Editions Allia

  • Le monde universitaire est peuplé d'enthousiastes, persuadés qu'ils aident à faire avancer la recherche. Mais à quoi bon avancer quand on a perdu sa boussole ? Dans ce pamphlet, Baptiste Dericquebourg fait le constat d'une Université profondément en crise, uniquement capable d'assurer la reproduction de ses propres ministres. Philosophie et littérature sont désormais bonnes pour elles-mêmes, et le culte de ces disciplines a finalement mené à une « esthétique de l'impuissance ». Les théoriciens structuralistes sont loin d'être innocents de ce processus, à commencer par Pierre Bourdieu.

    Âgé de 33 ans, Baptiste Dericquebourg, a étudié la littérature et la philosophie à la Sorbonne et à l'École Normale Supérieure. Plutôt que d'entrer dans le monde universitaire, il choisit d'abord d'enseigner à l'Institut Français d'Athènes, puis en lycée et en collège. Depuis cinq ans, il est professeur de Lettres classiques en classes préparatoires littéraires en Bretagne. Il a également participé à la traduction de Marxisme et philosophie de Karl Korsch, publié aux Éditions Allia.

  • La mission du bibliothecaire Nouv.

    En 1935, José Ortega y Gasset prononce un discours au Congrès international des bibliothécaires.Depuis la naissance de l'imprimerie, l'accès aux livres s'est démocratisé. Mais cette profusion est paradoxale : « la culture, qui avait libéré l'homme de sa forêt primitive, le propulse de nouveau dans une forêt, de livres cette fois-ci, non moins confuse et étouffante. » Dans ce contexte, le bibliothécaire ne peut plus être qu'un diffuseur de livres. Il doit trier l'information, être un filtre entre l'homme et l'écrit.Ce discours vertigineux, limpide et bouillonnant, déploie l'érudition d'Ortega y Gasset. Ses intuitions les plus aiguisées portent jusqu'à la racine de notre époque et, de la place du livre au rôle du savoir, nous invitent à une profonde remise en question.

    Philosophe espagnol, José Ortega y Gasset (1883-1955) a été professeur à l'université de Madrid, avant de parcourir l'Europe, l'Amérique du Sud et les États-Unis. Il est le fondateur en 1923 de la Revue de l'Occident. Au rayonnement considérable, sa métaphysique est à l'origine d'un renouveau de la philosophie espagnole, faisant de la métaphore un outil de la pensée. Il est l'auteur du Thème de notre temps (1923), de L'Espagne invertébrée (1921) mais surtout de La Révolte des masses (1930).

  • Au fil des ans, Scutenaire a égréné ses Inscriptions, dans le sillage de Restif de la Bretonne ou de Lichtenberg. Bien plus que de simples aphorismes - avec ce que le terme peut comporter de creux ou de factice -, les réflexions de Scutenaire vont au plus profond sans avoir l'air d'y toucher. Sa méfiance généralisée perce à ce jour les ressorts cachés du moi et du monde, et de cette déconstruction naît une oeuvre d'une richesse infinie, à laquelle on peut sans cesse revenir puiser.

  • Imaginons un écrivain, solitaire perché au sommet d'une montagne, redescendre peu à peu parmi les vivants, en l'espèce les citadins. Bientôt, il s'installe lui-même en ville. Il continue de vendre ses ouvrages mais pas assez. Il se tourne vers l'Université, cherche à travailler dans le département de Lettres. Puis, de guerre lasse, il se lance dans la publicité. Cet écrivain, c'est toi. Et c'est à toi que Lars Iyer, lui-même professeur d'Université mais pas encore publicitaire, s'adresse. Il dresse ton portrait, toi qui consultes Wikipedia et tweetes une pensée bien sentie sur l'une des préoccupations du moment. Tu n'en restes pas moins prostré devant la page blanche du "Nouveau document" que tu viens d'ouvrir. Tu n'es rien si tu ne vends rien. Tu n'es qu'un maillon dans le marché de l'écrit et, plus encore, dans la mondialisation. Tu dois avaler un cadavre, celui de la littérature. Dans un monde où il n'y a plus rien contre quoi s'opposer, la littérature a perdu deux piliers : la tragédie et la révolution. Mais pour les écrivains d'aujourd'hui, elle n'inocule pas moins son virus, qui serait de tout voir, ressentir, aimer à travers son prisme, à l'exemple du narrateur du Mal de Montano de Vila-Matas. Mais depuis ?À ceux qui ne peuvent s'empêcher de griffonner des mots ou de les taper, Lars Iyer donne quelques tuyaux : résister au chef-d'oeuvre (nécrophilie), reconnaître son rôle (imposture) et, surtout, assumer son idiotie (autodérision). C'est remarquablement envoyé, incroyablement piquant et... hautement stimulant.

  • "J'ai quelque chose à dire. Et c'est très court." Voilà qui résume la forme lapidaire, définitive et jouissive, privilégiée dans ce recueil, à mi-chemin entre le journal et le cahier d'humeur. Poèmes, aphorismes, sentences entendues et brefs récits se succèdent à un rythme effréné, comme s'il l'on suivait le cours de la pensée de ce poète anti-poète. Scutenaire ose écrire ce qu'il pense et touche à tous les registres du verbe. Il décrit les livres qu'il aime, les auteurs qui comptent, les mots qui lui importent ou les attitudes qui l'insupportent. Ce recueil regorge de trouvailles langagières et philosophiques, forme un puits de connaissance inépuisable et un témoignage sensible sur une personnalité hors du commun. "C'est ça le génie : ne pas le faire exprès."

  • Le consul

    Ralph Rummey

    Le Consul, livre d'entretiens avec Gérard Berréby, retrace la vie du peintre Ralph Rumney : son enfance en Angleterre, sa découverte du marxisme, de la peinture... et ses innombrables rencontres. Dandy nomade, sa route croisera celles de Debord et des lettristes, de Marcel Duchamp, Max Ernst, Georges Bataille, Peggy Gugghenheim, William Burroughs, Cobra et l'Oulipo... Dans cette nouvelle édition abondamment illustrée, les anecdotes se mêlent aux réflexions théoriques et aux souvenirs sur Guy Debord, Asger Jorn ou Yves Klein. On retrouve intacte l'élégance d'un artiste dont le talent fut aussi de se trouver toujours là où bouillonnaient idées et agitateurs : une existence à l'image de son art, comme une expérimentation perpétuelle.

    Ralph Rumney est né à Newcastle le 05/06/34. Fils d'un vicaire issu de la classe ouvrière, il découvre adolescent Sade, Marx et les surréalistes. Il décline son admission à Oxford pour rejoindre les Beaux-Arts, qu'il abandonne. Objecteur de conscience, il fuit l'armée en partant à Paris et rencontre Debord. En 1957, il participe à la fondation de l'Internationale Situationniste, dont il sera exclu en 1958. Son oeuvre comprend peintures, photographies, moulages, montages. Il décède le 6 mars 2002.

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