P.O.L

  • "Dans ce livre, il y a des chewing-gums et des kalachnikovs. Il y a des bonbons, des chocolats, des barbes à papa, des bombes, des obus, des missiles et des grenades, des armes en tous genres. Il y a des Smacks, du Bonjus, et des roquettes de 140 mm. Il y a moi et mon petit frère, il y a des miliciens et des miliciennes, des phalangistes, des palestino-progressistes, des nassériens, des tigres, des fidayins, des moudjahidins et des mourabitouns. Il y a des leaders politiques. Des lugubres, des cruels, des cyniques, des monstres, ils planent sur la ville. Il y a des keffiehs, des treillis, des lunettes de soleil, des croix et des turbans, des chemises hawaiiennes et des sahariennes. Il y a les néons de Hamra et le hamburger du Holiday Inn, la bataille des hôtels et le massacre des camps, l'incendie des souks et le pillage de la rue des Banques. Il y a des enlèvements, des explosions, des assassinats, des rafales de mitraillette, et des cigarettes. Des Gitanes, des Marlboro, des Dunhill, des Viceroy, des Winston, et surtout des Kent. Des cendriers, des allumettes, des briquets Cartier en or, de la fumée, beaucoup de fumée, et du feu.
    Il y a des cartes à jouer, des dessins animés, des bandes dessinées, des jeux de société, des Matchbox, des bulles de savon, une panoplie d'Indienne et ma collection d'éclats d'obus. Il y a le magasin de mon grand-père et le foulard en soie de ma grand-mère, la Nivea de ma nounou et le Petzi de Walid. Il y a des cinémas en feu, le Roxy, le Radio City, le Dunia, l'Empire, le Rivoli, et des hôtels en flammes, le Palm Beach, le Vendôme, le Saint-Georges, le Phoenicia, l'Alcazar.
    Il y a la ligne de démarcation et la corniche de Manara.
    Dans ce livre il y a Beyrouth, en feu, en flammes, en étincelles, en explosions, dans le noir absolu, il y a Beyrouth qui brille."

  • ô nuit, ô mes yeux

    Lamia Ziadé

    Dans ce livre il y a les cabarets du Caire, les studios, villas, casinos du Caire, les maris, les amants, l'alcool, les somnifères, l'argent, les suicides, les brownings, les scandales, les palaces. Il y a le chant, la musique, la voix, les ovations, les triomphes, la gloire. Il y a l'audace, le génie, l'aventure, la tragédie. Il y a des poètes et des émirs, des danseuses, des banquiers, des officiers, des imams, des cheikhs, des actrices, des khawagates, des musiciens, des vamps, des noctambules, des révoltés, des sultans, des pachas, des beys, des espionnes, des prodiges, des rois d'Égypte et la cour. D'éminents journalistes, de célèbres compositeurs, des patronnes de clubs, des grands chambellans, des joueurs de oud. Il y a la petite paysanne du delta et la princesse druze, le fils du muezzin et le chanteur solitaire, la star juive et le colonel héroïque. Il y a Asmahan, Oum Kalthoum, Abdelwahab, Farid el Atrache, Samia Gamal, Leïla Mourad, Nour el Hoda, Sabah, Fayrouz, il y a les astres de l'Orient. Il y a la classe, le glamour, la touche, le style. Il y a l'amour, la passion, la haine, la vengeance. Il y a des verres et des cigarettes, des cartes à jouer, des jetons, des dés, des bijoux, des drapeaux, des corans. Il y a les cinémas de Beyrouth, les palais de Damas, les quais d'Alexandrie, les rues de Jérusalem, la cour de Bagdad. Il y a la radio, les disques, les micros, les caméras, les génériques, les néons, le rideau, l'orchestre, le concert, le public, la transe. Il y a la voix des Arabes. Il y a les grands hôtels, le Saint-Georges, le King David, l'Orient Palace, le Mena House. Il y a la chute de l'Empire ottoman et il y a la guerre en Palestine, il y a la prise du canal de Suez et la défaite de 1967, il y a un siècle au Proche-Orient.

  • L'invité du miroir

    Atiq Rahimi

    Il faut nommer l'horreur, sinon elle reviendra. Elle reviendra sous le nom qu'elle voudra, sous le masque qui l'enchantera.
    À l'occasion d'un tournage au Rwanda, Atiq Rahimi a tenu des carnets de travail, avec dessins et croquis, des notes prises sur le vif qui lui ont inspiré ce conte sur l'horreur du génocide. Une expérience qui entre puissamment en résonance avec sa propre histoire.

  • Dans ce livre, il y a des ruines et des martyrs, des vestiges, des temples, des sanctuaires, des portiques, il y a des tombes, des cercueils, des mausolées, des cimetières, des épitaphes. Il y a des sépultures mythiques et des fosses communes. Il y a des résistants tués, des révoltés abattus, des leaders assassinés, des enfants massacrés, des partisans torturés, des nationalistes pendus. Il y a des rebelles héroïques. il y a des saints, des prophètes, des dieux, des vierges, des archanges, il y a des victimes et des assassins. Il y a aussi des châteaux forts, des citadelles, des basiliques, des mosquées, des dômes, des minarets, des phares, des miradors, des barbelés, des carcasses d'hôtels, des camps, des prisons. Et des détenus, des captifs, des séquestrés. Il y a des condamnés à mort. Il y a des miliciens et des dictateurs, des fédayins et des moudjahidines, une infirmière kamikaze, une miss univers et un prince rouge, des émirs, des pachas, des califes, des patriarches et des poètes. Il y a l'élégance, la classe, le style, la manière, la touche, la griffe, il y a la flamme, la passion, l'idéal, la cause. Il y a Septembre Noir et la bataille de Kerbala, la corniche de Beyrouth et le discours d'Alexandrie, la tête de Jean-Baptiste et celle de l'imam Hussein, la fiancée de Naplouse et l'artificier de la Casbah, la prisonnière de Khyam et la dactylo d'Alger, les Boeings de la Pan Am et l'automobile du Roi d'Irak, le minaret de Jésus et le rocher de Mahomet. il y a aussi un imam disparu, un cheikh caché, un ayatollah inspirant, un mufti éliminé et un mufti ambigu. Il y a des keffiehs, des treillis, des lunettes noires, des turbans, des sahariennes, des drapeaux, des uniformes, des journaux, des slogans. Il y a la plume, le mot, le verbe, l'éloquence, le discours, l'étendard. Il y a des attentats, des enterrements, des processions, des funérailles, des cortèges, des pleurs. Et aussi des colonnes, des chapiteaux, des gisants, des sarcophages. Des tombeaux phéniciens, des cénotaphes sumériens, des nécropoles romaines, des pyramides égyptiennes. Il y a le Saint Sépulcre, le temple de Salomon et le dôme du rocher. Il y a des massacres, des tueries, des boucheries. Il y a des blasts d'explosions. Il y a du sang, des soupirs, des larmes, des lamentations, de la poussière, de la fumée, de la boue, des bris de verre, des décombres, la désolation, la tristesse, l'agonie, le drame, la tragédie, le deuil, les couronnes, les fleurs, les rubans, les chants, les youyous, le paradis. C'est une danse macabre.

    Dans ce livre, il y a un siècle au proche orient.Après Bye Bye Babylone (Denoël 2010) et Ô nuit, ô mes yeux (P.O.L 2015), plusieurs fois réimprimé.

    Ma très grande mélancolie arabe, est le troisième roman graphique de Lamia Ziadé et son deuxième aux éditions P.O.L.

  • "Coucou ! J'ai installé une carte du Monde sur le mur d'une des 2 salles, où chacun a pu mettre une étiquette autocollante à son nom et reliée à son pays, voire sa ville, d'origine."
    Automne 2016 : des Centres d'Accueil et d'Orientation s'ouvrent un peu partout en France, à la suite du démantèlement de la "jungle" de Calais. Les enfants vont bien commence là. Présidents de la République,
    ministres, textes de loi, presse régionale, animateurs du C.A.O, réseau d'aide... Tout le monde a quelque chose à dire des réfugiés, et c'est chaque parole, chaque phrase, de chacun, sur chaque page, que ce livre recueille.

  • Vienne avant la nuit

    Robert Bober

    Dans les premières années du siècle dernier, l'arrière-grand-père de Robert Bober, Wolf Leïb Fränkel, tenta d'émigrer aux Etats-Unis, en avant-garde de sa famille restée en Pologne. Refoulé à Ellis Island, il décida de s'installer en Autriche, à Vienne, où la vie était pour les Juifs plus facile qu'en Pologne, et il y fit venir sa femme et ses enfants.

    Wolf Leïb Fränkel est mort en 1929, avant que la nuit nazie ne tombe sur l'Europe. A l'époque, Vienne était une ville cosmopolite, ouverte, une capitale intellectuelle et artistique, effervescente. Modeste ferblantier, il est peu probable que Wolf Leïb...

  • Futur ancien fugitif

    Olivier Cadiot

    Rapide, rigoureux, imprévisible et implacable, irrésistiblement drôle et cependant inquiétant, moderne : ce livre contient la liste complète de ce qu'il faut faire en cas d'exil. Des conseils précis pour la fabrication d'objets simples à réaliser soi-même. Une rétrospective des choses qui ont eu lieu. Un manuel raisonné d'exercices poétiques. Un mémento des manières de table et des usages en général. Une réhabilitation de la mémoire cachée. Des descriptions de vies quotidiennes différentes. Une analyse des choses qui risquent de recommencer. Une technique d'observation des individus que vous connaissez. Un concentré des sensations individuelles et leur explication. Une méthode de dialogue à une voix. Un plan de visite de la nature.

  • "Le Mont Perdu ? Il n'y avait enfant qui ne le sût par coeur, sans qu'on fût pour cela plus d'accord sur les choses que sur les noms. L'un le plaçait en France, l'autre en Espagne. Tel l'avait vu en passant la brèche du Taillon, mais à son compte il y avait deux ou trois Monts-Perdus. Tel autre le traitait si familièrement que dans sa jeunesse il y avait mené paître des moutons ; tandis qu'on m'assurait ailleurs que le plus hardi chasseur du pays n'en avait atteint la cime qu'à l'aide du diable qui l'y avait conduit par dix-sept degrés. Il était clair que personne ne connaissait le Mont-Perdu et que jamais, depuis qu'on nomme des montagnes, il n'y en eût une aussi bien nommée." Louis-François Ramond, Voyages au Mont-Perdu et dans la partie adjacente des Hautes-Pyrénées, Belin, 1801.

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