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  • Grand Raymond Roussel : vie hors du commun bien sûr, un héritage qui fait de lui un homme fortuné, libre de se consacrer aux passions qui le brûlent. Compositeur, pianiste de génie, inventeur tous azimuts, sauf qu'incompris. Et, au-des la passion d'écrire : un inventeur, un manipulateur (voir son légendaire Comment j'ai écrit certains de mes livres), un expérimentateur sur comment s'y prendre.
    Et pourtant, à chaque publication, de son vivant, l'échec qui le conduira au suicide, à Palerme, en 1933.
    Il nous laisse, parmi une suite de monstres littéraires qui en mettent toutes les valeurs à bas, au moins une oeuvre en apparence raisonnable : la description du parc, dans la demeure d'un étrange inventeur, Martial Cantarel, et quelques rencontres qu'on y fait.
    Il fallait cela pour que nous entrions, nous, comme dans un rêve, dans ces machines étranges, mêlant l'art du récit à de fascinantes inventions plastiques, machines à arracher les dents et composant ces labyrinthiques oeuvres d'art à partir des dents collectées ?
    "Locus Solus", paru en 1914, au bord de la catastrophe du monde, est un livre des plus immenses, vaguement inquiétant, toujours acide, un défi à notre relation ordinaire au monde.  Il suffit pourtant d'y suivre l'explorateur Échenoz pour être pris par le plus simple, le plus époustouflant et troublant roman.  FB

  • Raymond Roussel, dont les Surréalistes furent les premiers à honorer l'importance, ne cesse de voir sa place grandir dans le paysage moderne.

    Grande fortune, d'abord compositeur, mais aussi inventeur, voyageur, il n'y a que la littérature qui comptait pour lui, et on lui fit payer cher son dilettantisme. Il raconte dans "Comment j'ai écrit certains de mes livres" l'accueil fait à ses romans et, encore plus violemment, à ses pièces de théâtre.

    Mais, pour nous, l'essentiel c'est ce bousculement. La mise en avant de la méthode de composition, à un point que nul avant lui (et probablement juste l'Oulipo après lui - et il n'y aurait pas d'Oulipo sans Roussel) n'aura réussi à maîtriser.

    Pas besoin d'aller en Afrique pour écrire les "Nouvelles impressions d'Afrique", et la magie fantastique du "Locus Solus", ici il en donne les recettes.

    C'est ce qui fait l'étrangeté de ce voyage organisé par Roussel lui-même dans la genèse d'une des oeuvres les plus étranges de toute notre littérature. Son testament, publié juste après sa mort, en 1935, ce livre culte n'avait pas été réédité depuis 1963 - il était grand temps d'en proposer une édition numérique.

    FB

  • Qu'on ne s'attende pas à un roman d'aventures, encore moins à des souvenirs de voyage : Impressions d'Afrique, paru en 1909, est un laboratoire d'expérimentation littéraire, où l'histoire commence au chapitre I ou au chapitre X, selon le choix du lecteur ; chaque mot en recèle un autre, chaque phrase contient en germe un roman à venir. Edmond Rostand, le premier, fut fasciné ; puis Marcel Duchamp - il dit s'en être inspiré pour La Mariée mise a nu -, Michel Leiris, André Breton, Georges Perc... Et pourtant, ce texte magistral, où les excès de l'imagination n'ont d'égal que l'extrême maîtrise de l'écriture, n'intéressa pas même les éditeurs : Roussel dut le publier à son compte. Est-ce l'oeuvre d'un fou mystificateur ? d'un hermétiste? d'un oulipien avant l'heure ? Peu importe. Comme l'écrivait Paul Reboux : "C'est un livre extraordinaire, ahurissant, cocasse, chimérique ; donc, ce n'est pas un livre indifférent."

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