République des Lettres

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. De 1919 à 1926, Georges Bernanos est employé comme inspecteur dans une compagnie d'assurances. À côté de son travail, il se consacre à la rédaction d'un roman, écrit dans les gares, les wagons de chemin de fer, les hôtels, et publie en 1926, à trente-huit ans, "Sous le soleil de Satan", qui rencontre d'emblée un écho très vif. Le futur auteur de "La Joie" et du "Journal d'un curé de campagne" montre, à travers Donissan, le héros de son roman, la grande déception de sa génération à la suite de la Première Guerre mondiale. Il se propose en même temps de dénoncer la rhétorique creuse de l'après-guerre, l'inflation de la parole, grâce au personnage de Saint-Marin. Par sa recherche d'une langue authentique, Donissan incarne en revanche la conception bernanosienne de la littérature sur les conflits de l'âme. La figure de Satan, loin de relever du fantastique littéraire, incarne ici un principe métaphysique: le Mal.

  • Un Crime

    Georges Bernanos

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. "Le crime est rare; je veux dire le crime qualifié, authentique, tombant sous le coup de la loi. Les hommes se détruisent par des moyens qui leur ressemblent, médiocres comme eux. Ils s'usent sournoisement. Et les crimes d'usure, monsieur, ça ne regarde pas les juges !..." Un presbytère de campagne, un prêtre étrange et nouveau venu, et par une nuit lugubre, un crime. Ainsi commence un récit fascinant où Bernanos donne au roman policier la dimension d'une aventure spirituelle, où les passions se heurtent sous le couvert de l'innocence, où la violence se dissimule sous le charme et l'apparence de piété. Quels rapports unissent le jeune curé de Mégère et Evangéline, la nièce de la châtelaine assassinée ? A quel mystère sordide, le juge Frescheville va-t-il être confronté ? Sous la lente progression de l'enquête, la vérité, trop tôt devinée, n'est pas sans ménager quelque surprise. Peu à peu, le drame s'élève au-dessus du fait divers, il devient, dans le lyrisme et l'écriture dense de Bernanos, un problème moral posé au lecteur.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. Publié en 1938 pour dénoncer la répression franquiste de la Guerre d'Espagne, ce pamphlet est aussi un livre charnière dans l'oeuvre de Bernanos. Alors que dans "La Grande peur des bien-pensants" l'écrivain alors farouchement nationaliste et antisémite défendait ses amis politiques (Edouard Drumont, Charles Maurras, Henri Massis,...), il instaure ici le procès "spirituel" de ce courant d'idées et dénonce la collusion entre catholiques et franquistes, s'en prenant non seulement au général Franco mais aussi à tous les "bien-pensants" de l'Église, de Paul Claudel à la Cour de Rome en passant par les prêtres républicains français et les prêtres phalangistes espagnols. Pour Bernanos, il y a derrière la Guerre d'Espagne une imposture religieuse majeure, une rupture entre l'Église de Dieu et les pauvres, une perte de l'idéal chrétien remplacé par la haine sociale et la tyrannie politique qui signe in fine la mort de la chrétienté. D'apostrophes polémiques passionnées en attaques d'une violence verbale inouïe, "Les Grands cimetières sous la lune", présenté par l'auteur comme "le témoignage d'un homme libre", brûle d'amour et de justice.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. Considéré comme l'un des meilleurs romans français du XXe siècle, le "Journal d'un curé de campagne" est aussi l'une des oeuvres les plus émouvantes de Georges Bernanos. Un jeune prêtre catholique est nommé curé d'Ambricourt, une petite paroisse rurale du nord de la France. Son amour des âmes et son zèle de pasteur se heurtant à l'indifférence et à la vulgarité, il trouve un apaisement en confessant le trop plein de son coeur dans un journal intime. Relatant méticuleusement la vie quotidienne de ses paroissiens, il découvre aussi leurs turpitudes et la complexité des relations qui les lient. La voix d'un autre prêtre, son confident, répond tout au long du journal à ses doutes et à ses faiblesses. La peur, qui est au centre de toute l'oeuvre de l'auteur de "Sous le soleil de Satan", compose un accompagnement sourd au monologue du jeune prêtre qui succombera finalement à un cancer.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. L'auteur de "Sous le soleil de Satan" nous fait pénétrer dans les cercles infernaux d'une famille de petite noblesse provinciale, dont la jeune fille, Chantal de Clergerie, illuminée par la grâce, rayonne de pureté, de fraîcheur et de joie.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. Sous couvert d'une biographie d'Edouard Drumont, quarante-cinq ans d'histoire de France - de 1870 à 1915, de la Commune à l'Affaire Dreyfus en passant par le scandale du canal de Panama - forment la trame de ce brillant pamphlet-hommage. De l'auteur antisémite de "La France juive", qu'il appelait "mon maître", Bernanos dresse le portrait d'un grand homme idéaliste aux prises avec tous les bien-pensants de l'époque: bourgeois conservateurs, républicains, socialistes, juifs, francs-maçons, parlementaires, militaires, prêtres et autres notables qui ne songent qu'à s'enrichir et à se concilier les faveurs de ceux qui les briment, tout en préparant inconsciemment la Grande Guerre à venir. "La Grande Peur des bien-pensants", récit de l'agonie de la France chrétienne et violent réquisitoire contre une République corrompue, est l'occasion pour Bernanos d'exprimer toute la colère antibourgeoise et anticapitaliste qui l'anime. À travers le récit de la fin solitaire d'un Drumont vaincu et désespéré, c'est aussi une sorte de testament de sa propre jeunesse.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. "Les Enfants humiliés" est le plus grand des essais de Bernanos, parce que le plus pur, le plus dépouillé, celui où la colère ne s'étale jamais, mais crève seulement dans un mot, dans une phrase, terribles - parce que cette fameuse colère n'y paraît rien autre qu'une forme désespérée et sublime de l'amour. L'entrelacement des thèmes atteint ici la perfection d'une chorale, et c'est pourtant le même homme qui chante, tantôt indigné, tantôt consolant et presque caressant; le rapprochement des deux guerres (nous retournons dans cette guerre ainsi que dans la maison de notre jeunesse), l'esprit de l'arrière et celui de l'avant, le dépouillement total du prophète (mon oeuvre est un four banal), l'exil ou plutôt la pose au sein du désert brésilien, la haine de la conscience faite (il n'y a plus d'opinion catholique), et par-dessous, courant toujours, ce motif de l'enfance qu'on a justement retenu pour le titre. Enfin certaines pages sur la forêt brésilienne sont d'une force et d'une douceur dans le style jamais atteintes en langue française." - J.-M. Domenach. "Il y a dans le livre de Bernanos un merveilleux portrait de Hitler en brave homme saisi par le ressentiment au lendemain de la première guerre mondiale, calciné dans la fleur de sa jeunesse par le ressentiment, recuit dans la certitude d'avoir été floué en tant que jeune caporal, en tant que citoyen, en tant que brave homme moyen d'humanité médiocre. Hitler, dit Bernanos, est mort quand il avait vingt ans, car c'est être mort que de piétiner sans relâche dans la même vieille histoire froide. De sa mort est sortie sa puissance. Bernanos écrit contre ces gens-là, contre ces sales bêtes repues de leur bon droit, gavées d'amertume et de ressentiment. Les secrets du monde sont des secrets misérables. Ils se laissent attraper par ce genre d'écriture là, mal habillée, mal polie, souffrante. Le grand secret c'est qu'il n'y a pas d'humanité. Il n'y a qu'un cloaque, qu'un vivier purulent de petits caporaux, de jeunes cadres, de vieux boursiers et de moyenne bourgeoisie tiède et morne. Et puis, bien sûr, il y a les pauvres. Mais ceux-là, personne ne sait en parler, et eux-mêmes n'imaginent pas qu'on puisse dire quelque chose d'eux: la parole, c'est pour les maîtres."" Il y aurait de quoi désespérer d'une telle vision si la maladie ne venait pas nous en guérir, la maladie d'un Bernanos à bout d'espoir, l'adrénaline d'un livre fourbu, la fièvre enfantine de l'amour qui revient pour se mettre au travail. Les livres en bonne santé sont des livres de loisir. Les livres malades sont des appels au travail de soi sur soi - et sur le reste. Car le vrai secret est celui-ci: il n'y a pas encore d'humanité. L'humain est ce qui est à venir." - Christian Bobin.

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