Presses Universitaires du Septentrion

  • Doublures du visible - voir et ne pas voir en cinema Nouv.

    Le rôle historique du cinéma est de nous avoir donné le visible une seconde fois, en ajoutant le temps à l'image. Il reste pourtant dans tout film une large part d'invisible : c'est elle qui est ici décrite, et explorée. Le cinéma en effet nous rend conscients de l'ambiguïté fondamentale de notre relation au visible. Sa force documentaire, comme son jeu inné avec la fiction, lui ont permis de convoquer les invisibles essentiels du monde, et aussi bien, des effets psychiques qui mettent en péril la visibilité du visible. Il nous autorise à croire que nous voyons vraiment quelque chose d'autre que le monde des apparences. Ce livre ne fait ni la théorie, ni l'histoire de cette doublure du visible que transporte le cinéma, mais en donne un panorama complet, attentif à ne jamais trancher abstraitement, mais à toujours s'appuyer sur des exemples concrets, et nombreux.

  • La photographie au théâtre Nouv.

    La Photographie au théâtre montre que les esthétiques et les imaginaires théâtraux ne cessent, depuis près de cent cinquante ans, d'être profondément travaillés par la photographie, avec ses techniques, ses appareils, ses processus de production, ses images, leurs usages et leurs circulations. Au fil de réflexions théoriques, d'analyses d'archives du dix-neuvième et de la première moitié du vingtième siècle, d'études de pratiques des années 1960 à nos jours, de récits d'expériences de recherche-création et de témoignages d'artistes, le couple théâtre-photographie apparaît comme un objet exemplaire aussi bien pour interroger les interactions entre nouveaux et anciens médias que pour revisiter l'histoire du théâtre moderne et contemporain.

  • Filmer l'écrivain, est-ce filmer une vie, un statut institutionnel, une parole ? L'émission littéraire ou la critique filmée sur internet ont-elles pour but de rapprocher le public de littérature ? La dimension patrimoniale et didactique du film sur la littérature, la starisation liée à l'incarnation des auteurs semblent dominer les discours cinématographiques et télévisuels. Peut-on alors parler de critique ? Ou avons-nous affaire à la constitution d'un pur objet de culture ? Les études ici rassemblées témoignent qu'un discours critique est en jeu dès lors que le cinéma ou la télévision engagent un geste de mythification ou de démystification. L'ouvrage mettra également en avant les ressources propres dont le film dispose pour explorer ce qui apparaît comme au coeur de l'expérience littéraire : la production d'effets qui dépassent le fonctionnement linguistique et relèvent de la matérialité de l'écrit, du corps, de la naissance des images, des rythmes et des sons et par-dessus tout sans doute, comme le cinéma, d'une méditation sur le temps et la mémoire.

  • Anthony Mann. Arpenter l'image est le premier ouvrage en français qui propose une analyse des films majeurs de l'un des plus importants réalisateurs hollywoodiens classiques, Anthony Mann (1906-1967). Celui-ci s'est investi dans les genres les plus importants de l'art cinématographique : film noir, western, film de guerre, péplum. Les auteurs visent, à travers ces analyses, à réfléchir l'image cinématographique et à contribuer à une philosophie de l'image. C'est que l'ambition de Mann est bien réelle : il s'obstine, tout au long de sa carrière, à comprendre ce qu'est l'image et l'action qu'elle donne à voir. Mann raconte et s'efforce de comprendre en même temps, à même ses images, ce que c'est que de narrer en image, ce qu'est une action qui est de part en part image. Mann arpente les images qu'il compose.

  • L'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris en avril 2019 a fait renaître les polémiques sur la conservation du patrimoine architectural. Le débat avait déjà fait rage, à la suite du romantisme, au xixe siècle, ainsi qu'après les deux guerres mondiales, y compris parmi les écrivains. L'inscription de l'architecture dans le discours littéraire est l'un des domaines de recherche privilégiés de Joëlle Prungnaud, où elle a renouvelé le regard de la critique sur la modernité fin-de-siècle. Cet intérêt pour le rapport qu'entretiennent architecture et littérature est né de son travail sur le genre gothique et la décadence. Les contributions contenues dans ce volume rendent ainsi hommage aux travaux et réflexions de Joëlle Prungnaud en s'intéressant, à travers des exemples précis du début du xixe à la fin du xxe siècle, aux fonctions que peuvent avoir des éléments architecturaux dans des oeuvres littéraires provenant des différentes cultures européennes.

  • Cet ouvrage collectif veut montrer que, contrairement à l'idée reçue, Mai 68 a exercé une influence à la fois rapide, profonde et durable sur la littérature. Non seulement les écrivains se sont engagés dans l'action à l'instar de Blanchot ou Duras, mais le mouvement a inspiré aux romanciers, poètes et dramaturges, témoins ou acteurs de Mai, une écriture contemporaine ou quasi contemporaine de l'événement, ainsi que le prouvent les exemples de Merle, Lainé, Gary, Heidsieck, etc. Dans ce livre sont analysés en outre la place prise par Mai 68 dans l'imaginaire littéraire des générations antérieures (Leiris, Aragon, Malraux) et postérieures (Quintane, le collectif Inculte) ainsi que le rôle joué par Mai 68 dans une série de mutations littéraires, telles que l'émergence d'une écriture féminine revendiquant sa spécificité (Duras, Rochefort), ou la structuration institutionnelle de genres jusque-là réputés mineurs comme la science-fiction ou le roman noir.

  • Parmi les oeuvres qui inaugurent le « tournant linguistique » de la pensée contemporaine, l'Herméneutique de Schleiermacher (1768-1834), théologien, philosophe, philologue, selon les catégories de l'époque, tient une place essentielle. Conçue en pleine expansion de l'idéalisme allemand, mais pour une large part contre lui, elle développe la première théorie du discours individuel et définit les méthodes de compréhension qui lui sont appropriées. L'observation minutieuse des mécanismes du langage y va de pair avec une analyse étonnamment actuelle de leurs incidences sur le processus de formation de la formation subjective. Entièrement revue et augmentée de deux textes sur la critique philologique, cette traduction intègre les corrections philologiques et chronologiques de l'édition critique.

  • Tant les thèmes abordés par Pierre Michon que sa manière d'écrire se caractérisent par un refus de la ligne droite, de l'approche directe. Il faut détourner le regard du centre pour s'intéresser à la périphérie : petites gens, province, gestes de l'écriture qu'on aurait de prime abord jugés inintéressants. Si Michon décline l'obliquité sous ses formes les plus variées, c'est afin d'en proposer, d'une façon elle-même oblique, une théorie. Les grands thèmes, les enjeux véritables ne peuvent s'appréhender qu'en partant du détail, de la périphérie, de la digression. Obliquement, Michon nous dit le monde de façon bien plus percutante qu'une approche frontale ne saurait le faire. Mieux, Michon nous invite à cette gymnastique de l'esprit. Il s'agira donc de débusquer, dans la rigueur de ses phrases, les effets obliques du dire, de dépasser l'imposture de l'écrit pour atteindre la constellation essentielle de la vie même.

  • Le hors-champ est dedans ! Michelangelo Frammartino, écologie, cinéma Nouv.

    Accompagner la contre-migration de Michelangelo Frammartino de Milan à l'arrière-pays méridional signifie être convié dans un univers cinématographique où le champ humain fourmille de ses hors-champs environnementaux. Dans les films du réalisateur italien, peu connu et étudié en France, la mort d'un berger semble donner naissance à un chevreau, des esprits végétaux envahissent un village et les objets quotidiens sont animés par des imprévisibles forces terrestres. À l'intérieur de cet univers rural où les présences vivantes se multiplient et se manifestent à notre regard, nous commençons à interroger le rapport entre notre attention et les milieux que nous habitons, la relation entre les problèmes écologiques et l'expérience audiovisuelle. Ces questions ne pourront émerger pleinement dans l'analyse des formes et des pratiques de Frammartino que grâce au dialogue avec les voix d'autres disciplines (d'Ernesto De Martino à Anna L. Tsing, jusqu'à Giorgio Agamben) et les images d'autres cinéastes (de Sharunas Bartas à Alice Rohrwacher).

  • À cause de ses incroyables mutations, le cinéma russe des années quatre-vingt-dix et celui du xxie siècle devait être abordé dans un ouvrage collectif à la fois à travers ses thématiques, ses inventions formelles, mais également ses rapports avec l'État. Comment le cinéma russe contemporain repense son passé soviétique et s'inscrit dans la Russie d'aujourd'hui, comment il négocie sa place face aux goûts des spectateurs et aux exigences étatiques, comment il invente ou réinvente ses formes génériques et quelle place il laisse aux cinéastes singuliers et à leurs univers cinématographiques, voilà les questions auxquelles l'ouvrage proposera des réponses. Écrits par les spécialistes russes, européens et américains, les textes abordent le cinéma sous des angles différents : juridique et économique, mais également historique et esthétique. Premier ouvrage collectif en français sur le cinéma russe contemporain, ce volume se veut une exploration d'une cinématographie riche et protéiforme, encore trop peu connue aujourd'hui en France.

  • Édifice religieux monumental, la cathédrale représente un symbole spirituel, patrimonial, culturel et politique. C'est pourquoi elle est confrontée, en temps de guerre, aux effets et à la violence de celle-ci : sa taille la désigne comme un objectif repérable de loin ; sa fonction religieuse en fait un symbole pour rassembler la population ; elle peut susciter au contraire une volonté de destruction, notamment iconoclaste, de la part de l'adversaire ; les cérémonies qui s'y déroulent pendant ou après les conflits implorent la protection divine, demandent la victoire, honorent les morts. Les enjeux politiques se mêlent aux dimensions spirituelles pour élever certaines cathédrales en symboles nationaux. Enfin, l'édifice est un lieu de mémoire des guerres, par ses cicatrices, ses mémoriaux, ses cérémonies du souvenir, voire de réconciliation. La situation des cathédrales en Europe occidentale des guerres de Religion jusqu'à nos jours - une période marquée par de nombreux et amples conflits - en témoigne.

  • Voici vingt-cinq façons de rendre compte des mémoires des empereurs romains Trajan et Hadrien (98-117 et 117-138 de notre ère). Elles nous offrent de multiples variations et angles d'approche pluridisciplinaires, et se placent sous le patronage illustre de l'oeuvre de Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien (1951). Elles participent de surcroît à la commémoration des mille neuf-cents ans de la mort du vainqueur des Daces et des Parthes et de l'arrivée au pouvoir de son fils « adoptif », prince philhellène que la romancière avait élu, afin d'aborder les rapports entre mémoires humaines et Histoire. La littérature des périodes ancienne, médiévale, moderne et contemporaine est convoquée par les études ici rassemblées, tout autant que les arts et les nombreuses formes de représentations et illustrations des aventures humaines de ces deux princes placés naguère en tête de cet âge d'or de l'histoire romaine, le fameux siècle des Antonins, revisité depuis à toutes les époques qui se sont succédé.

  • Des ciné-goûters aux séances pour les cinéphiles Nouv.

    Si les textes sur la diplomatie culturelle sont assez conséquents, très peu concernent la production et la diffusion des films. Les activités sur la promotion et diffusion du cinéma par les établissements culturels français sont également quasiment absentes de nombreuses études consacrées à l'histoire du cinéma. Cet ouvrage comble cette lacune grâce au projet de recherche qui en est à l'origine : Exporter et soutenir le cinéma dans le contexte des Instituts français et des Alliances françaises. En analysant les dispositifs de diffusion et promotion, la programmation et les publics sollicités, l'ensemble des contributions permet d'établir un premier bilan sur la vie des salles de cinéma des Instituts français et des Alliances françaises ainsi que sur leurs activités hors les murs. D'abord indice du rayonnement unilatéral de la culture française, ensuite vitrine de la « diversité culturelle », l'histoire des activités des IF et AF en matière de cinéma est certainement complexe. Nous avons préféré la restituer avec toutes ses contradictions et fait le choix d'exposer la variété des discours à travers les documents émanant des institutions, les récits à la première personne de leurs représentants, les études de chercheurs affirmés ainsi que les textes de jeunes doctorants.

  • Proust sous les tropiques Nouv.

    « Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même ». Et si ce constat dressé par Marcel Proust pouvait également s'appliquer à ce lecteur collectif qu'est l'espace de réception, dans le cadre d'un transfert culturel littéraire ? L'observation de la diffusion, de la réception et de la traduction de l'oeuvre de Proust au Brésil permet d'appréhender les mutations culturelles que connaît le pays dans la première partie du xxe siècle. On découvre que cette oeuvre importée y est lue en rapport avec les différents espaces culturels du pays, et on comprend alors de quelle manière À la recherche du temps perdu devient dans ces Brésils un classique littéraire. En partant de la circulation littéraire, on mesurera le rapport des élites brésiliennes avec les interlocuteurs fantômes que sont durant la période la France et sa vie culturelle. Cette circulation de Proust est un révélateur qui offre une radiographie des milieux intellectuels brésiliens du premier xxe siècle.

  • Plus que jamais d'actualité, en ces temps de tensions parfois entre les élus locaux et l'exécutif national d'un côté, et d'élections municipales de l'autre, cet ouvrage sur Pierre Mauroy se situe résolument dans ce que Michael Keatin appellait le « retour du territoire ». Quelle part peut-on attribuer à ce grand élu socialiste dans le changement de statut du local, désormais érigé en vecteur d'innovation, d'impulsion, d'expérimentation et d'efficacité ? La singularité de cet ouvrage hybride tient dans le choix assumé de restituer des contributions de nature variée, individuelles ou collectives, écrites et orales pour prendre ainsi la mesure des différentes facettes du personnage et mieux comprendre ses principes d'action et ses réalisations. Par les apports qu'il contient, cet ouvrage permet d'analyser l'élu Mauroy, aux multiples mandats cumulés, à la fois comme un entrepreneur de temps, de territoire(s) (la région, la métropole transfrontalière) et de politiques publiques, dont il cherche à s'imputer les résultats mais aussi leur mise en récit.

  • En dépit de sa taille réduite, de sa population d'un million d'habitants, Djibouti est parvenu en quelques années à acquérir une notoriété internationale. Cette notoriété peut surprendre. Le pays bénéficie d'un positionnement stratégique essentiel dans la Corne de l'Afrique. Un héritage qui s'est imposé à ses dirigeants et à la société politique djiboutienne. Ce positionnement, à l'entrée du Golfe d'Aden entre la mer Rouge et l'Océan indien, demeure un outil primordial pour sécuriser les soutiens politiques, économiques et militaires des puissances. On peut néanmoins chercher dans les choix djiboutiens les fondements d'une stratégie visant à exploiter ce positionnement. Il nous a paru que Djibouti est un cas singulièrement intéressant, et ce particulièrement pour l'étude des politiques étrangères de petits États. Celui-ci nous invite donc à nous intéresser à la puissance des États de petite taille et à leur capacité à exploiter leur positionnement géographique malgré leur taille.

  • Segundo de Chomón (1871-1929) est l'un des maîtres incontestés des premiers trucages cinématographiques et des débuts de la mise en couleurs des images animées. Néanmoins, ce pionnier espagnol est bien plus que cela et l'importance de son oeuvre aurait sans doute été mieux étudiée sans l'ombre portée de Georges Méliès. Si Chomón a pu s'inspirer du célèbre prestidigitateur français dans certains de ses films à trucs, il s'en distingue toutefois clairement par son exploitation magistrale du tour de manivelle, des ombres chinoises et du mouvement inversé. Par ailleurs, il reste l'un des rares à avoir réussi le passage entre le cinéma monstratif des films à trucs des années 1900 et le cinéma institutionnalisé des années 1910. Les trucages de ses premières scènes à trucs chez Pathé frères deviendront effets spéciaux dans les films narratifs dont il assurera l'exécution, tel Maciste alpino de Giovanni Pastrone en 1916. Cet ouvrage propose de revisiter son oeuvre et de comprendre les mille et un visages de ce formidable pionnier du cinématographe, truqueur, coloriste et cinématographiste. Cet ouvrage est issu d'un colloque organisé en novembre 2017 par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et « Les Arts trompeurs. Machines. Magie. Médias ».

  • Dans des pays caractérisés par une profusion d'images essentiellement venues d'autres continents, et par une production très inégale, voire inexistante, quels ont été les modèles dominants de production ? Quels sont ceux que les mutations en cours font émerger ? Quels sont les enjeux économiques, industriels et sociaux de cette mutation numérique ? Quels en sont les principaux acteurs ? Qu'en est-il de la participation et du rôle des États ? Quels liens financiers, politiques, juridiques, demeurent avec les anciennes métropoles coloniales, avec les nouveaux acteurs de la production ? Qu'en est-il des équipements et de la formation des personnels ? Des contributions de chercheurs abordent ces questions en différents pays d'Afrique et du Moyen-Orient, sous des angles économiques, sociologiques et historiques. Complémentairement, six témoignages de producteurs évoquent leur métier, et les questions spécifiques qui se posent pour eux en travaillant en et avec ces aires géographiques.

  • Jean Grémillon et les quatre Éléments entend, sinon réhabiliter, du moins rendre un hommage renouvelé à l'un des cinéastes majeurs de l'école française du vingtième siècle, un créateur qui occupe une place à part, paradoxale : même si elle n'est pas tout à fait oubliée, l'oeuvre de cet homme nourri d'art musical demeure aujourd'hui étrangement en retrait, sans doute en raison de son originalité irréductible et, plus encore, de sa complexité déstabilisante. Pas moins de quatre axes ont paru nécessaires pour approcher celui que l'on a trop souvent qualifié seulement de cinéaste maudit. Quatre chapitres, en résonance intime avec son dernier film, son testament poétique, André Masson et les quatre Éléments. En premier lieu, encore trop peu fréquenté et condensant pourtant l'essentiel d'une vision universelle, érudite et fraternelle, l'axe méconnu de l'ésotérisme (« l'air »), car l'homme de culture Grémillon inscrit ses films dans une rêverie précise se rattachant aux grandes traditions ; il est l'alchimiste du septième art. Puis l'axe du sonore (« l'eau »), les liens du cinéaste à l'expression musicale sous toutes ses formes s'avérant déterminants. Ensuite, l'axe des conflits de l'Histoire (« le feu »), Grémillon s'étant toujours voulu un témoin de son temps. Enfin, l'axe du réalisme documentaire (« la terre »), Jean Grémillon présentant le cas unique d'un cinéaste réputé, reconnu pour ses fictions de long métrage, commençant et surtout achevant sa carrière par une série de courts métrages documentaires, d'exemplaires films d'art qui sont autant de libres films d'essai : des films d'art et d'essai. On a souhaité, par ces quatre déclinaisons, donner des clefs pour mieux apprécier une poétique plus que jamais actuelle, ô combien vitale pour notre temps.

  • Si le cirque et le cinéma ont souvent et depuis longtemps été pensés conjointement, ils l'ont davantage été sur le mode de la thématique et de l'incorporation : c'est le cinéma qui s'empare du cirque, s'approprie son « univers », ses personnages, ses histoires, et inversement. Or la fécondité des liens qui unissent les deux pratiques ne peut se borner à un simple « aller sans retour ». Cirque et cinéma ont coexisté et coexistent toujours dans une dynamique d'échanges et de circulations sur laquelle cet ouvrage souhaite revenir. Cette dynamique est impulsée par la notion d'attraction, au centre des neuf études et des témoignages d'artistes qui composent le livre. En effet, l'attraction est tout à la fois une clef et un moteur pour saisir la complexité des relations entre deux pratiques qui, paradoxalement, ont dû se repousser pour exister. Des premiers films Lumière aux dernières productions hollywoodiennes en 3-D, en passant par le cinéma d'avant-garde et l'animation, les auteurs interrogent l'attraction pour tenter d'éclairer sous un jour nouveau les rapports entre ces deux éternels « frères ennemis ».

  • Les années 1970 avaient déjà vu les grands bureaux d'études parapublics s'intéresser de près aux jeux de simulation urbaine essentiellement en provenance des États-Unis. Ces jeux qui empruntent au Monopoly et aux jeux de rôle étaient assidûment pratiqués au Ministère de l'équipement mais aussi par le milieu de la recherche appliquée. Ces jeux étaient et sont toujours considérés comme étant de nature à comprendre et faire comprendre « la boîte noire » de la production urbaine. Dans une première partie, l'enfance, et plus globalement les différentes phases d'apprentissage de la jeunesse, et le jeu comme pratique ou dispositif pédagogique sont les points communs des textes rassemblés. La seconde partie insiste sur le jeu de construction principalement comme l'aboutissement d'une vie passée à tester les ressources d'une vision du monde appliquée à l'architecture ou comme l'expression d'une fiction mise en scène pour séduire, enseigner ou convaincre. Enfin, la dernière partie tire les leçons du jeu, qu'il soit funny game ou serio ludere, en interrogeant les enjeux de la gamification des pratiques professionnelles de fabrication de la ville, tant dans les bureaux d'études, qu'en matière de transition environnementale et participation.

  • Aux confins septentrionaux de l'Empire romain se trouve, selon Virgile (L'Enéide VIII, 727), la terre des extremi hominum Morini, « les hommes qui habitent l'extrémité du monde connu ». Si cette formule a connu une prospérité certaine, l'archéologie donne aujourd'hui à ce territoire un tout autre visage, celui d'une terre de rencontre et d'échanges, au carrefour des voies terrestres et maritimes qui relient la Bretagne romaine (Grande-Bretagne actuelle) au continent. Ainsi la ville antique de Boulogne est le carrefour de la circulation des marchandises et des hommes entre les deux rives du détroit, lieu privilégié pour appréhender les échanges entre le continent, l'espace méditerranéen, l'espace rhénan et la province de Britannia. Les contributions rassemblées dans ce volume dressent un état des lieux des connaissances sur le rôle du port antique de Boulogne-sur-Mer et de ses liens avec son arrière-pays.

  • La krisis des anciens Grecs n'est pas notre concept moderne de crise, profondément modifié avec le temps. Que signifie-t-elle dès lors ? Il faut un retour aux sources de la notion, à savoir aux premiers textes grecs qui lui donnent une place majeure. La polysémie du mot grec, frappante, peut sembler faire obstacle à toute détermination d'une signification. Pourtant, l'enquête philologique proposée, attentive à la pluralité des sens en contexte, ne renonce pas à l'exigence de formuler une conception d'ensemble de la notion. C'est que la krisis des Grecs a bien, dans les textes où elle est analysée, poésie épique archaïque, médecine hippocratique, philosophie de Parménide et de Platon, des traits généraux qui la structurent. Elle peut se concevoir comme une décision génératrice, au sens physique du terme, dotée d'une temporalité de la rupture, savamment pensée et mise en scène.

  • Au cours du règne de Charles III, la création de nouvelles juridictions transforma l'empire espagnol : une vice-royauté, deux capitaineries générales, trois Audiencias et des intendances presque partout aux Indes réorganisèrent le maillage impérial. Ce moment est unique dans l'histoire de la monarchie espagnole par l'ampleur des réformes adoptées. Mais plus que les réformes elles-mêmes, c'est la naissance d'un nouveau système de gouvernement des Indes qu'examine cet ouvrage. Sa chronologie (1765-1787) se confond avec la visite générale de José de Gálvez en Nouvelle-Espagne, puis avec sa nomination, en 1776, au Secrétariat d'État des Indes. L'étude du réseau de José de Gálvez, sur près de 30 ans, permet de saisir la naissance d'un nouveau système de gouvernement et de voir comment logique réticulaire et réformes étaient étroitement mêlées.

empty