Gallimard

  • Proposer une Anthologie personnelle à Jacques Roubaud, si attentif à la composition de chacun de ses livres de poésie, c'est engager le mathématicien-poète sur une voie aléatoire, celle qui retient de recueil en recueil les énoncés et les équations majeures. De [Signe d'appartenance] qui ouvre le champ poétique de Jacques Roubaud aux improvisations suscitées par un poème japonais du XIVe siècle, d'une autobiographie rêvée dix-huit ans avant sa naissance à une exploration de la diction poétique, d'un deuil intense et noir à une méditation sur "le vide vivant de la vie", d'une déambulation méticuleuse dans les rues de Paris à une suite de sonnets tout bruissant d'Angleterre, avant de côtoyer l'infinitif de la mort, tel est ce parcours à la fois ponctuel quant aux rendez-vous que le poète s'est fixé et d'une prodigieuse diversité quant aux formes convoquées, utilisées et sans cesse réinventées.

  • Né à Cannes en 1940, Emmanuel Hocquard a créé la maison d'édition Orange Export, avec Raquel en 1973. Cette structure disparaît en 1986. Il a également dirigé le département de littérature contemporaine à l'A.R.C. (Musée d'Art Moderne de la ville de Paris) de 1977 à 1991, puis fondé en 1989 'Un bureau sur l'Atlantique', une association destinée à favoriser une meilleure connaissance de la poésie américaine contemporaine. Emmanuel Hocquard est en France le tenant le plus représentatif de ce que l'on peut définir comme la 'modernité négative'. Se réclamant des objectivistes américains (Charles Reznikoff ou George Oppen), il s'attache en effet à rompre avec le lyrisme pour privilégier des formes minimalistes et descriptives. Le poète selon Emmanuel Hocquard est un 'guetteur involontaire de notre quotidien, et qui en retient ce qu'il veut en retenir. Il s'agit alors de parvenir à une sorte d'écriture tabulaire, de l'ordre de la photographie, d'où serait exclu tout attirail métaphorique, c'est-à-dire toute pseudo-profondeur, et qui néanmoins s'imposerait au regard, à l'oreille et à la sensibilité même comme "poétique", à cause de son agencement, sa grammaire et sa focale.' Les sept élégies rassemblées dans ce volume de Poésie/Gallimard ont été écrites de 1969 à 1989. Durant ces vingt années, elles ont accompagné et ponctué le travail d'écriture d'Emmanuel Hocquard, en prose comme en vers. Les élégies n'ont évidemment pas pour fonction d'éclairer le lecteur sur un passé individuel mais, au contraire, de le faire assister à un arrachement du biographique, c'est-à-dire du culturel, et de ce qui nourrit, au départ, tout écriture lyrique : le narcissisme, les états d'âme, la douleur, l'amour, les souvenirs, les soupirs et les regrets.

  • "La vie n'est pas simplement une question de destin, mais de passion. Retrouver la parole perdue, c'est se restituer une origine qui s'accorde à l'ordre du monde. [...] Bois dormant narre une exploration de soi en vue de répondre à l'injonction prononcée dans Le jardin des langues : "Videz-vous de la peur de la nuit". L'effroi de la mort n'a d'autre raison que l'ignorance de la naissance. On piétine dans les marais de la mémoire afin, momentanément, de remonter au commencement de soi, à l'origine de l'écriture, au point du jour." Jean Roudaut. C'est en ce point du double éveil de l'être et du monde que se tient Gérard Macé. Aussi est-il, comme le suggérait Hölderlin, l'un de ceux qui tentent "d'habiter poétiquement le monde". D'où ce statut d'écrivain-poète qui est sa marque propre. Avec lui, il est vrai, ainsi qu'il l'a déclaré, "la poésie est tombée dans la prose", et c'est un surcroît d'espace soudain accordé à l'écriture poétique.

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