Littérature générale

  • Si vous le lisez avec l´espoir de trouver dans J´irai cracher sur vos tombes quelque chose capable de mettre vos sens en feu, vous allez drôlement être déçu.
    Si vous le lisez pour y retrouver la petite musique de Vian, vous l´y trouverez. Il n´y a pas beaucoup d´écrits de Vian dont il ne suffise de lire trois lignes anonymes pour dire tout de suite : «Tiens, c´est du Vian !» Ils ne sont pas nombreux, les écrivains dont on puisse en dire autant. Ce sont généralement ces écrivains-là qui ont les lecteurs les plus fidèles, les plus passionnés, parce que, en les lisant, on les entend parler. Lire Vian, lire Léautaud, lire la correspondance de Flaubert, c´est vraiment être avec eux. Ils ne truquent pas, ils ne se déguisent pas. Ils sont tout entiers dans ce qu´ils écrivent. Ça ne se pardonne pas, ça. Vian a été condamné. Flaubert a été condamné... Delfeil de Ton.

  • Cent sonnets

    Boris Vian

    Cent infâmes sonnets. C'est ainsi que devait s'appeler ce recueil à l'origine. Il comporte en réalité cent douze sonnets, rédigés au début des années 1940 par le jeune Boris Vian.
    Infâmes, ces poèmes ne le sont pas vraiment... sauf à considérer que les pieds de nez à la poésie, les alexandrins à treize syllabes et les calembours relèvent du sacrilège ! La poésie joyeuse de Boris Vian s'empare de toutes les thématiques chères à l'auteur - le cinéma, le jazz, les surprises-parties, l'anticléricalisme... - avec la même fantaisie langagière, le même humour où point parfois un brin de mélancolie. On y retrouve, en germe, le parolier de génie que deviendra Boris Vian.
    Dans le manuscrit autographe des Cent Sonnets conservé à la BnF figurent des illustrations réalisées à l'époque par Peter Gna, le beau-frère de Boris Vian. Cette édition présente pour la première fois au public le texte avec ces dessins burlesques qui l'ont toujours accompagné dans le plus grand des secrets.

  • Poète, Boris Vian le fut dans bien des domaines, roman, chanson, théâtre... Mais s'il aima par-dessus tout confronter son génie propre à toutes les formes d'expression - comme le révèlent les Cent Sonnets composés durant ses études -, il livra parfois le plus intime de lui-même dans des poèmes parfaitement libres, écrits au hasard des jours pour son propre plaisir. En témoignent ces deux recueils publiés de son vivant - Cantilènes en gelée et Barnum's Digest - auxquels s'ajoutent une vingtaine de textes dits « posthumes ». L'humour noir, la provocation, la tendresse, la fantaisie verbale, la mélancolie aussi : l'auteur de L'Écume des jours se retrouve ici tel qu'en lui-même, drôle et secrètement tragique, formidablement attachant, éternellement jeune.

  • Videur dans une boîte de nuit, Dan ne vit que pour Sheila, sa femme, et l'enfant qu'il a eu avec elle. Un enfant que la société acceptera parce que sa peau est blanche. Dan, lui, est noir, d'origine, sinon de peau... Toute son existence repose sur ce secret. L'irruption de Richard, son frère, qui menace de tout révéler, en même temps que sa subite attirance pour une prostituée noire, vont bouleverser la vie de Dan. Lui qui, non sans remords, a tant voulu être un Blanc, ne serait-il au fond de lui-même qu'un «nègre» ? Boris Vian - alias Vernon Sullivan - nous donne ici, à la manière de Chandler ou Hadley Chase, bien plus qu'une dénonciation du racisme. Ces pages qui firent scandale, où la violence et l'érotisme se donnent libre cours, nous conduisent au plus profond de la folie d'un être qui ne se reconnaît plus, que la pression sociale a irrémédiablement dissocié de lui-même. Une sorte d'explosion intérieure qui le poussera au meurtre... 

  • « Sexuellement, c´est-à-dire avec mon âme », écrivit un jour Boris Vian.
    Si le bouleversant roman d´amour de L´Écume des jours peut apparaître comme l´expression d´une forme de romantisme moderne, l´auteur des Cantilènes en gelée sait aussi explorer sans tartufferie les dimensions charnelles de l´amour, les ombres et les lumières du fantasme et les éclats de rire de la plaisanterie gauloise. On le découvrira ici avec ces petits chefs-d´oeuvre intitulés « La Messe en Jean Mineur », « La Marche du concombre » ou « Liberté »... C´est bien ce dernier mot, d´ailleurs, qui résume le mieux l´état d´esprit et l´idéal que traduit ici l´écrivain. La liberté d´aimer sous toutes ses formes, et de le dire face à la « conspiration des nuisibles », justement dénoncée dans « Utilité d´une littérature érotique ».

  • Cette nuit-là, Denis, le paisible loup du bois de Fausses-Reposes, s´aperçoit avec stupeur qu´il s´est transformé en homme. C´est une nuit de pleine lune, et il va vivre dans Paris des aventures singulières... Tout l´art de Boris Vian consiste à retourner ou subvertir toutes les conventions - celles de la société, celles de la littérature -, que ce soit par l´humour, la farce ou le fantastique. Ainsi, il suffit qu´un mystérieux brouillard s´abatte sur une ville (L´amour est aveugle) et ses habitants, dans l´impossibilité de se voir ou de se reconnaître, vont libérer leurs instincts sexuels au point de ne plus vouloir jamais recouvrer la vue... Mais le jeu avec l´imaginaire et le réel peut aussi déboucher sur des pulsions morbides ou homicides, ainsi qu´on le voit dans Les Chiens, le Désir et la Mort, signé «Vernon Sullivan».  De la gouaille à l´absurde, de la féerie à la noirceur, le romancier de L´Ecume des jours joue ici sur toute la gamme, en treize récits brefs dédiés à l´imprévisible.

  • «Les Trois Baudets», «La Rose rouge», «L' Amiral», «Le Night-club» : ces cabarets illustres des années cinquante virent débuter les meilleurs chanteurs, comédiens et fantaisistes de notre temps. Boris Vian écrivit pour eux de nombreux sketches ou pièces brèves, dont les interprètes s'appelaient Jacqueline Maillan, Yves Robert, Rosy Varte ou Jacques Fabbri. Il puisa aux sources les plus diverses, donnant avec Adam, Eve et le troisième sexe une hilarante relecture de la Genèse, transportant les spectateurs de Dernière Heure au début du troisième millénaire, ou proposant, avec Cinémassacre, une étourdissante parodie des grands genres du cinéma, du réalisme italien au film d'horreur, d' «Alfred Hitchpoule» à «Cecil B. de Cent Mille»... Compositeur, dramaturge, chroniqueur, poète... Voici encore un des mille visages, à découvrir ou à redécouvrir, de l' inoubliable romancier de L' Ecume des jours.

  • Pour égayer Les Temps modernes, où parurent à cinq reprises ces «Chroniques du menteur», Vian proposait en particulier d´illustrer la très sérieuse revue avec des photos de pin-up. C´est sans doute pourquoi, malgré l´appui de Jean-Paul Sartre qui appréciait l´humour et l´irrévérence du jeune écrivain, sa collaboration fut de courte durée.
    On apprendra dans ces chroniques comment le pape se proposait de canoniser Édith Piaf ; comment rallonger un film sans dépenser d´argent grâce à des séquences dans le noir; comment l´homme politique Édouard Herriot détourna neuf mineurs et leurs enfants «pour les manger»; comment se débarrasser des militaires, du maréchal au sergent...
    Après deux chroniques refusées, Vian n´insista pas. On le jugerait aujourd´hui «politiquement incorrect». En général, c´est une preuve de sens de l´humour.

  • Ce livre réunit quinze nouvelles, écrites entre 1946 et 1950, par le merveilleux romancier de L´Ecume des jours. On y voit un Boris Vian tout jeune explorer les voies qui assureront sa célébrité : fantaisie, truculence, dérision et absurde, dans la tradition d´un Alphonse Allais. Quels sont les vrais mobiles du meurtre d´Abel par Caïn ? Pourquoi est-il indispensable d´emmener son fiancé (ou sa fiancée) à la piscine ? Comment séduire une jeune femme qui n´aime que les hommes impuissants ? A ces questions et à bien d´autres, on trouvera les réponses au fil de ces savoureux récits dont plusieurs prennent pour toile de fond un Saint-Germain-des-Prés plein de bonne humeur et d´échos de jazz.

  •    « Il va de soi que tout ceci ne peut finir que par la mort, et la beauté des romans vient aussi de ce que cette mort n'apparaît qu'au terme d'une très longue vie d'amour. » Ainsi Boris Vian, deux ans avant sa propre disparition, commente-t-il l'histoire des amours de Lancelot et de la reine Guenièvre, que nous conte cet étonnant Chevalier de neige.

       C'est en 1952 que les organisateurs du Festival dramatique de Normandie lui proposent d'écrire cette oeuvre, représentée l'année suivante devant dix mille spectateurs, pendant sept soirées consécutives. Une expérience que l'auteur de L'Écume des jours tente avec enthousiasme. Dans le respect de la légende arthurienne, qui voit le jeune Lancelot toucher à la sainteté après avoir traversé toutes les épreuves de la vie chevaleresque et de la passion amoureuse, il crée une forme théâtrale moderne, au rythme proche de celui du cinéma.

       En 1957 à Nancy, Vian eut l'occasion de transformer son texte en livret d'opéra : un genre nouveau pour lui, dont il va entreprendre d'explorer les possibilités à travers cinq autres livrets, d'inspiration très différente, réunis dans ce volume.

  • L'intérêt de Boris Vian pour le cinéma a été précoce : dès l'Occupation, alors que le jeune écrivain n'a encore rien publié, il s'essaye à composer des scénarios. Sa rencontre avec le cinéaste Pierre Kast, en 1945, va déboucher sur de vrais projets... dont aucun n'aboutira.

    C'est ainsi : alors que la chanson, le roman ou le théâtre valurent à l'auteur de L'Écume des jours de spectaculaires réussites, le cinéma ne voulut pas de lui. Il nous reste à lire ces scénarios comme des oeuvres de Boris Vian.

    Fantastique avec Notre Faust, histoire d'une âme vendue au diable dans le Saint-Germain-des-Prés d'après-guerre, l'inspiration de l'écrivain se tourne vers l'espionnage avec Le Baron Annibal, la satire sociale avec L'Auto-stoppeur, et la chronique très parisienne avec Rue des Ravissantes... Mais quelle que soit la direction prise, Vian dépense des trésors de fantaisie, d'inventivité, de liberté d'esprit.

  • L'Automne à Pékin

    Boris Vian

    « Il y aura beaucoup de gens, en Exopotamie, parce que c´est le désert. Les gens aiment à se rassembler dans le désert, car il y a de la place. Ils essayent d´y refaire les choses qu´ils faisaient partout ailleurs, et qui, là, leur paraissent neuves ; car le désert constitue un décor sur lequel tout ressort bien, surtout si le soleil est doué, par hypothèse, de propriétés spéciales. »Comme tous les matins, Amadis Dudu souhaite prendre l´autobus 975 afin de se rendre à son bureau. Mais d´étranges péripéties l´entraîneront malgré lui jusqu´en Exopotamie. Il décide alors de s´installer dans cette région désertique et entreprend la construction d´un chemin de fer. Ce projet insensé attire une foule de personnages et de situations burlesques qui vont s'entrecroiser. Boris Vian composa L´automne à Pékin en 1946, année fructueuse durant laquelle il écrivit également L´Écume des jours et J´irai cracher sur vos tombes. Dans ce roman aux cheminements multiples, Boris Vian déploie toute sa verve créatrice en explorant plus que jamais les limites du langage et l'absurdité des réalisations humaines.

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