• Une nuit, un scénariste de Hollywood imagina en rêve la plus gracieuse et originale des histoires. Du début à la fin, il en suivit la progression dramatique imparable, les péripéties, l'agencement ingénieux et naturel. Dans un demi-sommeil, il griiffonna quelques mots qui, peut-être, lui permettraient de reconstituer la merveille, le lendemain. Au matin, il trouva sur son bloc le résumé lapidaire de ce qui lui avait paru si neuf - et qui l'était, n'en doutons pas : Boy meets girl.
    On pourrait résumer ainsi L'Amie du jaguar : un garçon rencontre une fille. Son sujet choisi, l'auteur a tâché d'organiser cette rencontre et de raconter ce qui en résulte selon la capricieuse nécessité qui, dans son rêve, avait émerveillé le scénariste.
    Ainsi est-il question, dans ce roman, des rites funéraires en usage dans la colonie française de Surabaya (Indonésie), d'un jeu appelé le loto chantant, des rapports entre les sentiments exprimés dans une lettre et le bureau de poste choisi pour l'expédier, de stations prolongées dans des ascenseurs, de parenthèses, d'un ou plusieurs crimes atroces dissimulés dans un manuel de graphologie, de grimaces, de quatorze karatékas, d'un trafic de zombies entre Biarritz et Surabaya, d'amour surtout et de fabulations. Cette liste, bien entendu, n'est pas exhaustive.

  • Il y a des noms de villes qui semblent condenser tout le pouvoir attractif d'un lieu, toute la mythologie sur quoi se fonde notre désir de voyager. Ainsi Tombouctou, Zanzibar, Vancouver, Valparaiso... C'est le nom d'Obock, celui d'une ancienne colonie française devenue aujourd'hui port de la République de Djibouti, qui est à l'origine de ce récit et du voyage que Jean-Jacques Salgon entreprend en février?2016 pour, selon ses mots, aller « visiter ce qui n'existe plus ». Que Rimbaud et l'explorateur nîmois Paul Soleillet s'y soient un jour croisés, aient pu s'y entretenir de leurs projets commerciaux et des périls encourus sur les pistes qui conduisaient leurs caravanes vers le royaume du Choa, que leur vie aventureuse ait trouvé, sous ces climats hostiles, chacune à sa façon, sa fin précoce, voilà qui donne un relief particulier aux évocations dont ce livre est tissé. Une exploration de la vie de Soleillet, infiniment moins connue que celle de Rimbaud (alors qu'une situation inverse prévalait de leur vivant), constitue le fil d'Ariane qui nous guide vers ces contrées éloignées à la fois dans l'espace et le temps. Pour les deux trafiquants, l'Abyssinie fut un rêve, un rêve commercial, obstiné, dévorant. C'est vers ce rêve « où filtraient les élans d'une véritable passion géographique » que ce livre nous entraîne.

  • Nous nous retrouvions à la terrasse de l'Excelsior. Tous les soirs. Quinze ans, c'était notre âge. L'Algérie était encore colonie française, mais la guerre, sous le nom de «?pacification?», était entrée en scène, balayant le rêve d'Albert Camus d'une union libre entre Algériens et Européens. La première action de masse du FLN eut lieu le 25?août 1955 à Philippeville, où je suis né. La ville basse est envahie par les habitants des hauteurs, Arabes et Berbères. Encadrés par quelques militants FLN, ils sont armés de faux, faucilles, pioches, haches - rares sont les fusils. Plus de cent Européens sont tués. La répression, menée par le colonel Aussaresses, est terrible?: les mitrailleuses abattent sans juge ni procès des milliers de prisonniers dans le stade de la ville. Je n'ai appris tout cela que plus tard. Ce jour-là, j'étais à trois?kilomètres de Philippeville, sur la plage de Stora. Nous ignorions que la guerre avait lieu. La radio, le journal, parlaient de «?rebelles?». Mes amis de l'Excelsior étaient aveugles et sourds, comme moi. Le déni régnait. La mer était si belle, nous étions dans l'ivresse de vivre, et tant pis si tout était faux en Algérie coloniale.

  • À l'époque de la Nouvelle-France, la noblesse canadienne forme un contingent dynamique de la société coloniale, jouant un rôle actif dans les sphères administratives et militaires, ainsi que dans le régime seigneurial. La signature du Traité de Paris en 1763, qui scelle le destin de la population en cédant le Canada à la Grande-Bretagne, vient compromettre la pérennité de cette classe sociale. Perçus comme une menace potentielle en raison de leur ascendant sur le peuple et de leurs liens étroits avec la Cour de France, les nobles canadiens subissent beaucoup de pression de la part des nouveaux dirigeants : il leur faut quitter le pays ou accepter la nouvelle conjoncture.
    Cet ouvrage propose une incursion dans les sources canadiennes, depuis les premières décennies du Régime anglais jusqu'aux révoltes des patriotes, en passant par les débuts du parlementarisme. Il permet d'entrevoir la façon dont la noblesse canadienne a pu réagir, s'adapter et se transformer dans un nouveau contexte sociopolitique, révélant au passage une riche variété de trajectoires personnelles et familiales. Quelles motivations prévalurent dans les décisions et les stratégies des membres de la noblesse? Quelle fut leur participation aux grands événements politiques et miliaires de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle?
    L'abbé Jean-Paul Morel de La Durantaye (1932-2016) a été professeur de littérature française et québécoise au Collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse. Boursier du Conseil des arts du Canada, il détenait une licence ès lettres de l'Université de Montréal et un doctorat en lettres françaises de l'Université d'Ottawa. Il a été membre pendant plusieurs années de la Corporation du domaine de Lanaudière. La maladie l'ayant empêché de mener à bien l'écriture de ce manuscrit, ses parents et amis lui ont fait une promesse solennelle : celle d'en faire compléter la rédaction, puis de faire publier l'oeuvre couronnant toute une vie consacrée à la connaissance.

empty