• Don, échange, partage : voici le grand livre de l'altruisme et de la coopération. Que se passe-t-il quand vous recevez un cadeau ou que vous donnez quelque chose ? Pourquoi certains objets reçus (lettres, cadeaux, etc.) nous paraissent-ils sacrés ? D'où vient la gêne que nous éprouvons parfois quand on nous offre quelque chose ? L'essai le plus connu du père de l'anthropologie sociale - un essai que Claude Lévi-Strauss jugea "révolutionnaire".
    Préface de Baptiste Mylondo, philosophe et économiste.

  • À travers l'étude du sacrifice, Hubert et Mauss s'intéressent au sacré et au rapport au sacré. Cette étude ouvre une fenêtre sur la nature de la société puisque les choses sacrées sont choses sociales. À partir de l'idée de l'unité générique du sacrifice, la démarche suppose de s'intéresser à toutes les formes de sacrifices rituels pour en tirer le schème général. Ce parti pris méthodologique comparatiste, issu de l'école durkheimienne, fait toute l'originalité de l'essai à son époque et sa pertinence de nos jours, évitant les spéculations généalogiques qui établiraient l'antériorité d'une forme sur une autre. Ce texte classique permet de formuler une série de questions toujours actuelles pour l'ethnographie.

  • Marcel Mauss (1872-1950) est le fondateur incontesté de l'anthropologie française. Son oeuvre témoigne de l'unité de l'homme et de la multiplicité culturelle; c'est une anthropologie de l'un et du multiple. Ses principaux essais comportent toujours la double dimension d'un extrême souci de la particularité combiné à un effort théorique pour saisir l'universel humain. C'est ainsi qu'il échappe au dogmatisme : la description ethnographique, l'archive historique, le fait linguistique priment toujours dans son oeuvre sur la théorie, sans pour autant que soit abandonné l'effort de conceptualisation visant à comprendre le sacrifice, la magie, la prière, le don, les techniques du corps ou la notion de personne.
    Ce volume comporte un texte de Marcel Mauss sur Célestin Bouglé, jamais réédité depuis sa première publication en 1896. Les autres contributions sont de Francis Affergan, Simone Bateman, Philippe Chaudat, Marie-Luce Gélard, Cécile Leguy, Alain Pierrot et Bernard Valade.

  • D'Auguste Comte à Pierre Bourdieu en passant par Émile Durkheim et Marcel Mauss, les différentes formes d'expression de l'altruisme ont été largement étudiées, révélant un vaste ensemble de transactions étrangères aux échanges marchands.
    L'altruisme et ses dérivés (héritages, dons caritatifs ou échanges symboliques) sont des pratiques profondément inscrites dans les sociétés contemporaines. S'il s'affirme dans les relations avec les proches, il ne s'y réduit pas, comme l'exemple du don d'organe ou de sang à l'oeuvre dans la biomédecine de pointe le prouve. Loin d'être des survivances du passé, ces pratiques altruistes nourrissent nombre de transactions dans les sociétés modernes.
    En comparant la manière dont ont été construits les marchés financiers et la médecine de transplantation, cet ouvrage montre que la place respective de l'altruisme et des échanges marchands dépend du type de principe de justice que les sciences sociales inscrivent au sein de ces architectures d'échanges : l'altruisme est performé lorsque sont créées des arènes d'échange où les comportements marchands sont bannis.

  • Jamais notre santé mentale n'a été l'objet d'autant d'attention par les pouvoirs publics. Qu'il s'agisse de nous éviter d'être déprimés, anxieux, en burn-out, agressifs envers nous-mêmes ou autrui, de trop manger, trop boire, trop fumer, etc., le dispositif de santé publique multiplie les programmes de prise en charge de notre mal-être.
    Mais cela ne suffit plus : mieux vaut prévenir que guérir, dit-on, et il s'agit désormais d'intervenir très en amont des problèmes que l'on imagine devoir survenir. Dès notre naissance, et même avant, par exemple en formant les futurs parents à des méthodes d'éducation permettant d'obtenir des enfants garantis sans troubles mentaux ni comportementaux...
    Les intentions sont bonnes. C'est évidemment pour notre bien et pour celui des autres que l'on se préoccupe de nous apprendre les bons comportements. Mais le bien qui est ainsi visé s'articule à une définition de la bonne vie, du bon humain, sur laquelle il est impératif de porter un regard critique, comme sur les moyens utilisés pour y parvenir, tant ce dispositif est susceptible d'avoir des conséquences majeures sur nos vies.
    C'est l'objectif que se donne cet ouvrage, qui jette le pavé d'une analyse critique, statistiquement, sociologiquement et épistémologiquement informée, dans la mare des bonnes intentions santémentalistes.

  • Ce ne sera pas le moindre paradoxe que de trouver dans cette contribution sur la consommation, un chapitre sur Marcel Mauss. Il faut dire que ce « célébrissime inconnu » (Tarot, 2003) occupe un espace particulier au panthéon des socio-anthropologues.

    Pourtant, par ses articles, ses notes d'ouvrages et ses cours, Mauss va ouvrir la voie à un nombre de chercheurs considérable qui alimenteront et irrigueront le fleuve des sciences humaines et sociales du XXe siècle.

    Nous ne retiendrons ici que les travaux, concepts et notions qu'il nous semble possible de mobiliser dans une lecture de la consommation contemporaine. Nous partirons de quelques-unes de ses intuitions pour voir comment elles ont été ensuite creusées et comment elles nous donnent aujourd'hui matière à comprendre la consommation. La première intuition bien entendu concerne le don plus précisément l'Essai sur le don et sa réception dans les sciences sociales et humaines. Cette partie occupera une grande part de nos propos. La seconde, que l'on abordera à partir des techniques du corps, nous permettra notamment d'ouvrir le champ entier de la culture matérielle (Warnier), de la corporéité mais également de revenir in fine sur la notion d'homme et de fait social total.

  • Erudit (« Mauss sait tout » avaient l'habitude de dire ses étudiants), bourreau de travail (qui, pourtant ne finira jamais sa thèse), citoyen très engagé (il fut une figure influente du Parti Socialiste, intime de Jaurès), Marcel Mauss fut aussi un neveu, celui d'Emile Durkheim, monstre sacré de la sociologie, père de l'Ecole Française. C'est à l'ombre de cette figure tutélaire incontournable que grandira le collaborateur si précieux. Homme de faits plus que de théories, il s'avéra aussi être une sorte de touche-à-tout qui refusera sa vie durant de se laisser enfermer dans une catégorie, se déplaçant sans cesse d'une discipline à l'autre même si c'est avant tout comme fondateur d'une discipline - l'ethnologie - qu'il est entré dans la postérité.
    Son oeuvre est donc difficile à cerner, pas toujours facile à suivre. C'est peut-être Levi-Strauss (1950, p. IX), autre géant des sciences humaines, qui en parle le mieux : « Peu d'enseignements sont restés aussi ésotériques et peu, en même temps, ont exercé une influence aussi profonde que celui de Marcel Mauss. Cette pensée rendue parfois opaque par sa densité même, mais toute sillonnée d'éclairs, ces démarches tortueuses qui semblaient égarer au moment où le plus inattendu des itinéraires conduisait au coeur des problèmes, seuls ceux qui ont connu et écouté l'homme peuvent en apprécier pleinement la fécondité et dresser le bilan de leur dette à son égard ». C'est à la lumière de cette appréciation que doivent se lire les développements qui suivent. Deux temps rythment cet article : (1) un retour sur l'oeuvre et ses concepts phares, (2) un état des lieux de leur utilisation en théorie des organisations.

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