Les Impressions nouvelles

  • Il s'agit de ceux qu'on a appelés les enfants d'après-guerre, nés en grand nombre après la Libération, sitôt revenu le goût de vivre.De tout ce qui est arrivé après (les autos, l'électroménager, les supermarchés, les vacances, les voyages, la télévision, bref, le progrès et la vie moderne) les parents ont mesuré l'aubaine qui les soulageait de la dureté d'avant et, comme ils en avaient l'habitude, ils ont travaillé pour pouvoir en profiter.

    Pour les enfants d'après-guerre, c'était comme si le progrès était né avec eux et grandissait avec eux, ils sont les seuls à avoir vu et vécu tant de différences entre leur début et leur fin.

    Aujourd'hui, ils sont comme la fin d'une série. Ils gardent la mémoire de ce qui était et qui est enfoui profondément. C'est ce qui reste.

    C'est avec son premier livre Hôpital silence (éditions de Minuit, 1985), alliant témoignage et sens de l'écriture, qu'elle attire l'attention de Marguerite Duras qui reconnaît en elle une alliée, une parente en littérature. Elle publie ensuite le récit L'Attente (1989), Nous deux (1993, prix Rossel) et À l'étranger. Aux Impressions Nouvelles, elle a déjà publié De fer et de verre, la Maison du peuple de Victor Horta.

  • Ce volume propose un panorama aussi complet que possible du rapport de Barthes au XIXe siècle : à sa littérature principalement, à sa musique aussi, à sa philosophie (Nietzsche) parfois à son histoire et à ses historiens, à commencer par Michelet. Si, dans le titre, le pluriel s'est imposé, c'est parce que ces rapports furent multiples. Tout au long de sa carrière de critique, Roland Barthes a pu changer d'interprétation globale sur le XIXe siècle. Siècle amical pour lui lors de l'adolescence, plutôt mal vu au temps de la « nouvelle critique » structuraliste, il rentre en grâce à partir de S/Z et des Fragments du discours amoureux, et plus encore dans les derniers séminaires sous les auspices du romantisme allemand.

    José Luiz Diaz est professeur de littérature française. Maître de conférences à l'UFR sciences des textes et documents de l'Université Denis Diderot-Paris VII. Secrétaire général et responsable des colloques de la Société des études romantiques et dix-neuviémistes.

    Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure et de l'Institut d'études politiques de Paris, Mathilde Labbé est Docteure en littérature française. Elle est Maîtresse de conférences à l'université de Nantes.

  • Pourquoi publier des scénarios ? L'essentiel, le but véritable n'est-il pas le film auquel celui-ci a donné vie ? Publie-t-on un scénario par défaut, lorsqu'un film est resté à l'état de projet, afin que le désir de cinéma dont il était porteur ne tombe pas dans l'oubli ? Et lorsque le film a bien été réalisé puis diffusé, quel scénario publie-t-on, autrement dit quelle version ? Publie-t-on différents textes selon les supports et les publics supposés ? Certains se demanderont même quel intérêt on trouve à lire un scénario : s'agit-il de retrouver le souvenir d'un film aimé, de comprendre « comment ça marche », d'apprendre à écrire d'autres scénarios, ou d'imaginer des films qu'on n'a pas vus, certains parce qu'ils n'ont pas été tournés ?

    Jean-Louis Jeannelle est Professeur de littérature du xxe siècle à l'Université de Rouen. Il est notamment l'auteur de Films sans images : une histoire des scénarios non réalisés de « La Condition humaine » (Seuil, coll. « Poétique », 2015).

    Mireille Brangé, ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure, enseigne la littérature générale et comparée à l'université Paris 13. Elle est notamment l'auteur de Delphine Seyrig. Une vie (Editions Nouveau Monde, 2018).

  • Depuis l'Histoire du livre et de l'imprimerie en Belgique publiée dans l'entre-deux-guerres par le Musée du Livre, aucun ouvrage de synthèse n'avait remis en perspective les grandes tendances de l'édition belge. L'ouvrage de Pascal Durand et Tanguy Habrand vient combler cette lacune en entrecroisant histoire de l'édition, histoire des idées et histoire des institutions de la vie littéraire et intellectuelle.
    La production du livre belge de langue française correspond à un marché restreint, tributaire de logiques qui lui sont propres - avec un poids particulier des industries graphiques - tout en étant soumis à la force d'attraction exercée par l'édition française sur les genres les plus prestigieux. Quelques-uns, tels Lacroix, éditeur de Hugo et De Coster dans les années 1860, ou Deman, éditeur de Verhaeren et Mallarmé, ont brièvement réussi à tirer leur épingle de ce jeu déséquilibré. Plus nombreux et significatifs sont ceux qui, de Casterman à Marabout, ont dégagé de durables ressources de créativité dans les domaines du livre religieux, de la bande dessinée, du livre pratique et du livre pour la jeunesse.
    En six chapitres de longueur croissante, c'est tout un paysage de livres et d'éditeurs qui se trouve reconstruit sous les yeux du lecteur, allant des premiers imprimeurs dans les territoires qui formeront la Belgique jusqu'aux processus de concentration éditoriale actuels, en passant par les industriels de la contrefaçon, les grands éditeurs de bande dessinée et les pionniers du livre de poche francophone. Sans oublier les maisons de taille souvent modeste qui, vouées au roman, à la poésie, au théâtre, à l'essai lettré, contribuent à la vie du livre comme vecteur de haute culture.

    Pascal DURAND est professeur ordinaire à l'Université de Liège, où il dirige le Centre d'Étude du Livre Contemporain. Spécialiste de Mallarmé et de la poésie moderne, il est aussi l'auteur d'ouvrages sur l'histoire de l'édition, les rapports presse/littérature et les figures contemporaines de l'orthodoxie politico-médiatique.
    Tanguy HABRAND est assistant au département Médias, Culture et Communication de l'Université de Liège et par ailleurs éditeur associé à la collection « Espace Nord »?; ses recherches et publications portent sur les stratégies éditoriales, les politiques du livre et l'édition indépendante.

  • Le cinéma français d'après-guerre dit « de la Qualité française », longtemps éclipsé dans l'historiographie au profit de la Nouvelle Vague, plaçait au coeur de ses préoccupations la question de l'adaptation : Le Rouge et le Noir de Stendhal, Le Diable au corps de Radiguet ou le Journal d'un curé de campagne de Bernanos se voient notamment transposés à l'écran, et certains écrivains, tels Gide et Malraux, se prennent d'intérêt pour le 7e Art.
    Les études rassemblées ici exploitent des documents d'archives méconnus afin d'offrir un éclairage nouveau sur cette production cinématographique en l'abordant à travers l'activité scénaristique d'auteurs de premier plan (comme le tandem Aurenche et Bost). En comparant les romans ou les pièces de théâtre à leurs variantes scénaristiques et cinématographiques, les contributeurs du volume examinent les fonctions de la référence littéraire, certaines étapes de la création (notamment le découpage technique) ou certains procédés narratifs comme le flash-back ou la mise en abyme. L'oeuvre filmique apparaît alors comme le résultat d'un geste nécessairement collectif, comme l'aboutissement d'un travail d'écriture mouvant dont l'étude nous apprend beaucoup sur le pouvoir respectif des mots, des images et des sons. Le scénario est souvent étudié dans une optique normative ; le voici envisagé comme le lieu des possibles.

  • Né en 1939, Pierre Mertens est sans conteste un des écrivains majeurs de la Belgique
    francophone. Parmi les contemporains, un des plus importants par l'ampleur de son oeuvre qui,
    hormis la poésie, touche tous les genres : roman (notamment avec Les Éblouissements, Seuil,
    1987, Prix Médicis), nouvelle, essai et chronique critiques, théâtre et même livret d'opéra.
    Personne, non plus, ne remet en cause la place prépondérante que Pierre Mertens occupe dans le
    paysage intellectuel, sinon politique au sens large, belge bien sûr, mais aussi français et plus
    largement international. Depuis la fin des années soixante, sa vie, celle du spécialiste des droits
    de l'homme, de l'observateur judiciaire dans le monde et du participant aux débats
    contemporains à travers la presse et ses essais, est liée aux événements marquants de notre
    temps, en Belgique et en Europe.
    Ce livre numérique - plus long que l'ouvrage imprimé Pierre Mertens, le siècle pour mémoire -
    contient des analyses littéraires approfondies et a un accent génétique marqué. Il se fonde sur
    sept ans d'entretiens avec Pierre Mertens et près de quatre-vingt témoins. Il s'appuie aussi sur
    autant d'années de recherche dans des fonds d'archives européens et dans les documents
    personnels de Pierre Mertens (manuscrits y compris d'oeuvres inédites, carnets depuis
    l'adolescence, correspondances,...).
    À partir de pièces inédites et de l'étude de l'oeuvre, l'ouvrage décrit l'imbrication de la vie dans
    l'oeuvre et de l'oeuvre dans la vie, jusqu'à ne plus permettre de savoir qui de l'oeuvre ou de la
    vie précède l'autre. L'image de l'anneau de Möbius, ruban à une seule face au lieu de deux dans
    un ruban ordinaire, aide à se figurer ce basculement incessant, sans frontière nette, entre le réel
    et le fictionnel. Pour rendre compte de cet entrelacement, Pierre Mertens et le ruban de Möbius
    entend développer une approche originale, multidisciplinaire, hybride : sont sollicités les outils
    de la critique et de la génétique littéraires, autant que ceux de l'enquête historique et
    biographique.
    Ce qui est en jeu ici, c'est de tenter de comprendre comment naît et se construit un écrivain,
    comment il se réapproprie sa vie dans son oeuvre, écrivant celle-ci comme seule autorisée à se
    dire, à dire l'homme qu'il est et le personnage qu'il entend être. En une entreprise de sur-vie.

    Jean-Pierre Orban est chercheur associé à l'Institut des textes et manuscrits modernes (Paris, CNRS-ENS), où il contribue aux études littéraires francophones, notamment dans la revue Continents manuscrits. Il a dirigé plusieurs collections littéraires, dont une d'ordre patrimonial de littérature africaine. Il est écrivain (romans, nouvelles, théâtre, récits). Son roman Vera (Mercure de France) a remporté le Prix du Premier roman 2014 et le Prix du livre européen 2015. Il a récemment publié Toutes les îles et l'océan (roman, Mercure de France, 2018).

  • Un volume dirigé par David Martens, Bart Van Den Bossche & MDRN.

    En 1947, la vie littéraire reprend, après une longue guerre, des périodes de dictature et de turbulences politiques qui ont eu un impact considérable sur la production, la diffusion, la réception de la littérature. Mais cette nouvelle vie n'est pas une simple reprise ou continuation, même si les transformations en cours ne sont pas toujours immédiatement visibles.
    De l'essentiel qui s'impose tout de suite à l'attention (Gide, Malraux, Malaparte, Mann, Sartre...), de futurs chefs-d'oeuvre qui passent inaperçus (Robert Antelme, Primo Levi), des oeuvres tombées dans l'oubli, des revues et des prix littéraires prestigieux à des curiosa ici redécouvertes, des événements individuels (emprisonnements, retours d'exil, polémiques...) aux grands enjeux sociaux de l'époque (mémoire de la Shoah, péril atomique, début de la guerre froide...), l'objectif de ce livre est de faire revivre dans toute sa diversité une année littéraire dont le présent était très différent de ce qu'en a retenu la postérité.
    L'ouvrage se présente comme un panorama de l'actualité littéraire et culturelle d'une année déterminante dans l'histoire de la littérature européenne. Cet almanach abondamment illustré plonge le lecteur, à travers 47 articles, au sein d'une année littéraire européenne, comme si, lecteur à cette époque, il découvrait, au jour le jour, la littérature en train de se faire.

  • Réalités psychiques, les personnages des romans vivent en nous avec plus ou moins d'intensité. À quelques-uns, nous réservons un accueil si particulier que nous aimerions nous introduire dans leur vie et leur univers. C'est bien ce que fait ici l'auteur en donnant vie à quelques figures, en majorité féminines, avec lesquelles il a noué des relations de vive affection. Ce qui l'autorise à leur conférer une autonomie particulière, allant jusqu'à infléchir, au gré d'une interprétation des oeuvres correspondantes, leurs destins.

  • Il faut imaginer le choc quand on vient du pays de Simenon et qu'on arrive dans celui de Thérèse Desqueyroux. Quand on quitte Liège, une chambre un peu glauque, un ciel bas et gris, la pipe d'un commissaire, pour découvrir des vignobles à perte de vue, étincelants de lumière, dans l'air chaud de Gascogne ; une terrasse, où l'ombre de François Mauriac croise ses longues jambes sur son fameux banc. Un jour - c'était il y a près de trente ans -, un jeune homme quittait ce premier monde pour rejoindre l'autre, à rebours de son destin. Il n'aimait qu'une chose dans la vie, les livres. Pour eux, il était prêt à tout. Vraiment à tout. Ce qui ne fut d'abord qu'une manière de fuite en avant devint vite une quête. On l'accueillit généreusement à Bordeaux, où Mauriac endormi l'attendait. Mauriac, une certaine France, la bourgeoisie, Dieu, les romans, les journaux, la politique, et le domaine de Malagar. Malagar, où un jeune Liégeois, parfait petit socialiste, athée intégral, prolétaire à souhait, se retrouva et se trouva. Magie des lieux, mystère des contrastes, enchantement, au point qu'il n'ait plus de cesse que de vouloir y vivre, pour toujours. C'est cette histoire improbable que raconte ce livre, où l'on croisera quelques ombres du passé, surgies de leurs mots, entre chien et loup, au crépuscule d'un monde qui plaçait, alors, au-dessus de tout, ceux qu'on appelle les écrivains. Claude Froidmont est le pseudonyme d'un professeur de Lettres de Gironde. Il a publié plusieurs articles sur François Mauriac. Il publie là son premier livre. Un peu, si pas beaucoup autobiographique.

  • "Soyez impitoyable. J'apprends vite. Écrire est devenu ma passion. Je lui sacrifierai tout."  Au fil des lettres adressées à celle qui accompagne son projet de roman, le parcours d'un fou de lecture et d'écriture pris dans son cadre quotidien, la prison. Une longue peine et ses petits accommodements. La puissance du rêve. La rage d'être inutile au monde. Mais aussi la célébration de la vie comme réserve d'anecdotes drolatiques, de solidarités, de projets. Des pages étincelantes d'humour, d'émotion. L'autoportrait, en creux, d'un homme enfin libéré.  "C'est pas pour être reconnu que j'écris, ce qui me pousse est plus profond, quand j'imagine que pour la première fois je serais autre chose qu'un criminel." Figure du grand banditisme, connu sous le nom de « la Bête », Éric Lammers a marqué les années de plomb belges. Condamné à perpétuité pour un double meurtre, il a passé dix-sept ans en prison. Il doit sa libération, en 2002, au contrat signé pour une pièce radiophonique diffusée par France Culture. Au terme d'une réinsertion qui a connu quelques péripéties est paru un recueil de nouvelles, Une vie de... (Weyrich, 2015). La publication, aujourd'hui, de Une âme plus si noire, lettres couvrant les deux dernières années de sa détention, révèle le parcours d'un homme que l'écriture a transformé.

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