Presses universitaires de Rennes

  • Cet ouvrage a pour objet l'étude de l'espace romanesque tel qu'il se donne à voir dans l'oeuvre à travers l'ancrage géographique du récit et la configuration spatiale du monde qu'il dépeint. Dans la mesure où, de par sa nature littéraire, le monde représenté consiste uniquement en la mention et en la description de lieux - le reste ressortissant à la narration et donc essentiellement à l'action -, l'espace romanesque constitue, de fait, toute la réalité dans laquelle se meuvent les personnages : loin de fournir le seul cadre de l'intrigue, il est au fondement de l'univers fictionnel. Comment le constitue-t-il ? Quel sens donner dès lors aux notions d'espace mais aussi d'univers, de lieu ou de pays dans le cadre du roman et comment les décliner pour l'étude de la topographie fictionnelle ? Une telle mise en question des relations qui unissent espace du roman et univers de la fiction conduit en outre à s'interroger sur la manière dont la spatialisation conditionne la généricité du texte. Établissant la notion de chronotope comme configuration spatio-temporelle originale, Bakhtine y voyait un élément définitoire du genre du roman dont elle permet de saisir les manifestations conjoncturelles. Or, le chronotope, bien qu'il lie indissociablement espace et temps, privilégie l'approche historique. De quelle manière, peut-on se demander, les coordonnées spatiales de l'univers romanesque déterminent-elles son inscription sur la carte des genres ? Autant de questions fondamentales auxquelles une quinzaine de chercheurs des deux côtés de l'Atlantique et un écrivain féru de géographie imaginaire tâchent d'apporter des éléments de réponse, pour comprendre la fabrique topographique et l'inscrire dans la diachronie.

  • Entre 1870 et 1914, alors que de grandes nations européennes sont en construction et que les révolutions secouent le continent, le théâtre fin-de-siècle affirme la continuité du drame historique romantique en contestant pourtant ses valeurs : l'héroïsme et la noblesse d'âme sont désormais suspects et invalidés, la scène européenne préfère les petits faits aux grands évènements et les faiblesses des grands hommes à leurs moments de gloire. On voit alors sur scène, chez Strindberg, Sardou, Rostand ou Wildenbruch, un Napoléon exilé et malheureux, une Théroigne de Méricourt devenue folle et humiliée, un duc d'Enghien ou un Aiglon qui manquent leur rendez-vous avec l'histoire. Ce théâtre produit une histoire parallèle et dissidente à la grande histoire, une revanche des « petits », des oubliés de l'évènementiel et interroge somme toute ce qui mérite d'être historique et de rester dans les mémoires.

  • Ces Entretiens sont attachés à un lieu, qui leur donne son nom : La Garenne Lemot, une villa néo-classique, aux bords escarpés de la Sèvre, dans l'évocation de la Toscane. En cet endroit l'on peut parler de beauté et de grâce, mais aussi, comme nous l'avons fait, de tolérance et d'amitié. Ces Entretiens sont annuels. Le lieu est essentiel. Il communique un charme et une grâce qui ouvrent à la beauté. Il engage à l'absence de raideur que nous avons rêvée, chacun à travers nos disciplines et nos imaginaires. C'est d'ailleurs ainsi que nous entendons ces Entretiens. Des sujets vagues, dirait-on, des lieux communs, mais affrontés avec rigueur. Il y a longtemps que nous nous exerçons à ce que j'appelle l'élucidation critique des lieux communs de l'imaginaire. Nous sommes très loin de tout dogmatisme. Nous sommes invités, comme les historiens de l'imaginaire que nous voulons être, à prendre les chemins de nos disciplines, à les regarder se rencontrer, il est difficile d'organiser une présentation. Chercher une conclusion est impossible. Le lecteur est invité à la table de La Garenne. Cette année-là il s'agissait de métamorphoses. Je pense qu'il y aura matière à rêver.

  • Le regard, tel est bien le point commun qui pourrait réunir les trois termes que cet ouvrage entend examiner dans leurs interactions : le paysage, la politique et l'artiste. Le paysage, c'est, à la différence du pays, ce qui se voit, ce qui a donc besoin d'un regard. La politique cherche, quant à elle, à donner du sens aux questions de l'environnement par l'élargissement des perspectives : elle est donc en quête du meilleur point de vue. L'artiste enfin est un voyant qui sait découvrir derrière les choses ce que l'homme ordinaire n'a pas su percevoir, il sait regarder et pourrait satisfaire ces attentes d'un regard. Parler du regard de l'artiste, c'est porter le débat sur une perception individuelle et assumée qui, par l'écrit et l'image, prend acte des modèles culturels du paysage repris, modifiés ou inventés. Dans sa place intermédiaire, l'artiste expérimente et questionne nos modes de représentation et les modifications que l'action politique, économique et sociale ne manque pas de leur imprimer. Aussi les constats de l'artiste se transforment-ils souvent en prise de position. L'examen de l'articulation entre esthétique et politique du paysage a été proposé à des chercheurs de disciplines variées, spécialistes des littératures, mais également de la géographie, de l'histoire de l'art, de la philosophie et aussi de la pratique du paysage. Tentant de cerner les caractères du regard de l'artiste, ils ont envisagé celui-ci largement à travers les arts, qu'il s'agisse de ceux du peintre, de l'auteur de bande dessinée, du cinéaste ou de l'écrivain pour en dégager les visées entre appropriations et révélations.

  • Le présent volume constitue les actes d'un colloque qui s'est tenu à Lorient en novembre 2009. Partant du constat qu'au-delà du roman dit « à thèse », caractérisé par un message clair et univoque, tout roman propose une saisie du monde, qui ne peut rester étrangère aux « systèmes » d'organisation sociale, de gouvernement, de partage des droits et des devoirs, les participants ont voulu interroger les liens variés qui unissent la politique au genre romanesque. Il s'agissait ainsi d'interpréter la visée esthétique des oeuvres, les stratégies poétiques qu'elles déploient dans leur interaction permanente avec les affaires de la cité. L'évolution diachronique des rapports entre roman et politique atteste de la persistance de cette perméabilité depuis au moins le XVIIIe siècle. Ainsi, les contributions de ce volume proposent une approche variée des rapports entre roman et politique, dans une perspective diachronique tout d'abord, puis par le biais de problématiques plus spécifiques : le roman historique et ses échos politiques, la question de l'engagement, l'écriture du roman dans un contexte politique totalitaire, le roman post-colonial, la question de la réception politique des oeuvres romanesques. Toutes ces contributions s'attachent donc, en définitive, à souligner que le roman, par le recours à la fiction, élabore un monde dont les significations englobent en le débordant largement l'espace plus restreint du politique, entraînant le lecteur vers une expérimentation, une mise en question et une prise de distance. Le texte narratif apparaît ainsi comme un antidote à la tentation de l'univocité et de la simplification dangereuse, éprouvée aussi bien par la politique politicienne que par l'engagement canonique.

  • Saint-Pol-Roux occupe, à la charnière du XIXe siècle et du XXe siècle une position particulière : héritier du romantisme, disciple du symbolisme, il participe de « l'esprit nouveau » et prépare les recherches de la modernité poétique. Dans sa solitude bretonne, il se fait l'écho des recherches esthétiques de son temps, dans le domaine de l'écriture (surréalisme), de la musique (Beethoven, Wagner, Meyerbeer) et de la peinture (Gauguin et les nabis). C'est sa situation privilégiée de « passeur » et de médiateur que ce colloque a voulu étudier : passage du monde méditerranéen au monde celtique, de l'humble réalité aux images les plus audacieuses, de l'instant à l'éternel, du monde visible au « seuil du mystère »... Il s'agissait surtout de faire entendre la voix singulière qui fit résonner « un chant d'étoile et d'argile ensemble ».

  • Les liens entre le littéraire et l'identitaire constituent le fil conducteur des travaux de spécialistes de différentes littératures des pays de langues romanes regroupés dans cet ouvrage. Ils interrogent la production romanesque actuelle (de 1980 à nos jours) tout en privilégiant la problématique identitaire et les rapports entre mémoire, histoire et fiction. Ainsi, cet ouvrage vise à établir un état des lieux de cette production à partir de paramètres formels et thématiques bien délimités. Ceux-ci concernent aussi bien l'identité du récit actuel - en se penchant sur les nouvelles stratégies d'écriture et les nouvelles formes romanesques - que les figurations identitaires qu'il produit ou qu'il déconstruit. C'est autour de ces deux grands axes que s'articulent les contributions réunies ici pour cerner les lignes directrices et les évolutions perceptibles de la production romanesque contemporaine. Cet ouvrage donne au lecteur quelques clés pour mieux comprendre les enjeux d'une modernité fictionnelle en phase avec son temps.

  • À l'automne 1949, les entretiens de Gide avec Jean Amrouche inaugurent un genre nouveau. Malgré un premier accueil en demi-teinte, celui-ci va vite se frayer un chemin dans les programmes de la radio d'État et s'y installer durablement. Après une éclosion foudroyante en 1950-1951, stimulée par le grand succès de presse et d'audience des entretiens de Léautaud et de Claudel, le nombre et le caractère inégal des réalisations entraînent un fléchissement d'intérêt début 1953. À partir de 1955, le genre entre dans une phase plus routinière de son existence, avec ses hauts et ses bas, que les décennies suivantes vont continuer d'alimenter de nombreux noms comme Prévert, Queneau, Audiberti, Aragon, Adamov, Ponge, Butor, Leiris dans les années 1960, Claude Simon, G.-E. Clancier, Kessel, Pieyre de Mandiargues, Césaire, Robbe-Grillet, Soupault dans les années 1970. Centré sur la première décennie du genre, Écrivains au micro passe en revue une douzaine de séries, dans l'ordre de leur diffusion. Chacune fait l'objet d'un chapitre séparé, confié à un spécialiste de l'écrivain interrogé : Colette, Cendrars, Léautaud, Cocteau, Ghelderode, Duhamel, Breton, Montherlant, Paulhan, Paul Fort, André Chamson. Deux chapitres généraux décrivent, au début de l'ouvrage, la poétique de l'entretien-feuilleton à la radio et la réception des séries de la décennie dans la presse.

  • Le propos de cet ouvrage issu d'un colloque organisé en 2007 au Centre international de Cerisy la Salle est de mener l'enquête sur le roman policier : à quoi sert-il aujourd'hui ? Quelle a été son évolution depuis les années 70 ? Quelle est sa place actuelle dans ce qu'on appelle le « panorama des littératures » ? « Roman policier/polar/roman noir » : l'hésitation sur sa dénomination, qui a fait préférer ici les termes « fiction policière » rend compte de l'extension du genre. Extension géographique : sortant de sa sphère d'origine, le genre policier est désormais de tous les pays. Extension temporelle : il est des « enquêtes » aussi bien du passé que du futur, et les « histoires policières » ont fréquemment à voir avec l'histoire, ancienne ou contemporaine. Ceci a pour effet que nombre de « polars » s'enracinent dans des visions de sociétés, et deviennent ainsi porteurs de questions sociales, politiques, existentielles, passant de la traditionnelle question « qui est mort et pourquoi/par qui ? » à une inhabituelle interrogation : « Comment vivre là et en ce temps ? » Un tel déplacement narratif entraîne un brouillage des genres, notamment entre cette catégorie « policière » et la littérature générale. C'est cette contamination par le « noir» qui est examinée ici, à travers les oeuvres d'auteurs européens et américains contemporains relevant du genre, tels que Fred Vargas, Thierry Joncquet, Didier Daenincks, Ian Rankin, David Peace, Henning Mankel, les frères Vaïner, James Ellroy, Jerome Charyn, Michael Connelly, etc., mais également celles d'écrivains mainstream comme Graham Swift, Kasuo Ishiguro ou encore Patrick Modiano, eux aussi séduits par la « manière noire » qui participe à divers degré de leur imaginaire fictionnel.

  • Ce travail poursuit la réflexion entamée dans L'OEil du texte qui avait tenté une première approche des questions soulevées par le rapport entre littérature et peinture. Ici, le réexamen du langage de la critique permet de proposer un affinement des catégories du descriptif liées aux pratiques intersémiotiques. C'est ce que tentent de faire les « nuances du pictural ». Les médiateurs sémiotiques autres que la peinture, qui varient le rapport texte/image, font l'objet de développements dans lesquels les rapports entre le texte et le miroir, le texte et les appareils optiques, les reflets mais aussi la photographie, la carto­graphie, et le « tableau vivant » sont abordés sous l'angle des « substituts du pictural ». Le travail sur l'intersémioticité s'accompagne d'interrogations qui sont ensuite traitées. Le rapport entre texte et image est alors porté au-delà du paragone et de la division lessingienne entre arts du temps et arts de l'espace. C'est dans l'effet de lecture que se trouve l'une des clés d'approche. Les modalités du dialogue entre texte et image imposent une double lecture qui opère sur le mode de l'oscillation, de la traduction ou de la transaction. L'image en-texte ou hors texte joue le rôle de trompe-l'oeil dont le lecteur ne peut se déprendre. Ce mouvement d'oscillation se double d'une constante : le désir contradictoire de voir de près/voir de loin. Le tout et la partie, l'oscilla­tion du regard déstabilisent le texte et le lecteur, le sortent de l'emprise du texte pour mieux l'y replonger. Enfin, le mode d'intégration de l'image et de ses substituts dans le texte peut être conçu en termes qui allient les deux critères irréductiblement oppo­sés par Lessing. Le temps et l'espace se trouvent réunis dans deux données fondamentales de la critique et de la physique : le rythme et la vitesse. La notion de rythme permet de repenser la relation entre texte et image non pas sur le mode agonistique mais sur le mode complémentaire de la coopération. Enfin, le corps réintroduit dans l'oeuvre par la présence de la peinture se fait entendre dans la synesthésie qui allie l'oeil à l'oreille, les voix au voir. Ces propositions se trouvent assorties de lectures picturales qui offrent des mises en application du travail proposé. Ainsi, le lecteur pourra faire quelques stations en compagnie d'O. Wilde et de V. Woolf, d'H. James, E. Wharton, S. King, A. Carter, J. McGahern, Paul Auster et tant d'autres.

  • Pourquoi et comment parler de « contrat » dans l'étude de la littérature ? Qu'implique le fait de définir l'échange littéraire en des termes issus du vocabulaire de la philosophie éthique et du droit social ? Comment comprendre les expressions, couramment utilisées aujourd'hui, de « contrat de lecture », voire de contrat d'écriture ou de réécriture ? Faut-il maintenir la distinction entre « contrat fictionnel » et « contrat référentiel » dans l'analyse du roman ? En répondant à ces questions, les quinze auteurs de Littératures sous contrat mesurent la pertinence du modèle contractuel à sa capacité de rendre compte de certaines ambiguïtés constitutives de la littérature - française et européenne, du XVIIe à nos jours. Placée au carrefour des interrogations portant sur les instances d'auteur et de lecteur, sur la différenciation des genres, sur l'appropriation et la réception des textes, la notion de contrat est ici exploitée et contestée à la fois, explorée dans le cadre d'une appréhension rigoureuse et inquiète de l'échange littéraire.

  • Ce qu'il faut retenir de l'épisode de la Tour de Babel, qui a inscrit dans la mythologie du monde occidental le lien entre parole et pouvoir, ce n'est pas le fait que la diversité des langues ait semé la confusion chez les hommes, anéantissant de facto leur projet gigantesque. Ce que met en exergue ce mythe, c'est le pouvoir attribué à la langue, puisqu'il a suffi, pour annihiler le pouvoir des hommes, de les priver de cette langue. Le rapport dialectique qu'entretiennent parole et pouvoir est une source constante d'inspiration et de réflexion. La permanence de cette problématique repose sur le caractère éminemment équivoque des liens susceptibles d'être noués entre ces deux modes d'expression : car il est remarquable que l'un comme l'autre puisse servir de support à la conquête de l'autre, et cette instrumentalisation réciproque potentielle explique la complexité des synergies sous-jacentes. En un mot, et en schématisant, la parole peut s'avérer aussi bien instrument d'aliénation que de libération. Ce thème est universel : il ne connaît pas de frontières, il est insensible au temps. La littérature nous le dit, qu'elle désire parler du réel, de mondes épiques ou imaginaires, et par delà tous les genres. Ces recherches en témoignent, qui explorent et analysent le discours à travers le prisme des tensions inhérentes au couple « parole et pouvoir » : Cervantès, Buzzati, Tolkien, Joyce et Pirandello... aucun n'échappe à la question, tous l'ont traitée.

  • William Faulkner s'est proclamé créateur et seul propriétaire du comté de Yoknapatawpha. De ce comté imaginaire du Mississippi, l'écrivain trace la géographie et conte les légendes au fil de récits « apocryphes » : des textes qui ne cherchent pas à reconstituer l'histoire de la société sudiste, mais plutôt à scruter la transformation de cette histoire collective en hantise personnelle chez des personnages dont les monologues intérieurs captent les rêveries et les ressassements secrets. Le personnage moderniste est ici une chambre d'échos où resurgissent des bribes du discours d'autrui, mais aussi des fragments des mythes et récits dont l'histoire collective est tissée. Chez Faulkner, ce personnage est une créature essentiellement enfantine ; en effet, souvent il se laisse séduire à la manière d'un enfant qui n'est pas encore maître du langage et qui est néanmoins exposé aux discours d'autrui. Sensible au pouvoir de ces mots, il les reprend et leur fait écho, se laisse prendre dans des programmes narratifs tout faits au lieu de se constituer en auteur de ses propres actions et de ses propres paroles. Ce type de personnage est un lieu idéal pour l'observation de l'état d'enfance, conçue ici comme état de faiblesse originelle et de dépendance à autrui qui ne cessera de transparaître dans le rapport de l'être adulte au pouvoir. Faulkner s'attarde sur des états de détresse infantile et montre comment ce premier état muet ne cesse de hanter le langage. C'est pourquoi dans cette étude, William Faulkner est rapproché d'écrivains tels que Sigmund Freud ; en effet les textes faulknériens, tout comme les études de cas freudiennes, établissent des liens entre la détresse première de l'enfant et toutes les réactions défensives que l'animal humain sait élaborer pour prévenir le retour de cet état.

  • La lecture et le lectorat ont fait, depuis une vingtaine d'années, l'objet de nombreuses études, qui ont mis en évidence des disparités importantes entre un lectorat masculin et féminin. La lecture est un lieu socialement construit de la différence des sexes. Se manifeste, dès le XIVe siècle, un processus de sécularisation dans les pratiques de lecture à mettre en relation avec un phénomène de désacralisation du livre. La lecture au féminin est l'enjeu de débats moraux où s'y affirme sa dangerosité. Dans le même temps apparaissent des prises de position en faveur du contrôle des lectures féminines qui s'inscrivent dans une conception du partage des pouvoirs de l'écrit en corrélation avec un partage hiérarchique des savoirs. Parce qu'elle est transgression, séduction, perversion, la lecture et la lectrice se déploient en un imaginaire dont la littérature s'est emparée pour en proposer des représentations multiples et protéiformes. Territoires de l'historien et espaces littéraires ont été dans cet ouvrage confrontés en une approche transséculaire, transdisciplinaire, à partir de l'étude de documents multiples, bibliothèques, correspondances, manuels, iconographie et de textes littéraires. Il constitue une contribution importante à la construction d'une histoire sociale et culturelle de la lecture féminine. Il propose un bilan des savoirs de ces dernières décennies et de nouveaux jalons pour les études à venir.

  • Architecte d'une oeuvre plurielle, le recueil est de toutes nos lectures. Puzzle ou série, cycle ou mélange, il se feuillette, se reprend, se quadrille ou se picore. Mais qu'est-ce donc qu'un recueil ?

  • En quoi et à quelles conditions la notion d'engagement peut-elle aider à éclairer la représentation de la littérature ? Et en retour : quelle représentation de la littérature l'usage de la notion suppose (ou implique)-t-il ? Faut-il revenir à l'acceptation sartrienne du terme, ou en proposer de nouveaux modes d'interprétation ? Est-ce seulement le propre d'une certaine littérature que d'être engagée ?

  • Agrégation entre deux âmes séparées, Le Soulier de satin est le drame de deux êtres réunis en une seule ombre, l'ombre double, dès leur première rencontre due à un naufrage providentiel. Découvrant successivement le paradis puis l'enfer dans les bras de Prouhèze, Rodrigue se plaint d'avoir été livré entre ses mains ! Mais qui le délivrera de cet enfer ? Ce drame de la délivrance, fondé sur l'amour coupable des amants, ne serait qu'une version de Partage de midi si Claudel n'était mu par d'autres ambitions : malgré la grande humiliation de 1905, il ne se tient pas pour vaincu, proclamant ouvertement : « Je veux être un vainqueur. » S'il reconnaît que l'homme n'est pas maître de ses rêves, il oppose à la réalité quotidienne, presque toujours décevante, un rêve multiple d'où naît Le Soulier de satin, « délice de l'imagination ». Il tisse donc de trois fils disparates, trois grands rêves, la trame de ce drame foncièrement autobiographique, hors normes, aussi paradoxal que complexe, alliant merveilleux et réalité, imagination, désordre, fantaisie débridée, vérité et liberté, le tout réalisé avec une désinvolture dont il feint de s'excuser en déclarant : « C'est l'affaire des autres de se débrouiller avec moi. » Tâche hasardeuse que ne facilite pas cette mise en garde non moins facétieuse : « Si vous croyez tout ce que je raconte... ! »

  • Les textes rassemblés ici proposent une enquête sur « la critique » et « le critique », parce que le lieu critique peut être interne à l'oeuvre et ne doit pas être nécessairement associé à une pratique institutionnelle ; et parce que c'est aussi un discours sur l'oeuvre, qui se pose parfois comme un extérieur distancié, parfois comme son prolongement ou « espace de résonance ». La critique appartient-elle à l'oeuvre ou est-elle la recherche d'un au-delà de l'oeuvre ? Quelles valeurs pose-t-elle, et quels sont ses rapports avec le passé de la critique ? Ce dernier se confond- il, ou pas, avec l'histoire de l'art ? Quels rapports entre critique et public ? L'ambition de ce volume, au lieu de séparer les champs de la critique littéraire, de la critique de théâtre, de la critique cinématographique et de celle des arts plastiques, sera de dégager les axes communs dans les approches et les conceptions de la critique et du critique. De sa double relation avec l'oeuvre et avec le public, évoquée avec peu de ménagements par Balzac, déjà : « Il existe dans tout critique un auteur impuissant. ». Que dire de cette image d'impuissance associée surtout au critique universitaire, « sur les hauteurs du Quartier latin, dans les profondeurs d'une bibliothèque », « vieillard » qui « a tant vu de choses qu'il ne se soucie plus de regarder le temps présent » (Monographie de la presse parisienne). Ce rapport au présent n'est-il pas justement le moment critique par excellence, celui qui rend l'oeuvre critique ?

  • L'enfance est au coeur de l'oeuvre carrollienne - mais comment cerner cette problématique ? Le thème des « mythologies de l'enfance » a pour but de l'approcher, en évoquant non seulement l'enfance comme mythe, mais également la question de l'enfance comme fonctionnement mythique dans l'oeuvre de Carroll. Rassemblées à l'issue d'un colloque international, les études de ce recueil se donnent pour objectif d'interroger le statut ambigu de l'enfance dans l'oeuvre de Lewis Carroll, fasciné par cette saison de la vie dont il n'eut de cesse de célébrer l'exceptionnelle sensibilité, dans ses textes comme dans ses photographies. La mythologie de l'enfance dans cette oeuvre multiforme ne peut se comprendre qu'en mettant d'abord en perspective les différentes étapes par lesquelles le mythe s'est constitué, afin de saisir comment l'oeuvre carrollienne élucide et élude par le même mouvement la problématique de l'enfance, puis comment la réception de l'oeuvre s'est appuyée sur le thème de l'enfance, quitte parfois à le subvertir ou à en abuser. La question de la légitimité du mythe se pose ensuite : faut-il (et peut-on) démythifier le mythe ? Comment questionner sa portée pour comprendre ce qui se joue dans l'oeuvre ? C'est dans le prolongement de cette interrogation que se pose enfin la question de la représentation de l'enfance dans l'oeuvre carrollienne et dans les oeuvres d'autres créateurs inspirés par l'imaginaire et l'univers carrolliens.

  • Ce recueil d'articles interroge les rapports d'écart et de proximité de la littérature avec le mythe. Le concept même de mythe est pourtant difficilement définissable, voire profondément paradoxal, tant il est vrai qu'il désigne, dans le discours commun, aussi bien un récit à caractère sacré que la fausseté d'une conception et, dans le discours savant, aussi bien une fiction qui toucherait à un point de vérité que la manifestation d'une fixité idéologique. Nous n'avons finalement du mythe que des approches et des interprétations. Chacun des travaux de ce volume démontre la variété des formes que peuvent prendre les points de croisement entre la littérature et le mythe à travers la littérature anglo-saxonne. Certains auteurs se sont interrogés sur la production de grands mythes littéraires aussi bien que sur la dénonciation des constructions idéologiques qu'ils servent, en passant par les mythologies propres à l'expérience littéraire ou cinématographique, ou encore la subversion des idéaux du mythe par le texte et les rapports de rivalité que la littérature peut entretenir avec le mythe. À l'inverse, les autres ont voulu montrer que le texte littéraire prend parfois appui sur le mythe et sa poétique à des fins de subversion ou pour en retrouver la puissance symbolique au-delà du chaos de la modernité - ainsi le mythe peut-il prendre valeur de modèle et le texte trouver appui sur son mode d'énonciation pour revivifier la langue et renouer avec sa capacité à toucher au hors-sens de la vérité. Ce parcours illustre dès lors les différents visages sous lesquels se présente le mythe et convie le lecteur à réfléchir plus avant sur ce que l'écriture littéraire lui emprunte, en quoi elle reste en deçà du mythe ou nous porte au-delà de lui selon qu'il intervient sur le versant de la fixité des images ou de la force d'une vérité au-delà des mots.

  • La littérature fait-elle exemple ? Offre-t-elle des lignes de conduite, des programmes d'action et de pensée, ou nous laisse-t-elle éternellement perplexes devant l'instabilité des normes et la diversité des situations ? La solidarité de la fiction avec l'individuel, le singulier et parfois l'insignifiant, doit-elle nous faire conclure à son impuissance à l'exemplarité ? Quelle articulation reconnaître, à ce titre, entre exemplarité esthétique et exemplarité morale ? Ce sont là quelques-unes des questions posées par ces troisièmes Cahiers du Groupe (Groupe de poétique historique et comparée, CELAM, Rennes 2), après ceux consacrés aux notions de contrat (Littératures sous contrat) et d'engagement (L'Engagement littéraire), publiés aux PUR sous la direction d'Emmanuel Bouju. Judith Schlanger, Alice Kaplan, Philippe Forest et vingt-six autres chercheurs membres, associés réguliers ou collaborateurs ponctuels du Groupe abordent la question, ancienne mais toujours vive, de l'exemplarité littéraire, en trois grands mouvements centrés sur le lien entre exemplarité et exemplification, sur le modèle lui-même exemplaire de l'oeuvre de Cervantès et de sa postérité, ainsi que sur l'hypothèse d'une inexemplarité de la littérature moderne. Attaché à traduire la diversité des approches actuelles de la littérature, cet ouvrage remet en question et en mouvement certaines des fausses évidences ou des certitudes préconçues touchant à la puissance ou à l'impuissance des oeuvres, à leur capacité à produire des exemples, à proposer des conduites, à servir d'étalon pour le jugement et de modèle pour la vie concrète.

  • Dans une perspective diachronique et pluridisciplinaire, les contributions de ce volume se proposent d'explorer les différentes formes d'appropriation, d'adaptation ou de détournement de la mythologie, qui ont abouti d'un côté à des lectures originales des fables anciennes, de l'autre à un nouveau statut du mythe, voire à des modèles mythologiques différents. Dès l'Antiquité, la mise à distance du mythe a été une source de créativité, renouvelant les formes d'écriture et conduisant à une réorganisation du patrimoine culturel mythologique. En relation avec la polémique soulevée par Platon, les commentateurs néoplatoniciens et les mythographes de l'Antiquité tardive ont engagé un véritable débat sur le bon usage des mythes, sur lequel se sont greffés, au Moyen Âge, des discours supplémentaires, par le biais de la traduction, de la glose et de la réécriture. La réflexion médiévale sur le mythe a entraîné une adaptation de la matière mythologique ancienne, voire un détournement de son sens premier lorsque les récits mythiques païens ont été mis au service des valeurs courtoises et de la Révélation. Le discours moderne sur le mythe s'est enrichi, lui, d'autres instruments (la psychanalyse littéraire, la mythocritique...) et a permis d'avancer des interprétations inédites de l'héritage mythologique, ancien et médiéval, ainsi que de nourrir les discussions sur la nature du mythe.

  • La crise de l'autorité, dont les origines remontent au seizième siècle et qui est susceptible de définir jusqu'à nos jours toute la période moderne, n'empêche pas la notion d'autorité de conserver sa pertinence et sa fonction régulatrice dans l'ordre de la littérature, où elle aide à penser l'idée d'auteur. C'est l'hypothèse dont ce volume procède, en regroupant tous les articles qu'a suscités le Groupe au long de deux années de séminaire et au terme d'un colloque international à l'instar des programmes et des ouvrages précédents du Groupe (Littératures sous contrat, L'engagement littéraire, Littérature et exemplarité). Il s'est agi, pour un ensemble d'une quarantaine de chercheurs, de relever dans une perspective de théorie littéraire le défi lancé en philosophie politique par Hannah Arendt dans La Crise de la culture : « En pratique aussi bien qu'en théorie, nous ne sommes plus en mesure de savoir ce que l'autorité est réellement. ». La faillite pluri-séculaire de l'autorité comme tradition, et la critique moderne et contemporaine de l'auctorialité comme garantie du sens, promeuvent des formes singulières et paradoxales de fonction-autorité ou d'effet-autorité en littérature, en suscitant les modalités originales de leur reconnaissance ou de leur contestation. Quatre mouvements composent ce volume, qui s'achève sur un épilogue (étude et entretien) consacré par Jean-Louis Jeannelle à l'oeuvre critique de Susan R. Suleiman, professeure à l'Université de Harvard.

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