ne s'y oppose, contrairement à un préjugé répandu. Enfin, Xavier Tabet relit, à travers Claude Lefort, la place que Machiavel a occupée dans la réflexion antitotalitaire des années quatre-vingt.
    Également au sommaire, un entretien inédit sur Saint Louis et l'autorité avec l'historien Jacques Le Goff, récemment disparu.

  • Chers lecteurs, à partir de ce mois de septembre 2013, la Revue des Deux Mondes change de présentation. Depuis 1829, les changements ont été nombreux. Pourtant, la plus ancienne revue d'Europe n'a jamais dévié de son cap : décrire, analyser les multiples domaines de la société humaine, cela dans le sillage des premiers encyclopédistes du XVIIIe siècle.Aujourd'hui, les changements sont d'un autre ordre que ceux dont nos ancêtres furent les témoins. Nous assistons à des mutations inédites qui annoncent les contours d'une nouvelle civilisation. Tout au long des prochains numéros, nous nous attacherons à décrire ces bouleversements. Mutation anthropologique, comme on l'a vu au printemps dernier avec le débat sur le « mariage pour tous », vrai bouleversement dans une culture rompue de longue date à la structure familiale classique ; mutations géopolitiques avec l'irruption d'une diplomatie de l'immédiateté au numérique ; mutations scientifiques avec la possibilité inouïe d'instrumentaliser l'élément humain pour le meilleur et pour le pire ; mutations économiques venant exploser les vieux schémas protectionnistes ou naïvement mondialistes ; mutations esthétiques signant peut-être la fin d'une conception de la création littéraire, artistique, héritée de l'humanisme et de la Renaissance ; le commencement d'une autre expression de soi. Mutations religieuses enfin, où la puissance de la tradition se trouve sans cesse en butte aux contradictions de l'individualisme « hypermoderne », pour reprendre une expression de Gilles Lipovetsky.La Revue des Deux Mondes fut dans l'entre-deux-guerres, de ceux qui, les premiers, devinèrent la montée du péril nazi, dénoncèrent l'installation des camps du goulag. Sa culture profondément européenne, jamais reniée, l'y a aidée. Tout laisse à penser, désormais, que cette culture européenne est toujours là, mais qu'elle n'est plus au centre du jeu. Est-ce une raison pour jeter l'éponge ? Nous ne le pensons pas. L'immense levée du monde asiatique, les Amériques regardant déjà l'après-Obama montrent au contraire la nécessité d'une présence européenne solide, spirituelle, politique, capable d'assumer une autorité digne de ce nom. C'est le sens ici des interventions d'Herman Van Rompuy aussi bien que de Julia Kristeva. Si l'Europe est malade, c'est de ne pas s'aimer, de n'être plus assez fière et heureuse de ses propres valeurs. La bibliothèque continue de nous y aider, pour ce numéro en compagnie de Dante, à la lumière du grand théologien que fut Romano Guardini.Chers lecteurs, fidèles depuis si longtemps à la Revue des Deux Mondes, nous vous invitons à poursuivre le voyage avec nous. C'est une nouvelle aventure qui commence, vivons-la ensemble. Bonne lecture, Michel Crépu


  • La récente élection du pape François donne à la
    Revue des Deux Mondes
    l'occasion de faire le point sur trois sujets emblématiques de notre société : l'évolution du catholicisme, la montée de l'islam et la place de la laïcité. Le numéro s'intéresse au cas de la
    France.




    Trois
    acteurs phares de l'institution prennent la parole :
    Mgr Poupard
    ,
    Mgr
    Dagens

    et
    Mgr Vingt-Trois
    . Pour
    Mgr Poupard
    ,
    /> l'Église
    ne cesse de relever les défis que semble lui opposer chaque changement historique ; elle se trouve au
    XXI
    e

    siècle dans une situation comparable à celle qu'elle connut au temps d'Augustin. Après avoir affirmé l'importance capitale du dialogue entre l'Église

    et les différentes cultures, le cardinal explique le rôle du chrétien qui a toujours vocation à animer le monde et donc à sortir de la sphère du privé. Selon
    Mgr
    Dagens
    , lorsque le christianisme est écrasé politiquement, il rayonne culturellement et spirituellement : le phénomène se remarque lors de la Révolution française, au début du
    XX
    e

    siècle et de nos jours ; le
    cardinal
    en tient pour preuve les nombreuses conversions chrétiennes. Les problèmes que rencontrent la France à l'égard des différentes religions et notamment l'islam, résultent d'après lui d'un manque d'éducation ; la violence s'endiguera par la connaissance et par un travail de réflexion ; il est
    donc urgent
    d'entrer dans un dialogue constructif. Pour
    Michèle
    Tribalat
    , l'absence de données régulières pour mesurer la croissance du nombre de musulmans et l'évolution de leurs comportements en France a laissé le champ libre aux discours les plus divers. La démographe fait le point à partir d'une enquête parue en 2008. Dans une conversation avec
    Alain-Gérard
    Slama
    ,
    Mgr Vingt-Trois
    insiste sur la séparation entre le politique et le religieux. Les Français ne discutent pas assez, regrette le cardinal
    , et
    ont malheureusement tendance à transformer toute question religieuse en guerre de religions. Contrairement à ce que laissent entendre les médias, les religions peuvent coexister pacifiquement dans une société ; le combat laïc joue en la matière à contre-emploi : promouvoir la laïcité ne signifie pas rejeter le religieux. Un travail de fond doit être engagé à
    l'école. Enfin
    Clémence
    Lalaut

    partage sa lecture du second volume de
    la Fable mystique
    , récemment paru chez Gallimard.
    Elle explique comment Michel de
    Certeau
    pensa le monde à travers son expérience propre d'historien de la mystique.




    É
    galement
    au sommaire, une réflexion sur Edward
    Snowden
    par
    Thomas
    Gomart

    et une description du pouvoir américain vu à travers son cinéma par
    Walid
    Fouque
    .

  • Placé sous le double signe de la réforme et de la révolution, le numéro d'octobre-novembre entend analyser de près ces deux notions capitales de l'histoire politique française. À la différence de l'Allemagne, la France serait, dit-on, inapte à l'esprit de compromis. Qu'en est-il exactement ? Préfère-t-on la rupture à la continuité ? Choisit-on plus facilement la violence à la patience ? Afin de bien cerner la question, la Revue des Deux Mondes a voulu sonder les tenants et les aboutissants de la révolte et de la réforme.
    Jacques Julliard revient sur l'importance de Robespierre : la crise que traverse notre société redonne vie à des pensées radicales, voire révolutionnaires. Toutefois, s'il est vrai que Jean-Luc Mélanchon fait quelques petits clins d'oeil à 1793, personne ne réclame réellement la Terreur ; l'historien, qui a publié chez Flammarion les Gauches françaises, y décèle plutôt une nostalgie de la morale et surtout de la vertu. On assiste aujourd'hui à l'émergence d'une conception nouvelle du populisme voulant régénérer non pas le peuple mais ses élites. Jean Chaunu s'intéresse à deux personnalités du XXe siècle qui ont voulu comprendre le régime soviétique à partir de la Révolution française : Henri Rollin et Boris Sovarine. Timothy Snyder, quant à lui, revisite le récit des politiques staliniennes et nazies qui aboutirent à l'assassinat de quatorze millions d'êtres humains sur les terres dites de sang, soit entre la Pologne et la Russie, entre 1933 et 1945. Élisabeth Anstett et Luba Jurgenson présentent un document exceptionnel sur le goulag : de 1949 à 1989, un gardien de prison a mis en image le fonctionnement interne concentrationnaire. Les deux universitaires ont traduit l'album. Enfin Hélène Carrère d'Encausse examine comment la Russie de Vladimir Poutine cherche à se donner une stabilité post-totalitaire.
    Également au sommaire, un grand entretien avec la directrice de la Fondation Dubuffet, Sophie Webel : du 24 octobre au 1er décembre 2013, le musée des Arts décoratifs à Paris rend hommage à Jean Dubuffet, cet artiste qui voulait faire table rase des valeurs traditionnelles.

  • C'est l'événement de notre numéro d'été : Michel Houellebecq, dans une longue interview, nous parle de Dieu, qui l'a rejeté, de l'abolition du cogito cartésien, du pot-au-feu, de l'idéologie taoïste de l'entreprise, de Charlie Hebdo, et de son livre polémique Soumission, sur lequel, nous dit-il, il s'exprime pour la toute dernière fois. Dans ce roman, Michel Houellebecq décrit la victoire d'un parti islamique en France, en 2022. Son héros, dépouillé successivement de sa femme, de ses parents, de son travail et même de la possibilité d'une conversion, accède à la « non-existence », et se résout à « adhérer à ce qu'on lui propose ». Michel Houellebecq refuse le terme d'écrivain prophète : « Je constate, puis je fais des projections.[...] Quand Orwell écrit 1984 en 1948, ce n'est pas une prédiction, c'est une expression des peurs de son époque. »
    Mais peut-être est-ce justement la définition de l'écrivain prophète, auquel nous consacrons un dossier spécial : plus qu'un visionnaire, un extralucide de son époque. Telle Cassandre, fille de Priam, prophétesse de malheur, qu'Apollon condamne à n'être crue de personne. Comme le rappelle Xavier Darcos : « Ses déclamations font un écho incessant à la fatalité qui nous mène [...]. Elle exhibe la face obscure de notre condition, la plus vraie, la plus profonde. Son imprécation est moins une prophétie qu'un réquisitoire. »
    Baudelaire, lui, ne croit pas au progrès, philosophie dominante de son époque, explique Robert Kopp. « Depuis les années 1820 qui symbolisent le « bon temps du romantisme », écrit le poète en 1862, « on dirait que la petitesse, la puérilité, l'incuriosité, le calme plat de la fatuité ont succédé à l'ardeur, à la noblesse et à la turbulente ambition »...

  • Grand entretien avec François Bayrou : « Le saccage de l'école est un crime social »
    -> Déresponsabilisation du citoyen, prolifération administrative, blocages, trahison du projet éducatif républicain, François Bayrou dresse le portrait d'une démocratie à bout de souffle. Il évoque son amour des livres qui sont « sa drogue et sa substance ».

    Dossier : Tocqueville, la démocratie face à ses démons
    -> Tocqueville, homme de gauche par Michel Onfray
    Pour Michel Onfray, Tocqueville est un homme de gauche, une gauche ni communiste, ni socialiste, ni libérale, une gauche « inassignable », celle d'un Normand attaché plus que tout à la liberté.

    -> Tocqueville, les Français et les passions démocratiques par Ran Halévi
    De la royauté à la république en passant par le régime bonapartiste, Tocqueville prend à contre-pied tous les systèmes, analyse Ran Halévi. Si le philosophe approuve l'avènement de la démocratie, il en décrit aussi les dangers (tyrannie de la majorité, de l'opinion...).

    -> Un passeur entre deux mondes par Brigitte Krulic
    Brigitte Krulic explique comment et pourquoi Tocqueville, aristocrate de naissance, s'est démarqué des convictions légitimistes de son milieu.

    -> Tocqueville, le Coran, l'islam et la colonisation par Jean-Louis Benoît
    Au moment où la France s'engage dans la colonisation de l'Algérie en 1830, Tocqueville étudie l'islam et le Coran. Ses jugements sont sévères, démontre Jean- Louis Benoît.

    -> Et aussi Jacques de Saint Victor, Laurent Gayard, Jean-Paul Clément, Robert Kopp, Brice Couturier et Frédéric Verger.

    Littérature
    -> Inédit. Lila Azam Zanganeh : « Sometimes a start is all we ever get »
    La romancière franco-iranienne revient sur ses rencontres avec des pays, des animaux, des astres, des textes, des hommes et sur la passion de sa vie : partir.

    -> « Après nos batailles » par Sébastien Lapaque
    Sébastien Lapaque croise la réflexion de l'américain Chris Hedges sur la guerre (La guerre est une force qui nous octroie du sens, Actes Sud) avec celle de Maurice Genevoix.


    -> Journal de Richard Millet
    Richard Millet a lu et aimé le roman fleuve de Donna Tartt, le Chardonneret (éditions Plon).

  • Plaire ou déplaire - Jean-Pierre Chevènement n'aime pas plaire. Quand il n'est pas content, il le fait savoir. Quand il a une idée en tête, il ne l'a pas ailleurs. Depuis quarante ans, il martèle que la République française a besoin d'autorité et que le modèle doit venir de haut. Sa ligne n'a jamais varié, ce qui lui confère une aura particulière dans notre France post-janvier 2015, brouillée avec ses repères républicains. Première leçon : « L'école est faite pour transmettre le savoir, le sens de notre histoire, le patriotisme, le civisme. Si on se décharge sur l'élève du soin de construire ses savoirs, tout est faussé. » Michel Onfray n'a pas peur de déplaire. Dans son article « Marx augmenté du Coran », il interroge le rapport entre la gauche française et l'islam. « Par anticapitalisme et anticolonialisme, la gauche islamophile se fait anti-sémite et anti-sioniste, misogyne et phallocrate, homophobe, puis théocratique : elle abolit tous les combats qui furent ceux de la gauche issue de la Révolution. » Vertigineux. L'armée française n'a plus peur de plaire ou de déplaire. On mesure subitement son impérieuse nécessité quand les ennemis de la République attaquent le sol national. Elle est à l'honneur dans ce numéro de mai. Mais l'armée française est-elle prête à affronter ses nouveaux enjeux ? Sait-elle s'adapter aux groupuscules terroristes et aux milices fanatiques dans cette « guerre asymétrique » que décrit Renaud Girard, reporter de guerre, qui a vu sur le terrain les militaires évoluer face à l'ennemi ? Oui, répond le général Bentégeat, ancien chef d'état-major des armées. À condition que les militaires et les politiques fassent preuve de confiance réciproque. À condition aussi de dépenser les sommes nécessaires à sa modernisation, rappelle François d'Orcival : « les avions ravitailleurs sans lesquels nos Rafale et Mirage ne pourraient pas bombarder leurs objectifs en Irak ou dans le Sahel ont plus de 50 ans »... Et à condition que « l'Europe de défense ne soit pas l'alibi du déclin », poursuit Christian Malis. Aujourd'hui la guerre mondiale « est en miettes », constate Michel Goya, ancien colonel des troupes de marines : « Sur les quatre cents soldats français tombés au combat, aucun n'a été touché par un projectile issu d'une armée régulière. » Sur le sol français enfin, la lutte contre le terrorisme, rappelle Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, « est un enjeu sécuritaire mais aussi une mise à l'épreuve. Un test pour notre société ». Allons-nous le réussir ? Quitte à déplaire aux ennemis de l'autorité. Valérie Toranian

  • Réformer l'islam - On a beau ne pas partager les convictions d'Éric Zemmour (cette étrange obsession pour la soumission des femmes !), la place qu'a prise le plus dérangeant des essayistes français dans le débat public (notamment avec le Suicide français, 500 000 exemplaires vendus à ce jour) prouve qu'il appuie là où ça fait mal. Le pessimiste, ...

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