Editions Philippe Picquier

  • Dans un petit village des monts Funiu, Li Niannian, un adolescent un peu stupide et grand lecteur des romans de son voisin Yan Lianke, supplie les esprits de lui venir en aide : en plein été, les hommes ont en effet sombré dans une épidémie de somnambulisme. C'est un cauchemar que raconte Li Niannian, une nuit carnavalesque oubliée du temps. - les veilles se succèdent mais le jour se refuse à poindre -, une nuit durant laquelle les hommes transgressent tout : la morale, le bon sens, les codes, l'histoire. Le somnambulisme collectif débride les désirs et les obsessions enfouis. C'est une nuit de chaos. Si le père de Li Niannian lutte courageusement pour le salut de son village, c'est qu'il se sent redevable, coupable d'avoir autrefois dénoncé des inhumations clandestines alors que la crémation est de rigueur. Quant au directeur du crématorium, oncle de Lia Niannian, il en profite pour recueillir l'huile des cadavres à des fins lucratives....

    Faut-il voir ce monde insensé comme une allégorie de la réalité ? Un monde plongé dans une obscurité telle que l'humanité en perd ses repères fondamentaux et que l'unique forme de parole possible semble désormais l'imploration ? Couronné en 2016 par le prix Hongloumeng, ce roman a été annoncé par Yan Lianke comme un tournant dans son oeuvre, une nouvelle forme d'écriture libérée de la narration historique.

    Né en 1958 dans une famille de paysans illettrés du Henan, Yan Lianke a d'abord été écrivain officiel de l'armée, avant de composer des oeuvres puissantes et empreintes de liberté, souvent mises à l'index par la censure. « Je ne veux me rendre ni au pouvoir politique ni au marché. Je préfère garder ma dignité, même si cela signifie mourir de faim. J'ai cette conviction dans le sang. » Yan Lianke a reçu en 2014 le prix Franz Kafka pour l'ensemble de son oeuvre.

  • Titi, petite poupée au mince visage de porcelaine, vive et effrontée, passe des mains d'un homme à un autre, en un chassé-croisé amoureux où chacun se désire, se fuit, se blesse, se retrouve dans les nuits de Shanghai. Ateliers d'artistes au bord de l'eau, galerie d'avant-garde, fêtes et lieux à la mode. Loin d'être un décor, Shanghai est le coeur flamboyant de l'intrigue, la nuit y est plus brillante que le jour, la vie s'y épanouit plus librement, imprévisible, excessive, mystérieuse.
    Ces personnages ont parfois un appétit de vivre si insatiable que le réel ne peut suffire à le satisfaire, seuls l'art, l'imaginaire, peuvent le faire car ils sont sans limites. Leur abandon aux forces fantasques de la vie s'accompagne d'un besoin de comprendre ce qui leur arrive. C'est ainsi qu'aux émotions et à la sensualité qui les traversent répond en miroir une réflexion sur la nature de l'art, l'illusion des apparences, le passage du temps.

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