Publie.net

  • ... Ce sont deux personnes qui courent dans deux directions opposées, l´une très vite, l´autre très lentement : finissent-elles par se retrouver ?
    ... Vu de loin, la première personne donne l´impression de poursuivre la deuxième : on dirait que la deuxième essaie de ne pas faire remarquer à la première qu'elle a vu qu'elle le poursuivait.
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils font tous les deux de grands gestes. (En fait, ce ne sont pas eux ?) ... Vu de loin, on ne voit pas leur visage : l´un pourrait être l´autre. - Arrivera bien ce moment d´ailleurs, où les rôles s´inverseront, où ce ne sera plus le même qui aura le soleil dans le dos et qui demandera quelle histoire l´autre se racontait.
    ... Vu de loin, on dirait presque qu'ils se touchent mais aucun des deux ne s´en rend compte. (Ou bien ce ne sont pas eux ?) ... Vu de loin, on a l´impression qu'ils apparaissent, qu'ils disparaissent, qu'ils réapparaissent.
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils cherchent un avion perdu, ils regardent sous les pierres.
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils s´écrivent, en fait, ils crient : SURTOUT, NE DÉCRIS PAS LA MER, CE N´EST PAS LA PEINE, JE VAIS PASSER DEVANT, MOI AUSSI. J´AI PLUS ENVIE DE RACONTER UNE HISTOIRE D´AMOUR, MAIS JE N´EN AI PAS LA MOINDRE IDÉE. LE PREMIER ARRIVÉ VA AU-DEVANT DE L´AUTRE OU BIEN RETOURNE SUR SES PAS OU BIEN REPENSE AU CHEMIN PARCOURU. SI J´ARRIVE LE PREMIER, TU M´ATTENDS ? ON POURRA REMETTRE LA MUSIQUE AUTANT DE FOIS QU'IL NOUS PLAIRA. LE PREMIER TROUVÉ OUVRE LES YEUX. QU'EST-CE QUE TU FERAIS SI TU AVAIS QUINZE SECONDES ? TRENTE ? CINQUANTE-TROIS MINUTES ? (SACHANT QU'UN BATEAU MET PRESQUE UNE SEMAINE POUR TRAVERSER L´OCÉAN).
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils veulent dire par où ils sont passés.
    ... Vu de loin, on a l´impression qu'ils ouvrent les yeux dans l´eau. CE SONT DEUX PERSONNES QUI COURENT DANS DEUX DIRECTIONS OPPOSÉES, L´UNE TRES VITE, L´AUTRE TRES LENTEMENT, JUSQU´À L´OCÉAN.

    Pascale Petit

  • Ce n´est que le début. Ce n´est que le soleil.
    Balbutiement, bégaiement du début... et comment peu à peu ça se met en branle, comment la parole démarre, et comment peu à peu la langue s´échauffe, tourne, roule, déroule... comme langage parlé, les pensées discursives échouent, se suivent, se font, se défont, tel les vagues, dans le silence de tête... comment Cette tentative, cette entame « juste pour voir c´est pour comprendre comment ça marche la vie »...
    Génèse ?
    Cette avancée, progressive, ce glissement « ce n´est que par rapport à par rapport à par rapport aux mots ce n´est que ça le soleil ce n´est que ça la chaleur l´amour la vie ce n´est que ça »... ce glissement de la parole balbutiante à ce qui la "chauffe", la réchauffe, à ce qu´elle porte de tendresse, à ce que la tendresse porte en elle de mots « les bras de l´autre » Et puis soudain, au détour, dans l´avancée, « il y a un moment où on peut atteindre les choses », et l´on y entend Tarkos (in Processe - éd. Ulysse fin de siècle) « Il existe un moment où tu es là à réfléchir. Des choses prennent un peu de la lumière, comme les pages, pour être visibles. Les choses visibles se baladent, depuis longtemps ; elles tombent en cascades. Elles se reposent.
    Elles ont pris un peu de lumière, depuis se promènent, il existe un moment où tu es là à réfléchir au milieu des choses qui, d´avoir pris un peu de lumière, sont visibles. Elles tombaient en été.
    Elles traversent l´hiver, elles pleuvent, elles continuent à pleuvoir. Elles sont comme de petites images. Il existe un moment où tu penses aux petites images qui se baladent sans tristesse. Il existe un moment où tu es, les images autour, en train de penser les choses ont un sens, et tu te promènes. » Poème qui nous a nous aussi profondément marqué, car il y a dans cette parole qui capte, qui sent, qui éprouve, ce moment où l´on atteint, touche. Où l´on voit.
    Ce n´est que le début a été édité une première fois pas par Inventaire/Invention.
    Emmanuel Adely (son site) est né en 1962. Il a publié, notamment, Les Cintres (Minuit, 1993), Dix-sept Fragments de désir (Fata Morgana, 1999), Agar-agar (Stock, 1999), Jeanne, Jeanne, Jeanne (Stock, 2000), Fanfare (Stock, 2002), Mad about the boy (Joëlle Losfeld, 2003), Mon amour (Joëlle Losfeld, 2005), j´achète et édition limitée (Inventaire/Invention, 2007), Genèse (Seuil, 2008), Cinq suites pour violence sexuelle et Sommes (Argol, 2008).
    Bio/biblio complète sur son site.
    Ecoutez aussi Adely, dans cet entretien vidéo. Il nous parle de son écriture, de Duras, de Thomas Bernhard, de ponctuation... ça s´écoute facile, profond.

  • Au moment de présenter Liliane Giraudon, il me vient une expression, comme si le texte pouvait s´arrêter là :
    Liliane Giraudon est une ligne droite.
    Parce que, pour moi, Liliane Giraudon c´est une direction.
    Quelqu´un qui cherche et qui expérimente. Et que ce que nous nommons littérature, c´est ce qui catalyse et sédimente en aval, où soi-même on s´installe pour travailler, tandis qu´eux sont déjà partis un peu plus loin devant, dans cette brume où viendront les nouveaux travailleurs, vous savez le reste de la lettre à Paul Demesny.
    Ainsi, et c´était déjà dans le paysage quand j´en ai soulevé un coin de trappe, fin des années 70, la revue Banana Split avec Jean-Jacques Viton. Ainsi, la permanence de l´atelier POL, la façon dont l´éditeur lui a donné ces galeries et chambres, voir Liliane Giraudon sur site POL (en 1978, déjà ce titre : Têtes ravagées : une fresque, ou ce Pour Claude Royer-Journoud). Et retenir cette Divagation des chiens ou son Parking des filles...
    Atelier aussi qui se confond avec territoire :
    L´implantation à Aix Marseille, de si longue date, la poésie par porosité et accueil.
    Alors évidemment, très fier que Liliane Giraudon ait accepté de venir symboliquement nous rejoindre sur publie.net.
    Seulement, après cela, voilà : ce texte, Les talibans n´aiment pas la fiction, se passe complètement de Liliane Giraudon, voire de nous-mêmes. Ce qui compte, c´est l´expérience du réel, et comment elle percute l´écriture. Et que cette friction, cette fissure qui s´inscrit, devient question, n´est pas uniquement texte, ou aboutissement de poésie, mais notre propre rapport au réel, à l´écarquillement des yeux, à la marche et à l´errance. Ce qui rejoint la catalyse de l´objet texte, ce sont des dessins, des images, des notes, des mots recopiés, des observations.
    C´est l´expérience du voyage qu´on questionne et qu´on pousse au bout.
    Et si cela se passe de nous-mêmes, c´est que le territoire afghan nous est désormais en partie inaccessible, mais que la guerre qui s´y continue se fait en notre nom. L´Afghanistan est pour nous tous un rêve et une tradition, des voyages du père Huk jusqu´aux Cavaliers de Kessel ou le Livre des merveilles de Marco Polo : la planète ne se divise pas, lorsqu´il est question de l´homme. Mais à condition que cette interrogation s´effectue concrètement, par le voyage et le regard, par le travail sur soi dans le choc de l´autre, et combien plus quand il est soumis lui-même à l´éclatement, la pression, le heurt de la guerre. Notre littérature, dans tant de ses âges, s´est écrite à cette frontière (d´Aubigné même). Il ne s´agit pas d´une expérience de l´étranger, il s´agit d´aller chercher l´étranger dans le corps de notre expérience propre.
    Il s´agit d´un texte concret : la poésie est à ce prix, démarrer par l´expérience du monde. Bienvenue au Carnet afghan de Liliane Giraudon dans publie.net.

    FB Merci spécial à Sarah Cillaire pour la relecture et réflexions et à Fred Griot pour la conception graphique, la mise en page et la coordination éditoriale.
    Les talibans n´aiment pas la fiction a été initialement publié aux éditions Inventaire/Invention fondées par Patrick Cahuzac, maintenant disparues. Nous avons souhaité assurer la continuité de la diffusion matérielle de ce texte important (comme nous l´avons fait pour Leslie Kaplan, Jean-Philippe Cazier et d´autres), mais il s´agit d´une édition entièrement neuve dans la conception et la révision.
    Voir aussi Liliane Giraudon sur le site des Editions Argol.

  • Journal d'une désintoxication aux rêves. Chaque jour une page. Ne pas écrire à la première personne du singulier. Laisser surgir ce qu'on doit affronter. Est-ce que les phrases alors se rapprochent du monde, viennent d'elles-mêmes aux bords des mondes ?
    Dans l'injonction qu'on s'adresse à soi-même, ce qu'on porte de philosophie est convoqué et bousculé. Les silhouettes et les voix surgissent près, vous entraînent dans leur danse de mort.
    Voilà alors la naissance d'autant de micro-récits fantastiques et mouvants, ou bien la saisie extrêmement fine et précise de scènes concrètes, celles qui font qu'on existe.
    On entre dans la nuit avec assez de vitesse pour ne plus avoir prise. Etrange affrontement d'un il neutre et du elle narratrice. Entre le monde et soi-même, une violence. Celle qu'accomplirait l'écriture : vers celle qui écrit, ou sur elle-même ?
    Alors machine continue désormais lancée, roman de la ville et ses labyrinthes, du souvenir et ce qu'il écorche.

  • Grand Raymond Roussel : vie hors du commun bien sûr, un héritage qui fait de lui un homme fortuné, libre de se consacrer aux passions qui le brûlent. Compositeur, pianiste de génie, inventeur tous azimuts, sauf qu'incompris. Et, au-des la passion d'écrire : un inventeur, un manipulateur (voir son légendaire Comment j'ai écrit certains de mes livres), un expérimentateur sur comment s'y prendre.
    Et pourtant, à chaque publication, de son vivant, l'échec qui le conduira au suicide, à Palerme, en 1933.
    Il nous laisse, parmi une suite de monstres littéraires qui en mettent toutes les valeurs à bas, au moins une oeuvre en apparence raisonnable : la description du parc, dans la demeure d'un étrange inventeur, Martial Cantarel, et quelques rencontres qu'on y fait.
    Il fallait cela pour que nous entrions, nous, comme dans un rêve, dans ces machines étranges, mêlant l'art du récit à de fascinantes inventions plastiques, machines à arracher les dents et composant ces labyrinthiques oeuvres d'art à partir des dents collectées ?
    "Locus Solus", paru en 1914, au bord de la catastrophe du monde, est un livre des plus immenses, vaguement inquiétant, toujours acide, un défi à notre relation ordinaire au monde.  Il suffit pourtant d'y suivre l'explorateur Échenoz pour être pris par le plus simple, le plus époustouflant et troublant roman.  FB

  • (Une pie) est un texte dont le regard vole et se pose comme celui de l´oiseau. Il dérobe des jours et des images du monde qui se déroulent devant nous, depuis toujours presque, semble-t-il, de manière légère et grave, laissant en nous ses traces de griffes.
    Nous voici plongés dans des moments d´éternité suspendus, où le réel se mêle au légendaire et au plus ancien, dans une perception flottante et paradoxalement d´une grande acuité. Un très beau petit texte qu´il faut lire en laissant affleurer à la surface du poème les chansons idiotes qu´aimait Rimbaud, la part de naïveté dont le tragique toujours n´est pas loin. On peut écouter ce livre, mis en voix par François de Bortoli.
    On peut lire du même auteur Le Héros Poésie/ Flammarion, 2008 Hence this cradle, traduction en anglais d´Ann Cefola, bilingue, Otis Books/Seismicity Éditions, Los Angeles, 2007 Alparegho, Pareil-à-rien L´Act Mem, 2005 D´ici, de ce berceau Poésie/Flammarion, 2003 De la main gauche, exploratrice Poésie/Flammarion, 1999 & Corinne Barbara a dansé, Les éditions du soir au matin, 2009 Deux Noyaux Pour Commencer La Journée (avec des interventions de Stéphanie Ferrat, Galerie Remarque, 2009) Gora soli (avec des peintures d´Anna Baranek, l´attentive, 2008) Ô cahier 3, (avec Anna Baranek, Espace Liberté/Les Ennemis de Paterne Berrichon, 2006) Voici quelques liens :
    [http://www.ville-boulogne-sur-mer.f...] http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/05/le-hros-dhlne-s.html http://www.paperblog.fr/1746209/helene-sanguinetti/ http://remue.net/spip.php?article2812 http://remue.net/spip.php?article1788 [http://www.printempsdespoetes.com/i...] http://www.lactmem.com/medias/fonds_compact/sanguinetti_alparegho.html http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2008/04/hlne-sanguine-1.html http://www.enba-lyon.fr/conferences/fiche.php?a=08&id=454 http://www.thepedestalmagazine.com/gallery.php?item=2223

  • Le rêve et la vie quotidienne. Le rêve qui se glisse à cause de la ville, à cause des enfants, à cause des métiers, des noms, des visages croisés dans le jour.
    Et si le rêve alors nous aidait à mieux les comprendre, les proches ou les inconnus de la ville ? A mieux se connaître soi-même, par les peurs et les désirs, les giffles et les chutes, ou ces conversations avec mots étranges ?
    C'est à cette exploration que nous convie Cécile Portier - une traversée de soi-même, faite chantier d'écriture, et c'est le fantastique qui surgit. Pas besoin d'horreur ni de surnaturel : et si c'était plutôt ce dérèglement du monde le plus familier, qui était susceptible de nous perturber le plus, et nous emporter dans le conte ?
    Terrassement c'est un mot à double usage : la première phase d'un chantier, la préparation du sol pour les fondations, et puis aussi l'affrontement du monstre, sa mise à terre.
    Ce texte ne travaille pas sur le rêve - et on sait bien comme rien n'est monotone comme un rêve écrit. C'est un avec, ou dans le rêve.Le texte qu'on propose ici est plutôt un chemin dans la ville qui nous cerne, où l'énigme s'accroît à mesure que le récit s'ordonne, avance. Il joue de ses strates d'écriture : les récits de rêve intégrés à même le discours de la narratrice qui commente, se construit dans le danger qu'elle nomme. Et c'est incisé de textes bruts : cartes de visites punaisées à même le texte, pour entrer avec toute la ville dans cette dénomination Saphir Antalgos...
    Cela fait écho au surréalisme, celui de Nadja et du Paysan de Paris ? Et pourquoi pas, justement, si c'est notre présent qu'on y rejoue...

  • Qu´est-ce qui précède la toile : le regard de l´artiste, ou le mouvement du monde vers lui ? À l´invitation du Lab-Labanque de Béthune, Jérémy Liron a exposé la suite de son projet Landscape(s) au premier étage des appartements de l´ancienne Banque de France. Armand Dupuy a écrit ensuite depuis ce travail le texte du catalogue - repris et édité ici par Publie.net.
    Au lieu de poursuivre la série entamée, le peintre a répondu à l´appel du Centre d´Art en déplaçant la question de ces toiles vers ce qui les produit et les happe. Jérémy Liron vit et travaille à Lyon ; pour rejoindre Béthune où installer les tableaux, c´est près de 700 km de train. Alors, du défilement du réel au-dehors et de ce mouvement vers le lieu de l´exposition, le peintre s´est emparé pour en faire précisément le matériau du projet.
    Photographies et notes de la traversée nourrissent le travail et c´est naturellement qu´on les retrouvait dans l´exposition, moins pour l´illustrer que pour retourner la question : si le monde avait précédé les tableaux, son écriture leur fait face en retour et dialogue avec eux.
    Généalogies multiples du tableau : origine et fin du regard qui travaille le réel depuis la question qu´on lui adresse en chemin, et dont l´adresse devient le geste même du peintre, qui écrit : « Qu´est-ce qu´on emporte de soi à regarder la route ? Et qu´est-ce qu´on y laisse ? Le réel est un cadre qui déborde sans cesse. » Le texte rédigé par Armand Dupuy voudrait dresser ici avec précision les territoires de ce travail où le paysage habite dans une façade qu´inlassablement le peintre interroge. La route qu´emprunte l´artiste pour aller vers la toile est celle qui traverse le monde - cette expérience littérale fonde la démarche, et questionne profondément le sens de ce geste : dévisager le réel.

  • Le pacte avec le diable est un thème ancré dans toutes nos cultures d'Europe (voir Rabelais, le diable et le laboureur, dans le Quart Livre), et le "Melmoth" sera une énorme pierre dans toute la littérature du XIX° siècle.

    Mais avec le bref et tendu "Peter Schlemihl", il se passe autre chose. L'histoire se passe dans notre monde, de gens cultivés, dans une ville comme la nôtre, mais s'il y a ce merveilleux chapitre d'ouverture avec débarquement dans la ville inconnue. Tout va se jouer entre Schlemihl, ses deux domestiques, et le bonheur bourgeois qui s'éloigne. "La peau de chagrin" et tant d'autres naîtront de ce récit décalé, ténu, tout en nuances, de Chamisso l'exilé, qui choisit d'écrire dans la langue du pays de l'exil.

    C'est la première traduction que nous présentons ici, celle établie par le propre frère de l'auteur, Hyppolite von Chamisso, avec l'aide de celui qui ne s'appelle plus Louis-Charles-Adélaïde Chamisso de Boncourt, mais sera dans toutes les anthologies du romantisme allemand, celui du fantastique et des rêves, sous le nom d'Adalbert von Chamisso.

  • Notre pays est considéré comme un pays riche, ses villes vont bien, on y a cinéma et boîtes de nuit, petites bouffes entre copains. On a des ordinateurs au bureau, une voiture pour le week-end.

    Et, en plus, on s'active à boucler un premier roman qu'on essayera de faire publier, on se souvient de ses études de Lettres, on a des rêves d'adolescence qui vous poursuivent même quand on se retrouve aux Urgences de l'hôpital.

    Parfois c'est Paris (le périph), parfois c'est une grande ville de province (Bordeaux, Lyon ?), mais tout y est si semblable, zones commerciales et centre-villes.

    C'est bien cette tranquillité des apparences dont se saisit à pleine pâte Nicolas Gary, avec les travers de langage qui sont la langue qu'on y entend. Il en extorque une grimace - dans le genre Homme qui rit, vous vous souvenez : ce gamin à qui Victor Hugo a découpé au couteau les deux joues pour qu'il rie en permanence.

    C'est cette cruauté dans l'ordinaire qui donne sa cinétique et sa folie, sa brume intérieure à la façon dont Nicolas Gary tord ici le réel : juste pour l'apporter plus près de nous-mêmes.

    Reste qu'il faut un fil conducteur. Des études de Lettres avec petit boulot dans les banques, à ce manuscrit qu'on tente de faire recevoir, le fil souterrain de cette construction narrative, le chemin qu'on fait soi vers sa propre façon d'écrire - celle qui dresse ici cette satire du présent.

    FB

  • Voici l'arrivée de Vincent Tholomé, et de ses steppes, chez publie.

    De grandes vignettes poétiques, un travail en cours, qui trouvera sans doute peu à peu un fil narratif.


    Vincent Tholomé revendique ce texte comme un montage, avec son côté retravaillé, pas du tout "naturel". Une façon de concevoir le "réalisme" : pas le "vrai" mais quelque chose que fait "vrai" tout en sonnant carton-pâte...


    Livre en cours donc, dans l'état d'avancement. Monde in progress. Mais quel monde serait achevé ? C'est le principe même du vivant : rien d'éternité et rien d'achevable. Une exploration qui se déroule sous nos yeux. En même temps que se constitue le livre, se constitue le monde. Le monde de steppes.

    "La grande HISTOIRE SECRÈTE DES PRAIRIES DU NORD-EST ASIATIQUE ? Ça ne serait que ça, dans le fond. Un concert de voix. Tuant le temps en parlant. Tuant le temps avant de disparaître. D'aller voir ailleurs ce qui se passerait. Dans un autre temps. Un autre espace. " La steppe donc. Longues lignes. Terre d'herbes.

    L'armée de paille de Kouropatkine, hantant "une Sibérie de carton-pâte".

    Les camarades d'affection, de rudesse et de plein air "La putain de toundra et son putain de permafrost. " Et les noms : "Dalandzadagad. C'est nom que donne lui. Boosniikhon. À là. C'est anciennement Molan. Si bien que tout le monde oublie Molan. Et Sansar. Et Altantsetseg. Et Narantsetseg. Et tout le monde parle. Maintenant. De Dalandzadagad. De Boosniikhon. Bazarragchaa et Tsetsegmaa." C'est une cosmogonie de la nature. Et l'on se rappelle alors Brautigan, ou Kessel dans ses "Les cavaliers" et le grand jeu du bouzkachi.
    Fred griot Petit mot sur le texte par l'auteur :


    Maintenant je me plonge dans l'idiome, je suis à la trace les souffles et la syntaxe des autres, je plaque sur leurs mots mon propre souffle, ma syntaxe singulière, ce qui en sort sont des espèces de visions, de textes improbables, toute une série d'affaires concernant une bande, un troupeau de bad boys et leurs nanas, c'est comme un hommage caché, une façon de renvoyer l'ascenseur à tout ce qui, jusqu'ici, m'a nourri, alimenté, une façon de faire surgir mes propres histoires depuis les mots des autres, ce faisant j'écris comme un ancien très ancien, un vieux sorcier, avant, dans l'ancien, pour rendre compte de ses propres visions, un vieux sorcier chevauchait littéralement les mythes, les mots de sa tribu, dans le fond, HISTOIRE SECRÈTE DES PRAIRIES DU NORD-EST ASIATIQUE n'est que ça, une première façon de montrer, d'exposer ces visions littéralement venues d'ailleurs, plus tard, j'espère qu'il y aura STEPPE, et d'autres choses encore, toute une série d'affaires qui se préparent, on pourrait résumer tout cela, ce travail-là, d'une formule simple et claquante, on pourrait résumer ça par être là, dans l'idiome, oui, DANS L'IDIOME me convient parfaitement pour l'instant, j'adopte

  • C'est un roman, le roman d'André, arrière-grand-père de la narratrice. André a connu les tranchées de la première guerre mondiale avant de devenir imprimeur du roi à Addis Abeba. La narratrice reconstitue, dans une suite de scènes frappantes, ce qui finit par former une histoire. Une histoire où les destins individuels rencontrent l'Histoire. "Un récit, cent fois entendu ou conté, lui manque s'il n'est pris en son commencement. Il ne reconnaît rien aux épisodes si manquent les premiers. Pour trouver un chemin, il fait les mêmes détours que par erreur une première fois. Tel était André "

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