Métailié

  • Le glacis

    Monique Rivet

    Laure a vingt-cinq ans lorsqu´au milieu des années 50 elle est nommée, en pleine guerre d´Algérie, professeur de lettres dans un lycée d´une petite ville de l´Oranais. Cette guerre, qu´elle ne comprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle ne comprend pas davantage la société qu´elle découvre, une société cloisonnée où les conformismes se côtoient en toute hostilité et qu´elle choque par la liberté de ses réactions ; d´emblée elle s´y fait des ennemis, au point de se mettre en danger.
    « Le temps où j´ai habité la ville était le temps de la violence. Le temps de ce que le langage officiel déguisait d´un intitulé pudique : les "événements", quand l´homme de la rue disait : la guerre. La guerre d´Algérie.
    Ce pays, je ne lui appartenais pas, je m´y trouvais par hasard. J´y étais de guingois avec tout, choses et gens, frappée d´une frilosité à fleur de peau, incapable d´adhérer à aucun des mouvements qui s´y affrontaient. Cette guerre, je ne la reconnaissais pas, elle n´était pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces. Si j´avais eu à la faire... - s´il avait fallu que je la fasse, aurais-je pu la faire aux côtés des miens ? » Monique Rivet avait l´âge de Laure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoin de son regard de femme très jeune sur une guerre que personne ne voulait reconnaître. Ce roman n´a jamais été publié auparavant.

  • Laurent Kropst est élève en maths sup au Lycée Louis-le-Grand. Il doute qu'il existe un monde en dehors des colles de maths, des devoirs de physique et des blagues vaseuses de ses petits camarades. Au-delà de la dixième place au classement général, il ne connaît plus personne. C'est sa vie, son train-train, son sacerdoce. Jusqu'au jour où il prend une tôle monumentale en mathématiques. Pour lui, c'est la fin du monde : l'opprobre, la descente aux enfers au classement général, et surtout l'exclusion, la relégation dans un lycée de seconde zone à la fin de l'année. Il découvre alors qu'on peut changer son destin avec quelques mots et beaucoup de mauvaise foi.
    Dans la foulée, il rencontre des filles du lycée, des élèves d'hypokhâgne, elles lui font découvrir l'autre moitié du monde. Lui qui ne jurait que par les polynômes de Bernoulli se met à lire Proust et à causer Baudelaire à la cantine. Il se rend compte que s'échiner sur des théorèmes n'est pas la seule façon de parvenir à ses fins; l'ascenseur social emprunte d'autres voies, qui ne sont pas toutes très nettes peut-être, mais qui sont quelquefois bien plus rapides. Quand on n'est pas issu du sérail, on se doit d'être prêt à tout.
    Dans un style alerte et ironique, Emmanuel Arnaud nous livre ici un tableau générationnel, mais aussi une plongée singulière dans les méandres du raisonnement mathématique : son roman est une ode à l'intuition, qui réconcilie la science et la littérature.

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