• La servitude des peuples est volontaire : ils acceptent le joug des puissants, mais vont ainsi à l'encontre de leur nature. Pour se libérer de l'emprise du tyran, nul besoin de violence : il suffit aux hommes de se faire amis plutôt que complices. Écrit en 1548, alors que La Boétie n'a que dix-huit ans, ce texte, également appelé Contr'Un, s'inscrit dans le renouvellement de la sensibilité politique au xvie siècle et cherche dans les comportements individuels les causes de la tyrannie.
    Il est suivi de De la liberté chez les Anciens et chez les Modernes : trois siècles plus tard, Benjamin Constant montre qu'à chaque forme de liberté correspond une forme de servitude - inexistence des libertés individuelles chez les Anciens, abandon de la sphère politique chez les Modernes. Un discours fondateur de la pensée libérale. Ces propos d'une modernité étonnante sont illustrés par la célèbre fable de La Fontaine Le Loup et le Chien.

    1 autre édition :

  • Le 28 novembre 1888, Octave Mirbeau signe dans Le Figaro un article intitulé La Grève des électeurs. Un tel manifeste en faveur de l'abstention serait aujourd'hui impensable. Pour autant, il ne cherche point à inoculer le vice du désengagement mais à dénoncer la mystification du système électoral qui pare de la légitimité du vote les extorsions des puissants. Ce n'est pas l'idée de démocratie qu'il critique mais sa pratique au sein de la République ; les institutions abêtissent l'électeur tout en lui demandant son aval. L'anarchisme de Mirbeau fait de l'individu le centre à partir duquel la République doit être interrogée. Il prend à partie l'électeur, qu'il tutoie, sur l'absurdité de sa contribution au grotesque spectacle de sa quête aux suffrages. Par l'humour et la dérision, il attente à la respectabilité des institutions, dénonce "la protection aux grands, l'écrasement aux petits". Si Mirbeau n'érige pas d'utopie dans cette critique radicale, il nous lègue les armes capables de nous défaire du conditionnement qui annihile le plus faible ; vision suffisamment juste pour qu'elle nous dérange encore plus de cent ans plus tard !

  • Léon Trotsky a longtemps hésité avant de conclure que la troisième internationale était définitivement devenue contre révolutionnaire et que tout espoir de la redresser devait être abandonné. Lorsque, en 1933, le KPD (Parti Communiste d'Allemagne) s'écroule comme un château de cartes et capitule sans combattre devant Hitler, il croit encore à la possibilité d'un sursaut et attend encore quelques mois avant de conclure à la faillite définitive de la troisième internationale et à la nécessité de la construction d'une nouvelle internationale. Il écrit : « il n'y a pas de miracle à espérer. L'internationale communiste est vouée à la défaite. Il faut rejeter l'idée de la réformer, que ce soit sur le plan national ou international, l'internationale communiste dans son ensemble, parce qu'elle n'est rien d'autre qu'une caste bureaucratique sans scrupules qui est devenue la pire ennemi e de la classe ouvrière mondiale. Il faut absolument libérer l'avant-garde prolétarienne de la dictature de la bureaucratie stalinienne. »
    La fondation de la quatrième internationale eut lieu le 3 septembre 1938. Les délégués ne représentaient que douze pays, pour vingt-huit organisations ou groupes affiliés. Ce mince point de départ ne pouvait manquer d'augmenter les contestations des adversaires quant à la validité d'un tel congrès. Cependant Trotsky, qui n'ignorait rien des faiblesses de son mouvement, voyait plus loin. Face à la confusion de cette période chaotique le manifeste L'agonie du capitalisme et les tâches de la quatrième internationale, plus connu sous l'appelation abrégée de Programme de transition, dessinait les voies de la lutte révolutionnaire. Même s'il ne s'est pas révéler prophétique, il fournit une analyse lucide de la situation politique mondiale à la veille de la seconde guerre mondiale.

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