Les Belles Lettres éditions

  • « Celui qui lit dans une langue étrangère se fait une force de sa faiblesse. Il lit avec plus d'attention que dans sa langue maternelle. L'incompétence est pour lui un stimulant autant qu'un handicap. On lit mieux dans une langue qu'on sait mal. » Comme il l'a fait de ses lectures d'enfance dans Seuls les enfants savent lire, Michel Zink se souvient ici de quelques-uns des livres lus au cours de sa vie en allemand, anglais ou italien, non qu'il possède parfaitement ces langues, mais au contraire parce que la paresse lui a trop souvent fait préférer le plaisir de la lecture à l'effort d'un apprentissage méthodique.

  • À l'époque où, dans la partie occidentale de l'Empire romain, régnait Honorius, des Barbares s'emparèrent de son territoire. Qui étaient-ils ? Comment s'y prirent-ils ? C'est ce que je vais dire. (I, 2, 1)

  • Que les bêtes brutes possèdent par nature un certain sens moral et qu'elles partagent avec l'homme bon nombre de merveilleux privilèges qui ont été impartis aux humains, voilà bien quelque chose de grandiose. (Prologue)

  • Pour Virginia Woolf, les livres doivent tenir tout seuls sur leurs pieds : ils n'ont besoin d'aucune exégèse pour être appréciés par leurs lecteurs. C'est vrai mais cela ne l'a pas empêchée - pour notre bonheur - de consacrer plus d'un article à ses confrères auteurs vivants ou morts et à leurs oeuvres. Et quels articles ! On en trouvera ici quelques exemples parmi les plus pertinents en même temps que certaines de ses réflexions sur la lecture et l'écriture. Ainsi défilent pour notre plus heureux plaisir, éclairés par la fulgurante intelligence de la grande Virginia, Robinson Crusoé, David Copperfield, Tchekhov, Lewis Carroll ou encore Thoreau, Conrad et Jane Austen. Ce sublime panorama se termine par ses réflexions relatives à une question qui reste d'actualité : « Est-ce que l'on écrit et publie trop de livres ? ». Celui-ci, du moins, nous manquerait s'il n'existait pas.

  • « Nul homme n'est une île, complète en elle-même ; chaque homme est un morceau du continent, une part de l'océan [...] La mort de chaque homme me diminue, car je suis impliqué dans l'humanité. N'envoie donc jamais demander pour qui la cloche sonne : elle sonne pour toi. »
    John DONNE
    Vivre pour les autres est le seul moyen qui puisse nous aider à donner un sens à notre vie. Telle est la conviction de Nuccio Ordine, l'essayiste italien le plus lu dans le monde.
    Avec pour frères d'arme les géants de la littérature, Ordine nous invite à lire nos bibliothèques idéales et y voir des bibliothèques de combat et de résistance au monde comme il va.

  • Avec Maupassant, Katherine Mansfield et quelques autres, Tchekhov, l'un des plus grands écrivains de la seconde moitié du XIXe siècle, est l'un des maîtres de ce genre difficile entre tous : la nouvelle.
    Le choix établi pour le présent volume donne au lecteur un aperçu de toutes les facettes de Tchekhov nouvelliste : le farceur, le psychologue, le peintre de moeurs, et aussi le visionnaire.
    À travers toute son oeuvre, douce et amère à la fois, circule une qualité humaine et littéraire qu'aucun auteur n'a mieux maniée que Tchekhov : la compassion. Ce recueil en contient, on le verra, de parfaites illustrations. Anton Pavlovitch Tchekhov (1860-1904) est avec Tolstoi et Dostoievsky l'une des figures majeures de la littérature russe. Principalement nouvelliste et dramaturge, il a publié entre 1880 et 1903 plus de 600 oeuvres littéraires ; parmi lesquelles des pièces de théâtre qui aujourd'hui encore font le tour du monde - La Mouette, La Cerisaie, Oncle Vania... Son oeuvre, peinture de la vie dans la province russe du XIXe siècle finissant, a un cachet d'éternité.

  • Ispahan, Boukhara, Samarcande... Un rêve d'Orient. La Perse médiévale de l'islamisation à l'invasion mongole, du VIIe au XIIIe siècle. Un territoire beaucoup plus vaste que l'Iran actuel, une civilisation déjà millénaire entre monde méditerranéen et Asie. Rapidement, la Perse fut bien plus qu'une simple province de l'Empire musulman : elle aussi conquit son farouche vainqueur. Ce guide culturel met en lumière ce que lui doit la civilisation musulmane, des institutions aux productions intellectuelles et artistiques. Ce qui ne fut pas sans conséquences, y compris sur la géopolitique contemporaine.

  • Une inconnue célèbre ou peut-être plus justement une célèbre inconnue. Telle fut Dominique Aury (1907-1998), telle elle reste. Célèbre elle le fut sous un nom d'emprunt des plus sulfureux, Pauline Réage, l'auteur du roman érotique le plus fameux du XXe siècle : Histoire d'O. Un secret bien gardé qu'elle n'accepta de dévoiler que vers la fin de sa vie. L'inconnue c'est « la petite dame du Comité », celui des Éditions Gallimard. Grande lectrice elle ne le fut pas que de manuscrits, elle tint longtemps à la NRF, la chronique des romans, ces romans qui la passionnaient car ils racontent des histoires, des histoires d'humains, des histoires d'amour. Et puis il s'agissait de littérature, cette littérature qui fut l'une de ses raisons d'être et dont comme Jean Paulhan elle « attendait tout ». On a rassemblé ici un certain de nombre de ces chroniques et quelques essais où elle nous montre l'actualité de nos grands auteurs classiques à commencer par Laclos et ses Liaisons dangereuses. Dominique Aury a passé sa vie à défendre les livres et les écrivains, et à les aimer. Elle nous prend par le bras et à témoin pour nous les faire aimer avec une simplicité et une intelligence peu communes dans cet exercice difficile : la critique littéraire. Elle nous fait partager sa curiosité brûlante, ses admirations jamais complaisantes mais toujours empreintes de tolérance. En filigrane transparaissent dans ces écrits une psychologie et une morale. Ce sont aussi celles de la femme qui écrivit Histoire d'O.

  • « Que puis-je encore faire ? J'ai presque tout tenté et nulle part je n'ai trouvé la paix ». Le lecteur, pour qui Pétrarque est d'abord le chantre de Laure, découvrira ici le passionnant portrait d'un infatigable voyageur (peregrinus ubique) amoureux et théoricien de la vie solitaire (le Val clos, la petite maison d'Arquà), les aléas d'une vie faite d'éclatants succès (le couronnement au Capitole) et de profonds chagrins (la perte des amis lors de la grande peste de 1348), l'homme de l'examen de conscience et celui des délicates missions auprès des puissants de ce monde, enfin le grand lettré qui, sans renier le message évangélique, fonde sur la redécouverte des Anciens l'espoir de jeter les fondements d'un monde meilleur. Pétrarque gardait copie de ses lettres depuis environ sa seizième année. Mais la décision de les réunir en un monument est liée à sa découverte, à Vérone en 1345, des Lettres à Atticus de Cicéron, qui, alternative aux Lettres à Lucilius de Sénèque, lui offraient le modèle d'une oeuvre promise à la durée à partir des contingences de la vie et de l'histoire. Il la réalisera avec un premier ensemble (Lettres familières, 24 livres), achevé en 1366, et un deuxième, de lettres écrites à un âge plus avancé (Lettres de la vieillesse, 18 livres), devenant à son tour le modèle des grandes correspondances humanistes, de Marsile Ficin, de Pic de la Mirandole, d'Érasme, et, à travers elles, des Lettres de Voltaire, de Rousseau, de Claudel et de Gide, dont nous sommes si friands. Dans le large choix de lettres présentées ici, traduction française et intégralité des notes sont celles des onze volumes de la collection des « Classiques de l'Humanisme », parus entre 2002 et 2015.

  • Les medecins se montrent souvent desarmes devant cet « entre-deux » qu'on appelle « convalescence » : periode floue, hesitante. Ce n'est plus la maladie, ce n'est pas encore la sante recouvree. Blesse, le chevalier medieval attend avec impatience le moment de remonter a cheval.
    Ce repos force inquiete les moralistes et les familles bourgeoises car il oublie les bonheurs de la vie active. Mais son tresor de sensations enchante les romanciers, comme on le voit bien chez Jane Austen, Madame de Stael, Zola, Henry James, Rilke, Proust, Thomas Mann et tant d'autres. La convalescence preside aussi a des experiences amoureuses, dont certaines frolent l'interdiction. La paix de la chambre ou l'effort demande par la societe ? Goethe hesite.
    Religion et societe benissent la convalescence quand elle permet des revisions de vie, voire des conversions dont le roman du xixe siecle a ete friand et dont les plus exemplaires se trouvent dans le roman russe, notamment chez Tolstoi.
    Le xxe siecle leur porte un coup de grace. Nous sommes et nous restons de grands malades. Du meme coup, nous voila devenus plus sensibles, plus attentifs, comme l'avait dit Nietzsche, a des bonheurs aussi intenses que, parfois, minuscules. Car les conforts de la convalescence ne resistent pas aux catastrophes des temps modernes, ce que montrent bien les romanciers les plus tragiques (Doblin, Celine).

  • Dante (1265-1321), le plus grand poète italien, l'amant de Béatrix, l'habile diplomate, l'exilé, l'auteur de La Divine Comédie, est connu de chacun, lu et étudié. Fruit de décennies de recherches, la biographie intellectuelle d'Enrico Malato retrace la vie du poète, témoin sublime de ce Moyen Âge latin et de son écroulement imminent. Attentif à saisir aussi bien l'éclosion de l'homme que celle d'une oeuvre rendue complexe par sa riche postérité, Malato met en lumière des pans jusqu'alors ignorés du grand poète florentin. Ce livre n'entend pas seulement instruire le lecteur sur la vie et l'oeuvre de Dante mais se propose aussi d'exposer les résultats de patientes recherches, et d'apporter un certain nombre de réponses à des questions d'ordre à la fois biographiques et exégétiques débattues depuis longtemps. Malato interroge ainsi l'attribution à Dante de trois textes majeurs : le Fiore, le Detto d'amore et la Questio ainsi que de certaines lettres où l'on trouve fixées, pour la première fois, les principales lignes de force de La Divine Comédie. Il s'attache aux enjeux poétiques qui sous-tendent la Vie nouvelle, et propose une analyse des deux versions de sa conclusion. Il démontre que Dante, chantre d'un amour édifiant et purement spirituel, invoque un lyrisme conforme aux principes de la doctrine chrétienne, se démarquant en cela du « Stil novo » qui loue l'amour sensuel. Il s'attaque au conflit opposant Dante et le poète Cavalcanti, son « premier ami » et le « maître de sa jeunesse » tout autant que son grand rival poétique. Enrico Malato est professeur émérite de Littérature italienne à l'Université de Naples "Federico II". Il coordonne la Nouvelle édition commentée des OEuvres de Dante, dont il est l'un des spécialistes contemporains les plus reconnus.

  • Né à Berlin à la fin du XIXe siècle, Walter Mehring a hérité de son père le respect de la littérature, ainsi que son immense bibliothèque de milliers de livres. Comme son père, il veut croire que le livre et la lecture sont essentiels au progrès, à la compréhension mutuelle et au contentement de l'esprit. Après la Première Guerre mondiale, Mehring devient un acteur de premier plan de l'avant-garde européenne. Poète et parolier de cabaret, il créé le mouvement Dada à Berlin. Avec la montée du fascisme, alors que l'Europe se transforme en une zone de danger pour les artistes et la libre-pensée, Mehring constate avec effarement que la culture des livres célébrée dans la bibliothèque de son père est rejetée par les nouveaux maîtres de l'Allemagne. Bientôt, ses propres livres sont brûlés par les chemises brunes et Mehring va devenir un « fugitif littéraire ». En exil à Vienne, Mehring tente de faire sortir clandestinement la bibliothèque de son père. Son sort va s'avèrer pire que le sien : il parvient à s'enfuir, mais la bibliothèque est réduite en cendres par les nazis en 1938. Dans La Bibliothèque perdue. Autobiographie d'une culture, Mehring déballe en pensées ses caisses de livres, évoque ce que chacun signifiait pour lui et son père. Écrit avec humour et lucidité, Mehring compare l'humanisme de l'époque de son père avec le chaos de l'Europe en guerre. La bibliothèque paternelle devient une métaphore pour enseigner comment l'optimisme et la foi dans le progrès du xixe siècle ont cédé la place au chaos et aux autodafés du XXe siècle. Proche du Monde d'hier de Stefan Zweig, La Bibliothèque perdue est un hymne au livre et à la lecture.

    Walter Mehring (1896-1981) écrit ses premiers poèmes pour la prestigieuse revue expressionniste Der Sturm. Après 1918, il se tourne vers le Kabarett, le journalisme et le théâtre politique. Critique féroce de la société allemande des années 1920 et du national-socialisme, il est contraint à l'exil en 1933.

  • Ces Petites Sagas islandaises recèlent quelques joyaux narratifs des lettres médiévales islandaises des XIIIe et XIVe siècles. Leur charme réside dans leur dramatisation, due à la fréquence des dialogues et au dosage subtil de la prose et des strophes, et à leur technique narrative faite de sobriété et de concision : la perception du réel est immédiate et incisive, précise et ramassée et atteint parfois la densité d'un vécu immédiatement ressenti. Ce « réalisme » n'exclut pas toutefois l'apparition de l'humour qui surgit de loin en loin dans une situation ou dans les propos d'un personnage, le traitement plus ou moins dramatique de l'action ainsi que l'apparition de thématiques sous-jacentes plus profondes sous forme de considérations de nature morale, religieuse, voire politique. Une place de choix est réservée à la description des rapports entre souverains et scaldes dans une société de cour où la poésie est une étincelante armure qui procure la gloire à l'un, la fortune et parfois même la vie à l'autre. La fonction de ces petites sagas était-elle de divertir ou d'instruire leur public ? Sans doute les deux à la fois, tant il est vrai que le fait divers anecdotique voisine avec la parole édifiante de la littérature cléricale.

  • C'est en vain qu'à deux reprises Scott Fitzgerald proposa à son éditeur et ami Maxwell Perkins de réunir en volume un certain nombre de ses écrits personnels. Le petit nombre de ceux qui furent publiés après sa mort par Edmund Wilson dans The Crack-up a témoigné, pourtant, de leur qualité autant que de leur importance. À ceux dont Fitzgerald avait lui-même établi la liste, on a ajouté ici quantité de textes peu connus et restés longtemps inédits qui achèvent de dessiner un autoportrait intime et pittoresque à la fois de l'auteur de Gatsby le Magnifique. Écrits « uniquement lorsque l'impulsion venait de l'intérieur », ces articles forment la part secrète de l'oeuvre de l'écrivain qui a su le mieux, dans ses romans, évoquer « l'Âge du jazz ». Fitzgerald a longtemps rêvé d'avoir « un livre à soi »: le voici.

  • Une sorte de paresse intellectuelle s'empare de nous dès qu'il s'agit du Nord, que nous nous empressons de reléguer dans des brumes inexpugnables. Pourtant, il appartient au premier chef à notre civilisation occidentale et aura même suscité, avec l'Islande, un phénomène culturel d'une telle qualité que les spécialistes, en mal d'""explication"" satisfaisante parlent de ""miracle islandais"".

    En effet, que la poignée d'hommes et de femmes qui se sont installés dans cette île à partir de la fin du IXe siècle pour y édifier une société sans équivalent ailleurs- et notoirement en avance sur son temps-, une législation, une jurisprudence qui confondent l'entendement, et surtout une littérature qui compte parmi les plus beaux fleurons de notre Moyen Age (car elle va bien au delà des sagas), voilà qui devrait suffire à nous convaincre de l'urgence de combler nos lacunes sur ce point: c'est ce à quoi s'emploie le présent volume, qui s'attache autant à divulguer qu'à démythifier. Car après tout, ce sont bien cette culture et cette civilisation-là qui auront sous-tendu le prestigieux phénomène viking.

    Régis Boyer a été professeur de langues, littérature et civilisation scandinaves à l'Université Paris-Sorbonne et Directeur de l'Institut d'études scandinaves en la même université. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et traductions qui font autorité. Il dirige aux Belles Lettres la collection « Classiques du Nord ». Il a publié dans la collection « Vérité des Mythes » La mort chez les anciens scandinaves (1994), Deux sagas islandaises légendaires (1996), Les sagas légendaires (1998) et Les sagas miniatures (1999). A paru également aux Belles Lettres en 2013 son Pourquoi faut-il lire les Lettres du Nord ?

  • Trente années de travail, à peu près trente livres (récits, romans, essais), ici pensés à deux voix, Michel Surya répondant aux interrogations exigeantes de Mathilde Girard. Comment s'engage-t-on à écrire, ou dans l'écriture ? Revenant d'où (enfance, formation), allant où (rencontres, livres, vies) ? S'opposant à qui et à quoi (à la glu des origines, à la violence des choses et du monde ; à soi, aussi bien) ? Fort de quelles affirmations folles et fragiles, comme tenues au-dessus du vide ? Accompagné de quelles amitiés intellectuelles, qui les inspirent et les secondent ? En somme : qu'est-ce qu'écrire encore et comment et pourquoi, quand écrire est tout ce qu'il reste ? Le titre : Défense d'écrire ne dit pas ce qu'il semble dire, qui joue de l'ambivalence d'un mot. Qui dit tout le contraire d'une invitation à interdire. Qui forme l'affirmation d'une liberté sans condition. Parce que c'est de la littérature qu'est venue toute liberté, c'est de la littérature que toute liberté dépend.
    Michel Surya est, entre autres, l'auteur de Georges Bataille, La mort à l'oeuvre (Gallimard) et L'Éternel retour (Lignes/ éditions Léo Scheer). Derniers titres parus : L'Autre Blanchot (Tel/Gallimard, 2015), Capitalisme et djihadisme (Lignes, 2016) et Le Mort-né (Al dante, 2016). En 1987, il fonde la revue Lignes, qu'il dirige depuis ; il anime une collection du même nom.
    Mathilde Girard est philosophe et psychanalyste. Membre du comité de la revue Lignes, et auteure (avec Jean-Luc Nancy) de Proprement dit. Entretien sur le mythe et de L'Art de la faute (Lignes, 2015 et 2017)

  • Publié en 1930, cet ouvrage rassemble six conférences prononcées au Théâtre du Vieux-Colombier, à la fin de 1922, par le grand critique de La Nouvelle Revue française. Alors que ces causeries se trouvaient initialement annoncées d'une formule assez générale « L'art et le métier de la critique », le livre est devenu une Physiologie de la critique: titre qui peut d'abord surprendre, mais cependant ne surprend plus si l'on veut bien se rappeler que la physiologie a pour objet les fonctions et propriétés des organes.

    Or, c'est bien d'abord de distinguer des fonctions qu'il s'agit dans ce livre, et par ce qu'on peut appeler sans trop d'excès deux coups de génie. Le premier est de situer au XIXe siècle la naissance de la critique le second, de distinguer très clairement en son sein trois fonctions: la critique spontanée, la critique professionnelle et la critique des maîtres. L'architecture bâtie par Thibaudet n'a pas vieilli, et si, à maints noms par lui mentionnés, nous substituons mentalement, un siècle plus tard, comme on changerait les plaques d'un panthéon, d'autres noms qui nous sont plus proches, ces modifications elles-mêmes prouvent que le livre n'est pas mort: à tous égards, il nous regarde encore.

    Albert Thibaudet fut le grand critique littéraire de sa génération. Collaborateur de la Nouvelle Revue française de 1912 à sa mort en 1936, cet élève de Bergson fut l'ami de Jean Paulhan qui l'admirait sans réserves. On lui doit aussi des vues pionnières sur l'histoire des idées politiques.

  • Avancer à pas de loup, se calfeutrer dans un tapis, se tapir dans l'ombre, revêtir un costume sombre ou disparaître derrière un écran de fumée : l'Antiquité fourmille d'anecdotes, de légendes et de mythes dans lesquels hommes et dieux agissent incognito et mêlent allègrement ruses, mensonges, déguisements et dissimulations. Leur inventivité en la matière est foisonnante et se décline à travers tous les domaines de l'action, du renseignement militaire aux intrigues politiques en passant par la séduction, les cultes religieux ou le vol. Des grands complots historiques aux jeux de cache-cache littéraires, l'art du secret se révèle être l'une des clefs essentielles pour mieux approcher les rapports spécifiques de l'Homme antique au monde. Ce volume, qui recueille une centaine de textes issus des littératures grecque et latine, des épisodes les plus fameux aux anecdotes les moins connues, nous fait entrer dans le bureau des légendes antiques, et nous en dévoile les secrets
    les mieux gardés.

  • L'Univers infini dans le Monde des Lumières s'inscrit dans le prolongement de l'ouvrage de Jean Seidengart intitulé : Dieu, l'Univers et la Sphère infinie (2006). Dans ce dernier, il s'agissait d'élucider pourquoi et comment l'idée d'univers infini avait réussi à s'imposer largement en quelques décennies à l'aube de la science classique, alors qu'elle avait été rejetée durant plus de deux millénaires. Aussi était-il devenu absolument nécessaire d'innover et de former très précisément une nouvelle acception du concept d'infini afin de ne pas appliquer l'attribut « infini » de manière univoque à Dieu et à l'univers. Le présent ouvrage poursuit le cours de cette investigation à partir du moment où Newton parvint à établir les fondements mathématiques de la physique classique et à proposer une nouvelle image du monde qui s'imposa très largement dans toute l'Europe savante durant les deux siècles suivants. Malgré les aspects très novateurs de la mécanique classique, les différentes cosmologies d'inspiration newtonienne pouvaient encore s'accorder assez globalement avec les enseignements de la métaphysique classique. Pourtant, on assiste à un net affaiblissement progressif des arguments traditionnels en faveur d'un univers infini existant en acte. C'est pour cette raison que le titre de cet ouvrage dénote un écart assez important avec le livre le plus célèbre d'Alexandre Koyré non pas sur le plan de la révolution cosmologique des XVIe et XVIIe siècles, mais sur la suite des aboutissants de ladite révolution qu'il n'a pas eu le temps de traiter et de mener à bien.

  • Ce qui caractérise la fin du XVIe siècle, c'est une série de tentatives, d'attitudes, d'essais de nouveaux accords qui préludent à ce qu'interprétera par la suite l'orchestre du baroque au grand complet. Cette période, c'est celle du Maniérisme, située entre la période apollinienne de la Renaissance et celle, dionysiaque, du Baroque. Carlo Ossola l'a minutieusement étudiée dans l'Automne de la Renaissance, en s'appuyant sur des textes de poètes et de critiques, surtout sur des traités d'art de la seconde moitié du Cinquecento (Dolce, Gilio, Paleotti, Comanini, Danti, ainsi que sur Varchi, Vasari et Lomazzo). À cette époque, comme le note Ossola, « les limites des choses s'effacent : la parole se fait couleur, la couleur musique et chaque chose peut en devenir une autre ». Analysant les règles de ces écritures, Ossola met en évidence les normes avec lesquelles elles tentaient de fixer, de sauvegarder, de distinguer une syntaxe qui leur fût propre. L'effort consacré à parcourir l'infinie multiplicité des êtres et des formes est exigé par le désir de parvenir à la reductio ad unum finale. C'est à cause de cette intention, latente ou manifeste, que nous pouvons encore distinguer entre l'« automne de la Renaissance » et la pluralité de perspectives d'où naît le sens du vivant et du provisoire de la civilisation baroque. Publié en 1971, mis à jour et étoffé en 2014, cet essai de référence est une grande fresque sur la fin de la civilisation de la
    Renaissance en Italie.

  • Jacques Derrida (1930-2004) n'est pas seulement un membre de la génération subversive des années 60-70, il a en quelque sorte régné sur ce moment philosophique. Sa manière était plus austère, son propos moins exaltant, mais il passait pour le plus brillant, s'avérait comme le plus fécond et devançait les autres dans la reconnaissance internationale. Les adeptes de chacun des autres le connaissaient et reconnaissaient il les réunissait, en un sens. Il fut compté, d'ailleurs, comme le plus exaspérant par tous ceux qui sentaient dans ce moment un jeu trouble à l'égard de la rationalité.
    Il est encore trop proche de nos vies pour que l'on puisse prétendre rendre entièrement justice aux milliers de lignes de son oeuvre. Avec le présent ouvrage, on entend seulement offrir aux « amateurs » une introduction à une pensée difficile, accomplir un premier repérage de ce qu'elle a fait, de la manière dont elle nous a marqués et dont elle peut nous inspirer.
    On commence par exposer la pensée centrale de Derrida, celle dont le mot déconstruction signigie le programme. On raconte ensuite quelque chose du parcours de Derrida, du voyage de son écriture parmi les pays et les enjeux de la culture. Puis on décrit Derrida dans l'activité chez lui fondamentale de la lecture des philosophes, en prenant l'exemple de ses discussions de Husserl, Levinas et Heidegger. Enfin, on évoque sa postérité et les prolongements que sa pensée pourraient connaître.
    Jean-Michel Salanskis, professeur de Philosophie des Sciences, Logique et Epistémologie à l'Université de Paris X Nanterre, a travaillé dans le domaine épistémologique, sur la phénoménologie et la philosophie contemporaine, ainsi que sur la tradition juive.

  • S'il est un train qui a fait couler beaucoup d'encre, c'est bien l'Orient-Express. Aucune étude sur les grands trains qui ne le cite, des dizaines de monographies qui lui sont consacrées. Les fantasmes qu'il suscite, alimentés par une presse déférente et une littérature facile, sont bien connus. Pourtant, tout n'a pas été dit à son sujet. Ce livre est le premier à fouiller un corpus d'une richesse exceptionnelle : essais sur la question d'Orient, textes publicitaires ou semi-publicitaires, guides touristiques, récits de voyageurs, articles de la presse quotidienne, romans d'aventures, romans policiers, poèmes, pièces de théâtre ou encore feuilletons. Valery Larbaud, Paul Morand, Agatha Christie et Graham Greene ne sont pas les seuls écrivains à avoir évoqué l'Orient-Express et les textes examinés, méconnus pour beaucoup, permettent de mieux cerner la manière bigarrée dont le train a été décrit, perçu et imaginé. En envisageant successivement les itinéraires de l'Orient-Express, les discours tenus sur le train et ses voyageurs, les récits littéraires et les thèmes récurrents qui lui sont liés, Blanche El Gammal bat en brèche un certain nombre d'idées reçues pour finement interroger : pourquoi ce train mythique, présenté dès ses débuts et aujourd'hui encore comme un trait d'union entre les États européens, a-t-il bercé tant de nostalgies complaisantes et, à l'inverse, fait sourdre bien des désillusions ?
    Agrégée de Lettres classiques, docteur en littérature comparée des universités de Strasbourg et de Bruxelles (2016), Blanche El Gammal s'intéresse aux échanges culturels et littéraires de la Mitteleuropa.

  • De la littérature après la fin du temps, suivi de Manifeste du maxencéisme

  • Cette étude entreprend d'analyser, pour la première fois, la façon dont des protagonistes de l'art et de la littérature modernes intitulèrent leurs oeuvres. Si c'est au milieu du XIXe siècle que les peintres commencent à donner à leurs oeuvres des noms qui sont davantage que des titres de convention, l'histoire a commencé bien plus tôt pour les écrivains et les poètes. Des années 1890 aux années 1920, c'est le récit d'une émulation entre le mot et l'image qui est ici raconté. Mettant en parallèle et en relation les pratiques développées par Paul Gauguin et Alfred Jarry, Paul Cézanne et Émile Zola, André Gide et Henri Matisse, Guillaume Apollinaire et Pablo Picasso, Francis Picabia et Tristan Tzara, André Breton et Max Ernst, Donatien Grau met au jour une polarité entre deux lignées, l'une accordant à la forme employée, poème ou tableau, toute son attention, avec un refus du contexte, l'autre voyant dans l'oeuvre d'art picturale ou littéraire une matrice politique, n'existant que dans la relation à l'espace public. Examinant aussi bien des chefs-d'oeuvre que des documents méconnus et inédits, tout en prenant en compte les cheminements individuels de chaque figure évoquée, cet ouvrage propose une nouvelle généalogie des pratiques littéraires et picturales, écrite à la lumière des titres. En effet, la nomination par les peintres et écrivains de leurs oeuvres, source de bien des inventions, se révèle être l'outil majeur qu'ils partagent : image et texte portent également des titres, et c'est un signe de la liberté de l'artiste moderne que de pouvoir les concevoir. La prise au sérieux des titres modernes pourrait bien offrir la clef de compréhension des rapports intimes entre les arts dans une époque canonique, où beaucoup reste encore à découvrir.

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