• Figures IV

    Gérard Genette

    Comme le suggère sans doute un titre dont la constance ne doit (presque) rien à la paresse, on trouve ici des pages aussi diverses par leur âge que par leurs thèmes, et dont la mosaïque ne se recommande que par cette diversité.Leur propos est d'esthétique en général, de poétique en particulier, de musique parfois, de peinture souvent, mais le plus spécifique en apparence y a souvent trait au plus universel, et, comme il va de soi, réciproquement. Leur disposition, quoique nullement aléatoire, n'exige aucun respect de la part du lecteur, qui s'en affranchira même assez pour négliger, s'il veut, telle ou telle étape : sauter des pages est un droit qu'on acquiert avec chaque livre, et qu'on ne saurait exercer avec trop d'ardeur, puisque - l'étymologie nous l'assure - lire, c'est choisir, et donc, bien évidemment, ne pas lire. Quelques-uns de ces objets pourtant - Stendhal, Proust, Venise - insistent, et signent.

  • Après le temps de la critique et de l'histoire littéraire, vint le temps de la théorie littéraire, ou plutôt des théories littéraires, qui se sont relayées et affrontées durant ces quarante dernières années. Elles s'accordent néanmoins sur le refus de toute psychologie, sur un certain formalisme, et d'abord sur la volonté de réfuter le sens commun, les idées « populaires » sur la littérature : l'auteur comme autorité donnant son sens au texte ; le monde comme sujet et matière de l'oeuvre ; la lecture comprise comme conversation entre l'auteur et le lecteur ; le style comme choix d'une manière d'écrire ; l'histoire littéraire comme majestueuse procession des grands écrivains ; la valeur comme propriété objective du canon littéraire. La théorie a ébranlé ces repères du sens commun, mais le sens commun a résisté à la théorie. Et celle-ci a souvent dû forcer la note pour réduire son adversaire au silence, au risque de s'enfermer dans des paradoxes. C'est le combat de la théorie et du sens commun que ce livre retrace, sans se limiter au domaine français. Le temps est en effet venu d'évaluer nos bonnes années de théorie littéraire afin d'en suggérer un premier bilan.

  • Les études qui composent ce volume s'articulent en une suite rigoureuse : Critique et poétique, Poétique et histoire, La rhétorique restreinte (ou métaphore et métonymie), Métonymie chez Proust (ou la naissance du Récit), enfin Discours du récit (pour une technologie du discours narratif) qui est un essai de méthode «appliqué» à la Recherche du Temps perdu. Discours dont la dualité de démarche se veut exemplaire : «La spécificité proustienne est irréductible, elle n'est pas indécomposable. Comme toute oeuvre, comme tout organisme, la Recherche est faite d'élémcnts universels qu'elle assemble en une totalité singulière. L'analyser, c'est donc aller non du général au particulier, mais bien du particulier au général. Ce paradoxe est celui de toute poétique, sans doute aussi de toute activité de connaissance, toujours écartelée entre ces deux lieux communs incontournables, qu'il n'est d'objets que singuliers, et qu'il n'est de science que du général ; toujours cependant réconfortée, et comme aimantée, par cette autre vérité un peu moins répandue, que le général est au coeur du singulier, et donc - contrairement au préjugé commun - le connaissable au coeur du mystère.»

  • D'où viennent la tristesse profonde, le désespoir, le délire, la fureur, le suicide ?Contre ceux qui invoquaient une cause surnaturelle ou une punition divine, la pensée médicale a fait prévaloir, dès l'Antiquité, une cause naturelle, une humeur du corps : la bile noire, c'est-à-dire la mélancolie. Sa noirceur, souvent comparée à celle du charbon ou de l'encre, était l'indice de son pouvoir maléfique. Cette humeur n'existait pas. Mais n'est-ce pas avec de l'encre que l'on écrit des poèmes?Durant plus d'un demi-siècle des thèmes liés à la mélancolie ont orienté certains de mes travaux. Les voici rassemblés, grâce à l'amitié de Maurice Olender. Ce livre espère démontrer que la mise en perspective de la mélancolie peut donner lieu à un « gai savoir ».Jean StarobinskiJean Starobinski est professeur honoraire à l'université de Genève, membre de l'Institut de France. Il a publié, dans la « La Librairie du XXIe siècle », Action et réaction. Vie et aventures d'un couple (1999) et Les Enchanteresses (2005).Postface de Fernando Vidal.Retrouver l'entretien réalisé par La Vie des Idées : "Le suspens du sens".

  • PalimpsestesUn palimpseste est un parchemin dont on a gratté la première inscription pour en tracer une autre, qui ne la cache pas tout à fait, en sorte qu'on peut y lire, par transparence, l'ancien sous le nouveau. On entendra donc, au figuré, par palimpsestes (plus littéralement : hypertextes ), toutes les oeuvres dérivées d'une oeuvre antérieure, par transformation ou par imitation. De cette littérature au second degré, qui s'écrit en lisant, la place et l'action dans le champ littéraire sont généralement, et fâcheusement, méconnues. On entreprend ici d'explorer ce territoire. Un texte peut toujours en lire un autre, et ainsi de suite jusqu'à la fin des textes. Celui-ci n'échappe pas à la règle : il l'expose et s'y expose. Lira bien qui lira le dernier.

  • Potocki, Nerval, Gautire, Villiers de l'Isle-Adam : Tzvetan Todorov nous introduit d'abord au plaisir de les relire en nous enseignant à construire les limites d'un genre : dans l'hésitation non résolue du lecteur entre le naturalisme de l'étrange et le surnaturel du merveilleux. Puis il nous conduit au repérage de deux grands groupes de récits fantastiques que commandent respectivement le rapport du personage au monde et son rapport à autrui : ce n'est pas dans un attirail thématique, mais dans un réseau sous-jacent que s'organise le fantastique. Ainsi comprend-on que le fantastique soit du XIXe siècle très précisément.

  • Analyse critique des théories d'Aristote et de saint Augustin, de Tacite et de Quintilien, et de Du Marsais et de Condillac, de Diderot et de Lessing, de Goethe et des frères Schlegel, de Freud et de Lévy-Bruhl, de Saussure et de Jakobson, Théories du symbole n'est pourtant pas une histoire de la sémiotique.Il y est certes question de sémiotique. Ou plutôt d'un ensemble de disciplines qui, dans le passé, se sont partagé le domaine du signe et du symbole : sémantique, logique, rhétorique, herméneutique, esthétique, philosophie, ethnologie, psychanalyse, poétique.N'est-ce pas de l'histoire, d'autre part, que de reconstituer ces systèmes conceptuels et de chercher les lois qui ont gouverné le discours sur le discours ? Peut-être, mais à cela près qu'"histoire" et "sémiotique", loin d'être des données immuables permettant de circonscrire un projet, sont à leur tour parmi les notions que l'enquête va mettre en question.Restent : de l'histoire, la crise, par où s'opposent "classiques" et "romantiques"; et de la sémiotique, l'unité, peut-être trompeuse, du signe et du symbole. A travers leur étude s'affirme, comme une tierce voie, une pensée de la différence non valorisée; du pluriel et de la typologie.

  • Discours du récitCe volume réunit deux « essais de méthode » : Discours du récit, contenu en 1972 dans Figures III, et Nouveau discours du récit, publié en 1983. Le second présente une mise à jour théorique du premier, à la lumière des commentaires qu'il a suscités, et des avancées de la recherche qui en sont résultées. Élaborés à partir d'une étude rigoureuse du régime narratif de la Recherche du temps perdu, ces deux ouvrages complémentaires sont aujourd'hui largement considérés comme fondateurs d'une des disciplines majeures de la poétique : la narratologie, ou analyse structurale des formes et des procédés du récit, particulièrement dans le champ de la fiction littéraire.

  • Univers de la fiction

    Thomas Pavel

    • Points
    • 12 Octobre 2017

    Univers de la fiction
    Les auteurs de fiction exigent de leurs lecteurs qu'ils pénètrent dans des espaces étranges, dans le monde d'Antigone, de Don Quichotte ou de Sherlock Holmes. Ces univers factices évoquent – plus ou moins – le monde réel, mais ils s'en éloignent aussi par bien des aspects. Pourquoi et comment la fiction continue-t-elle cependant de nous attirer et de nous parler ?
    Thomas Pavel entreprend ici, dans un style plein de saveur et d'humour, de définir le mode d'existence des êtres imaginaires et de dégager la fonction culturelle des œuvres de fiction.
    L'institution de la fiction ne cesse de changer au cours du temps sous l'effet d'une économie de l'imaginaire : selon les circonstances, un même territoire – un même texte – peut passer de la vérité à la fiction, et réciproquement, en endossant des fonctions hétéroclites. L'histoire de la culture, et de nos croyances, est faite de ces incessantes fluctuations.
    Thomas Pavel
    Universitaire américain d'origine roumaine, spécialiste de la littérature française, il est notamment l'auteur de La Pensée du roman (Gallimard, 2003) et Comment écouter la littérature ? (Fayard, 2006).

  • La poésie moderne "enfonce" le monde et l'esprit pour y appréhender un sens enseveli. Elle naît de la profondeur multiple ; elle la mime, l'anime et l'opère, comme physiquement, par le jeu de son langage.Ces essais, consacrés aux oeuvres de Nerval, Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, s'efforcent de saisir un moment originel de la création littéraire. Ils tentent d'analyser les quelques bonheurs d'expression à travers lesquels tout écrivain découvre sa voix et sa vérité d'homme.

  • "Nous ne faisons que nous entregloser." Sans doute Montaigne le déplorait-il mais d'abord il en prenait acte, ainsi que les Essais en témoignent : toute parole rapporte, l'écriture est glose et entreglose. Tout est dit : telle est la loi du langage, la condition du discours. Mais il est diverses modalités de la répétition du déjà dit. L'une d'entre elles, la plus flagrante, donne à ce livre son départ et son horizon : la citation, non pas la citation en soi mais le travail de la citation, la reprise ou la seconde main, et les suivantes.Solidarité d'un fait de langage et d'une pratique instituée, la citation est un acte, une forme et une fonction. L'acte commande une phénoménologie qui le situe dans la lecture et dans l'écriture ; la forme, une sémiologie qui apprécie son mode de faire sens dans le texte ; la fonction, une généalogie qui recense quelques-unes de ses valeurs historiques bien détachées.Telles sont les grandes options d'un travail de la citation plutôt que sur la citation : c'est elle qui discourt et vadrouille car elle n'est pas un objet mais une idée fixe que ces pages, toute écriture, rêvent de défaire.

  • Bardadrac

    Gérard Genette

    Un Gérard Genette inattendu, plein d'humour, qui regarde son passé et son époque avec tendresse et lucidité. «Bardadrac», c'est le mot-chimère jadis inventé par une de ses amies pour désigner le fouillis de son grand sac à main. Autant dire qu'on trouve de tout dans ce livre : réflexions sur la société contemporaine, ses discours, ses stéréotypes ; souvenirs d'enfance, et d'une jeunesse marquée par quelques engagements politiques ; évocation de grandes figures intellectuelles, comme Roland Barthes ou Jorge Luis Borges ; goût des villes, des rivières, des femmes et de la musique, classique ou jazzy ; rêveries géographiques ; considérations sur la littérature et sur le langage, avec un éclairage corrosif du dialecte des médias ; et autres surprises.
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    Dans cet abécédaire enjoué et souvent ironique, l'auteur des Figures se place à l'intersection du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, des Chroniques de Vialatte et du Je me souviens de Perec. Un livre revigorant, dont la composition en fragments invite à la promenade et à la cueillette.

  • Est-il possible de percer les mystères de la création littéraire ? La sociologie peut-elle entrer dans la chair même des oeuvres ? Est-elle en mesure de se confronter à des oeuvres particulièrement difficiles, et même étranges, qui découragent plus d'un lecteur et soumettent habituellement à rude épreuve le travail des interprètes ?
    Est-il possible de percer les mystères de la création littéraire ? La sociologie peut-elle entrer dans la chair même des oeuvres ? Bernard Lahire s'est confronté à l'un des plus grands représentants de la littérature d'avant-garde, Franz Kafka : pourquoi écrit-il ce qu'il écrit comme il l'écrit ? Pour répondre, Bernard Lahire examine la fabrication sociale de l'auteur du Procès, depuis les primes expériences familiales jusqu'aux épreuves les plus tardives. Ce faisant, non seulement il saisit les raisons qui le conduisent à être attiré par la littérature, mais il se donne les moyens de comprendre les propriétés formelles et thématiques d'une oeuvre travaillée par les éléments constitutifs de sa problématique existentielle. Dans ce livre magistral qui, au-delà du cas de Kafka, pose les fondements d'une théorie de la création littéraire, les oeuvres apparaissent comme autre chose que des solutions esthétiques à des problèmes formels ou que des manières de jouer des coups dans un " champ littéraire ". Elles sont aussi des points de vue sur le monde, des manières formellement spécifiques de parler du monde mises en oeuvre par des créateurs aux expériences sociales singulières.

  • Balzac, Hugo, Lamartine, Vigny, Musset, Guérin, Sainte-Beuve : pour chacun de ces grands écrivains romantiques, Jean-Pierre Richard a voulu dessiner le paysage qui lui était propre : ce monde singulier de sensation, de rêverie, d'écriture, où se retrouve, chaque fois différent, le plaisir de la lecture.Pour la phénoménologie, a-t-on dit, «les sens ont un sens» : si elle a raison, c'est bien ce «sens des sens» que ces études tentent de repérer, d'amener progressivement au jour.

  • Postscript

    Gérard Genette

    Dans ce nouveau livre convergent deux séries d'écrits de Gérard Genette : celle, critique et " théorique ", conduite de Figures (1966) à Métalepse (2004), et celle, plus directement personnelle, ouverte depuis 2006 par une " suite bardadraque ", et dont le présent ricochet prolonge l'allure vagabonde, entre diction et fiction, réflexion et recréation. Deux " pièces jointes " viennent attester, chacune à sa manière, du sens et de la portée de cette double filiation.

  • Ce livre explore un phénomène curieux qui n'a pas reçu l'attention qu'il mérite. Chaque fois que des humains parlent une langue, ils s'efforcent aussi de créer, avec la grammaire qu'ils connaissent, des langues secrètes. Celles-ci peuvent être plaisantes ou sérieuses, jeux d'enfants ou travail d'adultes, aussi impénétrables que des langues étrangères. C'est à la Renaissance que des auteurs soulignent pour la première fois l'apparition de ces langues volontairement obscures. Des juristes, des grammairiens, des théologiens les ont condamnées, soutenant que ces nouvelles formes de discours étaient les instruments du crime. Mais avant l'émergence de ces jargons modernes, la torsion artificielle des langues avait une finalité bien différente : en Grèce ancienne, dans la Rome archaïque, en Provence ou dans la Scandinavie au Moyen Âge, chanteurs et copistes inventaient des variantes opaques du parler. Ils ne le faisaient pas pour tromper mais pour révéler la langue des dieux, que les poètes et les prêtres étaient, disait-on, les seuls à maîtriser. Langues obscures évolue entre ces diverses langues artificielles et hermétiques. Des jargons criminels aux idiomes sacrés, du travail de Saussure sur les anagrammes à la théorie de Jakobson sur les structures subliminales en poésie, des arts mystérieux des druides et des copistes de la Bible à la procédure secrète que Tristan Tzara, fondateur de Dada, croyait avoir découverte dans les chansons et ballades de Villon. Dans ce livre singulier, Daniel Heller-Roazen montre comment des techniques, communes aux voleurs et aux poètes, jouent le son et le sens l'un contre l'autre.

  • Onze études sur la poésie modernePierre Reverdy, Saint-John Perse, René Char, Paul Éluard, Georges Schehadé, Francis Ponge, Guillevic, Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Philippe Jaccottet, Jacques Dupin.Quel est le projet de ces études ? Saisir la création littéraire à son origine, surprendre la conscience poétique au moment où elle se découvre à elle-même dans l'aventure d'un monde et d'un langage. Pour chacun des poètes considérés, l'auteur a tenté de dessiner les grandes lignes de son univers imaginaire : système de sensations favorites, de formes préférées, d'images récurrentes - paysage mental né du paysage réel, et l'inventant cependant, le réarticulant dans un espace neuf de mots et de choses.Jean-Pierre RichardProfesseur, de 1969 à 1984, aux universités de Paris-Vincennes puis de Paris-Sorbonne, critique littéraire influencé par la phénoménologie et la psychanalyse, il a introduit la matière et la sensation dans les études littéraires.

  • épilogue

    Gérard Genette

    Comme l'indique son titre, ce petit livre met un point final à la suite bardadraque qui l'a précédé, selon une fonction d'« examen » auto-critique et dans un après-coup plus ou moins tardif, que la tradition classique assignait comme définitive et forclusive. La sagesse populaire, qui craint à juste titre les suppléments inutiles et les promesses en l'air, dit en pareil cas : « N'épiloguons pas », ou parfois, et plus bizarrement : « N'anticipons pas ». Je vais donc épiloguer un peu, mais pas trop, dans un autre désordre à bâtons rompus et sous le signe paradoxal de la convergence des temps, sans éviter quelques détours à fins de repentirs ambigus, d'aggravations provocantes ou de diversions hasardeuses, et non sans anticiper parfois, mais pas de beaucoup, on verra bien quoi.G.G.

  • La perception que nous avons de l'espace ne constitue pas tout à fait une donnée naturelle. Elle est fortement influencée par notre environnement culturel.À l'espace homogène que nous percevons aujourd'hui, où seules varient les distances, s'oppose l'espace hétérogène du Moyen Âge, senti comme de nature différente selon qu'il est proche ou lointain. De cette distinction, illustrée par les arts figuratifs, la cartographie, la littérature, le langage même, découlent des conséquences qui embrassent notre civilisation entière : celle-ci, en dix siècles, glisse d'un modèle à l'autre, au prix d'un bouleversement de ses valeurs sensorielles et symboliques.Paul Zumthor retrace cette histoire de quatre points de vue convergents : par rapport à l'idée de « lieu » et de stabilité, à celle de « dimension » et de mouvement, à celle d'inconnu désirable et de « découverte », enfin dans les représentations imagées. Le moment critique, où l'on bascule du monde ancien à la modernité, n'est pas identique dans ces diverses perspectives. Du moins une période tournante se dessine-t-elle entre 1450 et 1550 : emblématiquement, l'équipée de Christophe Colomb en marque le centre.

  • Marcel Proust a trente ans en 1901. Il meurt en 1922. C'est dire qu'il a plus vécu au XIXe qu'au XXe siècle. Son oeuvre puise ses affinités esthétiques dans le siècle de Baudelaire, de Wagner et de Ruskin, mais lui échappe cependant. Comme elle échappe au XXe siècle. Sans doute ce partage n'a-t-il pas de sens en soi ; mais toute grande oeuvre manque d'aplomb : les oeuvres assurées passent de mode, celles qui deviennent classiques sont ambiguës. C'est parce que la Recherche du temps perdu est irréductible aux deux siècles, qu'elle continue de fasciner.Ce livre essaie de comprendre la puissance paradoxale du roman de Proust en le confrontant à quelques lieux communs fin de siècle : le débat entre les conceptions organique ou fragmentaire de l'oeuvre d'art, la sexualité décadente, la science psychiatrique ou étymologique, l'idée de progrès en art, la naissance du mythe de l'avant-garde, etc. Comment Proust les a-t-il côtoyés et de quelle façon les a-t-il transformés ? Par quels retours à d'autres siècles aussi ?Deux ombres ne quittent jamais Proust : Racine et Baudelaire, dont les destins critiques se croisent étrangement avant 1900. On découvre alors la violence chez le dramaturge et le classicisme chez le poète maudit. Ils deviennent frères, et Proust entre deux siècles, c'est aussi Proust entre ces deux poètes.Antoine CompagnonProfesseur au Collège de France et à Columbia University, New York. A établi l'édition de Sodome et Gomorrhe dans la « Pléiade » (Gallimard, 1988).

  • Quel est le point commun entre Sixième Sens et Desperate Housewives, entre Le Superbe Squelette d'Alice Sebold et L'Attentat de Yasmina Khadra, entre La Douane de mer de Jean d'Ormesson et les Damnés de Chuck Palahniuk, entre La Voyageuse de Dominique Rolin et Barzakh de Juan Goytisolo ? Si différentes soient-elles, ces fictions sont toutes racontées par un mort. Elles participent d'un courant important de l'écriture du moi à l'époque de l'autofiction, et d'un changement capital dans la représentation du sujet et dans l'art narratif. En effet, si les voyages en enfer, les mémoires d'outre-tombe et les apparitions s'inscrivent dans une tradition fort ancienne, un tabou aussi vieux que la littérature interdisait de confier à un défunt la totalité du récit. Depuis le milieu des années 1980, la fiction que l'on pourrait nommer, à la suite de Derrida, " autothanatographique " s'est imposée comme une forme résolument nouvelle de la poétique de la mort. Comment et pourquoi fascine-t-elle des écrivains aussi divers ? Que nous apprend-elle sur notre rapport à la mort et sur notre façon d'en parler ? Et ne confirme-t-elle pas, en dernière analyse, la mort du roman ?

  • Pourquoi dans la vie quotidienne, affirme-t-on qu'une situation intolérable appelle une réaction ? Comment les biologistes en sont-ils venus à penser les rapports du vivant et du milieu en termes d'interaction ? Pour quelle raison la psychiatrie a-t-elle

  • Figures t.5

    Gérard Genette

    Sinuant à travers des thèmes aussi variés que les fonctions de la critique, la Poétique d'Aristote, la cathédrale gothique, la comédie américaine, l'Esthétique de Hegel, le western classique, le jazz, la série télévisée, le réalisme et le romanesque, le détail et l'exception, le comique et le tragique, l'humour et l'ironie, Vermeer, l'art moderne et contemporain, les Mémoires d'outre-tombe, ce volume évoque à sa façon, volontairement rhapsodique, la relation, toujours instable ou ambiguë, entre les oeuvres et les genres, littéraires et autres. Ses rubriques désignent des séquences plus ou moins continues de pages plus ou moins autonomes, et diversement enchaînées, avec ou sans transition. Davantage qu'un saut d'objet, chaque césure marque un suspens d'écriture et suggère à la lecture une pause à durée variable, entre soupir et point d'orgue.

  • Apostille

    Gérard Genette

    Après Bardadrac et Codicille, l'auteur livre avec Apostille le troisième volume de son abécédaire personnel. Une succession de souvenirs et de pensées qui se bousculent entre un point de vue politique, une rêverie musicale ou un avis littéraire - Flaubert, Stendhal, Proust ont une place de choix et viennent scander ce récit à tiroir.Tout est servi avec délicatesse et élégance quand il s'agit des autres et avec dérision ou pudeur quand il s'agit de soi-même. L'humour n'est pas en reste et s'inscrit comme un des dénominateurs communs de ces petites chroniques parfois nostalgiques et souvent incisives.

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