Éditions EMS

  • Erudit (« Mauss sait tout » avaient l'habitude de dire ses étudiants), bourreau de travail (qui, pourtant ne finira jamais sa thèse), citoyen très engagé (il fut une figure influente du Parti Socialiste, intime de Jaurès), Marcel Mauss fut aussi un neveu, celui d'Emile Durkheim, monstre sacré de la sociologie, père de l'Ecole Française. C'est à l'ombre de cette figure tutélaire incontournable que grandira le collaborateur si précieux. Homme de faits plus que de théories, il s'avéra aussi être une sorte de touche-à-tout qui refusera sa vie durant de se laisser enfermer dans une catégorie, se déplaçant sans cesse d'une discipline à l'autre même si c'est avant tout comme fondateur d'une discipline - l'ethnologie - qu'il est entré dans la postérité.
    Son oeuvre est donc difficile à cerner, pas toujours facile à suivre. C'est peut-être Levi-Strauss (1950, p. IX), autre géant des sciences humaines, qui en parle le mieux : « Peu d'enseignements sont restés aussi ésotériques et peu, en même temps, ont exercé une influence aussi profonde que celui de Marcel Mauss. Cette pensée rendue parfois opaque par sa densité même, mais toute sillonnée d'éclairs, ces démarches tortueuses qui semblaient égarer au moment où le plus inattendu des itinéraires conduisait au coeur des problèmes, seuls ceux qui ont connu et écouté l'homme peuvent en apprécier pleinement la fécondité et dresser le bilan de leur dette à son égard ». C'est à la lumière de cette appréciation que doivent se lire les développements qui suivent. Deux temps rythment cet article : (1) un retour sur l'oeuvre et ses concepts phares, (2) un état des lieux de leur utilisation en théorie des organisations.

  • Ce ne sera pas le moindre paradoxe que de trouver dans cette contribution sur la consommation, un chapitre sur Marcel Mauss. Il faut dire que ce « célébrissime inconnu » (Tarot, 2003) occupe un espace particulier au panthéon des socio-anthropologues.

    Pourtant, par ses articles, ses notes d'ouvrages et ses cours, Mauss va ouvrir la voie à un nombre de chercheurs considérable qui alimenteront et irrigueront le fleuve des sciences humaines et sociales du XXe siècle.

    Nous ne retiendrons ici que les travaux, concepts et notions qu'il nous semble possible de mobiliser dans une lecture de la consommation contemporaine. Nous partirons de quelques-unes de ses intuitions pour voir comment elles ont été ensuite creusées et comment elles nous donnent aujourd'hui matière à comprendre la consommation. La première intuition bien entendu concerne le don plus précisément l'Essai sur le don et sa réception dans les sciences sociales et humaines. Cette partie occupera une grande part de nos propos. La seconde, que l'on abordera à partir des techniques du corps, nous permettra notamment d'ouvrir le champ entier de la culture matérielle (Warnier), de la corporéité mais également de revenir in fine sur la notion d'homme et de fait social total.

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