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  • Note : plusieurs versions disponibles. L'une avec audio intégré, l'autre sans audio (interopérable, lisible sur tous supports), avec morceaux audio à télécharger directement.
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    Ce poème est le récit fragmenté d'une perte. Des photos viennent donner apparemment un semblant de réalité à un parcours intérieur marqué par la douleur. Et le cri. Quand j'ai lu le manuscrit de Julien Boutonnier, c'est ce qu'immédiatement j'ai senti. Mais, le relisant, voici les quelques remarques qu'il a suscitées en moi.
    1. Le cri désigne la perte de la mère. L'absence subie comme un fléau (peste au crabe) se combat dans les mots contre les motsmorts qui coupent le souffle. Boutonnier trouve sa voix dans les lettres manquantes qu'il faut vocaliser autrement pour pouvoir dire le nom imprononçable.
    2. En ce sens, il n'est pas question d'histoire individuelle seulement, vous l'aurez compris. Il s'agit de tenter de saisir l'espace à vif de la mort à l'oeuvre en nous, en nous tous.
    3. Et les photos ne sont là que pour nous montrer que la réalité de ce qui se lit et se donne à entendre ne peut se voir, sauf dans le défaut de ce que toute image exhibe, dans ce qu'elle dé-montre.
    4. Il faut pour donner corps à tout cela une construction rigoureuse, exigeante. Julien Boutonnier y parvient avec un sens des rythmes et un feeling à toute épreuve.
    5. C'est donc un livre remarquable, bouleversant.

    Maintenant, précipitez-vous, ayez la curiosité aiguisée, à vos liseuses !

    François Rannou

    Note : il faut saluer le travail remarquable de Jean-Yves Fick dans la mise au point du manuscrit et sa relecture.


  • Toute une vie à traduire. Mais André Markowicz a toujours refusé de s'expliquer par écrit sur son métier de traducteur.

    Bilingue entre le français et le russe, c'est par le grec et le latin qu'il commence ses traductions. Et puis il y a ce fabuleux continent sauvage de prose qu'il revisite et dénude, un Dostoievski jamais fini, qu'il remanie et aiguise à mesure des rééditions, nous réapprenant un Dostoievski glissant, tranchant, rapide, avec des fulgurations mystiques que les traductions d'autrefois ne laissaient pas prévoir.
    André Markowicz a fasciné des centaines et des centaines d'auditeurs : il est là devant vous, un texte sur les genoux qu'il ne regarde même pas, parce qu'il le sait par coeur. Et il vous embarque pendant une heure, deux heures, dans le fond d'un vers, et tout ce qui lui il y entend. Les rythmes, prosodies, l'héritage, les allusions,et puis qui était celui qui écrit, quelles conditions biographiques. Alors, tout au bout, qu'importe le texte français, qui n'aura duré que le temps de cette séance, et n'aura pas laissé de trace : la lecture est avant tout du temps, et ce temps où Markowicz nous a promenés dans la langue, c'est la poésie elle-même, la poésie comme expérience.
    C'est dans ce contexte qu'il faut lire ces Gens de cendre, poèmes écrits en traduisant, lisant crayon en main.
    Travail de la langue à ses frontière, dont l'appareil de notes donne les sources et les clés. Croisant alors l'histoire russe, l'histoire des Juifs dite par un vers de Guennadi Aïgui, et Virgile ou Sophocle en amont de Shakespeare, et, pour l'air et les ciels où on travaille, les mots de la langue bretonne, le pays où il vit. Mais, avant tout, les grandes ombres de Paul Celan, d'André Mandelstam (ou Agamben commentant Mandelstam, André s'inscrivant dans toute une suite de ces prismes où nous-mêmes nous sommes...). La question de la folie, souvent tangente sous les phrases.

    Ce livre est disponible en papier et numérique >

    http://www.publie.net/livre/les-gens-de-cendre-andre-markowicz/

  • Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, de Virginie Gautier, est le long poème d'une ville traversée qui serait toutes les villes ensemble : métamorphoses d'un monde flottant dont il s'agit de repérer les traces d'ombres. Que le tunnel dont il est question dans le livre soit celui du métro, celui qu'empruntent les « clandestins » pour traverser la Manche, ou la grotte dans laquelle nos « ancêtres » ont dessiné leurs premiers repères, il est surtout le lieu de confluences entre le dessous et le dessus de toute ville. Entre les mémoires accumulées, inscrites, gravées, recouvertes, effacées presque, disparues, retrouvées et l'élan vers ailleurs, vers autre chose à venir qui doit se délester du passé. Lieu mouvant où les déplacements créent une identité toujours fuyante. « On dit je suis d'ici. On est d'un autre temps, qui échappe. Autant dire d'ailleurs, autant dire de plus jamais. » Avec ce titre, se poursuit une nouvelle série de la collection L'Inadvertance, déjà amorcée par Ma mère est lamentable de Julien Boutonnier. Chaque ouvrage comprend un texte, des images fixes, des fichiers sonores et des vidéos courtes ainsi que des liens.
    Deux versions disponibles : l'une enrichie, et l'autre interopérable qui comporte des liens vers les morceaux audio et vidéo hébergés sur notre site.

  • Une lave sans ponctuation, avec voyages par routes et trains, et se jeter aussi dans la langue des autres, mais où toute l'histoire et la violence du présent bruissent.
    Une colère et une rage qui viennent s'incarner par le chant et le rythme, que ça s'appelle beauté, mais inclut à égale surface les villes, les voyages, la folie.
    Un poème d'une seule filée de prose, 4 parties violentes, brutales même. La vie y est parfois arrêtée : le narrateur parle de la mort traversée, de la plaie des jours, des attentes, du corps.
    Mais que c'est tout le destin et le plus obscur d'un présent en vertige dont alors l'écriture peut se saisir.
    Les vieux prophètes de la Bible le savaient. Ici, on ne quitte pas l'expérience quotidienne, on s'en va voir ce qui traîne sur le sol de la gare de Maubeuge, s'il faut conjurer tout lyrisme vide. Mais c'est bien ce vieux fil de la voix dressée qu'une fois dans sa vie il est bon de pousser à l'excès jusqu'où il nous devient chose commune.
    Michaël Glück est né en 1946, il vit à Montpellier. C'est un de nos grands poètes.

    FB

    Ce livre est disponible en numérique et en papier > http://www.publie.net/livre/proferations-de-la-viande/

  • Langue à corps prenant le réel, qui se cache sous nos mots perdus. Comme si la parole poétique et toute la littérature étaient passées au tamis : ce qui accroche à gros grains est retenu pour mieux laisser la fluidité d' une parole possible. Il y a de la hargne, un tranchant net dans le vers. Mais surtout ce manuscrit forme un ouvrage concerté, Matuszewski coordonne ses élans et les fait tenir sur la ligne de fond qui mène le lecteur au creux du courant de sa parole.

  • Éléments de langage rassemble trois livres parus, naguère, séparément. Mais, par ce geste neuf qui les réunit, est mis en évidence un moment clé dans l'écriture de Quélen - et la forte cohérence de sa démarche.

    Son oeuvre cherche, par un concentré d'instants, de lieux, de gestes, d'événements différents, à faire résonner, du rapport entre le corps et le monde, le « timbre secret, d'aucune langue ». La douleur pour articuler l'un à l'autre est passée au crible d'un tri en vue de tenir « le moins de place possible : exercice de la pensée. »
    Une forme se dégage alors, bien identifiable. Brève, précise. Il y a dans tous ces textes « une beauté simple et sans apprêt, une part de calcul, un mouvement dans leur immobilité ».
    Ainsi Gérard Noiret peut écrire, dans La Quinzaine littéraire, que « Dominique Quélen atteint du premier coup une perfection qui le singularise. » Stupéfiante.

  • [Note : deux versions du livre sont publiées. L'une, interopérable (c'est-à-dire, lisible sur tous supports), nécessite que vous téléchargiez les morceaux audio disponibles, et l'autre, non-interopérable (lisible sur les supports de lecture pouvant supporter l'audio), contenant les morceaux audio.]
    Dans la démarche de David Christoffel, l'écriture et la voix sont indissociables : l'écriture garde d'ailleurs les signes de la partition. Elle ne s'éloigne pas du contemporain, de ce qui nous entoure au plus près. C'est la partition, les ruptures de l'intonation, les ellipse de la syntaxe qui vont happer les différents registres de la parole, celle que nous employons tous les jours, celle que nous hissons devant nous au moment d'écrire. Les nappes alors se superposent, s'entrechoquent, la rhétorique se disloque et c'est cette relation de toujours des mots aux choses, de l'écriture au monde, qui surgit devant nous, avec cette attention digne des lettristes, souvent une vraie joie déclamatoire, et la convocation de tous les anciens rites de déclamation - voir le Récital pour Hyppolite Rougon ou les Poèmes pour mégaphone.

    François Bon

    FB



    Notes versifiées sur "Argus du cannibalisme", par François Rannou

    Ce livre est à entendre. Texte-partition-voix.
    Ça s'adresse au lecteur.
    Pour une remise en jeu des lectures et idéologies.
    Audioguides
    Au départ c'est un discours qui
    s'adresse à nous comme un
    avertissement
    Mais on ne sait pas vraiment de
    quoi on va nous parler quel est
    le sujet
    En même temps c'est un audioguide donc : là
    pour nous guider, nous apprendre,
    nous montre quelque chose, nous explique quelque chose mais
    sans qu'on sache quoi
    Et puis il y est question d'absence (absent à soi-même pendant la lecture
    c'est-à-dire présent)
    par exemple on parle de peinture de jaune d'oeuf de
    commanditaire donc on
    pense à
    Histoire de l'art histoire de la peinture visite
    de musée : audioguide
    le vers qui
    coupe nous fait voir des
    images absentes
    quel statut les images, quel statut nos paroles ?
    Ainsi : phrases raisonnement justifications explications
    artistiques qui ne
    finissent pas qui sont
    tronquées
    comme des annotations multiples dans le désordre
    comme des voix de guides qui se multiplient et se
    coupent désordre
    apparent : le langage qui tourne à vide

    Effectivement DC parle du coin, des coins, parle en coin, tape


    en corner et children's corner

    car opposé au milieu et au discours du
    milieu : se situer en marge
    Poèmes pour mégaphones
    Surprenant : poésie :
    voix intimiste
    et
    en même temps :
    poète avec son mégaphone : en lien avec le réel social on pense
    à Sartre sur son tonneau (Diogène dedans)
    avec le mégaphone

    Parler fort

    « Le droit de se faire entendre »
    (1 temps par majuscule et d'autant
    plus mal articulé que très bien rythmé)
    voix = majuscule=temps=
    temps fort=rythme !
    travail par association d'idées
    et
    écoute
    de voix bribes frag ments
    sorte d'art poétique pas sérieux et en
    contrepoint en
    ombre portée provocateur
    absurde : « que ça n'ait aucun rapport »
    François Rannou


  • Cette anthologie est d'abord une manière d'interroger, aujourd'hui, le paysage et ses infinies variations - celles du regard singulier grâce auquel chacun construit son paysage, au fil du temps ; celles qu'il subit sous l'effet des transformations liées à l'action de l'homme, ou des éléments. Paysage précaire, donc, mouvant, qui se constitue pourtant dans l'arrêt qu'il impose : une pause est nécessaire pour admirer, décrire, peindre, cadrer ce qui est là sous les yeux. Chaque texte, ici, écrit un rapport au monde, tente d'en percevoir un rythme, d'en traduire une leçon, d'en soulever un questionnement. Il y a bien un enjeu qui fait du paysage autre chose qu'un thème décoratif. Notre « terre habitable » (François Cheng), c'est la chute d'Iguazú (Michel Collot) et la ville (Michèle Dujardin, Denis Heudré, Fred Griot) autant que le poème comme espace (Fabienne Courtade) ou les noms qui le désignent (Patrick Beurard-Valdoye). C'est toujours un départ vers l'inconnu (Michel Butor, Kenneth White), un angle de vue (Antoine Emaz) qui, parfois, remet en cause avec ironie (Paol Keineg). Les peintres, qui nous ont appris à voir le paysage, sont présents dans cet ouvrage et c'est somme toute d'une logique irréductible.


    Encore un mot : c'est un livre - électronique : à lire sur ordinateur, sur liseuse, sur tablette. Chaque poète est présenté par des liens qui renvoient à l'extérieur du livre vers un autre espace de connaissance de l'auteur (sites internet, blogs, vidéos en ligne, radio, revues... : il vaut mieux alors lire sur un outil de lecture connecté au Web). Vous pourrez alors profiter pleinement de ce qui se présente comme la première anthologie de poésie sur ce support. Cet ouvrage est publié par publie.net, dont le travail de qualité est une fois de plus à souligner. Nous remercions vivement Le Printemps des poètes, particulièrement Jean-Pierre Siméon et Emmanuelle Leroyer, qui est notre partenaire pour cette anthologie. Nous tenons aussi à ne pas oublier dans nos remerciements les éditeurs des ouvrages dont sont extraits les poèmes.


    Que cette anthologie soit comme l'atelier dont nous parle Anne de Staël :


    « toujours le monde


    en formation »


    François Rannou

    publie.net et la collection L'Inadvertance remercient le Printemps des Poètes pour cette collaboration.

  • Ce n'est que le début. Ce n'est que le soleil.
    Balbutiement, bégaiement du début... et comment peu à peu ça se met en branle, comment la parole démarre, et comment peu à peu la langue s'échauffe, tourne, roule, déroule... comme langage parlé, les pensées discursives échouent, se suivent, se font, se défont, tel les vagues, dans le silence de tête... comment
    Cette tentative, cette entame « juste pour voir c'est pour comprendre comment ça marche la vie »... Génèse ?
    Cette avancée, progressive, ce glissement « ce n'est que par rapport à par rapport à par rapport aux mots ce n'est que ça le soleil ce n'est que ça la chaleur l'amour la vie ce n'est que ça »... ce glissement de la parole balbutiante à ce qui la "chauffe", la réchauffe, à ce qu'elle porte de tendresse, à ce que la tendresse porte en elle de mots

    « les bras de l'autre »

    Et puis soudain, au détour, dans l'avancée, « il y a un moment où on peut atteindre les choses », et l'on y entend Tarkos (in Processe - éd. Ulysse fin de siècle)

    « Il existe un moment où tu es là à réfléchir. Des choses prennent un peu de la lumière, comme les pages, pour être visibles. Les choses visibles se baladent, depuis longtemps ; elles tombent en cascades. Elles se reposent. Elles ont pris un peu de lumière, depuis se promènent, il existe un moment où tu es là à réfléchir au milieu des choses qui, d'avoir pris un peu de lumière, sont visibles. Elles tombaient en été. Elles traversent l'hiver, elles pleuvent, elles continuent à pleuvoir. Elles sont comme de petites images. Il existe un moment où tu penses aux petites images qui se baladent sans tristesse. Il existe un moment où tu es, les images autour, en train de penser les choses ont un sens, et tu te promènes. »

    Poème qui nous a nous aussi profondément marqué, car il y a dans cette parole qui capte, qui sent, qui éprouve, ce moment où l'on atteint, touche. Où l'on voit.

    Ce n'est que le début a été édité une première fois pas par Inventaire/Invention.
    Emmanuel Adely (son site) est né en 1962. Il a publié, notamment, Les Cintres (Minuit, 1993), Dix-sept Fragments de désir (Fata Morgana, 1999), Agar-agar (Stock, 1999), Jeanne, Jeanne, Jeanne (Stock, 2000), Fanfare (Stock, 2002), Mad about the boy (Joëlle Losfeld, 2003), Mon amour (Joëlle Losfeld, 2005), j'achète et édition limitée (Inventaire/Invention, 2007), Genèse (Seuil, 2008), Cinq suites pour violence sexuelle et Sommes (Argol, 2008).
    bio/biblio complète sur son site.
    Ecoutez aussi Adely, dans cet entretien vidéo. Il nous parle de son écriture, de Duras, de Thomas Bernhard, de ponctuation... ça s'écoute facile, profond.

  • François Rannou propose et coordonne la collection poésie de
    publie.net : L'Inadvertance. A raison d'un livre numérique par
    mois (programme en cliquant sur le titre de la rubrique ci-contre
    en haut à droite), mais aussi en participant dans l'équipe
    publie.net à la réflexion et aux choix concernant le domaine
    poétique.
    Pour ouvrir cette collection, il est normal de jouer cartes sur
    table : sur un travail graphique de Hung Rannou, une suite de travaux en poésie,
    mais dont la poésie elle-même, son fonctionnement, ses enjeux, est
    la matière, le lieu du dire. On y croisera des noms (Mandelstam,
    Celan...), des phrases arrachées ou décollées, et qui ici
    deviennent les points de rebond, les lieux de glissement ou
    d'interrogation.
    Mais aussi une interrogation directe des auteurs et de leur
    dire : Max Jacob, André du Bouchet, Jean-Luc Steinmetz,
    Dominique Grandmont, Esther Tellerman...
    Et si le dernier mouvement du texte s'intitule Tenir là
    contre, peut-être le point de jonction, et l'amitié, par quoi
    ici on noue ensemble le chemin...
    FB

  • Lucien Suel est un atypique.
    Et c'est bien pour cela qu'on s'est rejoint, c'est bien pour cela que ce site existe, c'est bien pour cela que je considère importante, ici, sa présence.
    Notre système de production et reproduction de littérature a des canons fixes. Qu'une forme naisse à côté, il ne sait pas l'intégrer. Alors des branches neuves poussent, sans repère prévu à l'avance. A nous de faire avec.
    Ainsi, Lucien Suel a toujours lié sa pratique de l'écriture a son goût de la musique punk, en a accompagné la naissance, en a suivi les formes dans ses modes mêmes de se saisir du texte.
    Ainsi pratique-t-il la lecture à haute voix, et sa pratique des groupes de rock.
    Ainsi, son amitié et sa complicité pour l'atypique et nécessaire Mauricette Beaussart.
    Lucien Suel est une sorte d'atelier vivant : voir sa Station Underground d'Expérimentation Littéraire. Commandez pour 20 euros de textes, et vous verrez l'enveloppe que vous recevrez. Le papier matière, l'écriture manuscrite à tirage ultra-limité, les supports parfois aux formats les plus incongrus : et alors ?
    C'est justement ce qui permet à l'écriture d'être ou de naître ailleurs.
    Voir ici sur tiers livre ce qu'on en pense, avec large extrait.
    C'est aussi avec Lucien qu'on a inauguré la section texte/images de publie.net : Poussière, texte LS, photographies Josiane Suel.
    Quant à William Burroughs. Ah, William Burroughs. Non, vous n'êtes pas d'accord sur Burroughs ?
    Voici donc, à l'interconnexion de Lucien Suel et de William Burroughs, il y a 36 ans exactement, en 1972, la première expérimentation d'un cut-up, et cela devient coupe carotte.
    Il n'est nul besoin que vous dépensiez 1,30 euros, dont la moitié reviendra à l'auteur, pour télécharger l'intégralité de Coupe Carotte.
    Lucien Suel et moi-même installons ici, dans les formes brèves de publie.net, ce Coupe Carotte parce que cela nous fait plaisir.
    Le texte contient d'ailleurs lui-même les notes de sa genèse.

    FB

  • La ville ne se définit pas d'abord par sa structure ou son architecture : elle se définit par la densité et la relation de ceux qu'elle rassemble.
    communauté sans cesse en mouvement, elle est le lieu où s'applique évidemment le pouvoir (il ne se maintient que s'il contrôle la ville), et où se fomente son éventuel renversement. La ville, parce qu'elle est communauté agissante, est le lieu de ce qui se produit, de ce qui se vend.
    Paradoxe pourtant que le collectif ne peut s'y exprimer que par et dans la relation indiiduelle. De même, l'expérience des camps de concentration qui devient littérature, via Robert Antelme et David Rousset, qui s'en saisissent par les bords, là où le maître et l'esclave se regardent oeil pour oeil.
    La ville, dans sa contemporanéité, ses cinétiques, ses structures, est un élément récurrent du travail de Bozier, notamment dans Fenêtres sur le monde (Fayard, 2002) et {Rocade}. Ici, de la ville, on ne verra que les verbes. Travail rigoureux sur l'injonction, l'obéissance consentie, les pièges et mirages du discours, de la consommation. Bozier, qui nomme chacune de ses incises une fouille, comme en archéologie, ou comme on retourne ses poches, ou comme un policier qui vous a mis bras aux murs, avance avec une écriture double, voire triple : lecture vers à vers, mais lecture verticale de ce qui s'écrit à gauche et lecture verticale de ce qui s'écrit aligné à droite.
    La ville, pour chacun d'entre-nous, c'est le combat du dire. Et l'interrogation de comment les plus vieilles permanences du dire, la parole, le geste, l'ordre, le rêve, le corps, sont mises à nu - en tant que langue - par la relation neuve qu'inaugure la ville.
    Alors, dans sa pleine puissance heidegerrienne, c'est bien d'être qu'il s'agit : ce que l'urbain creuse dans le verbe qui nous fait être.
    Pour accompagner Abattoir 26, une nouvelle mise en page, et une édition révisée et augmentée. Merci à Hubert Saint-Ève pour le choix de cette toile d'accompagnement (voir son site).

    FB

  • (Une pie) est un texte dont le regard vole et se pose
    comme celui de l'oiseau. Il dérobe des jours et des images du monde
    qui se déroulent devant nous, depuis toujours presque, semble-t-il,
    de manière légère et grave, laissant en nous ses traces de griffes.
    Nous voici plongés dans des moments d'éternité suspendus, où le
    réel se mêle au légendaire et au plus ancien, dans une perception
    flottante et paradoxalement d'une grande acuité. Un très beau petit
    texte qu'il faut lire en laissant affleurer à la surface du poème
    les chansons idiotes qu'aimait Rimbaud, la part de naïveté
    dont le tragique toujours n'est pas loin. On peut écouter ce livre,
    mis en voix par François de Bortoli.
    On peut lire du même auteur
    Le Héros Poésie/ Flammarion, 2008 Hence this
    cradle, traduction en anglais d'Ann Cefola, bilingue, Otis
    Books/Seismicity Éditions, Los Angeles, 2007 Alparegho,
    Pareil-à-rien L'Act Mem, 2005 D'ici, de ce berceau
    Poésie/Flammarion, 2003 De la main gauche, exploratrice
    Poésie/Flammarion, 1999
    & Corinne Barbara a dansé, Les éditions du soir au
    matin, 2009 Deux Noyaux Pour Commencer La Journée (avec des
    interventions de Stéphanie Ferrat, Galerie Remarque, 2009) Gora
    soli (avec des peintures d'Anna Baranek, l'attentive, 2008)
    Ô cahier 3, (avec Anna Baranek, Espace Liberté/Les Ennemis
    de Paterne Berrichon, 2006)
    Voici quelques liens :
    [http://www.ville-boulogne-sur-mer.f...]

    http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/05/le-hros-dhlne-s.html


    http://www.paperblog.fr/1746209/helene-sanguinetti/


    http://remue.net/spip.php?article2812


    http://remue.net/spip.php?article1788

    [http://www.printempsdespoetes.com/i...]

    http://www.lactmem.com/medias/fonds_compact/sanguinetti_alparegho.html


    http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2008/04/hlne-sanguine-1.html


    http://www.enba-lyon.fr/conferences/fiche.php?a=08&id=454


    http://www.thepedestalmagazine.com/gallery.php?item=2223

  • Il se pourrait que tout commence par un coup de sang. Une tache s'étale sur le pare-brise à cause de la vitesse, une tache qui fait grand rouge sur la nuit. Et c'est comme une prise de conscience : c'est sur la route des vacances que Romain Fustier s'éveille à sa propre inquiétude, c'est-à-dire à sa façon d'être attentif. Et cette première expérience d'un monde vacillant, qui se révèle dans la lampe rouge d'un rapace écrasé sur le pare-brise, se répète indéfiniment, de façon automatique et incontrôlable, dans une sorte de road-movie que déroulent les poèmes. On roule, que ce soit sur les départementales ou l'autoroute, on dévide un très long chemin d'errance pour toucher ce chez-soi du trajet, ce chez-soi du tremblé de vivre, pour atteindre enfin, peut-être, « ce no man's land qui vous colle au cerveau ». Les images défilent au pas lent d'un moteur, les phrases se télescopent, s'enchâssent, comme les réalités qui s'avancent l'une dans l'autre. C'est un monde qu'on traverse pendant qu'il nous traverse, qui se dévide mais stagne, là, dans le pare-brise. Et de même, quelque chose stagne en nous, quelque chose reste arrêté, un point de fixation qui fait préférer à l'auteur les vieilleries, le « goût des choses surannées / des toits vert-de-gris et des bâtiments désuets / les derniers vers de Laforgue les villas thermales / bordant les avenues d'avant-guerre les hôtels / démodés les fronts de mer vieillots où les glaces / ont le parfum des sorbets d'un temps révolu ». Mais, si l'expérience de ce tremblé, de cette incertitude de vivre, provoqués par les plus infimes évènements, peuvent bouleverser l'auteur (« une feuille de paulownia s'est posée sur le / capot de notre voiture garée sur un parking / et cet évènement anodin a fait basculer le / décor le cours bien réglé de nos existences »), il ne fait pas que subir cette répétition.
    (extrait de la préface d'Armand Dupuy)
    ***
    Romain Fustier est né en 1977 à Clermont-Ferrand, dans la banlieue dortoir de laquelle il a grandi. Il y a fondé la revue & les éditions Contre-allées avec sa compagne Amandine Marembert et des amis au cours de leurs années étudiantes. Il vit désormais à Montluçon, où il poursuit avec elle cette aventure. Il a publié une trentaine d'ouvrages, notamment Le volume de nos existences (Collection Polder, 2006), Une ville allongée sous l'épiderme (Éditions Henry & Écrits des Forges, 2008), Habillé de son corps (Rafael de Surtis, 2010), Des fois des regrets comme (Éditions des États civils, 2011), Rembobinant l'extérieur (Éditions du Cygne, 2012) et Infini de poche (Éditions Henry, 2013).

  • Un texte beau et dense. Une tradition, le chant poétique pour honorer les sans-voix, le tombeau.
    Et fascination supplémentaire, en terre de Bretagne, à ce que la frontière est toujours si poreuse.
    Trois blocs-textes dont chacun serait hommage, plus qu'au seul portrait dressé, à ce que chacun de nous porte de morts. Mais c'est concret, c'est la prose poussée jusqu'à charge d'homme :

    L'homme au pilon offre ses restes d'arthrose au soleil. Il fume debout près d'une faucheuse rouillée. Devant lui, il y a la maison éventrée où Eugène M., l'ancien terre-neuvas, s'est pendu. Depuis peu, poutres pourries et ardoises cassées s'emmêlent et s'émiettent sous les ronces.
    Entre deux taffes, il revoit l'encordé, poussant une brouette sur laquelle était posé un fût rempli de langues et de joues de morues conservées dans du gros sel. Il rentrait tard par les fossés. Finissait sa tournée en gueulant aux fenêtres que c'était sa part de pêche, son quota de fatigue et de travail pour rien qu'il se devait de distribuer aux gens du hameau.

    Jacques Josse est un de ceux à qui, dès l'ouverture de ce projet, il m'a semblé important de solliciter la présence. On sait qu'ici les cartes traditionnelles se rebrassent : il ne s'agit pas d'auto-édition, parce que nous passons - en équipe - beaucoup de temps à la relecture, accompagnement, corrections selon le processus habituel aux normes de l'édition graphique. D'autre part, il s'agit de défricher ensemble une pratique encore neuve : comment utiliser nos écrans et nouveaux supports, sur lesquels, pour la vie professionnelle comme dans nos pratiques culturelles et les échanges privés, nous passons de plus en plus de temps, pour y dialoguer aussi avec la littérature ?
    Jacques Josse est de longtemps à ce carrefour. Auteur, il vient de faire paraître aux éditions Apogée Les lisières [1].
    Ses amis de Rennes savent qu'il travaille (et depuis bien longtemps) au tri postal : peut-être oublie-t-on aujourd'hui, dans la désaffection de l'ancien rôle des Postes, ce que ces lieux rassemblent d'histoire sociale et de luttes. Mais Jacques est aussi, avec quelques-uns, dont François Rannou aussi à bord de l'expérience publie.net, l'initiateur d'une vie poétique dans la ville : lectures, rencontres, invitations. Et c'est complété d'une expérience aussi originale que questionnant la nôtre : Wigwam propose, sur abonnement (à peine 20 euros pour 6 parutions/an) des textes brefs, édités dans la haute tradition typographique. Lire sur tierslivre.
    Trente pages, un triptyque : on devine que les morts des deux extrémités du rétable ne sont pas de celles et ceux dont on peut se séparer. Mais dans ce hameau des morts qui fait le coeur du dispositif, c'est un rapport au territoire, à la dureté des éléments (presque évoquant La légende de la mort d'Anatole Le Braz : traversées de village, la vie d'aujourd'hui dans ses métiers, ses échanges). Et les morts n'y sont pas détachés de ce qu'on en porte : ils sont l'absente, ou cohorte, ou dormeurs, ou dormants...

    FB

    Pour faire connaissance avec Jacques Josse, on propose de lire Emaz, Josse, de l'inquiétude, mais surtout de passer par remue.net, dont il est membre du comité de rédaction, où on pourra trouver réflexions ou inédits. A visiter aussi, les éditions Wigwam.

  • écrire dans et avec la prison
    // de sas en sas et soudain confus dehors / les feux clignotent et les voitures / tout vite et disparaissent / masse de mots bruits forts / retour de tout ce loin / dehors se dilate et pas que dans la bouche / le dos part en loque s'effiloche / les yeux n'ont plus de gaine / globes sensibles à l'excès se vident ou s'emplissent / plus de paupières à plisser pour ne pas ne pas quoi //
    // endurci / cicatrice oblique sa joue / pense-bête qu'il ne faut ne faudrait pas / vieille rature à la règle qu'aurait bu la peau / son visage escarpé sans mot dire fait non / ferme une falaise plus qu'un verrou / ne reste qu'un mur de face / du plâtre pas vraiment blanc / s'en briser la nuque ne suffit pas //
    // dans la bouche tire à rebours ce / reste / il faudrait qu'il pince pour la tenir je me répète / l'eau trouble du visage / progressivement l'usure joint les bords / vois comme on se débine et le désir s'abrège / je voudrais oui me dresser dans / bien dedans / dans cette figure ouverte //

  • présentation, par François Rannou
    Aujourd'hui de nouveau est de ces livres, rares, qui
    s'imposent comme l'aboutissement du « poème » parvenu à
    son point d'équilibre parfait. Après Ni même (préfacé par
    Jean Tortel), paru chez Ubacs (l'éditeur Yves Landrein a mené à
    bien une belle aventure !) et D'hier (premier livre de
    la Rivière échappée), il permet à Steinmetz de retrouver la pleine
    vigueur de sa voix. La présente édition reprend celle de l'automne
    1990, avec en couverture le Paradigme bleu, jaune, rouge,
    d'Albert Ayme.
    Le texte de Steinmetz possède la courbure des grandes antennes
    dirigées vers l'antépénultième lumière de l'univers
    vaste « champ d'écoute »
    concentration telle que la syntaxe la plus juste et resserrée
    qui soit semble
    aussi la plus déliée _ toile tendue pour que vienne
    s'y prendre « le sigle antérieur au langage »
    cela implique que l'homme comprenne le pli profond du temps
    qu'il l'éprouve au lieu où s'écrivent ses initiales - « galet
    nu qui (...) échappe / - entier dans sa simplicité »
    qu'il reconnaisse que le langage l'engendre selon d'autres lois
    « De quel moment je suis ?
    En arrière ma naissance
    Touche aux âges mythologiques.
    Et que vaut à présent « l'heure de ma
    mort » ? »
    une sortie du temps s'opère un « accroc d'éternité »
    qui place le présent sous le signe d'un autre visage de lui-même le
    poème aurait pour tâche d'en reconnaître les traits (in l'inadvertance )
    Je donne ici une bibliographie, ainsi qu'une liste de liens qui
    se rapportent à ce travail dont l'importance est à considérer à sa
    juste mesure. Enfin, on pourra entendre la voix du poète lisant
    quelques poèmes d'Aujourd'hui de nouveau.

    françois rannou

  • Pour Jean-Philippe Cazier, l'écriture poétique est d'abord la trace de son expérience.
    C'est cette expérience qu'il s'agit de fonder, la part volontaire de risque, la part délibérée et intentionnelle du chemin pris, où on scrutera le corps, le mental et le monde et bien sûr pas d'autre outil, pour prendre ici écart et savoir, ou seulement transcrire, que s'appuyer sur le fil extrême de la poésie, de Hlderlin à Celan, par Artaud.
    Et c'est pour affronter cette limite qu'on recourt aussi à l'arsenal de la pensée-limite (puisque Ghérasim Luca est aussi une des bornes les plus actives de cet univers), et donc la philosophie : elle ne détermine pas l'écriture, elle sous-tend son saut.
    Nous présentons simultanément trois ensembles de Jean-Philippe Cazier :
    Écrires, précédé de Poémonder a été publié en 2004 par Inventaire/Invention. Poémonder est un texte d'un seul tenant, interrogeant les dettes, provoquant la langue, cherchant à cerner le territoire de l'expérience poétique (en entier dans l'extrait en lecture libre). Écrires est une suite de textes brefs résultant de cette expérience, dans la tension d'entre le mental et le monde phrases interrompues, mises en parenthèses comme d'élision du mouvement même d'écrire... Hommage à Patrick Cahuzac d'avoir pris le premier le risque de cette publication, dont il nous semble important d'assurer la permanence.
    C'est pourtant Joseph K. qui est là, référence à Kafka explicite dès le titre, pourquoi ? C'est le Journal de Kafka qu'on interroge : sa façon obstinée de reprendre l'écriture jour après jour. Et, quand on n'a pas de prise sur le monde, ou sur le récit, qu'on n'a pas visage ou matière, c'est de cette difficulté à écrire qu'on se saisit : Jean-Philippe Cazier s'assigne cette écriture permanente au même point, et s'y mêlent alors les autres strates du Journal de Kafka. On sait qu'une grande partie des personnes qu'il cite, à commencer par ses soeurs, disparaîtront dans la honte d'Auschwitz. Comment l'écriture alors pourrait se déprendre de ce qu'on porte chacun, après Auschwitz, de judaïté ? C'est toute l'étrangeté de ce texte, entre récit, mémoire, expérience d'écriture, et le portrait en filigrane, de plus en plus insistant à mesure qu'on avance, de Franz Kafka.
    Le silence du monde : non plus l'écriture de poésie, mais écriture de ce qu'on lit, travaille, apprend, hérite. Une longue accumulation de très denses fragments sur la poésie et son dehors, sur la voix et le silence, sur l'affrontement du monde et l'absolu de l'écriture. À la fois un bagage théorique qui a valeur d'essai autonome, à la fois une exploration littéraire en soi-même, vers Lévinas ou Blanchot, ou Deleuze...
    Je remercie de vive façon Jean-Philippe Cazier de nous confier ces trois textes pour une parution simultanée où chacun intervient sur la lecture des deux autres.
    Passer dès à présent sur son blog, où on trouvera une mine de chemins frontières de la poésie.

    FB

    Jean-Philippe Cazier
    Né en 1966
    Etudes de Philosophie.
    Membre du comité de rédaction de la revue Chimères ; directeur de publication aux Editions Sils Maria. Cf. sur Wikipedia.
    Par l'intermédiaire de Gilles Deleuze j'ai publié mes 1ers textes dans les revues L'Autre Journal et Chimères. Depuis, publications dans diverses revues (Inventaire/Invention, Chaoïd, Concepts, Inculte, etc.) et ouvrages collectifs (cf. page sur Wikipedia).
    Publications :
    Voix sans voix, Sils Maria, 2002.
    Ecrires précédé de Poémonder, Inventaire/invention, 2004.
    Désert ce que tu murmures, La Cinquième Roue, 2006.
    Cdrom : PANOPTIC Un panorama de la poésie contemporaine (textes et lectures publiques de : Pierre Alferi, Jean-Philippe Cazier, Antoine Emaz, J.M. Espitallier, Christophe Fiat, Nathalie Quintane, etc.), Inventaire/Invention, 2004.
    Une fiction disponible sur le site des éditions Leo Scheer : La ville indienne.
    Direction d'ouvrages :
    Abécédaire de Pierre Bourdieu, Sils Maria, 2007.
    Abécédaire de Claude Lévi-Strauss, Sils Maria/Vrin, 2008.
    L'objet homosexuel Etudes, constructions, critiques, Sils Maria/Vrin, 2009.
    Traduction de textes de : Jorge Sanjines, Maria Galindo, Blanca Wiethüchter, Kathy Acker.

  • des pratiques équestres en poésie contemporaine

  • Pour Jean-Philippe Cazier, l'écriture poétique est d'abord la trace de son expérience.
    C'est cette expérience qu'il s'agit de fonder, la part volontaire de risque, la part délibérée et intentionnelle du chemin pris, où on scrutera le corps, le mental et le monde et bien sûr pas d'autre outil, pour prendre ici écart et savoir, ou seulement transcrire, que s'appuyer sur le fil extrême de la poésie, de Hlderlin à Celan, par Artaud.
    Et c'est pour affronter cette limite qu'on recourt aussi à l'arsenal de la pensée-limite (puisque Ghérasim Luca est aussi une des bornes les plus actives de cet univers), et donc la philosophie : elle ne détermine pas l'écriture, elle sous-tend son saut.
    Nous présentons simultanément trois ensembles de Jean-Philippe Cazier :
    Écrires, précédé de Poémonder a été publié en 2004 par Inventaire/Invention. Poémonder est un texte d'un seul tenant, interrogeant les dettes, provoquant la langue, cherchant à cerner le territoire de l'expérience poétique (en entier dans l'extrait en lecture libre). Écrires est une suite de textes brefs résultant de cette expérience, dans la tension d'entre le mental et le monde phrases interrompues, mises en parenthèses comme d'élision du mouvement même d'écrire... Hommage à Patrick Cahuzac d'avoir pris le premier le risque de cette publication, dont il nous semble important d'assurer la permanence.
    C'est pourtant Joseph K. qui est là, référence à Kafka explicite dès le titre, pourquoi ? C'est le Journal de Kafka qu'on interroge : sa façon obstinée de reprendre l'écriture jour après jour. Et, quand on n'a pas de prise sur le monde, ou sur le récit, qu'on n'a pas visage ou matière, c'est de cette difficulté à écrire qu'on se saisit : Jean-Philippe Cazier s'assigne cette écriture permanente au même point, et s'y mêlent alors les autres strates du Journal de Kafka. On sait qu'une grande partie des personnes qu'il cite, à commencer par ses soeurs, disparaîtront dans la honte d'Auschwitz. Comment l'écriture alors pourrait se déprendre de ce qu'on porte chacun, après Auschwitz, de judaïté ? C'est toute l'étrangeté de ce texte, entre récit, mémoire, expérience d'écriture, et le portrait en filigrane, de plus en plus insistant à mesure qu'on avance, de Franz Kafka.
    Le silence du monde : non plus l'écriture de poésie, mais écriture de ce qu'on lit, travaille, apprend, hérite. Une longue accumulation de très denses fragments sur la poésie et son dehors, sur la voix et le silence, sur l'affrontement du monde et l'absolu de l'écriture. À la fois un bagage théorique qui a valeur d'essai autonome, à la fois une exploration littéraire en soi-même, vers Lévinas ou Blanchot, ou Deleuze...
    Je remercie de vive façon Jean-Philippe Cazier de nous confier ces trois textes pour une parution simultanée où chacun intervient sur la lecture des deux autres.
    Passer dès à présent sur son blog, où on trouvera une mine de chemins frontières de la poésie.

    FB

    Jean-Philippe Cazier
    Né en 1966
    Etudes de Philosophie.
    Membre du comité de rédaction de la revue Chimères ; directeur de publication aux Editions Sils Maria. Cf. sur Wikipedia.
    Par l'intermédiaire de Gilles Deleuze j'ai publié mes 1ers textes dans les revues L'Autre Journal et Chimères. Depuis, publications dans diverses revues (Inventaire/Invention, Chaoïd, Concepts, Inculte, etc.) et ouvrages collectifs (cf. page sur Wikipedia).
    Publications :
    Voix sans voix, Sils Maria, 2002.
    Ecrires précédé de Poémonder, Inventaire/invention, 2004.
    Désert ce que tu murmures, La Cinquième Roue, 2006.
    Cdrom : PANOPTIC Un panorama de la poésie contemporaine (textes et lectures publiques de : Pierre Alferi, Jean-Philippe Cazier, Antoine Emaz, J.M. Espitallier, Christophe Fiat, Nathalie Quintane, etc.), Inventaire/Invention, 2004.
    Une fiction disponible sur le site des éditions Leo Scheer : La ville indienne.
    Direction d'ouvrages :
    Abécédaire de Pierre Bourdieu, Sils Maria, 2007.
    Abécédaire de Claude Lévi-Strauss, Sils Maria/Vrin, 2008.
    L'objet homosexuel Etudes, constructions, critiques, Sils Maria/Vrin, 2009.
    Traduction de textes de : Jorge Sanjines, Maria Galindo, Blanca Wiethüchter, Kathy Acker.

  • Nous avons sollicité Lucien Suel dès le lancement de l'expérience publie.net, pour son positionnement d'auteur : sa présence de terrain, dans son territoire du Nord, ses performances de poète, le risque pris avec des musiciens.
    Mais aussi parce que ça l'a mené à une posture inédite pour l'oeuvre : une suite de textes brefs chacun provoquant une réalisation artisanale, parfois manuscrite, diffusée directement par l'auteur via sa Station Underground d'Émerveillement littéraire.
    Il était bien sûr logique que Lucien Suel ait été un des premiers à investir l'espace blog en tant que création littéraire, risquée, démultipliée, voir Silo, ou exemple dans tiers livre invite.
    Il existe un autre Lucien Suel : l'espace Internet A noir E blanc n'est pas d'abord le sien, mais celui d'une photographe, Josiane Suel. Une recherche texte et image ancrée dans le territoire rural de l'Artois, les objets quotidiens, le travail de mémoire, dans la permanente friction du monde contemporain. Et c'est bien le texte qui, en venant s'assembler près de la photographie, quitte du même coup l'instance de représentation pour devenir fiction, parfois fantastique vaguement menaçant, ou rêveur, ou politique.
    C'est eux-mêmes, Lucien et Josiane, qui ont défini la première limite de cet ensemble. Ensemble circulaire : le dernier mot de chaque poème donne son titre et son premier mot au suivant. Ainsi, le développement des textes trouve sa propre logique en dehors du mouvement narratif des images.
    Ils ont continué depuis lors, et nous sommes nombreux (moi c'est le dimanche matin), à venir rêver devant ce compagnonnage en libre dérive,mais où toujours c'est une sorte d'épiphanie qui commande - ce qu'on rencontre, c'est bien notre propre monde.
    Côté publie.net, en quelques mois nous avons beaucoup appris. Il était temps de reprendre cet ensemble, et lui donner une mise en page qui permette vraiment de lui faire honneur.
    Et puis Lucien Suel vient de publier une fiction, Mort d'un jardinier, texte qui participe de ce que Barthes nommait On écrit toujours avec de soi, puisque, sans être nullement autobiographique, les vecteurs d'intensité qu'on trouve dans Poussière, et notamment le rapport au territoire, à la terre en travail, aux éléments naturels et leur croisement avec nos destins minuscules, acception Michon du mot, s'y retrouvent...

    FB

  • Jean-Claude Schneider, poète du dépouillement et de l'effacement

    Jean-Pierre Chevais nous propose ici la première étude d'ensemble sur un poète dont le parcours est fait d'exigence, de discrétion, de retrait. Chevais nous fait rentrer à l'intérieur d'une poésie qui cherche à faire du nom propre un nom commun qui permette de rejoindre la matérialité du réel, qui toujours nous manque. Il y aurait une tentative de laisser à travers la voix du poème entendre la "différance" des éléments : pierre, herbe, eau, vent, qu'on en arrive presque à « parler caillou » comme l'énonce un poème. C'est un cheminement incessant, une marche vers le « dehors » qui nous constitue et fonde une parole juste et possible.
    Jean-Claude Schneider est poète et traducteur. Il est né à Paris en 1936. Il a fait des études d'allemand. Puis il a été secrétaire de rédaction de la revue Argile. Parmi ses traductions de l'allemand, on peut citer Kleist, Hlderlin, Hofmannsthal, Trakl, Walser, etc. Il a également traduit à partir du russe (Mandelstam). Il a publié une quinzaine d'ouvrages, recueils de poésie et textes sur la peinture contemporaine (Bazaine, Nicolas de Staël, Giacometti, Sima).
    Bibliographie : Le papier, la distance, Fata Morgana, 1969 A travers la durée , Fata Morgana, 1975 Lamento, Flammarion, 1987 Là, respirant, sur le chemin qui nous reste, Atelier La Feugraie, 1987 Un jour, énervement, Atelier La Feugraie, 1989 L'effacement du nom, Hôtel continental, 1990 Dans le tremblement, Flammarion, 1992 Bruit d'eau , Deyrolle, 1993 Dans le désert, des voix, Séquences, 1993 Paroles sous l'océan, Atelier La Feugraie, 1993 Habiter la lumière (regards sur la peinture de Jean Bazaine), Deyrolle, 1994 Ici : sous leurs pas, Hôtel continental, 1995 Les chemins de la vue, Deyrolle, 1996 Membres luisant dans l'ombre, Fourbis, 1997 Courants, Atelier La Feugraie, 1997 Ce qui bruit d'entre les mots, La lettre volée, 1998 Eux, l'horizon, La lettre volée, 1998 Sentes dans le temps, Apogée, 2001 Entretien sur Celan , Apogée, 2002 Si je t'oublie, la terre, La Lettre volée, 2005 Leçons de lumière, Atelier de la Feugraie, 2006
    quelques sites...
    [http://poezibao.typepad.com/poeziba...]
    [http://www.marelle.cafewiki.org/ind...]
    [http://www.artpointfrance.org/Diffu...]

  • Présentation sous forme de cut-up d'échanges de mails avec l'auteur :
    Ecrit en 2 jours (16 / 17 novembre 2008)
    Pollock est debout.
    Obsession terrible. Notes notes notes notes pendant deux jours. Au final j'étais minable. La loco : pollock, pollock, pollock.
    Fallu aller au bout pour taire.

    Alors voilà j'ai essayé froidement, et à peine déjà au bout de 2, 3 pages, j'étais ému à nouveau, comme lors de la première lecture. Quelque chose du geste magique, un geste lâché ?
    Bien sûr c'est Pollock, et pour moi ça cause, mais je ne cherche pas à comprendre : ça me touche, pas grand chose d'autres à en dire.
    Rares sont les livres que je lis d'une traite, mais là j'y suis allé jusqu'au bout, facilement, porté.
    Par exemple, la page, centrale,
    Et c'est versant sa grolle que Pollock se révèle. C'est stupide. Le geste de verser verse Pollock. En versant sa grolle, toute l'usure de sa grolle, Pollock se verse dans mes yeux, c'est simple.

    C'est Pollock et ce n'est pas tout à fait Pollock...

    c'est au-delà ou en deçà, dans un dedans de langue qui s'ivre.
    "Pollock", et ce mot se remplit, puis se vide, se pollock encore et bien plus, perd substance comme mot infiniment répété en se remplissant.
    Des sortes de petites "fictions" : soixante-sept.

    "Fictions" car Pollock c'est aussi la somme de toutes les figures qu'il laisse passer par sa figure. Aussi parce que fiction, c'est ce qu'on a de plus vrai, de plus intime et qui nous échappe tout à fait. Pollock est venu foutre un coup de pied dans ce tas-là.
    La fiction, nous n'avons que ça de vie. Nous vivons dans un tissu de scénarios complexes. Des histoires qu'on se raconte, projets, fantasmes, etc. De toute façon, dès qu'on ouvre la bouche, on passe dans la fiction. Voilà, je crois que j'ai pigé pourquoi pendant très très longtemps je n'ai pas parlé. Je ne pouvais pas supporter ce passage.

    Armand Dupuy, une langue souvent dans la peinture, compagnonnage qui semble dater, voir par exemples son dehors / hors de / horde et son Distances. A rapprocher d'ailleurs, même époque et même mouvement peut-être, du Robert Frank de De Jonckheere ?
    9'32 c'est la durée du film de Namuth en 1951 dans lequel on voit Pollock peindre avec les gestes, et l'énergie, courbé, la tension sur les grands formats au sol, dehors, ou dans les autres films, dans la grange.
    Mais sans tout révéler, c'est aussi le film dans lequel on voit Pollock qui verse sa grolle et de laquelle grolle tombe un truc. Grosse pièce de monnaie ? Ou bout de ferraille ronde qui tourne au sol ou peut-être une toupie, un tournevis, une clé de 12, sa montre à gousset, le capuchon de la caméra de Namuth (on n'arrivait pas à remettre la main dessus), un bouchon d'un petit pot de confiture... un petit bouchon d'un petit pot d'acrylique bon marché pour peintre en bâtiment du dimanche ?

    Pollock, 1947 : On the floor I am more at ease, I feel nearer, more a part of the painting, since this way I can walk around in it, work from the four sides and be literally in the painting.

    Armand Dupuy ne l'a pas inventé.

    Juste ce truc obsédant. C'est là que Pollock est venu faire le boulot.

    Là le noeud minuscule, l'impulse qui a emmené sur le glissoir d'écrire. Deux jours non stop...
    Allez on écoute, on laisse couler, on prend le temps de laisser "écouler" ce mouvement là. Celui de Pollock ?


    fred griot

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