• De 1954 à 1962, plus d'un million et demi de jeunes Français sont partis faire leur service militaire en Algérie. Mais ils ont été plongés dans une guerre qui ne disait pas son nom. Depuis lors, les anciens d'Algérie sont réputés n'avoir pas parlé de leur expérience au sein de leur famille. Le silence continuerait à hanter ces hommes et leurs proches. En historienne, Raphaëlle Branche a voulu mettre cette vision à l'épreuve des décennies écoulées depuis le conflit.
    Fondé sur une vaste collecte de témoignages et sur des sources inédites, ce livre remonte d'abord à la guerre elle-même : ces jeunes ont-ils pu dire à leur famille ce qu'ils vivaient en Algérie ? Ce qui s'est noué alors, montre Raphaëlle Branche, conditionne largement ce qui sera transmis plus tard. Son enquête suit ensuite les métamorphoses des silences et des récits jusqu'à nos jours. Elle pointe l'importance des bouleversements qu'a connus la société française et leurs effets sur ce qui pouvait être dit, entendu et demandé dans les familles à propos de la guerre d'Algérie. Elle éclaire en particulier pourquoi, six décennies après la fin du conflit, beaucoup d'enfants ont toujours la conviction qu'existe chez leur père une zone sensible à ne pas toucher.
    Grâce à cette enquête, c'est plus largement la place de la guerre d'Algérie dans la société française qui se trouve éclairée : si des silences sont avérés, leurs causes sont moins personnelles que familiales, sociales et, ultimement, liées aux contextes historiques des dernières décennies. Avec le temps, elles se sont modifiées et de nouveaux récits sont devenus possibles.

  • "J'allais mal ; tout va mal ; j'attendais la fin. Quand j'ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l'avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n'arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu'aux coudes. Mais il m'a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l'armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails.
    Il m'apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l'art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l'émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue." Alexis Jenni.

    Prix Goncourt

  • La guerre d'Algérie fut le grand épisode traumatique de l'histoire de la France des Trente Glorieuses. Et les blessures ouvertes alors ne sont pas encore refermées, comme en témoignent les polémiques mémorielles récurrentes qu'elle continue de soulever.Né à Constantine en Algérie, l'historien Benjamin Stora raconte ici cette guerre longtemps restée « sans nom », ses épisodes majeurs (des massacres du Constantinois à la politique de la « terre brûlée » de l'OAS, en passant par le putsch des généraux et la répression des immigrés en métropole) et ses acteurs principaux, français comme algériens. Il restitue cette histoire dans toute sa complexité et rend compte des acquis et des débats de la recherche historique la plus récente, en racontant par exemple comment la guerre fut vécue du côté algérien. Enfin, il revient sur les séquelles politiques et mémorielles de cette guerre de huit ans des deux côtés de la Méditerranée.Benjamin Stora, professeur des universités, est l'auteur de nombreux ouvrages sur la guerre d'Algérie.

  • À l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, les Éditions La Découverte (Paris) et les Éditions Barzakh (Alger) ont publiéconjointement et simultanément en 2012, dans les deux pays, cet ouvrage collectif destiné à un large public sur l'histoire de l'Algérie à la période coloniale (1830-1962). En effet, en France comme en Algérie, celle-ci reste souvent mal connue des non-spécialistes, alors qu'elle est essentielle pour mieux comprendre la situation actuelle dans les deux pays, ainsi que leurs relations depuis l'indépendance en 1962. Or, depuis les travaux pionniers de Charles-André Julien et Charles-Robert Ageron, malgré la multiplication des publications, on manque aujourd'hui d'une vaste fresque synthétique de cette histoire, rendant compte notamment des travaux les plus récents. Ce livre, écrit principalement par des historiens (algériens, français et d'autres nationalités), a donc pour but de mettre à dis-position des lecteurs une histoire partagée et critique de cette période historique, qui tienne compte des interrogations actuelles des sociétés sur ce passé.
    Cet ouvrage replace ainsi la guerre d'indépendance dans le temps long de la période coloniale, car c'est bien dans cette longue durée que le conflit s'enracine. Il permet ainsi de rendre compte des résultats des nombreux travaux de recherche novateurs conduits depuis une quinzaine d'années sur la période comprise entre la fin de la conquête et le début de cette guerre. Dans ce cadre historique, l'ouvrage entend questionner comment l'histoire de ces deux pays et de ces populations s'est nouée, dans des rapports complexes de domination et de violence, mais aussi d'échanges, dans les contextes de la colonisation puis de la décolonisation. Il s'agit enfin d'interroger les héritages de ces cent trente ans de colonisation qui marquent encore les sociétés algériennes et françaises.

  • De 1954 à 1962, quelque deux millions de Français ont fait la guerre aux Algériens. Soixante ans après, cette " guerre sans nom " reste une page blanche de l'histoire nationale. Et le refoulement de sa mémoire continue à ronger comme une gangrène les fondements mêmes de la société française. De l'autre côté de la Méditerranée, un refoulement symétrique mine la société algérienne : la négation par l'histoire officielle de pans entiers de la guerre de libération n'est pas pour rien dans la guerre civile qui a déchiré le pays à partir de 1992. Pour comprendre les causes de cette double occultation, Benjamin Stora tente dans cet essai d'éclairer ses mécanismes, en France comme en Algérie. Il démontre comment ceux-ci se sont mis en place dès la guerre elle-même : du côté français, c'est la négation de l'existence même de la guerre, le refus obstiné de reconnaître la réalité de la torture et des exécutions sommaires ; du côté algérien, c'est la violence de la guerre civile secrète qui opposa le FLN et le MNA, ou le massacre en masse des harkis à l'été 1962, perpétré par les ralliés de la vingt-cinquième heure. L'auteur montre également comment les mensonges de la période 1954-1962 seront à leur tour, dans les décennies suivantes, enfouis dans les mémoires par les amnisties ou les non-dits d'une histoire éclatée.

  • Dans cette somme exceptionnelle, Alain Ruscio propose une lecture érudite et accessible des actions et positions du communisme face à la question coloniale en Algérie. S'appuyant sur une quantité remarquable de documents, il nous permet d'appréhender cette question méconnue de manière dépassionnée, tout en restituant les faits selon leur chronologie propre.
    C'est un paradoxe : l'histoire du communisme reste aujourd'hui encore, alors que ce mouvement n'a plus dans la vie politique ni le poids ni la force d'attraction d'antan, un objet de controverses à nul autre pareil, en " pour " et en " contre ". Cet état d'esprit atteint un paroxysme lorsqu'il s'agit d'évoquer les actions et analyses du communisme - français et algérien - face à la question coloniale en Algérie, des origines dans les années 1920 à la guerre d'indépendance (1954-1962). Et s'il était temps, écrit Alain Ruscio, de sortir des invectives ?
    C'est l'ambition de cette somme exceptionnelle, qui propose une plongée dans les méandres - le mot s'impose - des politiques communistes des deux côtés de la Méditerranée (PCF et PCA) durant plus de quatre décennies. Des tout premiers temps, lorsque le jeune parti commençait à s'affirmer et tentait de briser le consensus colonial, aux tempêtes de la guerre d'Algérie, en passant par les espoirs et illusions du Front populaire. Les relations avec le nationalisme algérien, qui ne furent jamais simples, sont finement analysées, avec le récit d'un grand nombre d'épisodes ignorés ou mal connus et l'évocation de parcours de multiples acteurs, qui donne chair à cette saga.
    Novateur, l'ouvrage d'Alain Ruscio ne l'est pas seulement par son esprit. L'historien a utilisé tous les fonds d'archives spécialisés, dont ceux du PCF, désormais accessibles, révélant des documents totalement nouveaux. On découvrira, au fil des pages, non pas une ligne politique, mais une succession, et parfois une cohabitation, de logiques et de pratiques.

  • Le 18 mars 1962, la signature des accords d'Évian met fin à la guerre d'Algérie. Chantal Morelle, spécialiste du gaullisme, retrace les étapes du processus de sortie de guerre et des négociations, dans le contexte de violences terroristes perpétrées par le FLN et l'OAS.
    Le 18 mars 1962, la signature des accords d'Évian met fin à la guerre d'Algérie. Mais c'est avec le retour au pouvoir de Charles de Gaulle en 1958 que tout se noue. Bien qu'il n'ait pas de politique définie, la fermeté de ses propos, après l'annonce de l'autodétermination en septembre 1959, donne une première indication sur ses intentions pour sortir du conflit et sur la négociation qu'il entend mener par le truchement de son ministre d'État, Louis Joxe, mais sur laquelle il veille de très près.
    Rappelant l'histoire de ce pays et les jalons du conflit, Chantal Morelle concentre son analyse sur le processus de sortie de guerre. Retraçant les longues discussions entre délégations françaises et algériennes, elle évoque toutes les embûches qu'il fallut surmonter avant de parvenir à la paix et parcourt les étapes mouvementées des pourparlers, dans le contexte de violences terroristes perpétrées par le FLN, comme par l'OAS à partir de 1961.
    Ce récit raconte également les derniers mois de la présence française, l'exil des pieds-noirs et des harkis, puis l'amorce de relations diplomatiques et de coopération entre les deux pays.
    Archidoc, une collection proposée par André Versaille

  • Aujourd'hui peu connue du grand public, l'embuscade de Palestro a pourtant bouleversé l'opinion publique, deux ans après le début des " événements " en Algérie. Aux frontières de la micro-histoire, de l'histoire de la mémoire et de l'histoire coloniale, ce portrait exemplaire de Raphaëlle Branche retrace les faits en s'appuyant sur les mémoires françaises et algériennes.
    Palestro, le 18 mai 1956 : vingt et un militaires français tombent dans une embuscade. Un seul d'entre eux survit, les corps des autres sont retrouvés mutilés. Quelques mois après que le contingent a été rappelé pour lutter contre l'insurrection qui se propageait en Algérie, la nouvelle fera l'effet d'une bombe dans l'opinion française. " Palestro " deviendra vite synonyme de la cruauté de cette guerre qui ne disait pas son nom. Pourquoi, alors qu'il y eut d'autres embuscades meurtrières, a-t-on plus particulièrement retenu celle-ci ?
    Pour comprendre les raisons de cette persistance dans l'imaginaire national français, Raphaëlle Branche a mené une longue enquête historique, en particulier en Algérie. Car il fallait aussi comprendre ce qu'il en était là-bas : cette action des maquisards de l'Armée de libération nationale avait-elle également marqué les mémoires ? En s'attachant au récit détaillé du drame de Palestro, ce livre de " micro-histoire " permet ainsi d'aller voir plus loin et d'interroger un passé plus ancien, là où se sont noués les liens coloniaux. Sous les pas des combattants de 1956, en effet, d'autres Français et d'autres Algériens avaient laissé leurs traces. Ce livre est aussi leur histoire.
    Dans sa postface inédite, où elle revient sur la réception de ce livre, l'auteure témoigne que l'enquête historique continue toujours.

  • " Ce petit livre est destiné à rappeler les crimes de l'armée française. Je dis bien de l'armée française, non de quelques officiers. Même si la majorité de l'armée a occupé le terrain plus qu'elle n'a torturé ou massacré [...], elle n'a jamais désavoué ceux qui égorgeaient, coupaient les têtes, mutilaient les femmes, les hommes et les enfants d'"en face'. " Cet ouvrage est un document contre l'oubli. À l'heure où la question de la torture pratiquée par les militaires français pendant la guerre d'Algérie revient sur le devant de la scène politique, la réédition de cet ouvrage, publié pour la première fois en 1975, offre une nouvelle occasion de regarder la vérité en face et de reprendre un travail jusqu'à présent inachevé : celui de la mémoire.
    Document exceptionnel, Les crimes de l'armée française rassemble en effet des textes émanant des autorités militaires, politiques et administratives françaises et des témoignages d'officiers et de soldats. Ils apportent la preuve de ces crimes dont l'armée française s'est rendue coupable en Algérie, mais aussi en Indochine, et dont les responsables ont tous été amnistiés sans avoir même jamais été sérieusement inquiétés.

  • Indépendance algérienne de 1962 : médecins, agronomes ou artistes, beaucoup de Français militants s'improvisent instituteurs, journalistes, éducateurs. " Alger, c'était La Havane ", résume l'un de ceux qu'on désigne alors sous le terme de " pieds-rouges ". Cette histoire de passions - et de violentes désillusions - totalement méconnue, est ici racontée pour la première fois, après deux ans d'enquête et de témoignages. L'histoire d'une génération.
    Que s'est-il passé après l'indépendance de l'Algérie en 1962 ? À quoi ressemblait le pays au sortir de la guerre, une fois disparus les bateaux des pieds-noirs, une fois l'improbable tandem Ahmed Ben Bella/Houari Boumediene installé au pouvoir ? Quelles ont été les espérances de ces années-là, qui résonnaient des mots de révolution, de socialisme, d'autogestion ? En quoi éclairent-elles le destin de l'Algérie et de ses relations avec la France ? Fort mal connue, cette période est, pour la première fois, retracée dans ce livre, à travers la mémoire vive d'étrangers " amis de l'Algérie nou-velle ", français le plus souvent. Qu'ils soient médecins, instituteurs, artistes ou journalistes, qu'ils veuillent " réparer les dégâts " du colonialisme ou qu'ils rêvent de révolution mondiale, tous se veu-lent du bon côté du monde. Plus précisément : du tiers monde et de ses chambardements. " Alger, c'était La Havane ", résume l'un de ceux qu'on désigne sous le terme de " pieds-rouges ". À travers leurs récits, une société se révèle. Le coup d'État de Boumediene, le 19 juin 1965, a signé la fin d'un cycle. Le festival panafricain d'Alger de 1969 clôt symboliquement cette période : c'est sur ce " feu d'artifice " que s'achève le livre-enquête de Catherine Simon, solidement documenté et fondé sur les témoignages de dizaines d'acteurs de l'époque. Il est la fresque d'une époque, d'un pays, d'une aventure humaine

  • Ils étaient soldats, avocats, éditeurs, écrivains, ouvriers. Chrétiens, communistes ou tiers-mondistes. Dans une France imprégnée de discours colonial, ils ont résisté à la guerre d'Algérie en refusant de porter les armes, en prenant la défense des militants condamnés, en témoignant des atrocités commises, en diffusant les textes interdits. Minoritaires dans un pays où « l'Algérie c'est la France », ces insoumis ont pris le parti de leurs frères algériens au péril de leur liberté ou de leur vie.

    Ce livre présente des textes de l'époque ? lettres de déserteurs, appels au refus ou manifestes anticolonialistes ? ainsi qu'une liste de tous les acteurs de cette résistance. autan de témoignages brûlants ou poignants éclairés par l'analyse de l'historien Tramor Quemeneur et par le regard de l'éditeur Nils Andersson, témoin engagé de l'opposition au conflit.

    À l'heure où l'on célèbre le 50e anniversaire de l'indépendance algérienne, cette mémoire anticoloniale, nous dit l'association Sortir du colonialisme, qui a coordonné cet ouvrage, peut contribuer aux combats d'aujourd'hui.

  • Mohammed Harbi, né en 1933 à El-Arrouch, est aujourd'hui le meilleur historien de l'Algérie contemporaine : ses nombreux travaux, comme ses prises de position publiques, sont autant de références incontournables. Mais il a été aussi un combattant de la première heure pour la libération de son pays, et il a joué un rôle important dans les premières années de l'indépendance, épisodes sur lesquels il était toujours resté très discret. C'est pourquoi ce premier tome de ses mémoires, attendues depuis plusieurs années, constitue un livre-événement : à la fois chronique subjective de la vie d'un " homme debout " et étude historique rigoureuse, il est nourri de documents et de témoignages inédits qui lèvent le voile sur bien des secrets. Dans ce récit plein de vie et chaleureux, M. Harbi évoque ses engagements d'adolescent dans les années quarante et son apprentissage politique. Sans perdre sa distance critique d'historien, il retrace la mobilisation des jeunes lycéens dans le MTLD, puis l'épopée de la Fédération de France du FLN pendant la guerre de libération - sur laquelle il apporte des révélations qui surprendront. Viennent ensuite la Tunisie du GPRA, avec ses conflits internes, puis Le Caire, la Guinée, et enfin l'année 1962 à Alger, où s'achève une odyssée et où commence une autre qui ira de l'illusion lyrique à la fermeture autoritaire. Par la force du témoignage, par les secrets douloureux d'une période historique décisive qu'il révèle, ce livre apporte un éclairage unique pour comprendre l'extraordinaire complexité de la société algérienne, et les drames qui la déchirent aujourd'hui.

  • Ancien parachutiste dans les forces spéciales de l'armée algérienne, Habib Souaïdia apporte dans ce livre le premier témoignage, à visage découvert, d'un officier ayant vécu au jour le jour la « sale guerre» qui a déchiré son pays à partir 1992. Il raconte ce qu'il a vu : la torture, les exécutions sommaires, les manipulations, les assassinats de civils. Et surtout, il lève le voile sur l'un des tabous les mieux gardés du drame algérien : le fonctionnement interne de l'armée algérienne. Il donne à voir le cynisme calculateur et la folie sanguinaire de certains généraux, le bourrage de crâne de leurs troupes, mais aussi le désespoir des soldats contraints à des actes barbares, les ravages de la drogue et des purges internes... Loin de la désinformation qui a trop souvent empêché l'opinion européenne de prendre conscience de la dimension effrayante de cette « sale guerre », ce témoignage exceptionnel, qui a connu un retentissement considérable lors de sa première publication en 2001, demeure un document historique sans équivalent.


    «Je m'appelle Habib Souaïdia. Je suis un ancien officier ayant appartenu aux troupes spéciales de l'armée algérienne. J'ai trente et un ans. Engagé volontaire, en 1989, dans les rangs de l'Armée nationale populaire (ANP), j'étais loin de penser que j'allais être un des témoins de la tragédie qui a frappé mon pays. J'ai vu des collègues brûler vif un enfant de quinze ans. J'ai vu des soldats se déguiser en terroristes et massacrer des civils. J'ai vu des colonels assassiner, de sang-froid, de simples suspects. J'ai vu des officiers torturer, à mort, des islamistes. J'ai vu trop de choses. Autant d'atteintes à la dignité humaine que je ne saurais taire. Ce sont là, des raisons suffisantes, j'en suis convaincu, pour briser le mur du silence.»

  • À cinq mois de la fin de la guerre d´Algérie, Paris a connu, dans l´ignorance de presque tous, le plus grand massacre d´ouvriers depuis la Semaine sanglante de 1871. Des dizaines de milliers d´Algériens manifestant sans arme ont été violemment réprimés par des policiers aux ordres du pré-fet Maurice Papon : 15 000 arrestations, des hommes jetés à la Seine, peut-être deux cents morts. Et pendant une trentaine d´années, nul n´a parlé du drame. Pourtant, dès l´époque, des femmes et hommes courageux ont tenté de le faire connaître. En témoigne le texte inédit que Paulette et Mar-cel Péju devaient faire paraitre à l´été 1962 et publié ici pour la première fois. Nourri de nombreux témoignages d´Algériens recueillis à chaud, sa lecture ne laisse pas indemne.
    Il est précédé d´une introduction détaillée de Gilles Manceron, qui jette une lumière neuve sur la préparation d´un événement longtemps considéré comme une énigme. Papon était appuyé dans le gouvernement par ceux qui désapprouvaient les choix du général de Gaulle dans les négociations en cours pour l´indépendance de l´Algérie. Le préfet a constitué des «équipes spéciales » qui se sont livrées au mitraillage de cafés et de passants algériens, faisant des dizaines de victimes. Et il a or-chestré la violence de la répression de la manifestation pacifique appelée par le FLN en donnant aux policiers une sorte de permis de tuer. Gilles Manceron éclaire également les raisons qui expliquent la longue occultation du massacre : sa dissimulation par ses organisateurs au sein de l´État français ; l´effacement de sa mémoire par le Parti communiste au profit de celle de la répression de Charonne en février 1962 ; le silence des premiers gouvernants de l´Algérie indépendante, car les organisa-teurs de la manifestation étaient devenus leurs opposants - c´est d´ailleurs pourquoi le texte des Péju n´est pas paru comme prévu.
    Ce livre explique la logique implacable d´un événement qui correspond aux derniers feux de la folie coloniale. Le 17 octobre 1961 marque la fin et le paroxysme d´un épisode où la France s´est écartée des principes hérités des plus grands moments de son histoire.

  • Une enfance en Kabylie Slimane Zeghidour est né dans un village de montagne, où rien n'avait bougé depuis des siècles : ni la langue, ni les légendes, ni la mortalité infantile, ni l'habitude de vivre parmi les bêtes, en communion avec la nature. L'irruption de la guerre L'enfance de Slimane se confond avec la guerre. Ratissages, rafles au petit jour, rumeurs et trahisons... Si le jour appartient à l'armée française, la nuit est le royaume des maquisards du FLN. Le gouvernement français décide de regrouper les montagnards dans des camps. L'arrachement au village ancestral est aussi pour eux la découverte de l'école, de l'hôpital et des " vrais Français ". L'Algérie, des braises mal éteintes À chaque ligne de ce récit, cent trente-deux ans d'histoire entre la France et l'Algérie se répondent inlassablement. Les notions de " Français de souche ", d'assimilation ou d'intégration, l'état d'urgence... les polémiques qui nous déchirent aujourd'hui remontent à la guerre d'Algérie. Elles ne peuvent être comprises sans en reprendre le fil. Ce livre, que l'auteur porte en lui depuis vingt ans, ressuscite un monde englouti. Entre adieu à l'enfance et ode à la construction de soi, Slimane Zeghidour réconcilie les deux parts de lui-même et le lecteur avec son Histoire.

  • Tortures, exécutions sommaires, incendies de villages... Paru en février 1960, La Pacification dresse le terrible répertoire des moyens de répression exercés par le gouvernement français contre les combattants algériens et les opposants à la guerre d'Algérie. Il recense des témoignages de victimes et d'appelés, mais aussi des lettres adressées aux autorités politiques et judiciaires, des interventions d'avocats, des articles de presse. Il aura fallu près d'un an de travail, mené par des militants anticolonialistes avec la Fédération de France du FLN, pour sélectionner et authentifier avec rigueur les documents. Sorti en Suisse, ce livre est alors interdit en France : silence, on torture ! Voici donc à nouveau sur la table cette importante pièce historique, mise en contexte par son éditeur originel, Nils Andersson. Il relate l'aventure de ce livre, depuis son élaboration jusqu'à sa diffusion clandestine en France. Plus largement, il rappelle le combat des éditeurs engagés contre la guerre d'Algérie, autour notamment de Jérôme Lindon ou de François Maspero, soulignant par là l'inestimable pouvoir de résistance de l'écrit.

  • Spécialiste de l'Histoire contemporaine, Alain Vincenot réhabilite l'histoire oubliée des victimes, directes ou indirectes, de la guerre d'Algérie, pieds-noirs et harkis principalement. Le livre inclut de nombreux témoignages inédits.
    La valise ou le cercueil Signés le 18 mars 1962, les accords d'Évian, censés mettre fin à la guerre d'Algérie, prévoient un cessez-le-feu le lendemain à midi, les deux parties s'engageant à " interdire tout recours aux actes de violence, collective ou individuelle ".Il n'en sera rien. Aussitôt, massacres et enlèvements se multiplient pour pousser les pieds-noirs au départ. En quelques semaines, plus d'un million d'entre eux n'ont d'autre choix que " la valise ou le cercueil ".Les " oubliés du 19 mars " se comptent par dizaines de milliers.De nombreux civils disparaissent sans laisser de trace. Plus de 80 000 harkis, abandonnés par la France, sont exterminés. Entre les accords d'Évian et le 5 juillet 1964 - date du retour en métropole des derniers contingents - près de six cents soldats sont tués ou enlevés en Algérie.Retraçant les étapes du " grand gâchis " que fut la guerre d'Algérie, cet essai donne aussi la parole aux proches des oubliés. Ils évoquent les souvenirs douloureux de leurs frères, pères, maris...Autant de récits qui témoignent, aujourd'hui encore, d'une réticence manifeste des gouvernants à faire la lumière sur ces disparitions.

  • Le 22 septembre 1997, au début de la nuit, quelque deux cents hommes armés investissent un quartier de Bentalha, une banlieue éloignée d'Alger. Méthodiquement, ils massacrent plus de 400 personnes, hommes, femmes et enfants. Les cris des victimes et les déflagrations de bombes s'entendent à des kilomètres. Les militaires, eux, prennent position à quelques dizaines de mètres de là avec des blindés et des ambulances, sans intervenir et empêchant même les voisins de porter secours. Ce livre est le témoignage poignant d'un homme, Nesroulah Yous, qui a vécu cette nuit cauchemardesque. À travers son récit, apparaît une tout autre version du drame que celle autorisée par le régime algérien. Ce qui semblait être un acte de folie barbare des groupes islamiques se révèle répondre à une autre cohérence : celle de la manipulation directe de la violence islamiste par les services secrets algériens. Et en faisant le récit de la vie quotidienne à Bentalha depuis le coup d'État de 1992, Nesroulah Yous montre comment ce massacre s'inscrit dans une évolution tragiquement logique, largement occultée par les médias algériens et français. Dans une postface, Salima Mellah et François Gèze replacent ce témoignage en perspective. Ils retracent le rôle joué par les groupes islamistes armés dans la « seconde guerre d'Algérie », qui a fait plus de 150 000 morts. Et ils proposent une synthèse à ce jour inédite de l'ensemble des indices qui laissent supposer l'implication des militaires algériens dans bien des massacres et des actions armées attribuées aux islamistes.

  • 0500 Qu´ils soient médecins, instituteurs, artistes ou journalistes, qu´ils veuillent « répa-rer les dégâts » du colonialisme ou qu´ils rêvent de révolution mondiale, tous se veu-lent du bon côté du monde. Plus précisément : du tiers monde et de ses chambarde-ments. « Alger, c´était La Havane », résume l´un de ceux qu´on désigne sous le terme de « pieds-rouges ». À travers leurs récits, une société se révèle. On y croise des équi-piers de la Cimade et des coopérants, on y suit les aventures de la Cinémathèque d´Alger, les pérégrinations des instituteurs du bled. On y entend aussi les témoignages des torturés du colonel Houari Boumediene et les mots, terribles, du désenchantement.
    Le coup d´État de Boumediene, le 19 juin 1965, a signé la fin d´un cycle. Le festival panafricain d´Alger de 1969 clôt symboliquement cette période : c´est sur ce « feu d´artifice » que s´achève le livre-enquête de Catherine Simon, solidement documenté et fondé sur les témoignages de dizaines d´acteurs de l´époque. Il est la fresque d´une époque, d´un pays, d´une aventure humaine.0300 Fort mal connue, cette période des balbutiements est, pour la première fois, retracée dans ce livre, à travers la mémoire vive d´étrangers « amis de l´Algérie nouvelle », Français le plus souvent. Certains d´entre eux sont médecins, agronomes ou artistes ; beaucoup s´improvisent instituteurs, journalistes, éducateurs. Ils ont le coeur à gauche. Qu´ils soient soucieux de « réparer les dégâts » causés par le colonialisme en faisant oeuvre utile ou qu´ils rêvent de révolution mondiale, à l´instar des trotskistes de la IVeInternationale, tous se veulent du bon côté du monde. Plus précisément : du tiers monde et de ses chambardements. « Alger, c´était La Havane », résume l´un de ceux qu´on désigne sous le terme de « pieds-rouges ».
    DansAlgérie, années zéro, une société se révèle, loin des clichés bienséants. On y croise des équipiers de la Cimade et des coopérants militaires, on y suit les aventures de la Cinémathèque d´Alger, les pérégrinations des instituteurs du bled. On y entend aussi les témoignages des torturés du colonel Houari Boumediene et les mots, terribles, du désenchantement.
    Le coup d´État de Boumediene, le 19 juin 1965, a signé la fin d´un cycle. Le festival panafricain d´Alger clôt symboliquement cette période. 1969 : c´est sur ce dernier « feu d´artifice », aux couleurs de l´Afrique et du jazz, que s´achève le livre-enquête de Catherine Simon. Son récit, minutieusement documenté, est fondé sur les témoignages de plusieurs dizaines d´acteurs de l´époque, recueillis en France pendant plus de deux ans. Il est la fresque d´une époque, d´un pays, d´une aventure humaine.0300Indépendance algérienne de 1962 : médecins, agronomes ou artistes, beaucoup de Français militants s´improvisent instituteurs, journalistes, éducateurs. « Alger, c´était La Havane », résume l´un de ceux qu´on désigne alors sous le terme de « pieds-rouges ». Cette histoire de passions - et de violentes désillusions - totalement méconnue, est ici racontée pour la première fois, après deux ans d'enquête et de témoignages. L'histoire d'une génération.0400Introduction. Changer de vie pour « changer le monde »  1. Veillée d´armes  Dans les usines d´armement du FLN au Maroc  Communistes, trotskistes, chrétiens, insoumis ou déserteurs La culture du secret  En « métropole », des voix discordantes et minoritaires  Le dégoût de la « sale guerre », l´amour et la Révolution  Un choix lourd, grisant, radical  2. Été 1962  Le grand carnaval de l´indépendance  Quatre Français sur cinq sont partis  Braderie géante et terre brûlée  « Les harkis, sur le coup, je n´ai pas compris »  « La vraie France »  La manne phénoménale des « biens vacants » L´été des mensonges et des faux-semblants 3. Les bulldozers de l´Algérie nouvelle Premières missions médicales  Une résistante bretonne au ministère de la Santé  L´Hermitage, Naïma et Verdun : premières cliniques « nationalisées »  Une armée de blouses blanches aux allures de Babel  Des écoles de matrones et d´« accoucheuses rurales »  Médecins de l´Est et pensionnair

  • L'ennemi intime raconte la plongée des hommes de vingt ans dans la spirale infernale de la guerre d'Algérie. Construit avec des dizaines d'histoires vécues, ce récit exact et bouleversant interroge les frontières du bien et du mal : l'ennemi, c'est la bête qui sommeille en nous. Ce document exceptionnel a nourri le scénario écrit par Patrick Rotman pour le film éponyme de Forent-Emilio Siri (2007).

  • Au cours du XIXe siècle, catholicisme et islam deviennent les deux religions majoritaires en Algérie. Alors que l'islam est attesté depuis des siècles, le catholicisme est assimilé au conquérant.
    Comment la France a-t-elle procédé dans ses relations avec ces deux religions ? Et que nous disent ces relations de la réalité coloniale ?
    Oissila Saaidia retrace ici les étapes qui ont conduit à « l'invention du culte musulman ». Le catholicisme apparaît, lui, comme l'un des piliers de l'ordre colonial bien que des tensions apparaissent avec la République anticléricale. De leur côté, les musulmans sont soumis à une « obsession sécuritaire » croissante de la part des autorités françaises.
    C'est dans ce contexte de mise sous tutelle des cultes que la loi de Séparation de 1905 va donner, pour la première fois, un cadre légal à l'islam. Conçue pour la métropole, cette loi est censée inaugurer un nouveau type de relations entre l'État et les cultes. Elle stipule en effet que la République ne reconnaît ni ne subventionne aucun d'entre eux. En théorie, toutes les confessions sont placées à la même enseigne républicaine. Dans la réalité, les choses seront bien différentes en Algérie...

  • Les représentations sexuelles sont omniprésentes dans les figurations de la guerre dite «

  • L´engagement de L´Humanité contre la guerre colonialiste en Algérie lui valut un déferlement de procès, de censures, de saisies de la part des gouvernements successifs pendant huit ans, quelle que fût leur couleur, de droite ou socialiste. Saisi à 27 reprises, le quotidien fera l´objet de 150 poursuites.



    La première saisie de L´Humanité remonte au 24 août 1955. Le journaliste, ancien déporté de Buchenwald, est déclaré persona non grata et expulsé d´Algérie.



    Ceux qui n´ont pas connu cette époque auront du mal à imaginer la frénésie ayant alors saisi les autorités politiques et militaires en place. La cascade de saisies qui s´abattit sur L´Humanité s´accompagna régulièrement d´amendes au montant faramineux. Ainsi, du numéro en date du 7 mars 1961 sorti une nouvelle fois avec une page blanche, marquée en son centre de ce seul mot : « Censuré. »À l´origine de la saisie, un article de Madeleine Riffaud sur les tortures pratiquées à Paris même, en particulier dans les locaux du commissariat de la Goutte-d´Or, dans le XVIIIe arrondissement.



    Cette boulimie d´interdictions provoque parfois des effets contraires à ceux visés. Ainsi, lorsque L´Humanité est saisi pour la huitième fois, le 30 juillet 1957, pour la publication d´une lettre de l´ancien directeur d´Alger républicain, Henri Alleg, emprisonné et torturé dans l´immeuble d´El-Biar, la censure contribua-t-elle à amplifier l´émotion dans l´opinion.



    Une page noire de la liberté de la presse en France.

  • La Traversée raconte le départ en France des pieds-noirs sur Le Ville d´Alger, en juin 1962, et plus particulièrement celui de l´auteur, alors âgé de 15 ans. Le récit, véridique, relate ce voyage sans retour, considéré comme l´exode le plus important de l´histoire du XXe siècle après celui de 1940, et rapporte par le biais des souvenirs personnels la vie des Français d´Algérie pendant la guerre d´insurrection.
    Récit cruel et émouvant où les odeurs et les saveurs se mêlent à la nostalgie et au sentiment de l´exil. Témoignage inédit sur un des événements les plus douloureux, les plus méconnus et les plus négligés de l´histoire de la décolonisation. 50 années après, Alain Vircondelet livre, documents à l´appui, un témoignage passionné sur une communauté qui fut victime de l´histoire et que la France ne sut pas accueillir.

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