Philippe Rey

  • Une prestigieuse université féminine de la Nouvelle Angleterre dans les années 75. On conteste plus que jamais les valeurs bourgeoises sur fond de drogues, de cigarettes, d'art et de poésie. Gillian Brauer, 20 ans, brillante étudiante de troisième année,

  • Jeune, belle, docteur en médecine, Taslima Nasreen connaît déjà la notoriété au début de ces années 90 qui vont marquer un tournant dramatique dans sa vie. Une notoriété qu'elle doit tout autant à ses débuts flatteurs en poésie qu'à son indépendance scandaleusement affichée dans un pays, le Bangladesh, peu ouvert aux revendications féministes. Très vite, l'exercice routinier de la médecine et les incohérences du milieu médical ennuient Taslima, avide d'autres horizons. L'écriture lui offre l'occasion de s'exprimer et de sortir d'un cercle professionnel étriqué. Poète, elle devient bientôt aussi chroniqueuse de presse dont le ton nouveau, l'esprit de liberté et l'irrévérence séduisent rapidement un abondant lectorat.Mais ce succès lui vaut des ennemis farouches, notamment dans les milieux conservateurs et fondamentalistes. Les « progressistes » sont loin de la soutenir : électron libre, elle dérange tout le monde. Sa célébrité naissante génère des jalousies, ses adversaires se font violents et haineux. Certains de ses livres sont brûlés, elle est molestée, interdite de Foire du Livre à Dhaka. Après la parution de Lajja - un roman-vérité écrit à la hâte qui dénonce les persécutions contre la minorité hindoue du pays -, des dizaines de milliers de manifestants réclament sa mise à mort. Son livre est interdit. Tombe alors, comme un couperet, la fatwa lancée par un obscur mollah de Sylhet. Bientôt sous le coup d'un mandat d'arrêt, Taslima est désormais une hors-la-loi dans son propre pays, sans autre ressource que de s'enfuir vers la Suède, la liberté, mais aussi l'exil et l'errance...

  • Port-au-Prince. Une famille négocie sa survie au jour le jour : il est maître pelle sur un chantier ; elle est repasseuse chez les messieurs célibataires du quartier, n'hésitant pas à se donner à eux car sinon « la chaudière ne monterait pas le feu ». Cinq enfants. Leur fille aînée, Babette, adolescente, est leur seul espoir : elle a son brevet, et sa beauté leur offrira un gendre riche. Sa mère la rêve en Shakira. Un certain M. Erickson se présente un jour, bien plus âgé qu'elle, généreux pour la famille qu'il installe dans une confortable maison. Mais qui est-il réellement, cet homme mystérieux aux trois maîtresses, vivant dans le luxe, entouré de gardes du corps ? Pourquoi métamorphose-t-il Babette en blonde au point que le quartier la nomme dorénavant la Barbie d'Erickson ? Sa mère constate, désolée : « Ma fille n'est plus ma fille ». En « putanisant » Babette, ses parents semblent s'être engagés sur une voie aux multiples périls, dont ils pressentent avec effroi qu'elle est sans retour. Dans Les brasseurs de la ville, épopée à travers les quartiers pauvres de Port-au-Prince, chaque personnage invente ses propres pas pour danser avec sa croix. Evains Wêche signe un talentueux premier roman qui met en lumière la lutte du peuple haïtien contre la déchéance et la mort, un peuple qui brasse la ville entre les bruits et les fureurs où s'entremêlent des histoires de courage, d'amour et de folie. « Servi par une écriture jazzée, ce roman est un trésor d'astuces. C'est passionnant. Un livre essentiel. » Luis Clavis, Radio-Canada

  • J'étais « imbibée » de littérature haïtienne quand je suis arrivée sur l'île la première fois. À Port-au-Prince, j'ai comme tout « re-connu ». Au gré des séjours, entre 2007 et 2014, j'ai observé, appris, senti, vécu des choses an pil (beaucoup) et qui se sont empilées. J'écris ici en passeuse impliquée pour ceux qui n'imaginent pas les richesses de cette ville, et peut-être aussi pour ce que nous (Occidentaux, pour résumer) avons oublié en terme d'humanité. J'écris pour saluer le courage, la dignité et cet art de s'élever au-dessus du bourbier quotidien en ayant recours à une pléiade de petits et grands dieux dont celui de la création me touche le plus directement. Ce livre associe des scènes données, des rencontres, des parcours. Je regarde Port-au-Prince, et parmi les fenêtres qui se sont ouvertes à moi: la quête de repères dans une ville meurtrie par le séisme; un passage saisissant au « club des jeunes du monde » de Carrefour via Gary Victor; un échange sur la condition homosexuelle dans la capitale avec le vidéaste Maksaens Denis; un portrait de la grande dame de la danse haïtienne, Viviane Gauthier,97 ans; une visite chez l'homme-cri, Frankétienne; des conversations avec les sculpteurs de la grand-rue; une incursion dans le monde paysan à travers les yeux de Yanick Lahens et Emmelie Prophète; le tour de la chambre de travail de Makenzy Orcel et des ateliers d'écriture de Lyonel Trouillot; la poésie chantée, de Georges Castera à James Noël; le théâtre courant les rues; les heures passées autour des tables où l'on refait le monde, un oeil sur les cafés-bordels où tant d'écrivains ont trouvé leurs muses... Chérir Port-au-Prince, avec un appel constant à lire les auteurs haïtiens, s'inscrit dans la vision d'un monde qui se mondialise aussi par la circulation des imaginaires: quel que soit le lieu, je m'attache à éclairer les visages et les enjeux de la création dans un paysage où la beauté a comme partout droit de cité.

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