Les éditions de L'instant même

  • Climat de gouaille et de plomb, car le naufrage menace. D'abord ce «glissement de terrain» qui vous arrache un homme, une maison, un quartier sans crier gare. Ici ou là, la terre s'effondre, signe visible de la gangrène qui travaille et pourrit tout un pays. En surface, les vivants vivent la déroute au jour le jour. Ça les mine, ça les anime aussi. Pas d'autre morale, pas d'autre lutte, pas d'autre foi, pas d'autre parole, quand ça vous crie au ventre, que d'échapper à l'étranglement. On veut partir, quitte à prendre le risque de voir mourir en soi la mémoire de ses origines. Les moins chanceux magouillent pour trouver une faille dans le système et pour mettre les bouts. Les vieux restent au pays comme les déchets d'une société en perdition. Une maladie qui n'épargne personne. La peste que cet appel vers tous les possibles. Et pendant ce temps, la terre, la terre jamais rassasiée, la terre haïe, que nul n'habite plus sinon contre son gré, avale ses enfants...

  • Un narrateur s'adresse à l'enfant qu'il a été pour lui rappeler un passé douloureux et violent. Si le sujet est difficile, Alain Raimbault sait trouver les mots pour l'aborder avec franchise, voire humour. De la France au Québec, d'une maison de passe parisienne à la campagne, l'histoire d'un jeune garçon devenu homme se dévoile dans un rythme rapide et vif, sans complaisance.

  • Chacun connaît l'attrait actuel pour Twitter dans les communications. Mais si l'on assistait à l'émergence d'une nouvelle forme littéraire ? En 140 caractères pile-poil, Jean-Yves Fréchette, cofondateur de l'Institut de twittérature comparée, livre 1 001 concentrés de pensée vive.

  • Ángel Morales, armé de sa seule petite valise, se présente à la guérite d'accueil d'une maison de soins. Il espère faire enfin la paix avec son passé, avec la violence et les douleurs de la guerre. Dans ce lieu clos, ce microcosme de la société péruvienne, Angel fait la rencontre de ceux et celles qui, comme lui, manifestent par un désordre psychique la descente aux enfers d'un pays entier.
    Le barrio n'est pas un roman « sur » la guerre et la politique ; c'est un récit universel et intemporel sur l'aliénation et la douleur.

  • Dans la vie comme dans la fiction, l'amour est aussi le terrain où s'exerce la domination, où se divulgue la peur de l'autre, où se manifeste l'asymétrie dans le couple. Les 14 histoires d'amour racontées par María Rosa Lojo sont des adaptations d'authentiques passions entre des personnages appartenant à l'histoire de l'Argentine, de la colonisation espagnole à la période de l'indépendance.

  • Les Saintes Écritures relatent l'histoire de Job, un homme riche et béni de Dieu auquel celui-ci impose une série d'épreuves pour prouver à Satan que cet homme lui restera fidèle. Hans-Jürgen Greif reprend cette histoire en retraçant d'abord la généalogie de Job depuis Adam et Ève en passant par Abraham, Noé et Jacob. Par le biais de la joute qui oppose Job à ses deux tortionnaires, l'auteur nous invite à réfléchir sur le rapport entre le l'humain et le divin. Le ton est volontiers irrévérencieux, le rire parfois grinçant.

  • Entre 1980 et 1995, l'explosion de la production littéraire québécoise traduit la fécondité du genre bref : création de revues, de prix, de maisons d'édition et de collections réservées à la nouvelle, foisonnement critique en réaction à cette ampleur. Étonnamment, cet essor survient dans un contexte de crise politique et économique. Selon Cristina Minelle, les nouvellistes québécois ne peuvent manquer d'exprimer l'incertitude qui règne dans la société et choisissent la nouvelle, qu'ils « fragmentent pour qu'elle devienne le genre de la crise et de la déstabilisation ». Personnages tiraillés, mémoire morcelée, parcours erratiques, syntaxe elliptique, typographie aléatoire, tout se soumet au flash et à l'instantané qui accélèrent et concentrent, zooment et atomisent. En réponse à cette apparente désorganisation, l'écrivain devient le maître d'oeuvre du recueil de nouvelles, la « forme dynamique plurielle et pluridirectionnelle » d'une « cohérence » retrouvée.

  • La vie d'un sculpteur carthaginois et de ses ancêtres dans le contexte de l'histoire méditerranéenne.

  • « Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ? » dit Zénon dans L'oeuvre au noir de Marguerite Yourcenar. Prendre la mesure du monde ou se heurter à sa démesure, connaître ses propres limites ou les nier... Qu'elles soient physiques ou existentielles, les frontières façonnent notre identité et aiguisent notre conscience.
    Philippe Mottet a les yeux bien ouverts et fait le tour de la question. Pour avoir beaucoup pratiqué Montaigne, il sait que la lecture érige des passerelles - relire, c'est relier - , alors que le salutaire recours à l'écriture établit des filiations spirituelles - créer, c'est régénérer. Dans la chambre claire de la page blanche, entouré de maîtres anciens et modernes (Homère, Giono, Vadeboncoeur, Miron, Auster), toujours avec l'intelligence des sens et du coeur, l'essayiste chemine par détours. Il explore et s'insurge, prend du recul et sourit, résiste, s'engage et revendique le rôle de passeur d'héritage, biologique et spirituel aussi bien que culturel et artistique. L'essai de Philippe Mottet est un acte de foi en l'aventure humaine. Entre transcendance et fondation, telle une langue de feu, du vivant palpite en cette chambre.

  • La colère du faucon, c'est celle de Falk né pendant la Seconde Guerre mondiale en Sarre. Déjà marquée par les privations engendrées par la guerre et les brimades de son frère aîné, la vie de Falk devient un enfer lorsque le père, un officier de la Wehrmacht est libéré. Le petit Falk subit ses sévices dès le premier jour. Maltraité, rejeté, haï, il est en outre trahi par sa mère, jusqu'alors la seule source de tendresse. Jurant de se venger de celui qu'il se refuse à considérer comme son père, il devra se construire une carapace pour survivre au mépris et à la violence.

  • Petites nouvelles, poèmes en prose ou, pour emprunter le vocabulaire de la peinture, natures mortes.

  • Il y a les images qui valent mille mots, et des mots qui veulent tout dire... Pierre Gagnon le sait bien depuis que le diagnostic est tombé : cancer. Pris dans la tourmente d'un traitement difficile, assailli par le doute, il note ici et là ses observations, s'attarde aux détails qui l'entourent et propose, à l'issu de ce combat, un recueil d'une force peu commune.

  • Nathalie et Anne-Sophie, deux soeurs que tout sépare, se retrouvent bloquées par une tempête de neige dans un motel de Laurier-Station. Sur un coup de tête de Nathalie, en colère contre son mari qui hésite à subir une vasectomie, elles avaient entrepris la route depuis Rivière-du-Loup pour récupérer la part d'héritage d'Anne-Sophie, une courtepointe confectionnée par leur mère décédée depuis peu. Dans ce lieu clos, les rivalités fraternelles et les fêlures de l'enfance ne tardent pas à faire surface. Les deux soeurs s'affrontent, pleurent, rient, ragent, doutent. En contrepoint se dessine le drame de Cassidy, la fille de Carolanne, l'exubérante tenancière du motel.
    Dans Laurier-Station : 1000 répliques pour dire je t'aime, Isabelle Hubert aborde avec délicatesse et humour les rapports familiaux et cherche dans les couleurs de l'enfance les réponses aux afflictions de l'âge adulte.

  • « N'oublie pas qu'à Rome, tu es un pèlerin aveugle qui cherche son chemin, alors que les vipères le menacent à tout moment. À partir d'aujourd'hui, tu te feras beaucoup d'amis. Ils te jureront fidélité et dévouement éternels. En réalité, les sourires et les mots flatteurs cachent un travail de sape. Un jour, le sol s'ouvrira sous tes pieds et tu tomberas dans l'abîme. » Cette prédiction émane d'un pape victime d'un complot en septembre 1303. Elle ne pourrait être d'une plus grande actualité. Pouvoir, ambition, argent, guerre, voilà ce qui a créé l'Occident tel que nous le connaissons aujourd'hui. La question se pose : depuis la Renaissance, la papauté, tout comme les chefs d'État des nations européennes, ont-ils fait avancer l'être humain ? Sommes-nous différents de ceux qui ont vécu il y a de cela six ou sept siècles ? Nous continuons à vouloir dominer l'autre, à tenter de le réduire au silence parce qu'il est différent. À chaque génération, l'humanité se retrouve au bord de l'abîme. L'écrivain féru d'Histoire qu'est Hans-Jürgen Greif a retenu trois complots célébrissimes qui ont changé le cours du monde. Les narrateurs de ses novellas, un pape, un cardinal et un moine, se confient dans des écrits intimes et cherchent à démêler le vrai du faux des drames dont ils ont été témoins. La prose tendue et méticuleuse de l'auteur nous plonge avec maestria dans l'univers des nobles ou roturiers italiens, où la cupidité et la soif de pouvoir n'ont d'égales que la richesse des arts de la Renaissance.

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