• « Un matin, j'eus une curieuse révélation sur moi-même : Moktir, le seul des protégés de ma femme qui ne m'irritât point, était seul avec moi dans ma chambre. Je me tenais debout auprès du feu, les deux coudes sur la cheminée, devant un livre, et je paraissais absorbé, mais pouvais voir se refléter dans la glace les mouvements de l'enfant à qui je tournais le dos. Une curiosité que je ne m'expliquais pas bien me faisait surveiller ses gestes. Moktir ne se savait pas observé et me croyait plongé dans la lecture. Je le vis s'approcher sans bruit d'une table où Marceline avait posé, près d'un ouvrage, une paire de petits ciseaux, s'en emparer furtivement, et d'un coup les engouffrer dans son burnous. » André Gide (1869-1951), Prix Nobel, est notamment l'auteur de : Les Nourritures terrestres, La Symphonie pastorale, Les Caves du Vatican, Les Faux-Monnayeurs, Si le grain ne meurt, La Porte étroite, Feuillets d'automne, d'essais critiques sous le titre de Prétextes et Nouveaux prétextes et du célèbre Journal.

  • Lecon sur la lecon

    Pierre Bourdieu

    • Minuit
    • 25 Février 2016

    Texte de la leçon inaugurale de Pierre Bourdieu au Collège de France, prononcée le 23 avril 1982.

  • La publication de ce cours inédit de Bergson est un événement. Donné au Collège de France en 1902-1903, il a été intégralement pris en note, au mot près, par les sténographes de Charles Péguy. Il représente donc le trait d'union entre l'oeuvre écrite à laquelle le philosophe tenait exclusivement et l'enseignement oral d'où provient sa renommée, cette fameuse « gloire » de Bergson qui a si profondément marqué le premier XXe siècle. Au prisme de sa pensée de la durée, Bergson y revisite les philosophies de Platon, Aristote, Plotin, Descartes, Leibniz et Kant, et prépare là ce qui deviendra un chapitre majeur de L'Évolution créatrice.
    Édition établie, annotée et présentée par Camille Riquier, sous la direction scientifique de Frédéric Worms.

  • Avec la participation de nombreux auteurs tels : François Bizot, H. Carrère d'Encausse, M. Fumaroli, F. Héritier, J. Kristeva, H. Lebras, J. F. Mattei, Y. Meny, P. Perrineau, R. Salais, J. P. Vernant, M. Wieviorka.... entre autres

  • « Ma grande église et ma petite chapelle » : c'est ainsi que Gaston Paris, illustre médiéviste, désignait en 1894 le Collège de France et l'École pratique des hautes études, les deux établissements entre lesquels il partagea son enseignement. Fondées respectivement en 1530 et en 1868, ces deux maisons de la « science en voie de se faire » (Ernest Renan) n'ont cessé d'entretenir des liens presque symbiotiques : de très nombreux enseignants sont passés de l'une à l'autre ou ont exercé simultanément dans les deux. Ce sont ces affinités électives que ce livre, issu d'un colloque organisé au Collège de France lors du cent-cinquantenaire de l'EPHE, tente de mettre en lumière à travers des études sur l'histoire de ces deux institutions, des bilans par discipline (grammaire comparée, histoire des religions, anthropologie, sinologie, assyriologie, égyptologie) et des portraits de quelques personnalités marquantes (Ernest Renan, Gaston Paris, Abel Lefranc, Sylvain Lévi, Louis Robert). Au-delà de l'anecdotique, de la prosopographie ou des hasards des croisements institutionnels, ces études sont l'occasion de réfléchir sur le rôle conjoint de ces deux établissements dans l'histoire des savoirs.

  • Entre l'arbre et l'homme, l'Alliance date de la nuit des temps. Le tronc d'un arbre, comme le front de l'homme mûr, porte des rides, les traces de son passage sur terre. Un homme ne meurt pas, il renaît dans un autre lieu. Un arbre mort attend, lui aussi, sa résurrection, mais par la main de l'homme. Passera-t-il par là ?
    La poésie, lieu-dit Congo, coule là où se rencontrent les fleuves et les voix. Au royaume de l'enfance, la mémoire appelle les rêves les plus doux: fluidité, beauté, méditation.

  • Le collège unique a quarante ans. Il est le symbole d'un espoir, d'une utopie éducative et d'un désastre. Il est tentant de l'abandonner. Ce serait inacceptable - comme renoncer à une promesse démocratique : propose-t-on de rétablir le suffrage censitaire quand les résultats des élections déplaisent ?
    Avec les années, on a accumulé des protocoles, des gadgets et des slogans, sans tenter d'imaginer une transmission exigeante, élégante et opiniâtre de la culture qui se soucie des élèves tels qu'ils sont. Or faire un cours sur Charlemagne en 2014 ne ressemble en rien à un cours de 1918 ou de 1975. Au Charlemagne scolaire s'oppose aujourd'hui les Charlemagne parodique, kitsch, youtubaire, qui peuplent l'esprit de nos classes.
    Ce livre fait un pari : proposer un nouvel âge de l'enseignement. Toute l'École est concernée, pas seulement le collège. Ce serait un art du mélange et de la juste distance. À mi-chemin entre Roland Barthes et Lara Croft, le professeur doit être érudit et bricoleur : pour perpétuer la transmission de la culture et du savoir, il doit descendre de l'estrade, ruser, tout explorer. C'est le grand enjeu de l'éducation actuelle : il s'agit de trouver les moyens, dans une époque complexe, d'être juste, ambitieux et efficace.
    © Flammarion, 2014.
    Couverture : Portrait de Jules Ferry © BnF

  • Louvre

    Jessica Desclaux

    Le quatrième volume de la collection « Passage des disciplines » appréhende la manière dont la discipline de l'histoire de l'art s'est constituée au Collège de France en nouant un lien privilégié avec le musée du Louvre. Georges Lafenestre, André Michel, Paul Vitry, René Huyghe furent conservateurs au département des peintures et des dessins ou à celui des sculptures du Moyen Âge, de la Renaissance et des Temps modernes, avant d'enseigner au Collège dans le cadre de la chaire d'Esthétique et histoire de l'art, créée en 1878, renommée « Histoire de l'art français » (1920-1925), ou de la chaire municipale, financée par la ville de Paris, « Psychologie des arts plastiques » (1951-1976). En élisant ainsi plusieurs conservateurs à ses chaires, le Collège de France occupe-t-il une place à part dans la cartographie des lieux d'enseignement de l'esthétique et de l'histoire de l'art ? Quelles logiques sont à l'oeuvre dans le recrutement des conservateurs ? Dans quelle mesure l'expérience muséale des candidats pèse-t-elle sur leur nomination ? Une fois élus, quels liens ces derniers entretiennent-ils avec le Louvre ? Transfèrent-ils les débats du musée concernant l'esthétique ou la méthode historique dans leurs leçons du Collège de France ? Circulation d'hommes et parcours professionnel, débat disciplinaire, le musée : un laboratoire du cours ? telles sont les lignes principales que les auteurs de ce volume souhaitent explorer, en exploitant les archives des différentes institutions. Ce volume découle d'une journée d'étude organisée par Jessica Desclaux (Sorbonne Université-musée du Louvre/centre Dominique-Vivant Denon) le 4 avril 2019, dans le cadre du programme de recherche « Passage des disciplines : histoire globale du Collège de France, xixe-xxe siècle », qui porte sur l'évolution des matières enseignées et sur celles qui n'y ont pas été admises et qui forment un « Collège virtuel », depuis la fin du xviiie siècle jusqu'aux années 1960. Le programme est dirigé par Antoine Compagnon, avec la collaboration de Céline Surprenant. Il a reçu le soutien financier de PSL (2016-2019) et de la République des Savoirs.

  • En reconstituant et en analysant l'histoire de l'introduction lente et progressive de l'économie au sein de l'Université française de 1815 aux années cinquante, Lucette Le Van-Lemesle contredit en grande partie la thèse développée par les économistes des années soixante d'une absence de formation économique des élites en France avant 1940, absence selon eux responsable des crises économiques passées. Et si cette vision relevait d'un conflit autour de la formation des élites ? C'est l'une des analyses de l'auteur dans cet ouvrage, extrêmement documenté, qui retrace le développement, le rayonnement et les fondements doctrinaux de l'enseignement de l'économie politique en France. Un livre de référence pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la pensée économique. "Le grand intérêt du travail de Lucette Le Van-Lemesle est de nous introduire précisément dans ce milieu des économistes [...].Elle les connaît tous [...]. Cette familiarité lui permet de recomposer un paysage beaucoup plus complexe où le regard discerne plusieurs plans étagés : la science économique et son avancée mathématique ne constituent qu'un plan,... mais qui compose avec d'autres. Notamment avec les préoccupations sociales et politiques." Antoine Prost.

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