Sciences & Techniques

  • La krisis des anciens Grecs n'est pas notre concept moderne de crise, profondément modifié avec le temps. Que signifie-t-elle dès lors ? Il faut un retour aux sources de la notion, à savoir aux premiers textes grecs qui lui donnent une place majeure. La polysémie du mot grec, frappante, peut sembler faire obstacle à toute détermination d'une signification. Pourtant, l'enquête philologique proposée, attentive à la pluralité des sens en contexte, ne renonce pas à l'exigence de formuler une conception d'ensemble de la notion. C'est que la krisis des Grecs a bien, dans les textes où elle est analysée, poésie épique archaïque, médecine hippocratique, philosophie de Parménide et de Platon, des traits généraux qui la structurent. Elle peut se concevoir comme une décision génératrice, au sens physique du terme, dotée d'une temporalité de la rupture, savamment pensée et mise en scène.

  • La transition écologique, énoncée au Sommet de Rio+20, inscrit au coeur des agendas des États et des collectivités la volonté de mise en oeuvre simultanée de plusieurs objectifs - réduction des émissions de gaz à effet de serre, promotion des énergies renouvelables - tout en interrogeant nos besoins. En France, cette question s'est focalisée sur la problématique de la transition énergétique. Loin de faire consensus, cette notion donne néanmoins naissance à une recrudescence de solutions techniques de verdissement (rénovation des bâtiments, éco-conception des produits, revalorisation des déchets...) dont l'apogée se retrouve dans la promotion des démarches « intelligentes » - smart - à l'échelle des réseaux et des villes. Or, d'autres modèles d'efficacité ou de sobriété énergétique ne pourraient-ils pas cohabiter ? Ne conviendrait-il pas d'interroger l'échelle intermédiaire de l'aménagement du territoire et de la planification afin de mesurer les potentialités de transition énergétique urbaine ou rurale ? L'action sur les systèmes techniques ne passerait-elle pas aussi par une revalorisation efficace des connaissances et savoir-faire locaux ? Ne peut-on pas croire que l'insignifiance de l'échelle individuelle ait un impact significatif à l'échelle collective ? Si toute activité humaine entraîne une consommation d'énergie, la façon dont les hommes maîtrisent celle-ci est au fondement de nos modes de vie et de l'organisation de nos sociétés. L'ouvrage se compose de trois parties mettant en évidence la diversité géographique et thématique des leviers possibles du changement autour d'une question centrale : comment réussir la transition énergétique ? La première partie permet d'interroger la mise en oeuvre opérationnelle locale de la transition énergétique et ses limites dans la réponse qu'elle apporte à la crise environnementale globale. La seconde propose une vision prospective de ce que devrait être la transition énergétique en développant des pistes prenant en compte l'individu, la technologie et l'épaisseur du territoire. Sont exposés, dans la dernière partie de l'ouvrage, des scénarios régionaux de sobriété énergétique et de transformations sociétales axés sur les modes de vie et de société afin de réduire notre dépendance à l'énergie.

  • Le système économique dominant engendre et aggrave une multitude de problèmes écologiques et sociaux. Ce constat explicité et illustré, l'auteur aborde les différentes pistes opérationnelles et conceptuelles (démocratie participative, écologie industrielle et territoriale, économie de fonctionnalité...) qui s'offrent à nous pour répondre aux enjeux du développement durable. Quel est le potentiel de ces pistes ? Quelles en sont les limites ? Il apparaît qu'aucune de ces pistes ne peut aboutir à des résultats à la hauteur des enjeux, dès lors que les acteurs ne font pas l'effort de remettre en cause les repères du système dominant. Tout au long de cette démonstration, le lecteur comprend l'intérêt du potentiel de stratégies établies à un niveau local et reposant sur les principes de l'écologie industrielle et territoriale. C'est à cette échelle, celle des territoires construits et vécus par les acteurs, que ceux-ci peuvent se sentir partie prenante et innover, tant au niveau des modes de coopération qu'à celui des valeurs à adopter afin de modifier les comportements individuels et collectifs.

  • Entre l'usage des consilia dans les siècles modernes et le droit du malade à accéder à son dossier médical (loi du 4 mars 2002), la relation médecin-patient, individuelle et idéalisée telle que la définissait Hippocrate au ve siècle avant J.-C., a connu d'importantes mutations. Relation sociale atypique et toujours complexe, elle revêt, en toute époque, des significations très variées en fonction du statut social de chacun des interlocuteurs. Du « paternalisme médical » aux théories du care, en passant par le concept d'humanisation de l'hôpital, la bientraitance ou la promulgation des lois de bioéthique en France, l'exercice quotidien des professionnels de la santé est jalonné de ruptures et de modifications profondes, toujours en relation avec les agendas politiques, les évolutions sociétales et les pressions médiatiques. La perspective historique et diachronique de l'ouvrage apporte un éclairage pertinent pour mieux appréhender la prise en compte des besoins et des savoirs des patients, à travers leurs relations avec le corps médical. Les auteurs réuni dans cet ouvrage, universitaires et professionnels de santé, nourrissent une réflexion toujours actuelle qui aide à démêler l'écheveau de la construction d'une histoire de la santé.

  • Les territoires littoraux français sont caractérisés par de forts enjeux de conservation du patrimoine naturel, de compétitivité économique et d'accessibilité pour toutes les populations. Les politiques publiques spécifiques à ces territoires recherchent les conditions d'un équilibre entre ces différentes dimensions à partir de la mise en oeuvre des principes du développement durable qui repose sur le processus de gestion intégrée des zones côtières. Dans la recherche de cet équilibre, l'articulation entre les enjeux de protection et de développement a été privilégiée au détriment de la relation entre le patrimoine naturel et les populations littorales. Au moment où la France développe de nouvelles scènes de la concertation pour co-construire les politiques publiques avec le Grenelle de l'environnement et le Grenelle de la Mer, cet ouvrage offre une réflexion sur les relations entre la nature et la société dans les territoires littoraux à partir d'une recherche sur les inégalités écologiques. Son intérêt est triple : proposer une définition pluridisciplinaire des inégalités écologiques en Sciences Humaines et Sociales et en Sciences de la Nature qui traduit la complexité des relations entre la Nature et la Société dans les territoires littoraux ; illustrer à partir d'études de cas situés sur les littoraux de la Manche (Côte d'Opale) et de la Méditerranée (Rade de Marseille) les différentes facettes des inégalités écologiques ; s'interroger sur la prise en compte des inégalités écologiques et de leur régulation dans les politiques publiques et le processus de gestion intégrée des zones côtières.

  • Face aux problèmes globaux qui affectent la planète et ses habitants (dérèglements climatiques, épuisement de la biodiversité, niveau élevé des inégalités Nord/Sud...), le développement durable est généralement présenté comme une réponse globale. Une telle caractérisation n'empêche nullement que ce nouveau modèle de développement soit aussi appréhendé sous l'angle de ses possibles déclinaisons territoriales. De fait, depuis le début des années 90, la fécondité de cette nouvelle référence a été expérimentée (ou simplement envisagée) à quantité de types de territoires et à des domaines, dont la dimension territoriale est avérée. Les contributions (discursives ou en termes d'actions) se sont ainsi multipliées depuis une quinzaine d'années sur : la ville durable, l'agriculture durable, le tourisme durable, la gestion durable des zones côtières, la mobilité durable, et bien d'autres encore. Sous la forme d'un « handbook » de 40 (courts) chapitres, avec près de 50 contributeurs, l'ouvrage traite de ces enjeux en privilégiant plusieurs entrées successives : concepts et méthodes (interdisciplinarité, évaluation, indicateurs...), problématiques générales (équité, conflits, ressources, patrimoine...), types de territoires (ville, territoire rural, territoire de montagne, zone côtière...), aspects sectoriels (pollutions atmosphériques, eau, déchets, changement climatique...), démarches d'acteurs (politiques d'aménagement du territoire, mobilisation sociale, gouvernance...). Ce livre constitue une nouvelle édition, mais entièrement différente, d'un précédent ouvrage portant le même titre, paru en 2000. L'évolution des enjeux et des réponses apportées entre-temps a rendu inadéquate une simple actualisation de cet ouvrage et c'est un projet complètement original qui est proposé.

  • Alors que nous sommes entrés dans l'ère de l'urbain le monde connait une accélération de la mobilité. En effet, grâce aux moyens de transport qui sont à notre disposition qu'il s'agisse de la voiture, du train ou de l'avion, la mobilité est devenue naturelle pour chacun, nous permettant ainsi de nous déplacer librement, quelle que soit la durée de notre voyage. Mais la mobilité a un prix. D'abord, une demande croissante de transport, laquelle a engendré des problèmes qui constituent précisément une menace pour la mobilité et qui n'est pas compatible avec le principe de durabilité. Ensuite, le coût énergétique et la pollution qui en découlent pèsent sur le développement des infrastructures et des réseaux de transport. Ainsi, pollutions, nuisances et étalement urbains sont des indicateurs de cette nouvelle urbanité qui entretiennent une forte dépendance vis-à-vis de l'automobile. Aux grands maux les grands remèdes. Puisque les transports et la ville représentent 66 % de la consommation des produits pétroliers et sont responsables de 35 % des émissions de CO2, de véritables alternatives à la voiture individuelle se sont progressivement mises en place et nous incitent à nous déplacer autrement.

  • Le développement durable ne fait désormais plus débat ; en quelques années, il est devenu un nouveau lieu commun des discours des autorités politiques, économiques et morales. Un tel unanimisme recouvre-t-il réellement une même aspiration à créer un développement capable de faire face aux inégalités sociales ou aux crises environnementales ? Les contributions de ce livre évaluent les procédures d'appropriation du développement durable - comment les acteurs s'en saisissent et décrètent l'appliquer. L'appropriation est une reformulation du projet constitué par le DD, en opérant une réflexion critique permanente sur les intentions portées par le DD et ses modalités d'application. Ce travail d'appropriation est donc une réinterprétation des principes généraux du DD afin de les adapter aux savoir-faires des secteurs d'activité concernés. L'approche pluridisciplinaire (droit, science politique, économie, géographie, aménagement, anthropologie) permet de constater que l'appropriation permet une conciliation, a minima, de la durabilité avec les habitudes culturelles et professionnelles de chacun des acteurs étudiés. Dès lors, nous assistons à une normalisation du DD qui explique son usage intensif, alors même qu'il perd tout contenu subversif.

  • En réponse à une croissance soutenue des enjeux environnementaux, les demandes de la part des instances, des associations, des institutions d'enseignement et surtout, des étudiants pour des cours soit sur l'environnement soit qui intègrent les problématiques environnementales. La demande étudiante notamment dépasse, en effet, l'offre des programmes dans trop de nos institutions d'enseignement. Les changements climatiques, la crise de l'eau, les déchets et la pollution font dorénavant de l'enseignement relatif à l'environnement une nécessité de plus en plus urgente. Ce livre, un des premiers en langue française dans ce domaine, réunit une équipe internationale et multidisciplinaire d'enseignants-chercheurs issue des sciences sociales. Il offre des activités, des méthodes et des cours complets aux enseignants pour former les apprenants aux problématiques de l'environnement et du développement durable. Il vise à contribuer à la constitution de cursus pluridisciplinaires sur la question environnementale en cours dans nos universités. Les activités décrites ici ont toutes fait leur preuve dans des conditions d'enseignement réelles et elles sont présentées de telle sorte que l'enseignant puisse les reproduire et les utiliser en classe.

  • L'actualité de ces dernières années a attiré, à maintes reprises, l'opinion sur la question des inondations aux conséquences lourdes tant sur le plan humain qu'économique. Notre monde de l'artifice doit encore prendre en compte la nature à travers une vision systémique dans laquelle l'homme tient une place centrale. Cet ouvrage nous montre bien quelle est la complexité du fonctionnement d'un écosystème qui n'est plus naturel puisque l'homme peut intervenir sur l'aléa lui-même et combien la gestion des inondations oblige les hydrauliciens à ne plus se cantonner uniquement dans une vision limitée au cours d'eau. C'est l'ensemble du bassin versant qui participe à la dynamique de l'inondation. La gestion de l'eau s'est donc radicalement transformée ces dernières années en intégrant une vision territoriale. L'intérêt de cet ouvrage consiste donc à présenter une vision territoriale du risque lié aux inondations. Mais les optiques et les formations différentes des deux auteurs permettent de croiser deux approches de la question de la territorialisation du risque, l'une plus proche de la réalité physique du phénomène avec une présentation des aspects hydrologiques et hydrauliques des inondations, l'autre plus soucieuse de saisir comment les réalités sociales se manifestent à travers les textes réglementaires. Cette double vision politiste et géographique montre combien les sociétés sont prises en tenaille entre le poids récurrent et ambivalent des phénomènes naturels et la bonne volonté du législateur qui cherche à contenter les différents partis en présence...

  • Le propos de cet ouvrage est d'élargir le champ habituel de la réflexion bioéthique par l'inscription de la réflexion critique au coeur même du déploiement de la pratique médicale. Cette inscription se heurte à certaines difficultés dues aux ambiguïtés de la démarche bioéthique qu'il convient dès lors d'analyser pour dégager les conditions d'une pensée critique à propos de la médecine et proposer un engagement dans la recherche bioéthique comme devoir social. Pour ce faire l'ouvrage développe d'abord une interrogation sur la aise de la médecine, la mutation du rapport à la norme et l'expérience éthique, pour ensuite envisager l'éthique clinique comme méthode d'intervention au sein de la pratique soignante, le statut critique de l'expérience des soignants dans une telle approche, l'importance du contexte institutionnel du soin pour l'enjeu que représente une démarche éthique au sein des pratiques de santé. L'ouvrage se termine par une réflexion sur le défi politique majeur que représente la bioéthique pour nos sociétés contemporaines.

  • Une oeuvre scientifique en construction est une entreprise souvent incertaine, à l'aspect buissonnant, rarement linéaire, où le vrai et le faux peuvent se côtoyer. Des idées contestables, périssables peuvent être facteurs de progrès et même, paradoxalement, favoriser le développement du paradigme qui les supplantera. C'est ce que montrent les nombreuses études de cas présentées dans cet ouvrage. Ces études retracent l'histoire de l'électrodynamique (Ohm, Ampère, Faraday, etc.) et de la physique de l'énergie (Joule, Helmholtz, Thomson, Maxwell, Planck, etc.) durant un siècle, de la pile électrique au quantum d'énergie. Cette histoire est aussi celle du passage graduel des conceptions statiques aux conceptions dynamiques du monde, transition liée a la décomposition du newtonianisme. Elle peut éclairer sur les résistances de la pensée naturelle aux idées dynamiques et les difficultés à construire le concept d'énergie dans l'enseignement. Il n'est pas illusoire d'espérer réduire ces difficultés grâce à la connaissance de l'histoire. La réussite de ce pari, peut-être le véritable ressort du livre, serait une marque supplémentaire de la fécondité des erreurs.

  • Á l'occasion de son vingtième anniversaire, le Centre d'Éthique Médicale a conçu le projet de mettre son parcours et le projet d'une bioéthique clinique qui l'anime, en discussion. La bioéthique a émergé dans une société où la médecine et la santé ont une place centrale et amènent nos contemporains à réinterroger le sens de leur existence. Plusieurs interlocuteurs ont donc été sollicités pour questionner l'apport de la bioéthique à une créativité renouvelée pour un monde habitable demain. Le présent ouvrage croise des regards universitaires mais aussi institutionnels (Commission européenne, OMS). Il met également en perspective la manière dont on peut concevoir la démarche bioéthique en Europe, aux États-Unis ou en Amérique latine. Á l'heure de la globalisation, cette pluralité de regards est indispensable à la perspective d'un monde habitable pour tous et pour chacun.

  • L'observation et l'analyse rapide d'un certain nombre d'arguments récurrents relatifs au développement des biocarburants, posent toutefois la question de leur pertinence au regard des enjeux d'un développement durable et de leur capacité réelle à faire évoluer en profondeur les politiques publiques. Á travers le prisme des biocarburants, petit chaînon d'une politique publique plus globale, nous percevons qu'il conviendrait d'élargir le débat afin de promouvoir une politique plus large prenant en compte toute la complexité de la problématique sous jacente. Toutes les solutions techniques évoquées en vue de l'adaptation au changement climatique ou au nouveau contexte énergétique ne trouvent leur justification que dans une économie de la sobriété. Ne vaut-il pas mieux commencer par faire de sérieuses économies d'énergie pour s'affranchir du pétrole que de tout miser sur un « pétrole vert » qui sera justement d'autant plus intéressant en proportion de la consommation que cette dernière aura commencé par sérieusement baisser avant ? Par ailleurs, les questions environnementales appellent des réponses globales et non pas des réponses partielles qui sont prisonnières de la promotion d'un seul type d'acteurs. L'avenir de la planète concerne de nombreux acteurs situés à différentes échelles d'intervention ; ils doivent essayer de construire des politiques cohérentes même si l'absence d'une gouvernance mondiale se fait cruellement sentir. L'essentiel étant de ne pas faire la promotion d'une solution qui transfère les problèmes vers d'autres domaines. Ainsi les économies d'énergie domestiques, au moment des crises pétrolières, se sont souvent traduites par une détérioration de la qualité de l'air intérieur puisque la ventilation avait été négligée. Les biocarburants ne pourront jamais totalement se substituer aux énergies fossiles ; leur développement, sans négliger les innovations technologiques indispensables, est donc assujetti à une économie de la sobriété dont seuls les individus et les collectivités locales détiennent les clés.

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