Sciences & Techniques

  • Dès la fin du Moyen Âge, des dissections anatomiques commencèrent à être pratiquées, en Europe, sur des cadavres humains. À partir de la Rennaissance, l'ouverture de corps morts à des fins d'enseignement et de recherche se généralisa, et prit un extraordinaire essor qui s'est prolongé jusqu'au début du xixe siècle. L'Occident moderne a vu s'instaurer, à travers l'anatomie, un regard spécifique, fondé sur la fragmentation, la mise en pièces du corps, soumis également à une véritable colonisation: on en a dressé les cartes, on a établi une nomenclature, on a découvert des régions, des parcelles dans une chair que l'on explorait en la découpant. En tant que dispositif de connaissance, l'anatomie a façonné son objet. Ce fut l'invention d'un corps: segmenté, architectural, mécanique. Or à la base du travail des anatomistes on retrouve un paradoxe majeur: ils s'attaquaient à des corps morts, alors qu'il s'agissait de comprendre le vivant. Le cadavre, source d'effroi et de répulsion, dicta aussi ses règles et posa ses limites au savoir qui en fit sa matière première. Au croisement de la médecine, de l'esthétique, de la religion, des discours les plus variés et des cadres mêmes de la pensée s'est constituée, en Occident, une «civilisation de l'anatomie». Ce livre en propose un parcours, afin de tracer les contours des principaux traits de la construction historique d'un corps et d'une sensibilité qui, à plusieurs égards, sont encore les nôtres aujourd'hui. R. M.

  • Vecteur de vie, signe de mort, le sang raconte l'histoire des hommes. Sang des sacrifices, sang des blessures de chasse ou de guerre, sang des femmes, sang sacré : le sang a, de tous temps, intrigué et fasciné. Vital ou maléfique, il a été la source d'inspiration de très nombreux mythes et symboles. Assimilé au poison, justifiant les saignées jusqu'à la déraison, il fut ensuite remède, engendrant la grande idée de la transfusion. Des premières tentatives au XVIIe jusqu'à la fin du XIXe siècle, la transfusion connut bien des ratés tragiques. C'est dans les guerres du XXe siècle que se sont forgés les progrès qui allaient bouleverser la médecine.
    Au coeur de questions de société cruciales depuis les années 1980 - le virus du sida et les scandales du sang contaminé-, il est aujourd'hui un enjeu économique mondial et une ressource de plus en plus chère. Gérard Tobelem nous invite à un passionnant voyage à la fois scientifique, anecdotique et symbolique, qui n'a pas d'équivalent.



    Ancien professeur d'hématologie (université Paris-7) et chef de service des maladies du sang (AP-HP) puis directeur au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (1993-1997), Gérard Tobelem a présidé l'Etablissement français du sang (2009-2012) qui collecte, prépare, sécurise et livre aux hôpitaux trois millions de produits sanguins par an. Il préside aujourd'hui Theradiag, une société française dans le diagnostic biologique in vitro. Il est déjà l'auteur de plusieurs essais, documents et romans.

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