• USHUAIA

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    Située aux confins du monde, la ville d'Ushuaia abrite en son sein Mateo, reclus et isolé au coeur de ce paysage de glace. Il convoque une jeune femme pour s'occuper des tâches quotidiennes. Introduite dans l'univers de cet homme étrange et mystérieux, Nina tente de retrouver les traces du passé nazi de Mateo, afin de venger l'histoire. Mais sous un voile de vérité, toute certitude n'est pas inaliénable, et l'Histoire cache plus qu'elle ne dévoile.
    La véritable identité de Mateo se dessine au fil des scènes au sein des décombres d'un triangle amoureux, tissé par des voix réelles et fantasmagoriques, fantômes du passé. La recherche historique devient un palimpseste où la mémoire, à travers les limbes du temps, fait ressurgir l'horreur mêlé à l'universalité du sentiment amoureux. Entre mensonge et vérité, le texte devient le porte-parole de voix disparues, notamment celle de Róza Eskenázi, chanteuse juive séraphade et figure active de la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.
    Mais l'amour n'est-il pas rédempteur comme dans La vie est un songe, le texte phare du grand Siècle d'or espagnol, dans lequel réel et fiction font de la langue le moteur central de la vie ?



  • En géologie, le concept de stratification renvoie à l'idée d'un processus au cours duquel des sédiments s'accumulent en couches, pour éventuellement former des ensembles sédimentaires plus ou moins hétérogènes, mais qui n'en demeurent pas moins des unités de sens à part entière. Ainsi en va-t-il de certaines images, dont la compréhension suppose un effeuillage des différentes strates de signes qui les constituent. À ce titre, les séries Scarti d'Adam Broomberg et Oliver Chanarin, Copperheads de Moyra Davey ainsi que les Études préparatoires de Marc-Antoine K. Phaneuf, auxquelles Ciel variable consacre la section thématique de ce numéro, ont ceci en commun qu'elles sont le fruit de processus de stratification. Ces oeuvres permettent d'apprécier comment l'ajout de signes peut modifier, enrichir ou court-circuiter la nature et le sens d'une image.

  • "C'est un palimpseste : une succession de textes tirés des oeuvres complètes des auteurs à peu près complets. Le choix effectué par la lecture se trouve incarné dans l'ordre de l'écriture. Et cet ordre est porteur d'un message, il véhicule une thèse, il articule une idée dont le sens ne devient transparent que par le tout. Désormais les fragments extraits des texte ne représentent que le maillons d'une unique chaîne connexe de paroles, segmentss d'un entier : le texte du Palimpseste. Derrière ce choix un axiome est caché, une assertion qui stimule et justifie la composition et, en dernière instance, garantit l'existence et légitime la subsistance autonome du texte. C'est ce que, par un terme emprunté à la théorie des ensembles de Georg Cantor, on pourra appeler "axiome du choix" ou encore, en une formulation quelque peu différente mais peut-être plus adéquate pour le traitement des textes, "axiome de sélection". L'axiome du choix permet donc l'assemblage d'un texte uniquement constitué de citations. Il permet aussi de citer des textes inexistants : ce sont alors des textes écrits exprès et pour l'unique raison d'être cités.... Le parler, comme l'a fait remarquer à plusieurs reprises Platon, est une praxis et l'axiome du choix confère au sujet le privilège d'exercer la fonction de choix : de sélectionner, de découper et d'assembler en un polymère verbal des fragments hétérogènes appartenant initialement à des textes préexistants. Le choix qui a présidé et guidé la navigation dans la métagalaxie des textes préexistants relève de cette liberté : sélectionner des "Propos" concernant le "Triangle", euclidien ou non, et de les assembler en un unique lieu et dans le présent indivisible d'une unique écriture étalée sur la surface du papier."

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