Alma Editeur

  • Né à New Delhi en 1961 dans une famille de hauts fonctionnaires et d'intellectuels - son père fut un spécialiste influent des affaires de stratégie et de défense - Sanjay Subrahmanyam y a reçu sa formation universitaire, enseignant tout d'abord l'économie avant de se faire connaître par ses travaux sur l'histoire de l'Inde aux XVIe-XVIIIe siècles. C'est donc à partir de l'Inde qu'il a développé, en Europe et aux États-Unis, cette " histoire globale de la première modernité " - titre de sa chaire au Collège de France - dont il reste le plus brillant représentant.
    Dans Leçons indiennes, Sanjay Subrahmanyam réunit une vingtaine d'articles (1995-2012) destinés à un lectorat plus large que celui des seuls spécialistes. Publiés dans des magazines, des hebdomadaires ou des quotidiens en Inde mais aussi en Europe et aux États-Unis, ils montrent l'historien au travail mais aussi l'observateur engagé de la vie politique et culturelle, toujours soucieux de " décentrer " son regard. Non pas pour offrir une approche universelle mais une perception multipolaire.
    Le lecteur voyage entre le passé et le présent, de Vasco de Gama jusqu'aux attentats du 11 septembre 2011. L'historien revisite aussi bien les Thugs (adorateurs de Kali qui étranglaient leurs victimes avec un foulard) qu'Indiana Jones ; s'interroge sur la France des terroirs autant que sur Salman Rushdie ou V. S. Naipaul. Contestant la dérive actuelle de la notion de " civilisation ", il met en cause avec brio les représentations nationalistes ou intégristes - " le sentiment anti-science, anti moderne, et anti-technique " - à l'oeuvre en Inde et dans le reste du monde.

  • Comment vit-on ailleurs ? Et pourquoi se sent-on bientôt étranger dans sa propre culture ? À cette question, Sanjay Subrahmanyam répond en croisant les destins de trois personnages dont la carrière se joua entre l'Europe, l'Iran et l'Inde monghole aux XVIe, XVIIe et XVIIe siècles.
    Voici d'abord le " Maure Meale ", un prince de Bijapur (centre-ouest de l'Inde) réfugié auprès des Portugais de Goa à la suite de querelles dynastiques puis balloté d'un camp à l'autre au gré des conflits d'intérêts (1540-1570). En lui, et plus encore dans sa famille, s'entrecroisent et se contrarient l'Islam indo-persan et la triomphante Contre-Réforme des jésuites.
    Voici ensuite le voyageur, négociant et aventurier anglais Anthony Sherley (1565-1633), passionné de philosophie politique, de diplomatie et de commerce. Il devint prince à la Cour safavide d'Ispahan avant de connaître des fortunes diverses et de finir sa trajectoire comme amiral espagnol. Sanjay Subrahmanyam analyse la lucidité mais aussi les lubies d'un esprit remuant que l'Angleterre finit par écarter.
    Le livre se referme avec un personnage que Blaise Cendrars tenait pour le maître des bourlingueurs : l'aventurier vénitien Nicolò Manuzzi (1638-1720), tout à la fois marchand, artilleur et médecin autodidacte. Ces qualités lui permirent de briller à Delhi auprès du " Grand Mogol " et de rouler sa bosse à travers le sous-continent indien où il resta jusqu'à sa mort à 82 ans.
    À travers ces trois personnages se dessinent, non pas un choc des cultures - thème que Sanjay Subrahmanyam récuse - mais les débuts de la conscience moderne de l'altérité. Ne serions-nous pas tous étrangers, c'est-à-dire membre d'un groupe auquel nous n'appartenions pas à l'origine - ou dont nous ont écarté l'espace et le temps, sans nous en séparer complètement ?

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