Philippe Rey

  • Veuve au matin d'une nuit de noces hallucinante, lorsque son époux, un jeune pasteur, se suicide en se jetant dans les Chutes du Niagara, Ariah Littrell se considère désormais comme vouée au malheur. Pourtant, au cours de sa semaine de veille au bord de l'abîme, en attendant quon retrouve le corps de son mari dun jour, La Veuve banche des Chutes (ainsi que la presse la surnommée avant den faire une légende) attire lattention de Dirk Burnaby, un brillant avocat au cur tendre, très vite fasciné par cette jeune femme étrange.Une passion improbable et néanmoins absolue lie très vite ce couple qui va connaître dix ans dun bonheur total avant que la malédiction des Chutes s'abatte de nouveau sur la famille.Désamour, trahison, meurtre ? C'est aux enfants Burnaby qu'il reviendra de découvrir les secrets de la tragédie qui a détruit la vie de leurs parents. Une quête qui les obligera à affronter non seulement leur histoire personnelle mais aussi un sombre épisode du passé de lAmérique : les ravages infligés à toute une région par lexpansion industrielle gigantesque des années 50 et 60, expansion nourrie par la cupidité et la corruption des pouvoirs en place.Ce roman aussi beau et tumultueux que ces Chutes au charme maléfique a remporté le Prix Femina étranger en 2005.

  • Johannes, le narrateur, naît à Vienne en 1927. LHistoire a tôt fait de venir se mêler de sa vie ordinaire, et de celle de sa famille. Johannes devient un partisan enfiévré dAdolf Hitler : parce quil est soumis, à lécole, à un lavage de cerveau permanent, mais aussi, sans doute la suite le laisse supposer , parce quil est instinctivement porté vers le Mal. Il revient très vite du combat, défiguré et manchot à 17 ans.

    Cest alors quil découvre que ses parents, antinazis, cachent au grenier une jeune Juive, Elsa. Lui, lantisémite farouche, est dabord séduit par lidée de contrôler le destin dun de ces êtres quil a appris à haïr. Puis il se laisse toucher par le regard de la jeune fille, qui nexprime aucun dégoût pour son infirmité. Commence alors une passion dévorante, et une cohabitation qui durera toute une vie : la mort frappe la famille de Johannes, jusquà ce quil se retrouve seul avec sa proie. À la fin de la guerre, il lui fait croire que les Nazis ont gagné, et quelle ne peut sortir de la maison sans courir à sa perte...

    Tout Le ciel en cage est dans cette relation étrange, dune ambiguïté vertigineuse entre les deux héros. Qui trompe lautre ? Johannes qui, par amour mêlé de haine, retient la jeune femme prisonnière ? Ou Elsa que lon devine forcément complice de ce jeu de masques, manipulatrice suprême sous ses airs de victime ? Le monologue de Johannes, la description de la vie à Vienne durant ces années noires, la narration dun huis clos de cauchemar mènent le lecteur au bord du précipice. Car le dégoût et la fascination se mêlent, irrésistibles, signe dun livre dune puissance très rare.

  • Avec ce recueil de nouvelles (chacune un vrai roman en soi) et qui pourrait s'intituler Terreurs tranquilles, Joyce Carol Oates prouve encore, s'il en était besoin, son incontestable maîtrise du genre. En proie dès le début à un malaise grandissant, impossible à analyser, l'innocent lecteur devient la victime consentante d'une panique subtile qui finit par le laisser, au bout de ces récits, pantelant d'angoisse, incapable de distinguer un bonheur entrevu d'un malheur définitivement en marche. Froide et sans pitié, souvent sournoise, la violence approche, inexorable. Tout ce qui peut traverser la vie en manière de sentiments est là, semble-t-il, pour la nourrir : le désespoir - et le secret délice - d'aimer plus que l'on ne l'est en retour, (« Coeur sutra ») les passions génératrices de frustrations mortelles (« Vigilante »), (« Vice de procédure »), les obsessions érotiques fatales (« Magda Maria »), les liens familiaux cruellement distendus (« Vigilante» ) ou pervertis (« L'aveugle »). Dans tous les cas - (et plus particulièrement dans « Cher époux ») -, les couteaux, longs, minces et tranchants sont tirés. Prêts à servir.

  • Avant d'être condamnée à mort par les fondamentalistes de son pays et d'incarner le combat des femmes du sous-continent indien, Taslima Nasreen a été une petite fille précoce, une adolescente passionnée de littérature et de musique, une jeune femme follement amoureuse.Aujourd'hui au seuil de la quarantaine, elle évoque, à travers ces scènes - souvent délirantes pour un esprit occidental - de la vie bangladaise, les événements qui ont marqué sa jeunesse. Dont une éducation menée d'une main de fer par un père qui entend imposer, littéralement à la matraque, des idées prétendument « modernes », sous l'oeil résigné d'une mère confite en dévotion, faute de meilleur refuge. Taslima se révolte : son mariage secret avec le jeune poète Rudro Mohammed Shahidullah, négation suprême de toutes les conventions locales, est une histoire peu banale - où romantisme et passion côtoient souvent l'indicible - qui marque aussi la naissance d'une femme indépendante prête à se battre pour de grandes causes.On retrouvera avec bonheur dans ce livre, interdit pour « blasphème » au Bangladesh, le langage à la fois vif et efficace d'un remarquable écrivain.

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