Minuit

  • Icebergs

    Tanguy Viel

    • Minuit
    • 10 Octobre 2019

    Icebergs est une série de promenades dans les allées d'une pensée qui tourne et vire, une pensée à vrai dire obsédée par les formes qu'elle peut prendre. Cette nature inquiète qui l'abrite se demande surtout comment les autres, tous les autres, ont fait avant elle. Alors elle enquête, elle arpente les rayons des bibliothèques, elle se promène sur internet, elle se renseigne sur la vie des écrivains, elle s'assied sur un banc - autant de manières pour elle de résoudre l'énigme de son expression rêvée, ici présentée en courts essais « arctiques », parties visibles et flottantes de la pensée.

  • Clément Rosset a voulu publier à titre posthume ce recueil de récits « intimes » où sa personnalité ne transparaît pourtant pas, mais plutôt quelques-unes de ses manies ou celles de ses proches, et surtout son humour. (S. E.)

  • Des étoiles nouvelles ; quand la littérature découvre le monde Nouv.

    Les étoiles se lèvent-elles à l'ouest ? Et un poème peut-il faire polémique dans les journaux plusieurs semaines durant ? Que doit aux éléphants la rondeur de la Terre ? Et à Dürer La Guerre des étoiles ? Lequel des deux est le plus sémiologue, Tintin ou Milou ? Une boucle de cheveux et une bulle de savon méritent-elles de monter au ciel ? Et quels vers inédits de Shakespeare dans Hamlet auraient suffi à modifier l'oeuvre de Proust ?
    À tant de questions fondamentales comme à bien d'autres ce livre apporte des réponses précises et argumentées, ainsi qu'à celle-ci, qui les résume toutes : que peut une image ? À partir de deux mots pris dans l'un des poèmes les plus célèbres de la langue française, l'ouvrage raconte la découverte du monde, de la terre et du ciel par le langage et la littérature.
    Car ce livre traite des étoiles et de la poésie. Il parle du plus loin de nous, le firmament, et de ce qui nous touche au plus près, les mots du poète, des mots qui parfois nous découvrent le ciel. C'est un livre sur tout et sur l'inaccessible, sur l'altérité et les relations Nord-Sud, sur l'esthétique, la science et le pouvoir, sur la mémoire et les possibles de l'histoire. À partir de deux mots seulement, il dévoile les métamorphoses de la poésie en même temps que celles de notre connaissance du monde.

  • L'été 80

    Marguerite Duras

    « Au début de l'été, Serge July m'a demandé si j'envisageais dans les choses possibles d'écrire pour Libération une chronique régulière. J'ai hésité, la perspective d'une chronique régulière m'effrayait un peu et puis je me suis dit que je pouvais toujours essayer. Nous nous sommes rencontrés. Il m'a dit que ce qu'il souhaitait, c'était une chronique qui ne traiterait pas de l'actualité politique ou autre, mais d'une sorte d'actualité parallèle à celle-ci, d'événements qui m'auraient intéressée et qui n'auraient pas forcément été retenus par l'information d'usage. Ce qu'il voulait, c'était : pendant un an chaque jour, peu importait la longueur, mais chaque jour. J'ai dit : un an c'est impossible, mais trois mois, oui. Il m'a dit : pourquoi trois mois ? J'ai dit : trois mois, la durée de l'été. Il m'a dit : d'accord, trois mois, mais alors tous les jours. Je n'avais rien à faire cet été-ci et j'ai failli flancher, et puis non, j'ai eu peur, toujours cette même panique de ne pas disposer de mes journées tout entières ouvertes sur rien. J'ai dit : non, une fois par semaine, et l'actualité que je voulais. Il a été d'accord. Les trois mois ont été couverts à part les deux semaines de fin juin et début juillet. Aujourd'hui, ce mercredi 17 septembre, je donne les textes de L'Été 80 aux Éditions de Minuit. C'est de cela que je voulais parler ici, de cette décision-là, de publier ces textes en livre. J'ai hésité à passer à ce stade de la publication de ces textes en livre, c'était difficile de résister à l'attrait de leur perte, de ne pas les laisser là où ils étaient édités, sur du papier d'un jour, éparpillés dans des numéros de journaux voués à être jetés. Et puis j'ai décidé que non, que de les laisser dans cet état de textes introuvables aurait accusé davantage encore - mais alors avec une ostentation douteuse - le caractère même de L'Été 80, à savoir, m'a-t-il semblé, celui d'un égarement dans le réel. Je me suis dit que ça suffisait comme ça avec mes films en loques, dispersés, sans contrat, perdus, que ce n'était pas la peine de faire carrière de négligence à ce point-là.
    Il fallait un jour entier pour entrer dans l'actualité des faits, c'était le jour le plus dur, au point souvent d'abandonner. Il fallait un deuxième jour pour oublier, me sortir de l'obscurité de ces faits, de leur promiscuité, retrouver l'air autour. Un troisième jour pour effacer ce qui avait été écrit, écrire. » M. D.

  • L'urgence, qui appelle l'impulsion, la fougue, la vitesse - et la patience, qui requiert la lenteur, la constance et l'effort. Mais elles sont pourtant indispensables l'une et l'autre l'criture d'un livre, dans des proportions variables, des dosages distincts, chaque crivain composant sa propre alchimie, un des deux caractres pouvant tre dominant et l'autre rcessif, comme les allles qui dterminent la couleur des yeux. Je conseille la lecture du recueil de textes de Toussaint L'Urgence et la Patience, en particulier tous ceux qui rvent d'crire. [...] Le romancier nous rvle ses manires de procder, ses rgles, ses trucs, ses manies, les contraintes qu'il s'impose, les joies qu'il connat, et, comme la lecture est insparable de l'criture, son exprience de lecteur de Proust, Kafka, Beckett, et, bien sr, de Dostoevski. (Bernard Pivot, Le Journal du dimanche) Ce recueil est initialement paru en 2012.

  • Sortie d'usine

    François Bon

    'C´est d´abord un livre, Sortie d´usine, qui, en 1982, « s´impose comme un coup de force » selon le mot de Pierre Bergounioux. Le roman faisait en quatre semaines le tour d´une aliénation vécue de l´intérieur, évoquant le plus terrible - accident, mutilation, aliénation au travail - et surtout le plus profond des existences ouvrières : mort à soi-même, enfermement dans une vie parallèle qui ne croise jamais le chemin de son destin. François Bon dressait ainsi, dans une langue rare, heurtée, l´inventaire des abandons et des oublis, au premier rang desquels celui de vivre. Il affichait la mécanisation de l´homme amputé de ses sensations, rendu sourd, indifférent au monde par l´agression trop forte d´un univers réglé, minuté, totalitaire. (Dominique Viart, François Bon. Étude de l'oeuvre, Bordas, 2008).

  • " Ces textes ne constituent en rien une théorie du roman; ils tentent seulement de dégager quelques lignes d'évolution qui me paraissent capitales dans la littérature contemporaine. Si j'emploie volontiers, dans bien des pages, le terme de Nouveau Roman, ce n'est pas pour désigner une école, ni même un groupe défini et constitué d'écrivains qui travailleraient dans le même sens; il n'y a là qu'une appellation commode englobant tous ceux qui cherchent de nouvelles formes romanesques, capables d'exprimer (ou de créer) de nouvelles relations entre l'homme et le monde, tous ceux qui sont décidés à inventer le roman, c'est-à-dire à inventer l'homme. Ils savent, ceux-là, que la répétition systématique des formes du passé est non seulement absurde et vaine, mais qu'elle peut même devenir nuisible : en nous fermant les yeux sur notre situation réelle dans le monde présent, elle nous empêche en fin de compte de construire le monde et l'homme de demain. " Alain Robbe-Grillet

  • Logique du sens

    Gilles Deleuze

    À travers des séries de paradoxes antiques et modernes, ce livre cherche à déterminer le statut du sens et du non-sens, et d'abord leur lieu. Où se passe exactement ce qu'on appelle un « événement » ? La profondeur, la hauteur et la surface entrent dans des rapports complexes constitutifs de la vie. Les stoïciens furent un nouveau type de philosophes, Lewis Carroll fut un nouveau type d'écrivain, parce qu'ils partaient à la conquête des surfaces. Il se peut que cette conquête soit le plus grand effort de la vie psychique, dans la sexualité comme dans la pensée. Et que, dans le sens et dans le non-sens, « le plus profond, c'est la peau ».

    Logique du sens est paru en 1969.

  • La communauté inavouable

    Maurice Blanchot

    • Minuit
    • 25 Février 2016

    Il semble désuet de parler de communauté. Notion vague qui renvoie nostalgiquement à un passé lointain où des groupes restreints constituaient l'essentiel du fait social. Et les temps modernes témoignent ou paraissent témoigner non seulement de la perte définitive de l'idée de communauté, mais de l'oubli de ce qui s'est perdu avec cette perte et cependant de ce qui s'est maintenu dans cette perte même. Ce qui s'est maintenu et qu'il est nécessaire de redécouvrir, c'est une exigence ancienne et nouvelle qui concerne l'avenir. Qu'un écrivain, aussi important et, il faut le dire, aussi méconnu que Georges Bataille, ait été fasciné par cette recherche où se jouait, avec son propre sort, le destin de la communauté, du communisme et de la communication, voilà ce qu'on a en général négligé et que Maurice Blanchot, à partir d'un essai de Jean-Luc Nancy, s'est efforcé de retrouver, puis de mettre en lumière en montrant (en essayant de montrer) les voies qui nous ont été ouvertes par l'échec de plusieurs tentatives qu'il a suscitées et qui n'étaient pas destinées à réussir (Contre-attaque, Acéphale, le Collège socratique). Mais de quelle communauté s'agit-il ? Qu'est-ce qui se cache ou se dérobe sous ce nom de communauté ? Et comment un événement aussi singulier que celui de Mai 68 et aussi apparemment banal que la manifestation de Charonne peuvent-ils nous aider à poser cette question et à concevoir certaines réponses possibles ? Enfin, comment un récit, tel que celui que Marguerite Duras a intitulé La Maladie de la mort et qui semble, du moins à une lecture superficielle, le plus éloigné des enjeux dont nous apprenons ici à reconnaître l'importance, peut-il à son tour nous ouvrir des perspectives nouvelles, dans la mesure où il nous met en présence de la plus inavouable des communautés, par le biais d'une écriture surprenante où la communication littéraire s'expose en même temps qu'elle s'abolit ? Voilà quelques-unes des interrogations, parmi d'autres, que nous impose la lecture de ce livre. Car c'est finalement notre temps lui-même qui est interrogé dans son avenir menacé, avenir énigmatique où vacille la possibilité d'un futur. La Communauté inavouable est paru en 1984.

  • Qu'est-ce qui nous affecte ? Assistons-nous à un retour du sensible ? Ces questions, l'hypersensible contemporain les repose dans l'art, la pensée, l'écriture. Il invite à réhabiliter ce qui, en chacun de nous, apparaît trop souvent comme une faiblesse à surmonter : la fragilité, la vulnérabilité. Qualités dites « féminines » ? Ce dont les hommes en tout cas devaient autrefois se garder, préservant leur impénétrabilité - ce tabou fondateur de toute différenciation.
    L'hypersensibilité doit se concevoir comme un outil d'analyse, un instrument de connaissance fine au service d'un mode de pensée subtil, aussi fragile qu'endurant, permettant d'inventer d'autres modalités créatrices, étrangères à l'habituel partage sexué. Selon quelle autre logique que celle de l'éternelle division qui oppose la douceur réceptive des unes à la force de pénétration des autres ? Question que posèrent eux aussi Deleuze ou Barthes, mais également quelques femmes peu soucieuses d'incarner la force phallique du pouvoir intellectuel de l'époque, comme Marguerite Duras, laquelle joua crânement l'idiotie ou Louise Bourgeois, l'éternelle femme-enfant destructrice et moqueuse. Question laissée en suspens (c'est sa définition même que d'imaginer le suspens des oppositions) et qu'il faut donc inlassablement reprendre.

  • - Comment une autre langue se crée dans la langue, de telle manière que le langage tout entier tende vers sa limite ou son propre « dehors ».
    - Comment la possibilité de la psychose et la réalité du délire s'inscrivent dans ce parcours.
    - Comment le dehors du langage est fait de visions et d'auditions non-langagières, mais que seul le langage rend possibles.
    - Pourquoi les écrivains sont dès lors, à travers les mots, des coloristes et des musiciens.

    Ce recueil est paru en 1993.

  • Force de Kafka. Politique de Kafka. Déjà les lettres d'amour sont une politique où Kafka se vit lui-même comme un vampire. Les nouvelles ou les récits tracent des devenirs-animaux qui sont autant de lignes de fuite actives. Les romans, illimités plutôt qu'inachevés, opèrent un démontage des grandes machines sociales présentes et à venir.
    Au moment même où il les brandit, et s'en sert comme d'un paravent, Kafka ne croit guère à la loi, à la culpabilité, à l'angoisse, à l'intériorité. Ni aux symboles, aux métaphores ou aux allégories. Il ne croit qu'à des architectures et à des agencements dessinés par toutes les formes de désir. Ses lignes de fuite ne sont jamais un refuge, une sortie hors du monde. C'est au contraire un moyen de détecter ce qui se prépare, et de devancer les « puissances diaboliques » du proche avenir. Kafka aime à se définir linguistiquement, politiquement, collectivement, dans les termes d'une littérature dite « mineure ». Mais la littérature mineure est l'élément de toute révolution dans les grandes littératures.

    Kafka est paru en 1975.

  • Le Titanic fera naufrage

    Pierre Bayard

    • Minuit
    • 3 Octobre 2016

    À l'image du romancier américain Morgan Robertson, qui raconta le naufrage du Titanic avec quatorze années d'avance, les créateurs semblent disposer d'un accès privilégié vers l'avenir, qui leur permet d'anticiper les guerres, les dictatures ou les catastrophes naturelles. Prendre la mesure de cette capacité prémonitoire ne devrait pas seulement inciter à leur confier des responsabilités politiques et à les associer aux recherches de la science, mais aussi à remettre en cause notre lecture des oeuvres ainsi que notre représentation de l'histoire littéraire et artistique. Ce livre est le troisième volume d'une trilogie qui comprend également Demain est écrit et Le Plagiat par anticipation.

  • Discours de Stockholm

    Claude Simon

    Dans le discours qu'il a prononcé devant l'Académie suédoise, le 10 décembre 1985, Claude Simon s'est livré à un survol de la littérature au cours des derniers siècles, montrant comment la description, d'abord appelée à renforcer la crédibilité des romans à prétention morale, a fini par expulser la signification hors du récit.
    Répondant à ceux qui reprochent à ses oeuvres d'être fabriquées, il définit le travail de l'écrivain comme celui d'un artisan du langage. Puis, en opposition avec les théories littéraires du XIXe siècle prônant la vertu didactique du roman réaliste, il affirme que la crédibilité d'une oeuvre ne tient qu'à la pertinence des rapports entre ses éléments, dont l'ordonnance, la succession et l'agencement ne relèvent pas d'une causalité extérieure au fait littéraire.

  • Ils l'ont attaquée, conspuée, condamnée, sous tous les prétextes, sous tous les régimes, avec les meilleures ou les pires intentions, pour de mauvaises raisons et parfois même pour de bonnes. Ils ont exilé les poètes, brûlé leurs livres - ou en ont simplement formulé le souhait. Voilà 2500 ans que la littérature est sujette à toutes les critiques et toutes les accusations de la part de philosophes et de théologiens, de prêtres et de pédagogues, de scientifiques et de sociologues, de rois, d'empereurs et même de présidents. De Platon à Nicolas Sarkozy, ce livre fournit toutes les pièces de ce procès ahurissant, fait le portrait d'une incroyable galerie de grotesques et de ridicules, et retrace à sa manière une autre histoire de la littérature occidentale depuis les origines, pleine de bruit et de fureur, de bêtise, d'hypocrisie et d'ignorance, avec ses querelles et ses combats, ses défaites et ses triomphes, ses stratèges, ses traîtres et ses héros. Avec la haine de la littérature se révèle la face cachée de l'histoire de la littérature - celle qui lui donne peut-être son sens véritable.

  • Un livre peut-il nous faire changer d'avis ? Le fait divers nous donne à le croire. En nous interrogeant sur les rôles respectifs de la littérature, de l'écrivain et du lecteur dans la société contemporaine, il nous montre à quel point nos opinions sont malléables, changeantes mais surtout réversibles. Dans cette rumeur collective que constitue la circulation des opinions, une voix résonne tout particulièrement, celle des faits divers, parce qu'ils sont précisément un moment de prédilection du partage et de la manipulation des opinions. Le pouvoir de conviction du fait divers découle de sa puissance intrinsèquement fictionnelle. Et parce qu'il est un enchaînement, parfois horrible ou sordide mais toujours impressionnant, de péripéties inattendues et spectaculaires, le fait divers est la preuve que le réel est narrativement orchestré et que nous avons bien raison de nous représenter le monde comme une fiction.

  • Pouvoirs de l'imposture

    Maxime Decout

    • Minuit
    • 18 Octobre 2018

    Mentir à un ami, lorgner sur le jeu de son adversaire, bluffer, donner le change, en conter, maquiller son existence, se faire passer pour un autre : la tentation est grande. Nombreux sont ceux qui, dans ce livre, y succomberont pour vous.
    Vous y découvrirez que l'imposture est orgueil, folie, maladie mais aussi transgression et bravoure. Telle la singulière révélation de la littérature au sujet des pouvoirs de l'imposture. Vous apprendrez ainsi ce qui lie l'imposteur et l'enquêteur, comment le désir de se travestir et celui de savoir épousent des logiques proches. Vous verrez surtout ce que les oeuvres font de cette imposture, comment elles s'y adonnent pour piéger leurs plus méritants lecteurs. En chemin, vous ferez de surprenantes rencontres aux côtés de Poe, James, Borges, Nabokov, Robbe-Grillet, Butor, Perec, Vila-Matas : des psychanalystes trompés ou meurtriers, des joueurs d'échecs névrosés, des puzzles dont les pièces ne s'emboîtent pas, des labyrinthes sans issue, des tricheurs et des beaux parleurs, des Sherlock Holmes qui déraisonnent, mais aussi quelques manuscrits assassins à ne pas mettre entre toutes les mains. Assurément, vous survivrez à toutes ces embûches, mais vous n'en sortirez peut-être pas indemne.

  • Il n'y a qu'un problème littéraire vraiment sérieux : c'est la transmission des textes à la postérité. Le reste : les modalités de renouveau d'un genre, les singularités d'un style comme le dialogue entre les oeuvres, il sera toujours temps de s'y intéresser lorsque les contradictions impliquées par la quête d'approbation d'un public virtuel auront été comprises. C'est à cette tâche que se consacrent Les Paradoxes de la postérité. En démontrant l'échec ultime de toute recherche d'immortalité symbolique par l'entremise de la littérature, ce livre invite à trouver une réponse nouvelle à la question : « Pourquoi écrit-on ? »

  • Alors que la psychanalyse appliquée recourt à des modèles constitués pour lire les oeuvres littéraires ? avec le risque de donner toujours des résultats identiques ?, la méthode que nous présentons ici, appelée littérature appliquée à la psychanalyse, recherche dans les oeuvres et dans leurs représentations singulières de la vie psychique des éléments permettant de construire de nouveaux modèles.
    En effet, d'Homère à Chrétien de Troyes et de Shakespeare à Proust, les écrivains ont proposé sur nous-mêmes des hypothèses qui ne se confondent pas avec celles de la psychanalyse. Plutôt que d'interpréter leurs oeuvres au moyen d'une théorie extérieure, pourquoi ne pas prendre au sérieux leur capacité de penser ce qui nous échappe, en prolongeant leurs intuitions et en mettant en forme les théories originales qu'ils esquissent ?
    Il est vrai qu'une telle méthode n'a guère de chance de fonctionner. Mais si ce projet se révèle impossible pour une série de raisons que ce livre détaille, un travail de réflexion sur une méthode inopérante ? alors que sont sans cesse privilégiées les méthodes efficaces ? permet d'étudier avec précision les contraintes que la critique exerce sur le texte et les difficultés qu'elle rencontre, mais aussi ses motivations inconscientes et son noyau de délire, bref d'interroger l'acte de lecture.

  • Le Ressassement éternel a été publié aux Éditions de Minuit en 1952 (collection « Nouvelles originales », épuisé). Ce recueil est composé de deux courts récits datant de 1935 et 1936, « L'idylle » et « Le dernier mot ». En attirant l'attention sur l'existence « sujette à caution » de l'auteur face à son oeuvre, Maurice Blanchot propose dans Après coup (1983) une réflexion sur la difficulté pour l'écrivain d'imposer un sens à son oeuvre : « avant toute distinction d'une forme et d'un contenu, d'un signifiant et d'un signifié, avant même le partage entre énonciation et énoncé il y a le Dire inqualifiable. » Faisant le point sur Le Ressassement éternel, il commente ses textes à la lumière d'Auschwitz : « On me demande - quelqu'un en moi demande - de communiquer avec moi-même, en exergue à ces deux récits anciens, si anciens que, sans tenir compte des difficultés précédemment exprimées, il ne m'est pas possible de savoir qui les a écrits, comment ils se sont écrits et à quelle exigence inconnue ils ont dû répondre. Je me souviens (ce n'est qu'un souvenir, trompeur peut-être) que j'étais étonnamment étranger à la littérature environnante et ne connaissant que la littérature dite classique, avec une ouverture cependant sur Valéry, Goethe et Jean-Paul. Rien qui pût préparer à ces textes innocents où retentissaient les présages meurtriers des temps futurs. (...) Et pourtant, difficile, après coup, de ne pas y songer. Impossible de ne pas évoquer ces travaux dérisoires des camps concentrationnaires, quand ceux qui y sont condamnés transportent d'un endroit à l'autre, puis ramènent au point de départ, des montagnes de pierre, non pas pour la gloire de quelque pyramide, mais pour la ruine du travail, ainsi que des tristes travailleurs. Cela eut lieu à Auschwitz, cela eut lieu au Goulag. Ce qui tendrait à montrer que, si l'imaginaire risque un jour de devenir réel, c'est qu'il a lui-même ses limites assez strictes et qu'il prévoit facilement le pire parce que celui-ci est toujours le plus simple qui se répète toujours. »

  • Qui n'a, au moins une fois, rencontré l'angoisse ? Palpitations, boule au creux de l'estomac, souffle coupé, malaise qui enfle sourdement... L'angoisse est une « ventouse posée sur l'âme », disait Antonin Artaud. Est-elle la voie obligée d'entrée dans l'écriture : l'impouvoir qu'explorèrent Blanchot et Derrida, le vertige du « comment commencer » qu'évoquent Beckett ou Foucault, « l'expérience abjecte » de la psychanalyse selon Lacan, le grouillement informe de l'être pour Levinas ? La pensée est-elle une figure de l'angoisse ?
    L'angoisse dont il s'agit ici n'a pas la familiarité de nos peurs intimes, aussi violentes soient-elles. Ce sont pourtant ces mêmes territoires qu'explorèrent nombre d'écrivains et philosophes du XXe siècle. Tous disent la formidable puissance de création gisant au coeur de la négativité anxieuse : déconstruction (Derrida), désoeuvrement, désastre (Blanchot), dédit (Levinas), décréation (Beckett), litanie des « il n'y a pas de... » chez Lacan, fin de l'homme pour Foucault.
    L'angoisse de penser désignerait alors cette expérience d'écriture - tantôt jubilatoire, tantôt affolante -, dans laquelle Je pense hors de Moi.

    Ce livre est paru en 2008.

  • Certaines des oeuvres majeures du XXe siècle (celles d'Artaud, de Beckett, de Michaux, d'autres encore...) déforment les figures reçues de l'art, de l'écriture, du sens. Elles bouleversent nos systèmes de pensée et la tranquille stabilité des oppositions qui souvent les gouvernent. En ce sens, elles relèvent d'un nouvel iconoclasme. Elles nous invitent par exemple à nous poser quelques questions troublantes, dont celles-ci : face à la normopathie contemporaine, ce cache-misère d'une inavouable dépression, face à ce narcissisme grégaire socialement gratifié où chacun se reconnaît dans le regard admiratif qu'un autre semblable lui jette pour qu'il le lui renvoie, comment inventer les formes vivantes (plastiques, plurielles) d'une résistance à l'image ? Comment se déprendre des formes pétrifiées de l'identitaire ? Comment inventer à chaque instant les figures mouvantes de la représentation de soi et de l'autre sans y perdre toute identité ?
    Sous ce mot de défiguration, on tentera de suivre le mouvement de déstabilisation qui affecte, dans les textes modernes, la figure : mise en question inlassable des formes de la vérité et du sens, passion de l'interprétation.

    Ce livre est paru en 2004.

  • La littérature n'a peut-être jamais été plus mal considérée qu'aujourd'hui. Tous les signes montrent cette fragilisation. Mais plutôt que de s'arrêter à la description d'un mal contemporain dont nul ne doute, ce livre propose de retrouver les causes profondes de cette baisse d'influence, qui résulte d'une évolution de longue durée. La thèse est simple : entre le XVIIIe et le XXe siècle eut lieu en Europe une transformation radicale de la littérature ; sa forme, son idée, sa fonction, sa mission, tout fut bouleversé. Du magnétisme animal aux cultural studies, du sublime selon Boileau au plaisir selon Barthes, du tremblement de terre de Lisbonne au camp d'Auschwitz, de l'apothéose de Voltaire au départ de Rimbaud et aux silences de Beckett, le récit des métamorphoses de la littérature est présenté en une vaste fresque européenne, qui met en évidence un mouvement de bascule conduisant inévitablement du sommet à l'abîme.
    Comprendre ce mécanisme de dévalorisation, ce traumatisme de l'adieu, c'est pénétrer au coeur de la crise existentielle permanente où se débat maintenant la littérature. Mais c'est aussi se donner les moyens d'en sortir.

  • Qui a peur de l'imitation ?

    Maxime Decout

    • Minuit
    • 12 Janvier 2017

    De Montaigne à Perec en passant par La Fontaine, Voltaire ou Stendhal, les plus grands écrivains de notre littérature ont imité d'autres oeuvres. Ils ont utilisé, parfois sans le dire, parfois sans en avoir conscience, l'oeuvre des autres pour écrire la leur. Car personne n'écrit à partir de rien. Personne ne prend la plume sans avoir à ses côtés un bagage plus ou moins chargé de livres. Une bibliothèque intérieure, parfois partiellement oubliée, parfois bien présente à l'esprit, parfois directement présente à portée de main, ce qui donne la tentation de l'ouvrir. L'imitation est l'un des phénomènes les plus naturels de la création littéraire. Et malgré cela, les écrivains ont souvent ressenti une gêne, une peur diffuse ou une terreur violente à se sentir ainsi dépossédés de leurs propres mots. Écrire sous influence, tremper sa plume dans l'encrier du voisin : de tels gestes menacent les rêves de singularité absolue et d'originalité qui président à notre manière d'évaluer les oeuvres. Comment les écrivains ont-ils réagi à cette peur ? Essayer de répondre à cette question amène à se pencher sur les différents paradoxes que les auteurs ont développés pour résoudre l'antagonisme qui oppose l'imitation et l'invention. Ils ont cherché à nous prouver qu'on pouvait guérir l'imitation par l'imitation, penser une imitation sans modèle ou devenir inimitable en imitant. La peur de l'imitation conduit ainsi à sonder les mystères de la création, à s'interroger sur les notions d'originalité et d'identité, à percevoir l'aspect collectif, pluriel, de toute écriture, sans céder aux illusions du génie et de l'inédit. Plus largement, l'angoisse de l'imitation renvoie à la question fondamentale de la littérature, celle qui se pose aux auteurs, aux éditeurs et aux lecteurs : qu'est-ce qui est spécifique dans mon oeuvre ? qu'a-t-elle à dire en propre sur le monde, sur Moi et les autres ? qu'apporte-t-elle en regard d'une histoire littéraire déjà copieuse et où tout pourrait déjà avoir été dit ?

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