JC Lattès

  • La vie sans fards

    Maryse Condé

    « La Vie sans fards répond à une double ambition. D´abord je me suis toujours demandé pourquoi toute tentative de se raconter aboutissait à un fatras de demi-vérités. Trop souvent les autobiographies et les mémoires deviennent des constructions de fantaisie. Il semble que l´être humain soit tellement désireux de se peindre une existence différente de celle qu´il a vécue, qu´il l´embellit, souvent malgré lui. Il faut donc considérer La Vie sans fards comme une tentative de parler vrai, de rejeter les mythes et les idéalisations flatteuses et faciles.  C´est aussi une tentative de décrire la naissance d´une vocation mystérieuse qui est celle de l´écrivain. Est-ce vraiment un métier ? Y gagne-t-on sa vie ? Pourquoi inventer des existences, pourquoi inventer des personnages sans rapport direct avec la réalité ? Une existence ne pèse-t-elle pas d´un poids déjà trop lourd sur les épaules de celui ou celle qui la subit ?  La Vie sans fards est peut-être le plus universel de mes livres. J´emploie ce mot universel à dessein bien qu´il déplaise fortement à certains. En dépit du contexte très précis et des références locales, il ne s´agit pas seulement d´une Guadeloupéenne tentant de découvrir son identité en Afrique ou de la naissance longue et douloureuse d´une vocation d´écrivain chez un être apparemment peu disposé à le devenir. Il s´agit d´abord et avant tout d´une femme cherchant le bonheur, cherchant le compagnon idéal et aux prises avec les difficultés de la vie. Elle est confrontée à ce choix capital et toujours actuel : être mère ou exister pour soi seule.  Je pense que La Vie sans fards est surtout la réflexion d´un être humain cherchant à se réaliser pleinement. Mon premier roman s´intitulait En attendant le bonheur : Heremakhonon, ce livre affirme : il finira par arriver. »

  • Orchidée fixe

    Serge Bramly

    « J´ai commencé ce livre il y a un peu plus de vingt ans. Je l´ai abandonné et l´ai repris à plusieurs reprises. L´idée d´écrire quelque chose sur Marcel Duchamp m´obsédait mais je n´ai pas su pendant longtemps quelle forme cela devait prendre. Je commençais un chapitre, le jetais au rancart, l´envisageais sous un autre angle, et mes notes se seraient accumulées sans fin si je n´avais eu un jour l´idée d´y introduire des éléments personnels, quasi autobiographiques, ce dont je m'étais toujours abstenu dans mes romans. Mon point de départ était une lettre que l´artiste avait écrite à son ami Henri-Pierre Roché, le 27 mai 1942, du Maroc. Il fuyait alors l´occupation allemande et venait d´être interné dans un camp de transit, à Aïn Sebaa, dans les envions de Casablanca. ``Évidemment, écrivait-il, le camp d´hébergement est une horreur (pas de lit et une salle commune avec paillasses, hommes et femmes, une centaine), mais j´ai réussi à échapper à cela.´´ Il ajoutait : ``Je couche seul dans une salle de bains, très confortable, à 7 kilomètres de Casa au bord de la mer.´´ Mon projet a commencé à prendre forme lorsque je lui ai adjoint une narratrice, l´arrière-petite-fille des propriétaires de la salle de bains où Duchamp avait trouvé refuge, et un universitaire que ses recherches avaient lancé sur les traces de l´artiste. L´une habitait Tel-Aviv où avaient émigré ses parents, l´autre, Français expatrié, enseignait à l´Université du Colorado : il n'appartenait qu'à Duchamp de les réunir. Orchidée fixe (calembour emprunté aux notes l´artiste) est ainsi l´histoire d´une double rencontre, d´une double passion, et de milieux et d´époques qui se croisent dans une longue suite de causes et d´effets. » Serge Bramly

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