Nil éditions

  • 0300 Mais même le silence contribue à forger un récit qui donne des contours à cette petite fille morte. Car forcément, elle joue un rôle dans l´identité de l´auteur. Les quelques mots, terribles, prononcés par la mère ; des photographies, une tombe, des objets, des murmures, un livret de famille : ainsi se construit, dans le réel et dans l´imaginaire, la fiction de cette « aînée » pour celle à qui l´on ne dit rien. Reste à savoir si la seconde fille, Annie, est autorisée à devenir ce qu´elle devient par la mort de la première. Le premier trio familial n'a disparu que pour se reformer à l´identique, l´histoire et les enfances se répètent de manière saisissante, mais une distance infranchissable sépare ces deux filles. C´est en évaluant très exactement cette distance que l´auteur trouve le sens du mystère qui lui a été confié un dimanche de ses dix ans.
    0400LA COLLECTION « LES AFFRANCHIS » Kafka n´est pas encore écrivain lorsqu´il rédige sa fameuseLettre au pèreavant de la ranger dans son tiroir. La lettre, qui ne parviendra jamais à son destinataire, était pourtant le seul et unique moyen, pour le jeune Kafka, de communiquer avec un homme qui le pétrifiait. En certaines occasions de la vie, seule une lettre peut permettre de dire les choses, de démêler les écheveaux d´incompréhension qui s´accumulent dans une relation. Mais passer à l´acte est difficile, risqué, pénible. C´est d´autant plus vrai aujourd´hui, puisque la correspondance est un exercice oublié : les volumineux échanges que pouvaient entretenir un Voltaire ou un Flaubert avec leur entourage n´auront pas d´équivalent dans la postérité. Il serait tout de même dommage que nos plus grands écrivains ne laissent pas dans leur oeuvre un témoignage de l´écriture épistolaire. Écrire une lettre, une seule, mais longue et dense, c´est donc la possibilité de tordre le cou à une vieille histoire et de s´en affranchir, mais aussi renouer avec une tradition littéraire et explorer la singularité de l´écriture à la deuxième personne. La collection « Les Affranchis » fait donc cette demande à ses auteurs : « Écrivez la lettre que vous n´avez jamais écrite. »

  • 0300Pour une nature sensible, s´appeler Klobe peut devenir une humiliation permanente. D´autres s´y seraient fait mais le tempérament colérique et atrabilaire d´Aristide le pousse à considérer ce coup du sort comme une insulte personnelle. Ce nom ridicule et les plaisanteries stupides qu´il provoque lui ont, depuis sa plus tendre enfance, gâché l´existence.Aristide retrouve par hasard Jean Leloup, un camarade de l´armée, devenu entre-temps éditeur à succès. Spécialiste des autobiographies de personnages célèbres, il propose à son ami de devenir « nègre ». Comme Aristide écrit depuis toujours des romans policiers que lui refusent tous les éditeurs, y compris Leloup, il trouve là l´occasion de satisfaire son plaisir d´écrire tout en gagnant sa vie. Jusqu´au jour où il découvre avec stupéfaction que son ami a publié avec succès un certain Jack Smart, qui vend des dizaines de milliers d´exemplaires d´une série de polars qui ressemblent mot pour mot à ceux qu´Aristide écrit. Fou de rage, ce dernier concocte une vengeance féroce qui, comme toujours, va se retourner contre lui. Jusqu´au jour où il rencontre enfin une fée bienveillante sous les traits délicieux d´une avocate bègue...Une comédie légère et enlevée, une galerie de portraits hauts en couleur : une facette inattendue du talent de Claude Michelet.

  • Un jeune capitaine, humaniste et idéaliste, mène une enquête policière au coeur de la terrible campagne de Russie.0300Juin 1812, Napoléon lance une armée de quatre cent mille hommes à la conquête de la Russie. Mais sur la route de Moscou, entre les batailles d´Ostrowno et la Moskowa, un officier de la Grande Armée tue sauvagement des femmes. C´est au capitaine Quentin Margont que Son Altesse le prince Eugène, vice-roi d´Italie et beau-fils de Napoléon, demande de suivre ? discrètement ? cette piste sanglante...À trente et un ans, Armand Cabasson fait éclater son talent dans ce thriller historique, digne des «Foulards rouges» de Frédéric Fajardie pour le suspense et de William Boyd pour la qualité des reconstitutions historiques. Il a su ressusciter une époque, confronter le lecteur avec la vie quotidienne des hommes qui participèrent à cette épopée ? toujours avec le plus grand souci d´authenticité. Il a déjà publié en 1998 un premier polar et de nombreuses nouvelles. Et il a été remarqué, notamment au festival de Cognac. Dans «Les Proies de l´officier», il a voulu allier son goût naturel pour le thriller ? fortement nourri par sa connaissance de la psychologie des criminels psychopathes ? à sa passion pour l´époque napoléonienne.0400Depuis la Grande Redoute, on vit accourir une multitude de Russes, les épaules pressées les unes contre les autres. Le courage gorgé de vodka, ils formaient un mur compact et criaient : «Hourra! Hourra!» pour remercier les Français de leur faire le plaisir extrême de les affronter. Dans le retranchement, principalement occupé par le 30e de ligne car les autres régiments étaient placés de part et d´autre de la position, on était sidéré. Alors quoi? On n´avait pas gagné? Ce n´était donc pas fini? Les Français faisaient feu de toutes parts mais les Russes ne ralentissaient même pas leur course. Leur masse grouillante verte et blanche où scintillaient les reflets des baïonnettes recouvrait aussitôt ceux des leurs qui tombaient, donnant l'illusion que la fusillade n´avait eu aucun effet. - Nom de Dieu, on tire sur des fantômes ou quoi? jura quelqu´un.Margont aperçut Saber qui, avec quelques hommes, abattait les restes de la double palissade qui fermait la gorge de la Redoute. Ils faisaient pression sur les troncs épargnés par les boulets, poussant à deux mains ou s´adossant contre le bois. On avait du mal à comprendre pourquoi ils agissaient ainsi. N´avaient-ils donc pas remarqué que les Russes allaient rentrer par là? - Arrêtez-moi ces crétins ou je les fais fusiller sur-le-champ contre leurs poteaux! cria un colonel en désignant Saber et ses hommes de la pointe de son sabre.Margont se fraya un chemin dans la foule des fusiliers pour rejoindre son ami. - Tu es fou? Qu´est-ce que tu fais?Saber avait agrippé un tronc qu´il faisait pencher peu à peu. Il était si têtu que, si trois hommes l´avaient empoigné pour l´enlever de force, ils l´auraient emporté avec son bout de palissade.- La Redoute est perdue! On va être balayé comme des feuilles mortes et les habits verts vont s´accrocher à cette batterie comme des moules à leur rocher. La seule façon de revenir ici, ce sera une attaque combinée en étau, infanterie de face et cavalerie à revers. Donc il faut dégager la voiepour nos cavaliers!- Une attaque combinée? hurla Margont sans comprendre.Durant la nuit, Saber n´avait jamais tenu compte du facteur humain en traçant ses plans de bataille sur le sol. Ça, c´était une chose. Mais même à présent, alors qu´une marée humaine allait les engloutir, il continuait à raisonner de façon froide et mathématique. Désincarnée, même. Saber s´écroula avec son poteau. Un cavalier surgit devant eux. Son cheval piaffait et agitait la tête pour chasser l´écume de ses lèvres. L´homme et sa monture se tenaient en contre-jour et leurs silhouettes, sombres, fières, magnifiques, étaient effrayantes. On aurait dit l´un des quatre cavaliers de l´Apocalypse. Les yeux des soldats s´acclimatèrent et reconnurent le colonel Delarse. Il tournait le dos à l´ennemi. Les Russes, de plus en plus proches, tentaient tous d´abattre cet offi

  • Basile Polson fait son coming out. François Reynaert nous fait rire0300Lors d´une conférence de rédaction du magazine «Le Journal», on confie à Basile Polson (le héros de «Nos amis les journalistes») le dossier sur la «nouvelle vague homo». Pourquoi lui ? Horreur, panique... Vingt ans de honte plus ou moins refoulée, de mal-être, remontent à la surface. Cette petite catastrophe va l´amener à: 1° faire son coming out; 2° rencontrer l´amour de sa vie; 3° porter un regard neuf sur la vie de couple: celles des homos et celle des hétéros...Alors qu´il commence à vivre avec son ami Victor à l´âge où les couples un peu anciens commencent déjà à battre de l´aile (autour de quarante ans), Basile observe autour de lui ses amis hétéros (tout particulièrement les Parfay, Guillaume et Anne-Rose) se déchirer, perdre pied et s´enferrer dans leurs «de toute façon les nanas c´est comme ci...» ou «les mecs c´est toujours comme ça...».À travers les tribulations drôles et touchantes de Basile Polson, François Reynaert bat en brèche tous les clichés sur le couple et s´interroge sur le masculin et le féminin.

  • à Dieu la France

    Michel Olivier

    Un court roman à l'anglaise, drôle facétieux et qui donne à penser.

    0300Après dix ans d´absence, Paul rentre en France où flotte une étrange ferveur religieuse. Les certificats de baptême sont exigés à la douane, le drapeau bleu blanc rouge est frappé d´une croix, l´agence France prêche remplace l´agence France presse et les messes sont devenues obligatoires. Pire, le nouveau parti au pouvoir, les Saint-Crocs, commence à multiplier les interdits et organise des flagellations publiques. Qu´est-il arrivé au pays de Voltaire ? Le culte de l´argent et de la vulgarité a provoqué une crise de foi(e) et ouvert la voie à un brutal retour de l´Eglise. La France est devenue une théocratie. Mais la résistance s´organise, emmenée par Pully de Cravan, un néo De Gaulle en veste de tweed élimée, et sa garde rapprochée : un philosophe rebelle, une danseuse corse explosive, une plantureuse agent de la DGSE, un rappeur de Bondy et l´inusable père Gilbert. Ensemble, dans l´arrière-salle d´une brasserie parisienne, ils lancent un nouvel appel du 18 Juin avec le soutien de... l´Iran qui, après des années de dictature religieuse, s´adonne depuis peu aux charmes capiteux de la démocratie. On danse à Téhéran. On s´agenouille à Paris. Mais grâce à Pully de Cravan et ses sbires, plus pour longtemps...0300Après vingt ans d´absence, Paul rentre en France où flotte une étrange ferveur religieuse. Les certificats de baptême sont exigés à la douane, le drapeau bleu blanc rouge est frappé d´une croix, l´agence France prêche remplace l´agence France presse et les messes sont devenues obligatoires. Pire, le nouveau parti au pouvoir, les Saint-Crocs, commence à multiplier les interdits et organise des flagellations publiques. Qu´est-il arrivé au pays de Voltaire ? À force de laxisme et de vulgarité, la France est devenue une théocratie. Mais la résistance s´organise, emmenée par Pully de Cravan, un néo de Gaulle en veste de tweed élimée, et sa garde rapprochée : un philosophe rebelle, une danseuse corse explosive, une plantureuse agent de la DGSE, un rappeur de Bondy et l´inusable père Gilbert. Ensemble, dans l´arrière-salle d´une brasserie parisienne, ils lancent un nouvel appel du 18 Juin avec le soutien de... l´Iran qui, après des années de dictature, s´adonne depuis peu aux charmes capiteux de la démocratie. Olivier Michel, grand reporter duFigaro magazine, signe un court roman à l´anglaise, drôle, facétieux, percutant.

  • Une satire hilarante des moeurs journalistiques0300Chaque semaine, dans ses désopilantes chroniques du « Nouvel Observateur », François Reynaert fait rire ses lecteurs en se moquant du monde entier. Avec « Nos amis les journalistes », il a décidé de tourner le pistolet à eau vers lui-même...Axel Bahu, tumultueux rédacteur en chef, a trouvé pour sa prochaine « cover » l´idée de génie qui lui permettra de répondre aux attentes des lecteurs fatigués des médias : un numéro spécial consacré aux non-événements. Basile Polson, critique télé pigiste à l´essai, est alors envoyé pour son tout premier reportage, avec la fougueuse Marie-Béné Nénard et Fleuray, le chef du service Étranger, sur les routes du Tourdistan, petite république d´Asie centrale, perdue entre l´Iran et la Russie, riche d´une qualité qu´on lui prête imprudemment : il ne s´y passe jamais rien...François Reynaert signe ici un premier roman voltairien, incisif, ou la fausse candeur le dispute à la légèreté du trait.0400«On l´a compris, il y a, dans notre petit monde à nous autres, de la Presse, de la splendeur, et bien des misères aussi. Et entre les deux, il y a les travaux et les jours, ce train-train bercé du murmure de l´actualité qui défile, l´angoisse du papier à rendre, le drame du bureau à déménager, le nouveau chef, les jeunes stagiaires, les pauses à la machine à café, le pot de cinq heures chez Régine, au cinquième. Oui, entre les deux, il y a la vie. Et quel lecteur de journal en est clairement conscient? Ne croyez pas cette remarque absurde, je me suis rendu compte de son étrange vérité, il y a quelques temps maintenant, lors d´un échange épistolaire avec un des abonnés du magazine pour lequel je travaillais. Il m´avait écrit une lettre exaspérée, bouillonnante, furieuse, de l´apostrophe («espèce de buse») jusqu´à la signature («et avec ça ne croyez pas que je vous salue, minable!») comme font les lecteurs de journaux, parfois, lorsque les limites de ce que, selon eux, une société civilisée peut tolérer sont franchies, lorsque les bornes de l´indignité médiatique sont largement dépassées. Je n´en disconviens pas, j´étais allé très loin. L´article ? et pourquoi m´avait-on demandé d´écrire sur un sujet pareil? ? portait sur l´application des réformes de l´enseignement secondaire en Eure-et-Loir dans les années 80, et de fait, j´avais frôlé l´ignominie: non seulement je m´étais trompé sur le nom d´un des secrétaires généraux de la Fen de l´époque, mais dès la deuxième ligne, j´avais, dans un navrant moment d´égarement, collé un subjonctif derrière la conjonction «après que». Bien sûr, quant au fond, le lecteur avait raison. Je le lui écrivis, comme il se doit, en lui demandant plus bas que terre d´accepter mes plus plates excuses. Quel sombre accès de mélancolie saisit alors mon cerveau malade, de quel repli de mon âme inquiète jaillit soudain cette idée saugrenue? Il me semblait qu´il manquait à ma lettre une phrase. Je l´ajoutai: «mais pourquoi m´avez-vous dit toutça si méchamment. Ça m´a fait beaucoup de peine, vous savez». La réponse ne tarda pas. Huit pages. Huit pages confondues, tétanisées, bouleversées, mouillées des sanglots du repentir! Quelle horreur, «beaucoup de peine»! C´était absurde! c´était idiot! c´était affreux! Il ne le voulait pas! Le malheureux, plus bourrelé de remords, soudain, que la pauvre Lady Macbeth devant ses mains tachées de sang, ne savait plus quel parfum de l´Arabie agiter sous mes narines pour effacer son offense, m´inviter au restaurant, m´offrir des vacances chez lui, reprendre un abonnement à mon journal ? même le pire ne le faisait plus reculer. Et surtout, emporté par les débordements de son coeur généreux, il me faisait cadeau, au détour d´un paragraphe, de cette phrase sublime qui est restée gravée dans ma mémoire: «Je voulais juste corriger un article idiot, je n´aurais jamais pensé que quelqu´un l´avait écrit.» Eh oui! «Quelqu´un l´avait écrit.» Lecteur désormais mon ami, vous aviez découvert cette loi biologique mystérieuse : dessous les lignes qui vous exaspèrent et que vous parcourez chaque jour pourtant, dan

  • À travers la deuxième enquête du jeune inspecteur François-Claudius Simon, une plongée haletante dans la France du traité de Versailles.0300 Pour François-Claudius Simon, que son succès dans « l'affaire des gueules cassées » désigne à la tête de l'enquête, l'enjeu est double. D'abord, le gouvernement est sur les dents : à travers chacun de ces crimes, c'est Clemenceau lui-même qui est visé... Et puis, il découvre rapidement que derrière ce mystérieux  « Équarrisseur » se cache la même bande que celle qui, quelques années plus tôt, a enlevé et torturé Elsa. Son Elsa...0300Juin 1919. Le monde attend avec inquiétude laconclusion du traité de Versailles : les Allemands,qui le jugent trop dur, seraient sur le point de lerefuser. Va-t-il falloir repartir en guerre ? Dans cecontexte de tension extrême, le cadavre d'une femmeest découvert aux abattoirs de la Villette, suspenduparmi les carcasses de cochon. Sur son corps, unmessage : « Chacun son tour. » Puis c´est une jambeque l´on retrouve dans les cuisines du ministère dela Guerre, avec une étiquette : « De la viande pourle Tigre». Les meurtres s'enchaînent et les billets aussi,signés L'Équarrisseur, appelant tous au retour de laGrande Boucherie... À travers cette nouvelle enquêteà haut risque du jeune inspecteur François-ClaudiusSimon, une plongée passionnante dans le Paris desAnnées folles où, du quai des Orfèvres aux cafés deMontparnasse, on croise aussi Soutine et Modigliani.0600REVUE DE PRESSE À propos deLa Valse des gueules cassées:


    « Non seulement les personnages sont solidement campés mais Guillaume Prévost construit son intrigue en véritable orfèvre. Plus inattendu que son final, jusqu'ici, on n´a pas trouvé. » Le  Parisien « On songe aux polars historiques de Frédéric H. Fajardie, pleins d´une imagination noire et gothique. Captivant. » Le Figaro littéraire « Guillaume Prévost ouvre une série de passionnantes enquêtes policières qui plongent le lecteur dans l´atmosphère de la douloureuse après-guerre. » Le Figaro magazine « Le décor sonne juste et le personnage principal également. » Point de vue « Une nouvelle série policière voit le jour ! Un polar historique dans le climat bousculé de l´entre-deux-guerres, aux personnages attachants. » L´Amour des livres « Une nouvelle série policière qui ravira les passionnés du genre et les amateurs de sagas historiques. » Question de femmes « Au-delà de la résolution de l´affaire, ce roman policier vaut pour l´atmosphère désabusée et miséreuse de la capitale au lendemain de la guerre. » Pèlerin magazine « Une enquête policière particulièrement bien ficelée. » Le Courrier des Yvelines «La Valse des gueules casséesnous emmène avec brio et esprit dans le tourbillon des lendemains de la Grande Guerre. » L´Aisne nouvelle « Une belle réussite. » Courrier de l´Ouest

  • Petit traité de « cafardologie »0500 Vous me suivez ? Voilà le livre. Il est dédié au chien qui boite, au vieux sparadrap qui flotte sur une eau sale, aux zones pavillonnaires un après-midi de semaine, aux dimanches en général, à tout ce qui, de façon universelle et assurée, nous colle le bourdon. Le terrain vague est son champ d´investigation, l´hectare de betteraves où tombe la brume par un matin de novembre, son horizon. Curieusement, peu d´autres l´ont exploré avant nous. C´est curieux, mais c´est ainsi. Baudelaire ou Nerval sont les princes de la mélancolie, ce soleil noir. Le tragique a ses empereurs, le comique ses rois, ses ducs, ses bouffons. Le Rire de Bergson est d´un ennui qui rend sinistre, nous en serons d´accord, mais il ne traite pas directement de notre sujet. Ne parlons pas des bibliothèques entières de livres visant à cerner, à comprendre, à guérir la dépression, ce mal de notre siècle et de tant d´autres. C´est à y plonger soi-même. Et, sur le cafard, rien, ou si peu, on croirait que d´y toucher répugne, comme si l´on avait peur, par contagion, de se plomber le moral.
    L´entreprise, c´est vrai, n´est pas si aisée. D´abord, contrairement aux grandes expressions du coeur ou de l´esprit que sont la tristesse ou l´humour, le cafard est un petit sentiment fugace qu´une seule apparition suffit à faire naître, que sa disparition sitôt éloigne. Dès que votre chien boiteux a tourné le coin de la rue, y pensez-vous encore ? Le cafard est une sorte de frère inversé du fou rire, comme lui il est un surgissement venu des profondeurs de l´inconscient, comme lui il s´évapore subitement. Le fou rire, par parenthèse, voilà encore un sujet qui mériterait une étude. Pour le coup je la laisse à d´autres : rien n´est plus déprimant que d´essayer de le raconter. Et puis ce sujet peut sembler trop subjectif pour être circonscrit en un traité. Nous avons tous nos propres petites madeleines pourries, ces biscuits qu´il suffit de porter à nos lèvres pour en faire émerger des continents amers qui ne sont qu´à nous. Plus haut, pour appuyer mon propos, j´ai cité les zones pavillonnaires en semaine, les champs de betteraves en novembre. Ce sont peut-être les moments où les gens qui les habitent, les paysans qui les cultivent les préfèrent ? Et ces mêmes individus, voyant la maisonnette où j´écris ces lignes, visitant la région où elle se trouve, se diront peut-être : le pauvre, vivre dans une vieillerie pareille dans un coin où il fait beau deux jours par décennie, ça me foutrait un coup au moral !
    Si les lignes qui suivent vous plaisent, vous verrez, sans doute jouerez-vous en famille, ou avec vos amis, à tester vos sensibilités cafardeuses particulières. Vous pouvez même organiser des matchs. Il existe, pour notre sujet, le même genre d´opposition radicale que dans tous les domaines. Ailleurs, on joue Debussy contre Ravel, Corneille contre Racine ou, dans un genre différent, Diana contre Camilla. Et vous, qu´est-ce qui vous fout le plus le bourdon ? La galerie commerciale en partie désaffectée d´un hypermarché vieillissant, avec ses Caddies dont il manque des roues et ses sacs en plastique qui volent dans les courants d´air, ou la petite épicerie de village avec boîtes de conserve rouillées et la vieille pub pour le Fanta qui se décolle derrière une épicière en tablier, elle-même hors d´âge ? Qu´est-ce qui vous abat le plus sûrement ? Disneyland, cette rouerie mondialisée, où tout est calculé, le temps d´attente moyen à chaque queue et le prix de chaque brisure de noix de macadamia qu´on met sur les glaces, ou la magnifique collection d´araires d´un musée des Arts et Traditions agricoles de nos villages ?
    Il y a du subjectif dans mon sujet. Je n´ai pas cherché, dans les pages qui suivent, à le gommer tout à fait. Comment eussé-je pu ? Sur quelle base ? Vous me voyez commander à grands frais des sondages sur la question pour être sûr de ne tomber que sur les goûts, ou plutôt les dégoûts d´une majorité ? Pour le coup, ce serait d´une tristesse ! Mais aussi, et c´est cela qui me passionne, il y a de l´universel. Quoi de plus uniform

  • Rappelle-toi

    François Reynaert

    Il a beau creuser sa mémoire, il est convaincu de ne jamais avoir rencontré ce personnage insistant. Basile oublie rapidement l´invitation. Mais peut-être y a-t-il d´autres fantômes qui rôdent autour de ce lieu et de cette époque et qu´il ne voudrait pas regarder en face... C´est le hasard qui va se charger de l´amener à participer, malgré lui, au fameux week-end, à revenir sur les lieux de ses vacances en Bretagne, à revoir ses amis d´alors. Et l´un d´eux en particulier ? auquel le lient de brûlants souvenirs.
    On l´avait découvert dansNos amis les journalistes, satire du monde de la presse, appris à mieux le connaître dansNos amis les hétéros, où il faisait son « coming out ». On retrouve le héros de François Reynaert, Basile Polson, dans ce troisième roman à la tonalité plus sensible que celle des précédents, et même mélancolique.
    Évocation subtile d´une époque, roman à intrigue,Rappelle-toiest aussi l´histoire émouvante d´une passion amoureuse qui ne veut pas s´éteindre.

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