Publie.net

  • Note : plusieurs versions disponibles. L'une avec audio intégré, l'autre sans audio (interopérable, lisible sur tous supports), avec morceaux audio à télécharger directement.
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    Ce poème est le récit fragmenté d'une perte. Des photos viennent donner apparemment un semblant de réalité à un parcours intérieur marqué par la douleur. Et le cri. Quand j'ai lu le manuscrit de Julien Boutonnier, c'est ce qu'immédiatement j'ai senti. Mais, le relisant, voici les quelques remarques qu'il a suscitées en moi.
    1. Le cri désigne la perte de la mère. L'absence subie comme un fléau (peste au crabe) se combat dans les mots contre les motsmorts qui coupent le souffle. Boutonnier trouve sa voix dans les lettres manquantes qu'il faut vocaliser autrement pour pouvoir dire le nom imprononçable.
    2. En ce sens, il n'est pas question d'histoire individuelle seulement, vous l'aurez compris. Il s'agit de tenter de saisir l'espace à vif de la mort à l'oeuvre en nous, en nous tous.
    3. Et les photos ne sont là que pour nous montrer que la réalité de ce qui se lit et se donne à entendre ne peut se voir, sauf dans le défaut de ce que toute image exhibe, dans ce qu'elle dé-montre.
    4. Il faut pour donner corps à tout cela une construction rigoureuse, exigeante. Julien Boutonnier y parvient avec un sens des rythmes et un feeling à toute épreuve.
    5. C'est donc un livre remarquable, bouleversant.

    Maintenant, précipitez-vous, ayez la curiosité aiguisée, à vos liseuses !

    François Rannou

    Note : il faut saluer le travail remarquable de Jean-Yves Fick dans la mise au point du manuscrit et sa relecture.

  • Une lave sans ponctuation, avec voyages par routes et trains, et se jeter aussi dans la langue des autres, mais où toute l'histoire et la violence du présent bruissent.
    Une colère et une rage qui viennent s'incarner par le chant et le rythme, que ça s'appelle beauté, mais inclut à égale surface les villes, les voyages, la folie.
    Un poème d'une seule filée de prose, 4 parties violentes, brutales même. La vie y est parfois arrêtée : le narrateur parle de la mort traversée, de la plaie des jours, des attentes, du corps.
    Mais que c'est tout le destin et le plus obscur d'un présent en vertige dont alors l'écriture peut se saisir.
    Les vieux prophètes de la Bible le savaient. Ici, on ne quitte pas l'expérience quotidienne, on s'en va voir ce qui traîne sur le sol de la gare de Maubeuge, s'il faut conjurer tout lyrisme vide. Mais c'est bien ce vieux fil de la voix dressée qu'une fois dans sa vie il est bon de pousser à l'excès jusqu'où il nous devient chose commune.
    Michaël Glück est né en 1946, il vit à Montpellier. C'est un de nos grands poètes.

    FB

    Ce livre est disponible en numérique et en papier > http://www.publie.net/livre/proferations-de-la-viande/


  • Toute une vie à traduire. Mais André Markowicz a toujours refusé de s'expliquer par écrit sur son métier de traducteur.

    Bilingue entre le français et le russe, c'est par le grec et le latin qu'il commence ses traductions. Et puis il y a ce fabuleux continent sauvage de prose qu'il revisite et dénude, un Dostoievski jamais fini, qu'il remanie et aiguise à mesure des rééditions, nous réapprenant un Dostoievski glissant, tranchant, rapide, avec des fulgurations mystiques que les traductions d'autrefois ne laissaient pas prévoir.
    André Markowicz a fasciné des centaines et des centaines d'auditeurs : il est là devant vous, un texte sur les genoux qu'il ne regarde même pas, parce qu'il le sait par coeur. Et il vous embarque pendant une heure, deux heures, dans le fond d'un vers, et tout ce qui lui il y entend. Les rythmes, prosodies, l'héritage, les allusions,et puis qui était celui qui écrit, quelles conditions biographiques. Alors, tout au bout, qu'importe le texte français, qui n'aura duré que le temps de cette séance, et n'aura pas laissé de trace : la lecture est avant tout du temps, et ce temps où Markowicz nous a promenés dans la langue, c'est la poésie elle-même, la poésie comme expérience.
    C'est dans ce contexte qu'il faut lire ces Gens de cendre, poèmes écrits en traduisant, lisant crayon en main.
    Travail de la langue à ses frontière, dont l'appareil de notes donne les sources et les clés. Croisant alors l'histoire russe, l'histoire des Juifs dite par un vers de Guennadi Aïgui, et Virgile ou Sophocle en amont de Shakespeare, et, pour l'air et les ciels où on travaille, les mots de la langue bretonne, le pays où il vit. Mais, avant tout, les grandes ombres de Paul Celan, d'André Mandelstam (ou Agamben commentant Mandelstam, André s'inscrivant dans toute une suite de ces prismes où nous-mêmes nous sommes...). La question de la folie, souvent tangente sous les phrases.

    Ce livre est disponible en papier et numérique >

    http://www.publie.net/livre/les-gens-de-cendre-andre-markowicz/

  • Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, de Virginie Gautier, est le long poème d'une ville traversée qui serait toutes les villes ensemble : métamorphoses d'un monde flottant dont il s'agit de repérer les traces d'ombres. Que le tunnel dont il est question dans le livre soit celui du métro, celui qu'empruntent les « clandestins » pour traverser la Manche, ou la grotte dans laquelle nos « ancêtres » ont dessiné leurs premiers repères, il est surtout le lieu de confluences entre le dessous et le dessus de toute ville. Entre les mémoires accumulées, inscrites, gravées, recouvertes, effacées presque, disparues, retrouvées et l'élan vers ailleurs, vers autre chose à venir qui doit se délester du passé. Lieu mouvant où les déplacements créent une identité toujours fuyante. « On dit je suis d'ici. On est d'un autre temps, qui échappe. Autant dire d'ailleurs, autant dire de plus jamais. » Avec ce titre, se poursuit une nouvelle série de la collection L'Inadvertance, déjà amorcée par Ma mère est lamentable de Julien Boutonnier. Chaque ouvrage comprend un texte, des images fixes, des fichiers sonores et des vidéos courtes ainsi que des liens.
    Deux versions disponibles : l'une enrichie, et l'autre interopérable qui comporte des liens vers les morceaux audio et vidéo hébergés sur notre site.

  • [Note : deux versions du livre sont publiées. L'une, interopérable (c'est-à-dire, lisible sur tous supports), nécessite que vous téléchargiez les morceaux audio disponibles, et l'autre, non-interopérable (lisible sur les supports de lecture pouvant supporter l'audio), contenant les morceaux audio.]
    Dans la démarche de David Christoffel, l'écriture et la voix sont indissociables : l'écriture garde d'ailleurs les signes de la partition. Elle ne s'éloigne pas du contemporain, de ce qui nous entoure au plus près. C'est la partition, les ruptures de l'intonation, les ellipse de la syntaxe qui vont happer les différents registres de la parole, celle que nous employons tous les jours, celle que nous hissons devant nous au moment d'écrire. Les nappes alors se superposent, s'entrechoquent, la rhétorique se disloque et c'est cette relation de toujours des mots aux choses, de l'écriture au monde, qui surgit devant nous, avec cette attention digne des lettristes, souvent une vraie joie déclamatoire, et la convocation de tous les anciens rites de déclamation - voir le Récital pour Hyppolite Rougon ou les Poèmes pour mégaphone.

    François Bon

    FB



    Notes versifiées sur "Argus du cannibalisme", par François Rannou

    Ce livre est à entendre. Texte-partition-voix.
    Ça s'adresse au lecteur.
    Pour une remise en jeu des lectures et idéologies.
    Audioguides
    Au départ c'est un discours qui
    s'adresse à nous comme un
    avertissement
    Mais on ne sait pas vraiment de
    quoi on va nous parler quel est
    le sujet
    En même temps c'est un audioguide donc : là
    pour nous guider, nous apprendre,
    nous montre quelque chose, nous explique quelque chose mais
    sans qu'on sache quoi
    Et puis il y est question d'absence (absent à soi-même pendant la lecture
    c'est-à-dire présent)
    par exemple on parle de peinture de jaune d'oeuf de
    commanditaire donc on
    pense à
    Histoire de l'art histoire de la peinture visite
    de musée : audioguide
    le vers qui
    coupe nous fait voir des
    images absentes
    quel statut les images, quel statut nos paroles ?
    Ainsi : phrases raisonnement justifications explications
    artistiques qui ne
    finissent pas qui sont
    tronquées
    comme des annotations multiples dans le désordre
    comme des voix de guides qui se multiplient et se
    coupent désordre
    apparent : le langage qui tourne à vide

    Effectivement DC parle du coin, des coins, parle en coin, tape


    en corner et children's corner

    car opposé au milieu et au discours du
    milieu : se situer en marge
    Poèmes pour mégaphones
    Surprenant : poésie :
    voix intimiste
    et
    en même temps :
    poète avec son mégaphone : en lien avec le réel social on pense
    à Sartre sur son tonneau (Diogène dedans)
    avec le mégaphone

    Parler fort

    « Le droit de se faire entendre »
    (1 temps par majuscule et d'autant
    plus mal articulé que très bien rythmé)
    voix = majuscule=temps=
    temps fort=rythme !
    travail par association d'idées
    et
    écoute
    de voix bribes frag ments
    sorte d'art poétique pas sérieux et en
    contrepoint en
    ombre portée provocateur
    absurde : « que ça n'ait aucun rapport »
    François Rannou


  • D'abord, le ciel du Nord. Ce Pas-de-Calais où, entre mines et usines, la dureté de vivre est plus à nu. Lucien Suel est des voix de là-bas, de ceux qui arpentent la poésie à voix haute, mêlant l'expérience Internet aux performances et musiques.


    Mais toujours, sous les mots qui s'assemblent ici en semblance de la bascule du temps, accumulations noires, et ce sentiment de suspension propice au retour sur soi-même, l'ancrage est perceptible : le canal qu'on distingue sur les deux toiles "Approaching Storm" de William Brown qui accompagnent le texte, c'est là qu'est né Suel, là qu'il vit toujours.


    On le connaît désormais aussi par son travail de romancier, lui aussi ancré en ce pays même. La représentation du ciel et ses nuages, d'où cette théorie des orages, a toujours été point d'inflexion pour l'art - et pas seulement par Turner.


    C'est à cette expérience que nous convie ce texte à la fois complexe et scintillant.


    FB

    Et visiter Silo , le blog où se rassemblent les expériences texte, son et images de Lucien Suel.


  • Cette anthologie est d'abord une manière d'interroger, aujourd'hui, le paysage et ses infinies variations - celles du regard singulier grâce auquel chacun construit son paysage, au fil du temps ; celles qu'il subit sous l'effet des transformations liées à l'action de l'homme, ou des éléments. Paysage précaire, donc, mouvant, qui se constitue pourtant dans l'arrêt qu'il impose : une pause est nécessaire pour admirer, décrire, peindre, cadrer ce qui est là sous les yeux. Chaque texte, ici, écrit un rapport au monde, tente d'en percevoir un rythme, d'en traduire une leçon, d'en soulever un questionnement. Il y a bien un enjeu qui fait du paysage autre chose qu'un thème décoratif. Notre « terre habitable » (François Cheng), c'est la chute d'Iguazú (Michel Collot) et la ville (Michèle Dujardin, Denis Heudré, Fred Griot) autant que le poème comme espace (Fabienne Courtade) ou les noms qui le désignent (Patrick Beurard-Valdoye). C'est toujours un départ vers l'inconnu (Michel Butor, Kenneth White), un angle de vue (Antoine Emaz) qui, parfois, remet en cause avec ironie (Paol Keineg). Les peintres, qui nous ont appris à voir le paysage, sont présents dans cet ouvrage et c'est somme toute d'une logique irréductible.


    Encore un mot : c'est un livre - électronique : à lire sur ordinateur, sur liseuse, sur tablette. Chaque poète est présenté par des liens qui renvoient à l'extérieur du livre vers un autre espace de connaissance de l'auteur (sites internet, blogs, vidéos en ligne, radio, revues... : il vaut mieux alors lire sur un outil de lecture connecté au Web). Vous pourrez alors profiter pleinement de ce qui se présente comme la première anthologie de poésie sur ce support. Cet ouvrage est publié par publie.net, dont le travail de qualité est une fois de plus à souligner. Nous remercions vivement Le Printemps des poètes, particulièrement Jean-Pierre Siméon et Emmanuelle Leroyer, qui est notre partenaire pour cette anthologie. Nous tenons aussi à ne pas oublier dans nos remerciements les éditeurs des ouvrages dont sont extraits les poèmes.


    Que cette anthologie soit comme l'atelier dont nous parle Anne de Staël :


    « toujours le monde


    en formation »


    François Rannou

    publie.net et la collection L'Inadvertance remercient le Printemps des Poètes pour cette collaboration.

  • Ce n'est que le début. Ce n'est que le soleil.
    Balbutiement, bégaiement du début... et comment peu à peu ça se met en branle, comment la parole démarre, et comment peu à peu la langue s'échauffe, tourne, roule, déroule... comme langage parlé, les pensées discursives échouent, se suivent, se font, se défont, tel les vagues, dans le silence de tête... comment
    Cette tentative, cette entame « juste pour voir c'est pour comprendre comment ça marche la vie »... Génèse ?
    Cette avancée, progressive, ce glissement « ce n'est que par rapport à par rapport à par rapport aux mots ce n'est que ça le soleil ce n'est que ça la chaleur l'amour la vie ce n'est que ça »... ce glissement de la parole balbutiante à ce qui la "chauffe", la réchauffe, à ce qu'elle porte de tendresse, à ce que la tendresse porte en elle de mots

    « les bras de l'autre »

    Et puis soudain, au détour, dans l'avancée, « il y a un moment où on peut atteindre les choses », et l'on y entend Tarkos (in Processe - éd. Ulysse fin de siècle)

    « Il existe un moment où tu es là à réfléchir. Des choses prennent un peu de la lumière, comme les pages, pour être visibles. Les choses visibles se baladent, depuis longtemps ; elles tombent en cascades. Elles se reposent. Elles ont pris un peu de lumière, depuis se promènent, il existe un moment où tu es là à réfléchir au milieu des choses qui, d'avoir pris un peu de lumière, sont visibles. Elles tombaient en été. Elles traversent l'hiver, elles pleuvent, elles continuent à pleuvoir. Elles sont comme de petites images. Il existe un moment où tu penses aux petites images qui se baladent sans tristesse. Il existe un moment où tu es, les images autour, en train de penser les choses ont un sens, et tu te promènes. »

    Poème qui nous a nous aussi profondément marqué, car il y a dans cette parole qui capte, qui sent, qui éprouve, ce moment où l'on atteint, touche. Où l'on voit.

    Ce n'est que le début a été édité une première fois pas par Inventaire/Invention.
    Emmanuel Adely (son site) est né en 1962. Il a publié, notamment, Les Cintres (Minuit, 1993), Dix-sept Fragments de désir (Fata Morgana, 1999), Agar-agar (Stock, 1999), Jeanne, Jeanne, Jeanne (Stock, 2000), Fanfare (Stock, 2002), Mad about the boy (Joëlle Losfeld, 2003), Mon amour (Joëlle Losfeld, 2005), j'achète et édition limitée (Inventaire/Invention, 2007), Genèse (Seuil, 2008), Cinq suites pour violence sexuelle et Sommes (Argol, 2008).
    bio/biblio complète sur son site.
    Ecoutez aussi Adely, dans cet entretien vidéo. Il nous parle de son écriture, de Duras, de Thomas Bernhard, de ponctuation... ça s'écoute facile, profond.

  • Conflit d'un monde soumis toujours à ses plus vieux démons, et de l'aspiration qui nous fonde comme communauté, et de plus en plus sous le risque, le danger, l'urgence.
    Ce qui nous fonde comme communauté, malgré la guerre et les démons : le langage, la parole, et comment ils se retournent sur les premiers, en nous énonçant comme communauté.
    Depuis bien des siècles se structure ici l'éthique. On peut l'énoncer conceptuellement, c'est la philosophie, on peut se contenter de l'ouvrir en tant que tâche et dépli du langage, c'est la poésie.
    Il se trouve que la seconde tâche, si elle perdure, c'est que le concept à un moment cède devant le langage, et ce qu'il ouvre, la nuit qu'il porte, ou la mise en chemin.
    Cette intersection avec l'abstrait, et avec l'agir, ce en quoi le monde est régi par le langage - mais le langage à la fois réifié et en permanentes secousses sismiques que sont, notamment, la morale et la justice - a toujours eu son équivalent de sources dans la littérature.
    Ici, lisant Laurent Grisel, on a souvent l'impression qu'est réouverte la trappe des grands parleurs du 16ème siècle, et Agrippa d'Aubigné notamment, ses Stances composées dans le temps même de la guerre, l'épée posée sur l'herbe au soir des combats - vous verrez, ce n'est pas une figure de style pour lui faire plaisir.
    Cette vieille hauteur revêche du verbe pour qu'il se dresse à égalité de ce qui râpe et heurte dans le monde.
    Ce combat, pour rester neuf, ne peut tolérer la chosification des formes. On en appelle à une forme, mais on doit la casser du même coup. Moulage unique. Le dépli qu'inaugure Laurent Grisel, en ce lieu où parlent, dans le monde d'aujourd'hui, le Bourreau et la Justice, avec un homme et une femme, se recomposera en plusieurs pièces, elles-mêmes liées à leur circonstance d'énonciation - ce que Laurent Grisel nomme « une brusque idée de paix ». Le poème (ou projet) global s'intitulant Descartes tira l'épée.
    FB
    Membre actif du collectif remue.net, on trouvera sur ce site de nombreuses intervention de Laurent Grisel.

  • (Une pie) est un texte dont le regard vole et se pose
    comme celui de l'oiseau. Il dérobe des jours et des images du monde
    qui se déroulent devant nous, depuis toujours presque, semble-t-il,
    de manière légère et grave, laissant en nous ses traces de griffes.
    Nous voici plongés dans des moments d'éternité suspendus, où le
    réel se mêle au légendaire et au plus ancien, dans une perception
    flottante et paradoxalement d'une grande acuité. Un très beau petit
    texte qu'il faut lire en laissant affleurer à la surface du poème
    les chansons idiotes qu'aimait Rimbaud, la part de naïveté
    dont le tragique toujours n'est pas loin. On peut écouter ce livre,
    mis en voix par François de Bortoli.
    On peut lire du même auteur
    Le Héros Poésie/ Flammarion, 2008 Hence this
    cradle, traduction en anglais d'Ann Cefola, bilingue, Otis
    Books/Seismicity Éditions, Los Angeles, 2007 Alparegho,
    Pareil-à-rien L'Act Mem, 2005 D'ici, de ce berceau
    Poésie/Flammarion, 2003 De la main gauche, exploratrice
    Poésie/Flammarion, 1999
    & Corinne Barbara a dansé, Les éditions du soir au
    matin, 2009 Deux Noyaux Pour Commencer La Journée (avec des
    interventions de Stéphanie Ferrat, Galerie Remarque, 2009) Gora
    soli (avec des peintures d'Anna Baranek, l'attentive, 2008)
    Ô cahier 3, (avec Anna Baranek, Espace Liberté/Les Ennemis
    de Paterne Berrichon, 2006)
    Voici quelques liens :
    [http://www.ville-boulogne-sur-mer.f...]

    http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/05/le-hros-dhlne-s.html


    http://www.paperblog.fr/1746209/helene-sanguinetti/


    http://remue.net/spip.php?article2812


    http://remue.net/spip.php?article1788

    [http://www.printempsdespoetes.com/i...]

    http://www.lactmem.com/medias/fonds_compact/sanguinetti_alparegho.html


    http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2008/04/hlne-sanguine-1.html


    http://www.enba-lyon.fr/conferences/fiche.php?a=08&id=454


    http://www.thepedestalmagazine.com/gallery.php?item=2223

  • Il se pourrait que tout commence par un coup de sang. Une tache s'étale sur le pare-brise à cause de la vitesse, une tache qui fait grand rouge sur la nuit. Et c'est comme une prise de conscience : c'est sur la route des vacances que Romain Fustier s'éveille à sa propre inquiétude, c'est-à-dire à sa façon d'être attentif. Et cette première expérience d'un monde vacillant, qui se révèle dans la lampe rouge d'un rapace écrasé sur le pare-brise, se répète indéfiniment, de façon automatique et incontrôlable, dans une sorte de road-movie que déroulent les poèmes. On roule, que ce soit sur les départementales ou l'autoroute, on dévide un très long chemin d'errance pour toucher ce chez-soi du trajet, ce chez-soi du tremblé de vivre, pour atteindre enfin, peut-être, « ce no man's land qui vous colle au cerveau ». Les images défilent au pas lent d'un moteur, les phrases se télescopent, s'enchâssent, comme les réalités qui s'avancent l'une dans l'autre. C'est un monde qu'on traverse pendant qu'il nous traverse, qui se dévide mais stagne, là, dans le pare-brise. Et de même, quelque chose stagne en nous, quelque chose reste arrêté, un point de fixation qui fait préférer à l'auteur les vieilleries, le « goût des choses surannées / des toits vert-de-gris et des bâtiments désuets / les derniers vers de Laforgue les villas thermales / bordant les avenues d'avant-guerre les hôtels / démodés les fronts de mer vieillots où les glaces / ont le parfum des sorbets d'un temps révolu ». Mais, si l'expérience de ce tremblé, de cette incertitude de vivre, provoqués par les plus infimes évènements, peuvent bouleverser l'auteur (« une feuille de paulownia s'est posée sur le / capot de notre voiture garée sur un parking / et cet évènement anodin a fait basculer le / décor le cours bien réglé de nos existences »), il ne fait pas que subir cette répétition.
    (extrait de la préface d'Armand Dupuy)
    ***
    Romain Fustier est né en 1977 à Clermont-Ferrand, dans la banlieue dortoir de laquelle il a grandi. Il y a fondé la revue & les éditions Contre-allées avec sa compagne Amandine Marembert et des amis au cours de leurs années étudiantes. Il vit désormais à Montluçon, où il poursuit avec elle cette aventure. Il a publié une trentaine d'ouvrages, notamment Le volume de nos existences (Collection Polder, 2006), Une ville allongée sous l'épiderme (Éditions Henry & Écrits des Forges, 2008), Habillé de son corps (Rafael de Surtis, 2010), Des fois des regrets comme (Éditions des États civils, 2011), Rembobinant l'extérieur (Éditions du Cygne, 2012) et Infini de poche (Éditions Henry, 2013).

  • Pour Jean-Philippe Cazier, l'écriture poétique est d'abord la trace de son expérience.
    C'est cette expérience qu'il s'agit de fonder, la part volontaire de risque, la part délibérée et intentionnelle du chemin pris, où on scrutera le corps, le mental et le monde et bien sûr pas d'autre outil, pour prendre ici écart et savoir, ou seulement transcrire, que s'appuyer sur le fil extrême de la poésie, de Hlderlin à Celan, par Artaud.
    Et c'est pour affronter cette limite qu'on recourt aussi à l'arsenal de la pensée-limite (puisque Ghérasim Luca est aussi une des bornes les plus actives de cet univers), et donc la philosophie : elle ne détermine pas l'écriture, elle sous-tend son saut.
    Nous présentons simultanément trois ensembles de Jean-Philippe Cazier :
    Écrires, précédé de Poémonder a été publié en 2004 par Inventaire/Invention. Poémonder est un texte d'un seul tenant, interrogeant les dettes, provoquant la langue, cherchant à cerner le territoire de l'expérience poétique (en entier dans l'extrait en lecture libre). Écrires est une suite de textes brefs résultant de cette expérience, dans la tension d'entre le mental et le monde phrases interrompues, mises en parenthèses comme d'élision du mouvement même d'écrire... Hommage à Patrick Cahuzac d'avoir pris le premier le risque de cette publication, dont il nous semble important d'assurer la permanence.
    C'est pourtant Joseph K. qui est là, référence à Kafka explicite dès le titre, pourquoi ? C'est le Journal de Kafka qu'on interroge : sa façon obstinée de reprendre l'écriture jour après jour. Et, quand on n'a pas de prise sur le monde, ou sur le récit, qu'on n'a pas visage ou matière, c'est de cette difficulté à écrire qu'on se saisit : Jean-Philippe Cazier s'assigne cette écriture permanente au même point, et s'y mêlent alors les autres strates du Journal de Kafka. On sait qu'une grande partie des personnes qu'il cite, à commencer par ses soeurs, disparaîtront dans la honte d'Auschwitz. Comment l'écriture alors pourrait se déprendre de ce qu'on porte chacun, après Auschwitz, de judaïté ? C'est toute l'étrangeté de ce texte, entre récit, mémoire, expérience d'écriture, et le portrait en filigrane, de plus en plus insistant à mesure qu'on avance, de Franz Kafka.
    Le silence du monde : non plus l'écriture de poésie, mais écriture de ce qu'on lit, travaille, apprend, hérite. Une longue accumulation de très denses fragments sur la poésie et son dehors, sur la voix et le silence, sur l'affrontement du monde et l'absolu de l'écriture. À la fois un bagage théorique qui a valeur d'essai autonome, à la fois une exploration littéraire en soi-même, vers Lévinas ou Blanchot, ou Deleuze...
    Je remercie de vive façon Jean-Philippe Cazier de nous confier ces trois textes pour une parution simultanée où chacun intervient sur la lecture des deux autres.
    Passer dès à présent sur son blog, où on trouvera une mine de chemins frontières de la poésie.

    FB

    Jean-Philippe Cazier
    Né en 1966
    Etudes de Philosophie.
    Membre du comité de rédaction de la revue Chimères ; directeur de publication aux Editions Sils Maria. Cf. sur Wikipedia.
    Par l'intermédiaire de Gilles Deleuze j'ai publié mes 1ers textes dans les revues L'Autre Journal et Chimères. Depuis, publications dans diverses revues (Inventaire/Invention, Chaoïd, Concepts, Inculte, etc.) et ouvrages collectifs (cf. page sur Wikipedia).
    Publications :
    Voix sans voix, Sils Maria, 2002.
    Ecrires précédé de Poémonder, Inventaire/invention, 2004.
    Désert ce que tu murmures, La Cinquième Roue, 2006.
    Cdrom : PANOPTIC Un panorama de la poésie contemporaine (textes et lectures publiques de : Pierre Alferi, Jean-Philippe Cazier, Antoine Emaz, J.M. Espitallier, Christophe Fiat, Nathalie Quintane, etc.), Inventaire/Invention, 2004.
    Une fiction disponible sur le site des éditions Leo Scheer : La ville indienne.
    Direction d'ouvrages :
    Abécédaire de Pierre Bourdieu, Sils Maria, 2007.
    Abécédaire de Claude Lévi-Strauss, Sils Maria/Vrin, 2008.
    L'objet homosexuel Etudes, constructions, critiques, Sils Maria/Vrin, 2009.
    Traduction de textes de : Jorge Sanjines, Maria Galindo, Blanca Wiethüchter, Kathy Acker.

  • Nous accédons à ce que nous sommes en nous faisant porteurs de l'Histoire - peu importe qu'on s'astreigne à l'assumer de façon vaste (la leçon des antiques, ou Salluste qui résonnerait ici), et peu importe qu'on y soit directement mêlé: nous sommes porteurs de tant de récits, et ce qui traversa avec violence tant de générations des nôtres. Les livres naissent de cette acceptation raisonnée de l'Histoire, pas question d'en faire détour: et l'histoire, telle que nous la recevons, est toute entière trouée de guerres, elles viennent aussi dans les récits, les poèmes, les peintures.
    La guerre est à nos portes, il y a peu, du temps de Sarajevo, les avions de guerre partaient des bases françaises et y revenaient dans la journée, et à l'autre bout du monde des soldats exercent la guerre en notre nom.
    Et la guerre partout est puante, et nous concerne quand bien même on n'y a pas les mains prises. Il n'est que d'ouvrir le journal.
    Et ce travail, la détestation de la guerre, la haine de la guerre, ne serait pas à constamment réentreprendre? Et ce travail de détestation de la guerre, de haine de la guerre, n'imposerait pas qu'on la nomme?
    Souvenir de ces vers d'Agrippa d'Aubigné, qui non seulement résonne ici, mais vient en traverser la prise, quand il est question des massacres de guerre civile dans ce qui maintenant semble notre province endormie, perpétuellement refaite avec ses rocades et ses enseignes normalisées: Niort, Poitiers, Angers ou Tours dans Les Tragiques, les morts jetés au fleuve.
    C'est ce travail qu'a mené - pour lui - Raymond Bozier: il ne s'agit pas de bruit, remuement, horreur, loin de nous et dont nous serions préservés. Les images télévisées, les clichés des magazines, nous le rappelleraient bien vite. Mais lorsqu'on en fait écriture, on quitte cette nécessité personnelle du travail pour en établir l'instance collective - le texte lui-même alors devient collectivement nécessaire.
    Dans le travail que nous menons à publie.net, il y a des envies et des obligations: un texte comme celui-ci établit la cartographie collective de ce qui nous concerne ensemble. si la violence et l'âpreté d'écriture de Bozier y sont reconnaissables, et donnent à cet abécédaire de notre misère sa voix et sa force, sa chair, il y a dans la poésie - peut-être même cela fait partie de ce qui la rend en tant que telle reconnaissable - une instance d'écriture anonyme, littéralement collective. D'où notre responsabilité à le prendre en charge, le diffuser.
    Nous ne sommes pas débarrassés de la puanteur de la guerre.

    FB

    A propos d'Abattoir 26, lire Chronic'Art. Merci à Hubert Saint-Ève pour la toile reproduite en ouverture (voir son site).

  • Pour Jean-Philippe Cazier, l'écriture poétique est d'abord la trace de son expérience.
    C'est cette expérience qu'il s'agit de fonder, la part volontaire de risque, la part délibérée et intentionnelle du chemin pris, où on scrutera le corps, le mental et le monde et bien sûr pas d'autre outil, pour prendre ici écart et savoir, ou seulement transcrire, que s'appuyer sur le fil extrême de la poésie, de Hlderlin à Celan, par Artaud.
    Et c'est pour affronter cette limite qu'on recourt aussi à l'arsenal de la pensée-limite (puisque Ghérasim Luca est aussi une des bornes les plus actives de cet univers), et donc la philosophie : elle ne détermine pas l'écriture, elle sous-tend son saut.
    Nous présentons simultanément trois ensembles de Jean-Philippe Cazier :
    Écrires, précédé de Poémonder a été publié en 2004 par Inventaire/Invention. Poémonder est un texte d'un seul tenant, interrogeant les dettes, provoquant la langue, cherchant à cerner le territoire de l'expérience poétique (en entier dans l'extrait en lecture libre). Écrires est une suite de textes brefs résultant de cette expérience, dans la tension d'entre le mental et le monde phrases interrompues, mises en parenthèses comme d'élision du mouvement même d'écrire... Hommage à Patrick Cahuzac d'avoir pris le premier le risque de cette publication, dont il nous semble important d'assurer la permanence.
    C'est pourtant Joseph K. qui est là, référence à Kafka explicite dès le titre, pourquoi ? C'est le Journal de Kafka qu'on interroge : sa façon obstinée de reprendre l'écriture jour après jour. Et, quand on n'a pas de prise sur le monde, ou sur le récit, qu'on n'a pas visage ou matière, c'est de cette difficulté à écrire qu'on se saisit : Jean-Philippe Cazier s'assigne cette écriture permanente au même point, et s'y mêlent alors les autres strates du Journal de Kafka. On sait qu'une grande partie des personnes qu'il cite, à commencer par ses soeurs, disparaîtront dans la honte d'Auschwitz. Comment l'écriture alors pourrait se déprendre de ce qu'on porte chacun, après Auschwitz, de judaïté ? C'est toute l'étrangeté de ce texte, entre récit, mémoire, expérience d'écriture, et le portrait en filigrane, de plus en plus insistant à mesure qu'on avance, de Franz Kafka.
    Le silence du monde : non plus l'écriture de poésie, mais écriture de ce qu'on lit, travaille, apprend, hérite. Une longue accumulation de très denses fragments sur la poésie et son dehors, sur la voix et le silence, sur l'affrontement du monde et l'absolu de l'écriture. À la fois un bagage théorique qui a valeur d'essai autonome, à la fois une exploration littéraire en soi-même, vers Lévinas ou Blanchot, ou Deleuze...
    Je remercie de vive façon Jean-Philippe Cazier de nous confier ces trois textes pour une parution simultanée où chacun intervient sur la lecture des deux autres.
    Passer dès à présent sur son blog, où on trouvera une mine de chemins frontières de la poésie.

    FB

    Jean-Philippe Cazier
    Né en 1966
    Etudes de Philosophie.
    Membre du comité de rédaction de la revue Chimères ; directeur de publication aux Editions Sils Maria. Cf. sur Wikipedia.
    Par l'intermédiaire de Gilles Deleuze j'ai publié mes 1ers textes dans les revues L'Autre Journal et Chimères. Depuis, publications dans diverses revues (Inventaire/Invention, Chaoïd, Concepts, Inculte, etc.) et ouvrages collectifs (cf. page sur Wikipedia).
    Publications :
    Voix sans voix, Sils Maria, 2002.
    Ecrires précédé de Poémonder, Inventaire/invention, 2004.
    Désert ce que tu murmures, La Cinquième Roue, 2006.
    Cdrom : PANOPTIC Un panorama de la poésie contemporaine (textes et lectures publiques de : Pierre Alferi, Jean-Philippe Cazier, Antoine Emaz, J.M. Espitallier, Christophe Fiat, Nathalie Quintane, etc.), Inventaire/Invention, 2004.
    Une fiction disponible sur le site des éditions Leo Scheer : La ville indienne.
    Direction d'ouvrages :
    Abécédaire de Pierre Bourdieu, Sils Maria, 2007.
    Abécédaire de Claude Lévi-Strauss, Sils Maria/Vrin, 2008.
    L'objet homosexuel Etudes, constructions, critiques, Sils Maria/Vrin, 2009.
    Traduction de textes de : Jorge Sanjines, Maria Galindo, Blanca Wiethüchter, Kathy Acker.

  • Pour Jean-Philippe Cazier, l'écriture poétique est d'abord la trace de son expérience.
    C'est cette expérience qu'il s'agit de fonder, la part volontaire de risque, la part délibérée et intentionnelle du chemin pris, où on scrutera le corps, le mental et le monde et bien sûr pas d'autre outil, pour prendre ici écart et savoir, ou seulement transcrire, que s'appuyer sur le fil extrême de la poésie, de Hlderlin à Celan, par Artaud.
    Et c'est pour affronter cette limite qu'on recourt aussi à l'arsenal de la pensée-limite (puisque Ghérasim Luca est aussi une des bornes les plus actives de cet univers), et donc la philosophie : elle ne détermine pas l'écriture, elle sous-tend son saut.
    Nous présentons simultanément trois ensembles de Jean-Philippe Cazier :
    Écrires, précédé de Poémonder a été publié en 2004 par Inventaire/Invention. Poémonder est un texte d'un seul tenant, interrogeant les dettes, provoquant la langue, cherchant à cerner le territoire de l'expérience poétique (en entier dans l'extrait en lecture libre). Écrires est une suite de textes brefs résultant de cette expérience, dans la tension d'entre le mental et le monde phrases interrompues, mises en parenthèses comme d'élision du mouvement même d'écrire... Hommage à Patrick Cahuzac d'avoir pris le premier le risque de cette publication, dont il nous semble important d'assurer la permanence.
    C'est pourtant Joseph K. qui est là, référence à Kafka explicite dès le titre, pourquoi ? C'est le Journal de Kafka qu'on interroge : sa façon obstinée de reprendre l'écriture jour après jour. Et, quand on n'a pas de prise sur le monde, ou sur le récit, qu'on n'a pas visage ou matière, c'est de cette difficulté à écrire qu'on se saisit : Jean-Philippe Cazier s'assigne cette écriture permanente au même point, et s'y mêlent alors les autres strates du Journal de Kafka. On sait qu'une grande partie des personnes qu'il cite, à commencer par ses soeurs, disparaîtront dans la honte d'Auschwitz. Comment l'écriture alors pourrait se déprendre de ce qu'on porte chacun, après Auschwitz, de judaïté ? C'est toute l'étrangeté de ce texte, entre récit, mémoire, expérience d'écriture, et le portrait en filigrane, de plus en plus insistant à mesure qu'on avance, de Franz Kafka.
    Le silence du monde : non plus l'écriture de poésie, mais écriture de ce qu'on lit, travaille, apprend, hérite. Une longue accumulation de très denses fragments sur la poésie et son dehors, sur la voix et le silence, sur l'affrontement du monde et l'absolu de l'écriture. À la fois un bagage théorique qui a valeur d'essai autonome, à la fois une exploration littéraire en soi-même, vers Lévinas ou Blanchot, ou Deleuze...
    Je remercie de vive façon Jean-Philippe Cazier de nous confier ces trois textes pour une parution simultanée où chacun intervient sur la lecture des deux autres.
    Passer dès à présent sur son blog, où on trouvera une mine de chemins frontières de la poésie.

    FB

    Jean-Philippe Cazier
    Né en 1966
    Etudes de Philosophie.
    Membre du comité de rédaction de la revue Chimères ; directeur de publication aux Editions Sils Maria. Cf. sur Wikipedia.
    Par l'intermédiaire de Gilles Deleuze j'ai publié mes 1ers textes dans les revues L'Autre Journal et Chimères. Depuis, publications dans diverses revues (Inventaire/Invention, Chaoïd, Concepts, Inculte, etc.) et ouvrages collectifs (cf. page sur Wikipedia).
    Publications :
    Voix sans voix, Sils Maria, 2002.
    Ecrires précédé de Poémonder, Inventaire/invention, 2004.
    Désert ce que tu murmures, La Cinquième Roue, 2006.
    Cdrom : PANOPTIC Un panorama de la poésie contemporaine (textes et lectures publiques de : Pierre Alferi, Jean-Philippe Cazier, Antoine Emaz, J.M. Espitallier, Christophe Fiat, Nathalie Quintane, etc.), Inventaire/Invention, 2004.
    Une fiction disponible sur le site des éditions Leo Scheer : La ville indienne.
    Direction d'ouvrages :
    Abécédaire de Pierre Bourdieu, Sils Maria, 2007.
    Abécédaire de Claude Lévi-Strauss, Sils Maria/Vrin, 2008.
    L'objet homosexuel Etudes, constructions, critiques, Sils Maria/Vrin, 2009.
    Traduction de textes de : Jorge Sanjines, Maria Galindo, Blanca Wiethüchter, Kathy Acker.

  • La plus grande difficulté de la poésie est de se risquer dans les zones très simples de notre contact au monde - et que la tension des mots, le sentiment de présence du réel, de la ville même dans ses signes les plus contemporains, recréent au lieu même de cette présence une respiration, un écart. On l'entend, étrangement, dans les poèmes que Rilke a écrit directement en français.
    « J'ai écrit ces textes pendant l'hiver 2008-2009 les yeux à la fois sur l'écran de mon ordinateur et sur ce que ma fenêtre donnait à voir ou à sentir : pluie, gel, neige, brume, froid, humidité, chaleur du cocon, arbres décharnés, incertitude des sentiments, rigidité des comportements, fuite du temps, mélancolie, attente, désespoir, état dépressif.. Et j'ai préféré la forme du distique mais à la syntaxe brisée pour une lecture plus lente et plus attentive. »
    Ces distiques donnent l'élan, l'immobilité nécessaire à cette lecture où il nous semble tout reconnaître.

    FB

  • Je ne connaissais pas Virginie Poitrasson, avant de découvrir son travail par son blog.
    Écrivain, traductrice de poésie contemporaine américaine (Michael Palmer, Lyn Hejinian, Charles Bernstein...), éditrice, plasticienne, tout cela associé à de fréquentes publications en revues et la réalisation de non moins nombreuses performances, souvent avec danse et vidéo.
    J'ai d'abord découvert tout de suite un équilibre, d'espace blanc et de signaux noirs... un subtil jeu trait-texte... et équilibre d'une phrase "sur la ligne"... entre transparence de la voix et insistance d'une langue...
    « Les lignes, les lignes, comme des rayures sur la peau, des mots distendus relançant la blancheur des propos. Une fonte des neiges en bouche (...) »
    Et puis ce texte la pluie, qui m'a touché, impacté, tout en douceur, avec interactions de ces quelques traits, comme écriture eux aussi, signes et signaux, aériens. Qui sont comme une équivalence d'une langue écrite, en légèreté, poèmes en soi.
    Est dit d'ailleurs « l'ombre a achevé son travail de dissolution, le frôlement reprend, le velouté réagit à nouveau aux ondes de lumière, il émane de l'air, les fuseaux passant au travers constamment et c'est cette insécurité quotidienne de l'éclaircie, une part du ciel qui s'empare de la main, un certain déliement de la langue en vertu des actes prismatiques. Dans cette trouée irisée, une force grandit : y demeurer plus longtemps. Vers les miroitements. »
    Et puis, avant : « Comme la pluie, comme la pluie. Être dans les courbes de la langue. »
    Me rappelle cette phrase de Duras « comme on marche dans la ville, sous la pluie, écrire sans s'arrêter, sans trop penser. »
    Il s'est imposé alors que cette série Tendre les liens devait être donnée à lire, sous une forme plus rassemblée, moins parcellaire peut-être que sous la forme de blog. D'où sans doute la pertinence de ce travail d'édition numérique, qui permet de rassembler un corpus poétique en un immatériel objet.

    fred griot

  • Jean-Claude Schneider, poète du dépouillement et de l'effacement

    Jean-Pierre Chevais nous propose ici la première étude d'ensemble sur un poète dont le parcours est fait d'exigence, de discrétion, de retrait. Chevais nous fait rentrer à l'intérieur d'une poésie qui cherche à faire du nom propre un nom commun qui permette de rejoindre la matérialité du réel, qui toujours nous manque. Il y aurait une tentative de laisser à travers la voix du poème entendre la "différance" des éléments : pierre, herbe, eau, vent, qu'on en arrive presque à « parler caillou » comme l'énonce un poème. C'est un cheminement incessant, une marche vers le « dehors » qui nous constitue et fonde une parole juste et possible.
    Jean-Claude Schneider est poète et traducteur. Il est né à Paris en 1936. Il a fait des études d'allemand. Puis il a été secrétaire de rédaction de la revue Argile. Parmi ses traductions de l'allemand, on peut citer Kleist, Hlderlin, Hofmannsthal, Trakl, Walser, etc. Il a également traduit à partir du russe (Mandelstam). Il a publié une quinzaine d'ouvrages, recueils de poésie et textes sur la peinture contemporaine (Bazaine, Nicolas de Staël, Giacometti, Sima).
    Bibliographie : Le papier, la distance, Fata Morgana, 1969 A travers la durée , Fata Morgana, 1975 Lamento, Flammarion, 1987 Là, respirant, sur le chemin qui nous reste, Atelier La Feugraie, 1987 Un jour, énervement, Atelier La Feugraie, 1989 L'effacement du nom, Hôtel continental, 1990 Dans le tremblement, Flammarion, 1992 Bruit d'eau , Deyrolle, 1993 Dans le désert, des voix, Séquences, 1993 Paroles sous l'océan, Atelier La Feugraie, 1993 Habiter la lumière (regards sur la peinture de Jean Bazaine), Deyrolle, 1994 Ici : sous leurs pas, Hôtel continental, 1995 Les chemins de la vue, Deyrolle, 1996 Membres luisant dans l'ombre, Fourbis, 1997 Courants, Atelier La Feugraie, 1997 Ce qui bruit d'entre les mots, La lettre volée, 1998 Eux, l'horizon, La lettre volée, 1998 Sentes dans le temps, Apogée, 2001 Entretien sur Celan , Apogée, 2002 Si je t'oublie, la terre, La Lettre volée, 2005 Leçons de lumière, Atelier de la Feugraie, 2006
    quelques sites...
    [http://poezibao.typepad.com/poeziba...]
    [http://www.marelle.cafewiki.org/ind...]
    [http://www.artpointfrance.org/Diffu...]

  • Nicolas Grégoire est d'origine Belge. Il est né en 1985. Il vit
    et travaille à Kigali, au Rwanda. Certains l'auront peut-être déjà
    croisé dans le numéro 14 de la revue N4728 ou chez Les arêtes
    éditions avec Nuit approchée et Eclats.
    Inutile d'en dire trop long sur les textes de Nicolas Grégoire.
    Pour l'auteur, il s'agit simplement de ne pas voler dans le décor,
    de tenir le coup. Et cela se joue dans pas grand chose. En effet,
    la plupart de ces textes ont étés rédigés dans une petite piaule
    d'étudiant à Namur (qu'on dit kot, là-bas).
    Dans cet ensemble, on voit comment l'écriture se resserre autour
    de sa nécessité. Une écriture sèche, tchak, dans la solitude, comme
    les coups, c'est ça / la vie - alternativement solitude qui ronge
    et solitude nécessaire. Solitude où l'on croise, toutefois, des
    figures nombreuses avec lesquelles l'auteur fait route. On
    reconnaitra notamment la conversation de fond avec Samuel
    Beckett : « je suis dans chambre de ma mère »
    qui reprend la phrase inaugurale de Molloy ou rouge / à force de
    / vouloir chier / sa langue,... Présence aussi des musiciens
    (Arvo Pärt, Beethoven, Joy division, Radiohead...) et des peintres
    (Nicolas de Staël, Francis Bacon, Clifford Still,...).
    Voir, d'ailleurs, cette photo de l'auteur, en train d'en découdre
    avec une peinture d'Antoine Mortier, prise au musée d'art moderne
    de Bruxelles, en 2006. Elle témoigne assez bien de la
    « posture » d'écriture : tête rentrée sous le poids,
    s'écrire un dos, trouver des appuis, faire face aux coups qui se
    répètent en boucle : boucle ça. Faire taire, également, ce qui
    parasite. On pensera peut-être à Du Bouchet qui note « je
    dois lutter contre mon propre bruit » : boucle
    la.
    En lisant Nicolas Grégoire, on pensera encore aux récents Coups
    portés de Cécile
    Guivarch qui navigue à vue dans les zones accidentées des liens
    familiaux, avec tout ce qu'elles bougent de nous.
    Tenir, donc, trouver de l'air. Avec très peu, dans très peu.
    Dans l'espace concret d'une ville étouffante ou de la piaule
    étroite, avec ce qui se donne dans les carnets. Une matière au
    compte goutte (le minimalisme n'est pas un choix). Ce dire tendu
    qui rappelle les silhouettes filiformes de Giacometti. Juste ce
    qu'il faut pour que ça tienne, pas plus.
    Je crois que chacun pourra y trouver quelque chose.

    Armand Dupuy

  • François Rannou propose et coordonne la collection poésie de
    publie.net : L'Inadvertance. A raison d'un livre numérique par
    mois (programme en cliquant sur le titre de la rubrique ci-contre
    en haut à droite), mais aussi en participant dans l'équipe
    publie.net à la réflexion et aux choix concernant le domaine
    poétique.
    Pour ouvrir cette collection, il est normal de jouer cartes sur
    table : sur un travail graphique de Hung Rannou, une suite de travaux en poésie,
    mais dont la poésie elle-même, son fonctionnement, ses enjeux, est
    la matière, le lieu du dire. On y croisera des noms (Mandelstam,
    Celan...), des phrases arrachées ou décollées, et qui ici
    deviennent les points de rebond, les lieux de glissement ou
    d'interrogation.
    Mais aussi une interrogation directe des auteurs et de leur
    dire : Max Jacob, André du Bouchet, Jean-Luc Steinmetz,
    Dominique Grandmont, Esther Tellerman...
    Et si le dernier mouvement du texte s'intitule Tenir là
    contre, peut-être le point de jonction, et l'amitié, par quoi
    ici on noue ensemble le chemin...
    FB


  • C'est le pendant de « C'est encore l'hiver » non pas la suite mais une autre variation toujours sous la forme de distiques, sur le temps, l'enfance, la jeunesse, la famille, la nuit. J'ai écrit ces textes à la fin de l'hiver 2008-2009 et au début du printemps 2009.


    Une première partie intitulée « Encore la nuit » : quelques poèmes sur l'hiver, l'écriture et la mémoire . Une seconde partie intitulée « Radiographie » : un long poème personnel et autobiographique à partir d'un souvenir précis, un deuil en été, une méditation sur la fuite des années et la disparition des êtres chers.

    Il m'en coûte beaucoup de parler de moi dans ces textes, je n'ai pas le beau rôle et je me présente tel que je suis, je l'espère sans complaisance, et le masque que j'ai ôté est libérateur en quelque sorte. Cela dit je ne m'épanche pas dans l'effusion sentimentale ou la complainte lyrique. Il s'agit bien d'une « Radiographie » à un instant T, d'une mise à nu, d'un déshabillage de soi mais aussi d'une graphie à ondes électriques des mots pas seulement vecteur du langage mais vecteur de l'être.

    L'auteur est un neuro-transmetteur qui distribue du langage et des morceaux de lui-même aux autres qui sont aussi des autres lui-même, ses frères et ses soeurs.


    Eric Dubois

    Avec Radiographie, dans un travail rigoureux de distiques où une lumière dure semble se diffracter dans l'intérieur des mots, Eric Dubois prend le risque d'une autobiographie : dans ce que Bourdieu nommait La Reproduction, la poésie n'arrive pas seule dans le logement de banlieues d'une famille ouvrière, de sympathisants communistes. Elle se conquiert. Et cela ne va pas seul, il y a des impasses, des erreurs. Mais c'est ainsi que se définit une voix, un territoire.
    Cette autobiographie aux rayons X, braquée sur l'intersection du monde et de la langue, elle est celle de nous tous. Des portraits précis, d'une grande présence, qui témoignent d'un arrachement, mais la langue est à ce prix.
    À nous de le rejoindre, pour nous en agrandir.

    FB

  • Lucien Suel est un atypique.
    Et c'est bien pour cela qu'on s'est rejoint, c'est bien pour cela que ce site existe, c'est bien pour cela que je considère importante, ici, sa présence.
    Notre système de production et reproduction de littérature a des canons fixes. Qu'une forme naisse à côté, il ne sait pas l'intégrer. Alors des branches neuves poussent, sans repère prévu à l'avance. A nous de faire avec.
    Ainsi, Lucien Suel a toujours lié sa pratique de l'écriture a son goût de la musique punk, en a accompagné la naissance, en a suivi les formes dans ses modes mêmes de se saisir du texte.
    Ainsi pratique-t-il la lecture à haute voix, et sa pratique des groupes de rock.
    Ainsi, son amitié et sa complicité pour l'atypique et nécessaire Mauricette Beaussart.
    Lucien Suel est une sorte d'atelier vivant : voir sa Station Underground d'Expérimentation Littéraire. Commandez pour 20 euros de textes, et vous verrez l'enveloppe que vous recevrez. Le papier matière, l'écriture manuscrite à tirage ultra-limité, les supports parfois aux formats les plus incongrus : et alors ?
    C'est justement ce qui permet à l'écriture d'être ou de naître ailleurs.
    Voir ici sur tiers livre ce qu'on en pense, avec large extrait.
    C'est aussi avec Lucien qu'on a inauguré la section texte/images de publie.net : Poussière, texte LS, photographies Josiane Suel.
    Quant à William Burroughs. Ah, William Burroughs. Non, vous n'êtes pas d'accord sur Burroughs ?
    Voici donc, à l'interconnexion de Lucien Suel et de William Burroughs, il y a 36 ans exactement, en 1972, la première expérimentation d'un cut-up, et cela devient coupe carotte.
    Il n'est nul besoin que vous dépensiez 1,30 euros, dont la moitié reviendra à l'auteur, pour télécharger l'intégralité de Coupe Carotte.
    Lucien Suel et moi-même installons ici, dans les formes brèves de publie.net, ce Coupe Carotte parce que cela nous fait plaisir.
    Le texte contient d'ailleurs lui-même les notes de sa genèse.

    FB

  • La ville ne se définit pas d'abord par sa structure ou son architecture : elle se définit par la densité et la relation de ceux qu'elle rassemble.
    communauté sans cesse en mouvement, elle est le lieu où s'applique évidemment le pouvoir (il ne se maintient que s'il contrôle la ville), et où se fomente son éventuel renversement. La ville, parce qu'elle est communauté agissante, est le lieu de ce qui se produit, de ce qui se vend.
    Paradoxe pourtant que le collectif ne peut s'y exprimer que par et dans la relation indiiduelle. De même, l'expérience des camps de concentration qui devient littérature, via Robert Antelme et David Rousset, qui s'en saisissent par les bords, là où le maître et l'esclave se regardent oeil pour oeil.
    La ville, dans sa contemporanéité, ses cinétiques, ses structures, est un élément récurrent du travail de Bozier, notamment dans Fenêtres sur le monde (Fayard, 2002) et {Rocade}. Ici, de la ville, on ne verra que les verbes. Travail rigoureux sur l'injonction, l'obéissance consentie, les pièges et mirages du discours, de la consommation. Bozier, qui nomme chacune de ses incises une fouille, comme en archéologie, ou comme on retourne ses poches, ou comme un policier qui vous a mis bras aux murs, avance avec une écriture double, voire triple : lecture vers à vers, mais lecture verticale de ce qui s'écrit à gauche et lecture verticale de ce qui s'écrit aligné à droite.
    La ville, pour chacun d'entre-nous, c'est le combat du dire. Et l'interrogation de comment les plus vieilles permanences du dire, la parole, le geste, l'ordre, le rêve, le corps, sont mises à nu - en tant que langue - par la relation neuve qu'inaugure la ville.
    Alors, dans sa pleine puissance heidegerrienne, c'est bien d'être qu'il s'agit : ce que l'urbain creuse dans le verbe qui nous fait être.
    Pour accompagner Abattoir 26, une nouvelle mise en page, et une édition révisée et augmentée. Merci à Hubert Saint-Ève pour le choix de cette toile d'accompagnement (voir son site).

    FB

  • Présentation sous forme de cut-up d'échanges de mails avec l'auteur :
    Ecrit en 2 jours (16 / 17 novembre 2008)
    Pollock est debout.
    Obsession terrible. Notes notes notes notes pendant deux jours. Au final j'étais minable. La loco : pollock, pollock, pollock.
    Fallu aller au bout pour taire.

    Alors voilà j'ai essayé froidement, et à peine déjà au bout de 2, 3 pages, j'étais ému à nouveau, comme lors de la première lecture. Quelque chose du geste magique, un geste lâché ?
    Bien sûr c'est Pollock, et pour moi ça cause, mais je ne cherche pas à comprendre : ça me touche, pas grand chose d'autres à en dire.
    Rares sont les livres que je lis d'une traite, mais là j'y suis allé jusqu'au bout, facilement, porté.
    Par exemple, la page, centrale,
    Et c'est versant sa grolle que Pollock se révèle. C'est stupide. Le geste de verser verse Pollock. En versant sa grolle, toute l'usure de sa grolle, Pollock se verse dans mes yeux, c'est simple.

    C'est Pollock et ce n'est pas tout à fait Pollock...

    c'est au-delà ou en deçà, dans un dedans de langue qui s'ivre.
    "Pollock", et ce mot se remplit, puis se vide, se pollock encore et bien plus, perd substance comme mot infiniment répété en se remplissant.
    Des sortes de petites "fictions" : soixante-sept.

    "Fictions" car Pollock c'est aussi la somme de toutes les figures qu'il laisse passer par sa figure. Aussi parce que fiction, c'est ce qu'on a de plus vrai, de plus intime et qui nous échappe tout à fait. Pollock est venu foutre un coup de pied dans ce tas-là.
    La fiction, nous n'avons que ça de vie. Nous vivons dans un tissu de scénarios complexes. Des histoires qu'on se raconte, projets, fantasmes, etc. De toute façon, dès qu'on ouvre la bouche, on passe dans la fiction. Voilà, je crois que j'ai pigé pourquoi pendant très très longtemps je n'ai pas parlé. Je ne pouvais pas supporter ce passage.

    Armand Dupuy, une langue souvent dans la peinture, compagnonnage qui semble dater, voir par exemples son dehors / hors de / horde et son Distances. A rapprocher d'ailleurs, même époque et même mouvement peut-être, du Robert Frank de De Jonckheere ?
    9'32 c'est la durée du film de Namuth en 1951 dans lequel on voit Pollock peindre avec les gestes, et l'énergie, courbé, la tension sur les grands formats au sol, dehors, ou dans les autres films, dans la grange.
    Mais sans tout révéler, c'est aussi le film dans lequel on voit Pollock qui verse sa grolle et de laquelle grolle tombe un truc. Grosse pièce de monnaie ? Ou bout de ferraille ronde qui tourne au sol ou peut-être une toupie, un tournevis, une clé de 12, sa montre à gousset, le capuchon de la caméra de Namuth (on n'arrivait pas à remettre la main dessus), un bouchon d'un petit pot de confiture... un petit bouchon d'un petit pot d'acrylique bon marché pour peintre en bâtiment du dimanche ?

    Pollock, 1947 : On the floor I am more at ease, I feel nearer, more a part of the painting, since this way I can walk around in it, work from the four sides and be literally in the painting.

    Armand Dupuy ne l'a pas inventé.

    Juste ce truc obsédant. C'est là que Pollock est venu faire le boulot.

    Là le noeud minuscule, l'impulse qui a emmené sur le glissoir d'écrire. Deux jours non stop...
    Allez on écoute, on laisse couler, on prend le temps de laisser "écouler" ce mouvement là. Celui de Pollock ?


    fred griot

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