• Avec L'Angoisse de l'ingénieur, texte à valeur de manifeste, Ernst Bloch démontre le piège que l'homme se tend à lui-même. Sentiment en vérité archaïque, l'angoisse trouve une forme nouvelle dans la quête perpétuelle d'un accès à l'inconnu, dont on ne peut mesurer encore les conséquences. De cette tension naît l'angoisse, autrefois reliée à l'obscure et toute-puissante magie, mais dont les effets de la technique perpétuent le sentiment de terreur. L'antique démonisme n'est jamais loin, lorsque l'ingénieur freine en dernier ressort son avancée. Ernst Bloch part non du point de vue de la technique mais de celui des fantômes et autres démons, ou plutôt de la croyance en leur existence. Monde chassé par les Lumières mais plus encore par la lumière artificielle, dont nulle magie n'émane plus. En bannissant les ombres et la présence de recoins sombres dans les maisonnées, l'ampoule électrique a écarté jusqu'à l'éventualité de la présence des esprits. Mais la technique ne peut rien, pour autant, contre les heures sombres que connaît alors l'Allemagne... Bloch réhabilite ce que la raison, marxiste entre autres, a voulu condamner : l'existence du mythe. Il défend les archétypes tels qu'ils peuvent apparaître dans les contes, où toute hiérarchie sociale se voit bousculée. De ce pas, il met en garde contre la mécanique, qui gomme la lumière du rêve, alors que le moment utopique y reste encore tapi.

  • Le nouveau roman d´Eric Boisset !

    Lorsque Chadi Medawar arrive en France avec ses parents et son garde du corps, il se heurte d'emblée à l'hostilité de ses camarades de collège. Ce jeune Libanais surdoué aux cheveux teints en rouge et à l'étrange accoutrement dérange autant qu'il inquiète. Nul ne semble soupçonner l'ampleur de ses dons, sauf Erwan qui deviendra son ami. Chadi ne lui ouvrira pas seulement son coeur, mais aussi les grilles du château de This où il habite avec Lamita et Bachir. C'est dans les profondeurs du parc attenant à cette vaste demeure que Chadi découvrira une étrange serre abandonnée où les deux garçons accompliront ensemble le plus étonnant des prodiges...

  • Qu'est-ce qu'un processus créatif ? Y a-t-il une ingénierie de la création ? Cet ouvrage montre comment la créativité est simultanément une oeuvre de connaissance, un enjeu de communication et un effet de sociabilité. Les éléments d'expérience ou de savoir qui s'y trouvent impliqués résultent de l'accumulation des réalisations antérieures, de la différenciation des réseaux d'échange et de pouvoir et de l'utilisation complexe de ces réseaux.

  • Grand Raymond Roussel : vie hors du commun bien sûr, un héritage qui fait de lui un homme fortuné, libre de se consacrer aux passions qui le brûlent. Compositeur, pianiste de génie, inventeur tous azimuts, sauf qu'incompris. Et, au-des la passion d'écrire : un inventeur, un manipulateur (voir son légendaire Comment j'ai écrit certains de mes livres), un expérimentateur sur comment s'y prendre.
    Et pourtant, à chaque publication, de son vivant, l'échec qui le conduira au suicide, à Palerme, en 1933.
    Il nous laisse, parmi une suite de monstres littéraires qui en mettent toutes les valeurs à bas, au moins une oeuvre en apparence raisonnable : la description du parc, dans la demeure d'un étrange inventeur, Martial Cantarel, et quelques rencontres qu'on y fait.
    Il fallait cela pour que nous entrions, nous, comme dans un rêve, dans ces machines étranges, mêlant l'art du récit à de fascinantes inventions plastiques, machines à arracher les dents et composant ces labyrinthiques oeuvres d'art à partir des dents collectées ?
    "Locus Solus", paru en 1914, au bord de la catastrophe du monde, est un livre des plus immenses, vaguement inquiétant, toujours acide, un défi à notre relation ordinaire au monde.  Il suffit pourtant d'y suivre l'explorateur Échenoz pour être pris par le plus simple, le plus époustouflant et troublant roman.  FB

  • Raymond Roussel, dont les Surréalistes furent les premiers à honorer l'importance, ne cesse de voir sa place grandir dans le paysage moderne.

    Grande fortune, d'abord compositeur, mais aussi inventeur, voyageur, il n'y a que la littérature qui comptait pour lui, et on lui fit payer cher son dilettantisme. Il raconte dans "Comment j'ai écrit certains de mes livres" l'accueil fait à ses romans et, encore plus violemment, à ses pièces de théâtre.

    Mais, pour nous, l'essentiel c'est ce bousculement. La mise en avant de la méthode de composition, à un point que nul avant lui (et probablement juste l'Oulipo après lui - et il n'y aurait pas d'Oulipo sans Roussel) n'aura réussi à maîtriser.

    Pas besoin d'aller en Afrique pour écrire les "Nouvelles impressions d'Afrique", et la magie fantastique du "Locus Solus", ici il en donne les recettes.

    C'est ce qui fait l'étrangeté de ce voyage organisé par Roussel lui-même dans la genèse d'une des oeuvres les plus étranges de toute notre littérature. Son testament, publié juste après sa mort, en 1935, ce livre culte n'avait pas été réédité depuis 1963 - il était grand temps d'en proposer une édition numérique.

    FB

  • Qu'on ne s'attende pas à un roman d'aventures, encore moins à des souvenirs de voyage : Impressions d'Afrique, paru en 1909, est un laboratoire d'expérimentation littéraire, où l'histoire commence au chapitre I ou au chapitre X, selon le choix du lecteur ; chaque mot en recèle un autre, chaque phrase contient en germe un roman à venir. Edmond Rostand, le premier, fut fasciné ; puis Marcel Duchamp - il dit s'en être inspiré pour La Mariée mise a nu -, Michel Leiris, André Breton, Georges Perc... Et pourtant, ce texte magistral, où les excès de l'imagination n'ont d'égal que l'extrême maîtrise de l'écriture, n'intéressa pas même les éditeurs : Roussel dut le publier à son compte. Est-ce l'oeuvre d'un fou mystificateur ? d'un hermétiste? d'un oulipien avant l'heure ? Peu importe. Comme l'écrivait Paul Reboux : "C'est un livre extraordinaire, ahurissant, cocasse, chimérique ; donc, ce n'est pas un livre indifférent."

  • L´oeuvre d´Albert Robida est immense : caricaturiste, dessinateur, illustrateur, journaliste et romancier, il cumule tous les talents et laisse 60 ouvrages, 200 livres illustrés, des centaines d´articles et plus de 60000 dessins.
    Dans le domaine de l´anticipation sa trilogie sur le XXe siècle le place, bien plus que Jules Verne, comme un visionnaire. Il décrit des inventions passées dans la vie quotidienne, et pas seulement telles des merveilles extraordinaires et largement uniques comme on les trouve chez Jules Verne. Le Vingtième siècle (1883), La Guerre au Vingtième siècle (1887) et Le Vingtième siècle. La vie électrique (1890) sont des romans illustrés par l´auteur étonnamment modernes par les thèmes traités : la communication, les transports, l´urbanisation, l´émancipation des femmes, la guerre totale mécanisée et biologique, la pharmacie, la pollution...

    Voyage à travers le temps Les débuts de Robida dans le domaine de l´anticipation datent de l´Exposition universelle de 1867 (avec un dessin consacré à la machine) et c´est celle de 1889 (dont l´un des clous est la Tour Eiffel) qui inspire Jadis chez aujourd´hui. Ce n´est sans doute pas son oeuvre se rattachant à la science-fiction la plus connue, pourtant elle traite avec originalité du thème du voyage temporel. Il ne s´agit pas de faire voyager des contemporains sur l´axe du temps mais de faire venir le passé à notre époque.
    L´argument est simple : le savant Célestin Marjolet annonce une attraction extraordinaire : faire revivre le passé et malgré le scepticisme de ses amis et des autorités, il parvient à amener Louis XIV et sa cour à l´Exposition universelle. Toute la saveur du texte repose sur le regard porté par le Roi-Soleil et ses courtisans face aux innovations scientifiques, architecturales et techniques de l´époque.
    Pour la première fois sont réunies en un seul volume les deux versions de Jadis chez aujourd´hui d´Albert Robida. La première version est publiée en feuilleton en mai-juin 1890 dans Le Petit français illustré. Cette publication pour la jeunesse est lancée par l´éditeur Armand Colin en 1889 avec le sous-titre Le journal des écoliers et des écolières. Aux côtés d´Albert Robida on trouve notamment Christophe qui publie Le Sapeur Camenber, La Famille Fenouillard ou le Savant Cosinus, et Henriot auteur et dessinateur en 1910 de Paris en l´an 3000.
    La seconde version paraît en volume en 1892 dans la collection Bibliothèque du Petit français (éditions Armand Colin) accompagné de deux autres courts romans d´Albert Robida : Kerbiniou le très madré et Voyage au pays des saucisses.
    La confrontation des deux versions permet de relever certaines différences qui sont loin d´être anodines. Bien sûr le temps de l´Exposition universelle s´éloignant, Albert Robida réactualise le texte en gommant des références à 1889. Ramenant le texte de huit à six chapitres, il concentre la narration sur le décalage entre l´époque contemporaine, que le savant Célestin Marjolet souhaite tuer, et le regard que le passé livre sur le présent bousculant l´ordre habituel des choses qui veut - c´est le cas de l´Histoire - que le présent juge le passé et non l´inverse. La première version se termine par une pirouette narrative très souvent utilisée dans la première moitié du XIXe siècle par les auteurs d´anticipation : tout ceci n´était qu´un rêve comme dans Inoculation du parfait bonheur (1884). La seconde version se clôt par la disparition de la Cour emportée dans les airs à bord d´un ballon suivie de ces mots « Prodigieux événement ! incroyable aventure ! ». C´est un changement de paradigme : la fiction n´est plus disqualifiée par le rêve qui la renvoie dans le domaine onirique mais elle devient acceptable, faisant entrer Jadis chez aujourd´huidans la science-fiction.

    Philippe Éthuin

  • Combien sommes-nous à avoir découvert Edgar Poe par Double assassinat dans la rue Morgue et La lettre volée ? Normal, ce sont les deux nouvelles qui ouvrent le premier recueil des traductions de Baudelaire, Histoires qui évidemment ont beaucoup contribué à conférer à Poe sa réputation sulfureuse, et déjà traduites deux fois avant Baudelaire. Et on sait leur étonnant destin, à commencer par Poe lui-même et la suite qu'il leur donne avec Le Mystère de Marie Roget, transformant en triptyque les deux récits rassemblés sous le titre Les facultés divinatoires d'Auguste Dupin, I et II. Alors Sherlock Holmes et tous les autres ne sont pas loin, le roman policier est inventé.
    Pour autant, c'est la vieille aventure littéraire qui reste le jardin d'aventure - Lacan ne s'y est pas trompé. Et même Marie Roget commencera sous une exergue prise à Novalis.
    C'est peut-être ça le nouveau régal à venir relire ces histoires que tous nous avons déjà traversées : laisser se développer la rhétorique, voir Poe au travail, voir se construire et s'agence un récit où chaque phrase va apporter sa nuance, suite de digressions qui vont en nuage, appellent à la mystique, font de Dupin un inventeur du fantastique - et où s'écrit au fond la ville moderne.  C'est l'écriture aux prises avec la description du monde, et susceptible, en s'organisant elle-même, de changer le tableau contemporain du monde. Sinon, Poe ne nous fascinerait pas tant, même sous les ors de Baudelaire.  FB

  • "Il faut être absolument moderne." Comment imaginer que tout un basculement de la littérature, qui vaut jusqu'à aujourd'hui, s'établit sur cette poignée de lettres d'un jeune provincial fugueur qui n'a même pas 17 ans encore, ce 15 mai 1871 ?

    Et toutes ces formules sur le "voleur de feu", sur le "déréglement de tous les sens", et sur ces "horribles travailleurs", c'est dans cette lettre à Paul Demény, poète de 10 ans son aîné, qu'il a rencontré par son ancien prof de français, Georges Izambard.

    Cette lettre est un viatique nécessaire - pour lire et relire, pour diffuser sans cesse. On a perdu nombre de lettres de Rimbaud, mais la suite des lettres à Izambard, celle à Théodore de Banville, sollicitant une publication dans le Parnasse Contemporain, et les lettres à Ernest Delaye, l'ami d'enfance, de l'année suivante, RImbaud cette fois lancé à Paris, sont pour nous le définitif marqueur d'un météore.

    Gloire méritée pour Rimbaud, qu'une lettre prenne ainsi pour l'éternité son propre titre, "Lettre du voyant".

    Mince bouquet, mais cosmique, essentiel - la forge même de la Saison en enfer et des Illuminations.

    FB

  • Mélanie et Philippe, deux mordus du grand écran, vous racontent la naissance de cette forme d'expression qui a bouleversé l'art de le divertissement. Qui sont Eadweard Muybridge et Thomas Edison? Quels rôles ont-ils joués dans la création de l'image en mouvement?

    Installez-vous confortablement et laissez-vous guider dans les coulisses du septième art.

  • Pedal It! celebrates the humble bicycle-from the very first boneshakers to the sleek racing bikes of today, from handlebars to spokes to gear sprockets-and shows you why and how bikes can make the world a better place. Not only can bikes be used to power computers and generators, they can also reduce pollution, promote wellness and get a package across a crowded city-fast! Informative but not didactic, Pedal It! encourages young readers to be part of the joy of cycling.

  • Quand les dirigeants du laboratoire ultra-secret annoncent une suspension temporaire de leurs activités, c'est la fête à l'étage des singes et des cochons. Les animaux, qui se rebellent contre leur statut de sujet d'expériences, sont heureux de bénéficier d'un peu de répit. Attirés par le bruit, les Laborats ne tardent pas à se mêler au groupe de fêtards. Les voilà prêts pour un peu d'action!

    Alliant fiction et chroniques scientifiques, le deuxième tome des Laborats aborde un nouvel éventail de sujets passionnants.

  • Par un soir d'orage, Radium convainc son frère Radon de l'accompagner vers un lieu interdit: le laboratoire de biologie. Armés de lampes frontales, les deux rats s'aventurent dans la pièce remplie de bocaux de formol dans lesquels sont conservés des échantillons d'animaux.

    L'endroit lugubre devient carrément effrayant lorsqu'une immense tête dans le formol décide de leur faire la conversation...

  • L´histoire et la postérité ne sont pas nécessairement justes avec les génies... Pour un de Vinci, combien d´ingénieurs, découvreurs, talents effacés de nos mémoires ? Ainsi de Louis-Guillaume Perreaux (1816-1889), enfant d´Almenêches (Orne), qui a été comme gommé de la liste des grands noms du progrès. Certes, l´homme était particulièrement discret - au point qu´aucune photographie de lui n´existe -, mais cela ne légitime en rien que cette existence et cette oeuvre aient été passées sous silence.

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