• Les deux hommes levèrent les yeux car le rectangle de soleil de la porte s'était masqué. Debout, une jeune femme regardait dans la chambre. Elle avait de grosses lèvres enduites de rouge, et des yeux très écartés fortement maquillés. Ses ongles étaient rouges. Ses cheveux pendaient en grappes bouclées, comme des petites saucisses. Elle portait une robe de maison en coton, et des mules rouges, ornées de petits bouquets de plumes d'autruche rouges.

  • Prix Nobel de littérature 2018

    Il y a un vieux remède contre les cauchemars qui hantent les nuits, c'est de les raconter à haute voix au-dessus de la cuvette des W.-C., puis de tirer la chasse.
    Après le grand succès des Pérégrins, Olga Tokarczuk nous offre un roman superbe et engagé, où le règne animal laisse libre cours à sa colère.
    Voici l'histoire de Janina Doucheyko, une ingénieure en retraite qui enseigne l'anglais dans une petite école et s'occupe, hors saison, des résidences secondaires de son hameau. Elle se passionne pour l'astrologie et pour l'oeuvre de William Blake, dont elle essaie d'appliquer les idées à la réalité contemporaine. Aussi, lorsqu'une série de meurtres étranges frappe son village et les environs, au coeur des Sudètes, y voit-elle le juste châtiment d'une population méchante et insatiable. La police enquête. Règlement de comptes entre demi-mafieux ? Les victimes avaient toutes pour la chasse une passion dévorante.
    Quand Janina Doucheyko s'efforce d'exposer sa théorie - dans laquelle entrent la course des astres, les vieilles légendes et son amour inconditionnel de la nature -, tout le monde la prend pour une folle. Mais bientôt, les traces retrouvées sur les lieux des crimes laisseront penser que les meurtriers pourraient être... des animaux !


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  • 'Nathanaël, je t'enseignerai la ferveur.
    Une existence pathétique, Nathanaël, plutôt que la tranquillité. Je ne souhaite pas d'autre repos que celui du sommeil de la mort. J'ai peur que tout désir, toute énergie que je n'aurais pas satisfaits durant ma vie, pour leur survie ne me tourmentent. J'espère, après avoir exprimé sur cette terre tout ce qui attendait en moi, satisfait, mourir complètement désespéré.'

  • « [...] je n'ai point encore dit l'immense plaisir que Gertrude avait pris à ce concert de Neuchâtel. On y jouait précisément La symphonie pastorale. Je dis "précisément" car il n'est, on le comprend aisément, pas une oeuvre que j'eusse pu davantage souhaiter de lui faire entendre. Longtemps après que nous eûmes quitté la salle de concert, Gertrude resta encore silencieuse et comme noyée dans l'extase.
    - Est-ce que vraiment ce que vous voyez est aussi beau que cela ? dit-elle enfin. [...] - Ceux qui ont des yeux, dis-je enfin, ne connaissent pas leur bonheur.
    - Mais moi qui n'en ai point, s'écria-t-elle aussitôt, je connais le bonheur d'entendre. »

  • Prix Nobel de littérature 2018
    Hérétique, schismatique, Juif converti à l'islam puis au christianisme, libertin, hors-la-loi, tour à tour misérable et richissime, vertueux et abominable, Jakób Frank a traversé l'Europe des Lumières comme la mèche allumée d'un baril de poudre. De là à se prendre pour le Messie, il n'y avait qu'un pas - et il le franchit allègrement. Le dessein de cet homme était pourtant des plus simples : il voulait que ceux de son peuple puissent, eux aussi, connaître la sécurité et le respect d'autrui. Il voulait l'égalité.
    La vie de ce personnage historique, qui fut considéré comme le Luther du monde juif, est tellement stupéfiante qu'elle semble imaginaire. Un critique polonais, saluant la réussite absolue de ce roman de mille pages, dit qu'il a fallu à Olga Tokarczuk une « folie méthodique » pour l'écrire.
    On y retrouve les tragédies du temps, les guerres, les pogroms et la ségrégation, mais on y goûte aussi les merveilles de la vie quotidienne : les marchés, les cuisines, les petits métiers, les routes incertaines et les champs où l'on peine, l'étude des mystères et des textes sacrés, les histoires qu'on raconte aux petits enfants, les mariages où l'on danse, les rires et les premiers baisers.
    Ainsi que le dit le père Chmielowski, l'autre grand personnage de ce roman, auteur naïf et admirable de la première encyclopédie polonaise, la littérature est une forme de savoir, elle est « la perfection des formes imprécises ».
    Olga Tokarczuk a reçu le prix Niké (équivalent polonais du Goncourt) en 2008 pour Les Pérégrins et en 2012 pour Les Livres de Jacob. Elle a également reçu le le Man Booker International Prize 2018 pour la traduction anglaise de son roman Les Pérégrins. Née en 1962, elle a étudié la psychologie à l'Université de Varsovie. Romancière la plus célèbre de sa génération, elle est l'auteur polonais contemporain le plus traduit dans le monde. Cinq de ses livres ont déjà été publiés en France : Dieu, le temps, les hommes et les anges ; Maison de jour, maison de nuit (Robert Laffont, 1998 et 2001), Récits ultimes (Noir sur Blanc, 2007), Les Pérégrins (Noir sur Blanc, 2010) et Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc, 2012).



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  • La mort heureuse

    Albert Camus

    'Je suis certain qu'on ne peut être heureux sans argent. Voilà tout. Je n'aime ni la facilité ni le romantisme. J'aime à me rendre compte. Eh bien, j'ai remarqué que chez certains êtres d'élite il y a une sorte de snobisme spirituel à croire que l'argent

  • Dans les lieux et les non-lieux de ses voyages, Olga Tokarczuk a rassemblé des histoires, des images et des situations qui éclairent sur un monde à la fois connu et absolument mystérieux, mouvant réseau de flux et de correspondances... Et elle offre, avec la myriade de textes courts qui compose Les Pérégrins, un panorama coloré du nomadisme moderne.

  • '- Eh bien ! voilà, commença Valentine après qu'Arnica se fut assise : Le pape...
    - Non ! Ne me dites pas ! fit aussitôt Mme Fleurissoire, étendant la main devant elle ; puis, poussant un faible cri, elle retomba en arrière, les yeux clos.
    - Ma pauvre amie ! ma pauvre chère amie, disait la comtesse...
    Enfin Arnica ouvrit un oeil et murmura tristement :
    - Il est mort ?
    Alors Valentine, se penchant vers elle, lui glissa dans l'oreille :
    - Emprisonné.'

  • Si le grain ne meurt

    André Gide

    'Le motif secret de nos actes, et j'entends : des plus décisifs, nous échappe ; et non seulement dans le souvenir que nous en gardons, mais bien au moment même. Sur le seuil de ce que l'on appelle : péché, hésitais-je encore ? Non ; j'eusse été trop déçu si l'aventure eût dû se terminer par le triomphe de ma vertu - que déjà j'avais prise en dédain, en horreur. Non ; c'est bien la curiosité qui me faisait attendre...'

  • Paludes

    André Gide

    Paludes, ou la semaine au jour le jour d'un littérateur en mal de voyage. Dans le microcosme étrangement fidèle que nous restitue le récit d'André Gide, domine la figure de Tityre, berger de tous les temps, habitant des marécages où fourmille une vie insolite. Mais quel est au juste ce Tityre, qui se nourrit de vers de vase, faute de pêches plus consistantes ? Richard, peut-être, l'orphelin besogneux par nécessité et pauvre par vertu, dévoué jusqu'à épouser une femme 'par dignité, sans amour'. Ou, plus simplement, le narrateur - cet amoureux - fou du changement qui, le coeur en fête, part en voyage avec Angèle mais ne va pas plus loin que Montmorency. Puisque, quelle que soit la direction choisie, l'individu revient toujours sur soi-même. 'Recommencer ma vie ? s'interrogeait Gide dans son Journal. Je tâcherais tout de même d'y mettre un peu plus d'aventure.' Sous le couvert d'un dillettantisme savant, d'une fantaisie contrôlée avec art, voici le journal d'un homme qui dirigeait ses journées avec une enchantement mesuré et le sens aigu de la cadence. Faussement négligent, le ton ne manque en effet ni d'harmonie ni d'humour. Au besoin, l'auteur se livre à une satire décapante des gens de lettres, du philosophe au bel esprit.

  • Prix Nobel de littérature 2018
    Ida, Parka, Maya. Une femme mûre, une très vieille femme et une jeune mère, la femme d'aujourd'hui, affrontent chacune à sa manière le monstre du Temps. Elles sont la grand-mère, l'arrière-grand-mère et la mère d'un même petit garçon, mais la famille s'efface dans l'instant de pure solitude qui les confronte à la mort. Trois récits composent ce beau roman, où le mythe des trois Parques trouve un écho subtil.
    Après un accident de voiture, Ida marche dans la nuit jusqu'à la maison d'un vieux couple. Elle y passera plusieurs jours à tourner en rond, incapable de se ressaisir. Découvrant une grange qui sert de mouroir aux animaux malades, elle songe à sa propre fin, à cette mort entrevue qui reviendra la prendre.
    Sa mère, Paraskewia, dite Parka, est une Ukrainienne exilée en Pologne. Son mari vient de mourir, il neige, et leur maison est coupée du monde. Alors, sur le flanc de la montagne, elle trace avec ses pieds un message pour ceux d'en bas, en lettres immenses : PETRO EST MORT I Lorsqu'elle achève le point d'exclamation, elle a déroulé en pensée le film de sa vie.
    Enfin il y a Maya, la fille unique d'Ida, qui séjourne en Malaisie avec son garçon de onze ans. Elle est censée préparer une brochure touristique, mais son voyage ressemble davantage à une fuite, au contrecoup d'une blessure intime.
    Prix Nobel de littérature, Olga Tokarczuk a reçu le Man Booker International Prize 2018 pour Les Pérégrins. Traduit en français en 2010 chez Noir sur Blanc, ce roman avait été couronné par le prix Niké (équivalent polonais du Goncourt), un prix que, chose rarissime, l'auteure a une nouvelle fois reçu pour son monumental roman : Les Livres de Jakób.
    Née en Pologne en 1962, Olga Tokarczuk a étudié la psychologie à l'Université de Varsovie. Romancière polonaise la plus traduite à travers le monde, elle est reconnue à la fois par la critique et par le public. Sept de ses livres ont déjà été publiés en France : Dieu, le temps, les hommes et les anges ; Maison de jour, maison de nuit (Robert Laffont, 1998 et 2001) ; Récits ultimes, Les Pérégrins et Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc, 2007, 2010, 2012) ; Les Enfants verts (La Contre-allée, 2016) ; et enfin Les Livres de Jakób (Noir sur Blanc, 2018).

  • 'Ah! Que n'étais-je venu simplement en touriste! ou en naturaliste ravi de découvrir là-bas quantité de plantes nouvelles, de reconnaître sur les hauts plateaux la scabieuse du Caucase de mon jardin... Mais ce n'est point là ce que je suis venu chercher en U.R.S.S. Ce qui m'y importe c'est l'homme, les hommes, et ce qu'on en peut faire, et ce qu'on en a fait. La forêt qui m'y attire, affreusement touffue et où je me perds, c'est celle des questions sociales. En U.R.S.S. elles vous sollicitent, et vous pressent, et vous oppressent de toutes parts.' Lors de son voyage en U.R.S.S., André Gide découvre, derrière le faux enthousiasme collectif, une entreprise constante de désindividualisation. Retour de l'U.R.S.S., publié en 1936, puis l'année suivante les Retouches firent sensation. Les deux livres restent un témoignage capital.

  • Le 22 mai 1901, le procureur général de Poitiers apprend par une lettre anonyme que Mlle Mélanie Bastian, cinquante-deux ans, est enfermée depuis vingt-cinq ans chez sa mère, veuve de l'ancien doyen de la faculté des lettres, dans une chambre sordide, parmi les ordures. Comment cette affaire, où la culpabilité de Mme Bastian et de son fils semble évidente, put-elle aboutir à l'acquittement des inculpés ?
    André Gide démonte magistralement le dossier de cette affaire devenue légendaire. Et il conclut : 'Ne jugez pas.'

  • Corydon

    André Gide

    Corydon, dont l'édition originale date de 1911, se présente d'abord comme un essai de clarification 'franc sans paraître cynique et naturel avec simplicité' sur le sujet de l'uranisme.
    S'appuyant sur Montaigne et Pascal, prenant comme prétexte le livre de Léon Blum, Du mariage, Gide souligne le rôle civilisateur de la pédérastie : 'La décadence d'Athènes commença lorsque les Grecs cessèrent de fréquenter les gymnases.' Néanmoins, il se défend de prononcer son apologie : se laisse tenter qui le veut bien.
    Aussi, dans ces pages qui ne visent pas à l'audace mais à l'honnête examen d'un état de fait qui dure depuis la plus haute antiquité, André Gide aura-t-il combattu pour que l'homosexualité ne fasse pas de l'homme un 'contrebandier' de la cité, réprouvé aux yeux du monde comme un rebut de la morale. Et par-dessus tout, transperce une joie de vivre et d'assumer son individualité telle qu'elle est. À l'image de ces quatre dialogues avec Corydon, le médecin des âmes, Gide aura enfin démontré la prééminence des rapports sans équivoque entre les êtres.

  • Thésée

    André Gide

    "Il m'est doux de penser qu'après moi, grâce à moi, les hommes se reconnaîtront plus heureux, meilleurs et plus libres." Ce Thésée, vieux et sage, calme enfin devant son destin, n'est-ce pas un peu André Gide, arrivé à l'heure du bilan ? Thésée a été audacieux, aventureux pour le bien des hommes. Il a échappé aux pièges du Labyrinthe. Il a fondé Athènes, capitale de l'esprit. Et surtout, il est toujours demeuré clairvoyant.

  • Victoria n'a jamais oublié sa rencontre, à l'âge de neuf ans, avec une riche famille blanche, les Staveney. Ce souvenir entêtant la poussera, des années plus tard, à entamer une liaison avec leur fils, Thomas.De cette histoire naîtra Mary, petite fille à

  • L'enfant prodigue qui, aujourd'hui, rentre chez son père n'est pas celui qu'on croit, l'humble, le repenti. C'est un vaincu. La misère le ramène à sa famille, de même que jadis le mirage de l'aventure l'avait poussé sur les routes. Il tombe ainsi dans un piège. Quand il s'en aperçoit, il est trop tard. On ne quitte pas les siens deux fois. Mais il aidera son jeune frère à partir de la maison.

  • 'Alors il se passa quelque chose d'extraordinaire : je le vis brusquement prendre sa tête dans ses mains et éclater en sanglots. Il ne pouvait plus être question de feinte ; c'étaient de vrais sanglots qui lui secouaient tout le corps, de vraies larmes que je voyais mouiller ses doigts et couler sur ses joues, tandis qu'il répétait vingt fois d'une voix démente :
    - Ma femme ne m'aime plus ! Ma femme ne m'aime plus !'

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Knut Hamsun. Roman semi-autobiographique d'une grande finesse psychologique, "La Faim" relate les déboires d'un jeune écrivain solitaire et famélique errant dans les rues de Christiania (aujourd'hui Oslo). Refusant toute contrainte matérielle, ...

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