Editions Léo Scheer

  • Conquistadors raconte un pisode de la conqute du monde telle que je l'ai rve, ouragan ou invasion de sauterelles. C'est en tous les cas un grand raout d'or et de sang, pope glorieuse et vulgaire, comme elles le sont toutes, assortiment de hautes manoeuvres et de mauvais coups. Cet pisode est celui de la conqute du Prou par Francisco Pizarre et de la destruction de l'Empire inca. On y voit s'ouvrir la tragdie de notre monde, celui o nous vivons, par un grand fait divers o la mappemonde, Dieu, l'or et la poudre se rencontrent. Ainsi, s'accrochant aux pentes sches de la Cordillre pour la grande chasse Dieu, les mercenaires d'Espagne soufflrent sur les premires braises de l'empire le vent glacial du progrs. . V.

  • « Je voudrais vous parler d'un personnage omniprésent dans la littérature. Un personnage discret et remarquable, connu de tous et mystérieux ; arriviste peut-être, il sait aussi séduire et fasciner. Le chat est ce personnage aux formes multiples, infiniment flexible.
    Comment se douter qu'un être si petit, si familier, avait investi les listes des dramatis personae ? Son animalité, les masques variés avec lesquels il se déplace dans les oeuvres ne le rendent pas moins prépondérant dans les romans que dans la poésie ou le cinéma. Prépondérant, mais si délicat à cerner qu'il me fallait en faire un livre. Je n'étais pas au bout de mes découvertes. Se pouvait-il, pour paraphraser Rilke, que je prétendisse connaître les chats avant d'avoir écrit sur eux ? » S. H.

  • Roman

    Nathalie Rheims

    Sur le bureau de Nathalie Rheims, un encrier en bronze à l'effigie de Méphistophélès. L'auteure croit pouvoir s'adresser à lui, mais on ne convoque pas le Diable aussi facilement. Pour qu'un dialogue soit possible, même imaginaire, il faut trouver un tiers, un nouveau Faust.
    Ce sera Roman, un homme qu'elle ne connaît pas, mais dont l'existence et l'oeuvre la fascinent depuis toujours. Décidée à suivre celui dont le destin s'est accompli d'abord dans ses films, avant de le rattraper dans la vie, Nathalie Rheims explore les mystères de ce que notre monde ressent comme la fin des temps.

    Roman est le vingt et unième livre de Nathalie Rheims.

  • C'est un récit de l'intérieur sur le soir et les jours qui ont suivi le 13 novembre 2015, une déambulation nocturne entre le bar Le Carillon et le journal Libération.
    C'est une errance dans Paris, une tétanie aussi. La confrontation entre un corps urbain, qui représente la liberté, l'amour et le sexe, devenu inquiétant et dangereux, et celui de la campagne qui, au-delà de l'ennui et de la routine, se révèle, après coup, rassurant.
    C'est comment tu continues de vivre, de manger, d'aller à la plage regarder la mer, alors que l'histoire s'écroule, et que tu as conscience que commence un cycle infini d'états d'urgence et de restrictions.

    Quentin Girard est né en 1986. Il est journaliste à Libération.

  • Depuis que Jojo s'est fait larguer, il n'a qu'une peur : finir sa vie seul. Tel un Don Juan bobo impossible à satisfaire, il multiplie les rencontres pour conjurer le sort, et se lance dans une série de dates boiteuses, lamentables, grotesques, qui sont l'occasion de déboulonner les règles du jeu de la séduction dans le monde post-Tinder.
    Avec sa veine caustique, tendre et idéaliste, Tue-l'amour est une réflexion sur l'amour et les conditions de son éclosion. La quête de Jojo est un apprentissage, qui le conduit à tuer une certaine idée du couple, pour lui permettre de s'épanouir. Ceci étant plus facile à dire qu'à faire...
    Louis Daboussy est né à Paris. Tue-l'amour est son premier roman.

  • Vrai faux manuel d'écriture littéraire, cet ouvrage parle de ce qui se publie aujourd'hui en français, et pas seulement. Son propos est organisé selon la fiction d'un « how-to ». Comment éviter les phrases de rien. Comment lire. Comment dialoguer. Comment payer ses dettes. Comment être publié - ou pas...
    Ces pages sont animées d'une même expérience d'écrivain, de lecteur, de chercheur. Beaucoup d'oeuvres admirables sont citées ; et aussi quelques textes plus lamentables. Eh ! il faut bien faire des différences. Pourtant, loin du jeu de massacre, ce guide d'écriture est une contribution singulière à l'oeuvre future de la littérature.
    Laurent Dubreuil est professeur de littérature comparée aux États-Unis. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont, Portraits de l'Amérique en jeune morte (Léo Scheer, 2019).

  • Toute sa vie, Williams Burroughs n'a cessé d'intervenir, avec une méchanceté et une acuité remarquables, dans les grands débats de son époque. Au fil du temps, ses interventions ont fini par constituer une « mythologie », dont deux familles d'individus occupent les rôles principaux : les « Johnsons » et les « Shits ».
    Les Johnsons n'attendent qu'une chose, qu'on les laisse vaquer à leurs propres affaires. Les Shits, eux, obsédés par le droit et la raison, prétendent s'ériger en centre autour duquel toute existence doit graviter. À l'heure où les Shits se multiplient, dans la politique comme sur les réseaux sociaux, la mythologie de Burroughs et les plans qu'il a formés pour se débarrasser des emmerdeurs sont plus que jamais d'actualité. La révolution sera Johnson ou ne sera pas.

    Laurent de Sutter est professeur de théorie du droit à la Vrije Universiteit Brussel. Il est l'auteur d'une vingtaine de livres, dont, chez Léo Scheer, Théorie du trou (2011) et Métaphysique de la putain (2012).

  • À Villejuif, en banlieue parisienne, Antoine Taupin, cinéaste sur le déclin, est sur le point d'enterrer ses ambitions. Entre les barres d'immeubles et les terrains en friche, il traîne son spleen, tandis que s'ouvre devant lui le chantier du Grand Paris.
    C'est alors qu'à la sortie d'un Picard Surgelés, il croit reconnaître la silhouette de Bill Murray, qui s'engouffre dans une limousine avant de disparaître.
    Qu'est-ce qu'une star internationale pourrait bien faire au beau milieu du Val-de-Marne ? L'apparition du « pape de la mélancolie » incarne-t-elle, pour Antoine, un début de rédemption ?
    Mais un doute subsiste : s'agit-il vraiment de Bill Murray ?

    Alexandre Steiger est comédien, cinéaste et écrivain. Il est l'auteur de La Distance, paru chez Léo Scheer, en 2017.

  • Après son divorce, une quadragénaire s'apprête à chercher un nouveau conjoint. Elle ignore qu'elle ne vaut plus rien ou presque sur le « marché matrimonial », ainsi que les difficultés relationnelles en tout genre qui l'attendent.
    Or, loin de se résigner, l'héroïne de ce récit trouve une solution révolutionnaire : se mettre en couple avec elle-même. Elle ne se contente pas de trouver le bonheur de cette curieuse manière ; désormais, elle est persuadée qu'à l'avenir, chacun comprendra que cette recette est la seule viable pour l'humanité tout entière.

    Marcela Iacub, directrice de recherche au CNRS, est auteure de nombreux essais dont, récemment, La Fin du couple ou Scandale à la porcherie, et de romans, dont Confessions d'une mangeuse de viande ou Belle et Bête.

  • « J'avais fini par imaginer que les reins, parce qu'ils fonctionnent sans qu'on puisse rien en savoir, sont le véritable siège de l'inconscient. J'avais opté pour les maintenir dans cette sphère de mon ignorance. Inutile de fouiller dans ces zones d'ombre, je savais très précisément où cela me conduirait. Qui étais-je pour me croire l'égale de celui qui, seul, peut sonder les reins et les coeurs ? »

    Pour écrire ce texte, Nathalie Rheims n'a pas été guidée par son imagination. Confrontée à une réalité implacable, elle raconte une année de lutte contre un mal singulier, qui, de génération en génération, frappe toutes les femmes de sa famille.
    Arrivée aux limites de ce que le corps et la conscience sont capables d'endurer, elle doit faire un choix, auquel elle n'aurait jamais cru devoir faire face, un choix sublimé par le don, mais rongé par le sentiment de culpabilité.

    Nathalie Rheims est écrivain. Elle vit à Paris. Les Reins et les Coeurs est son 20e livre.

  • « C'est à cause d'eux qu'on n'a pas de boulot, ou alors des boulots de merde. À cause d'eux que Diane et toi, vous avez des familles dysfonctionnelles. Moi, mon père, en 68, il avait quarante ans, et il défilait sur les Champs-Élysées pour le Général. »

    Louis, trente ans, vient de se faire virer de son agence de pub et vit en colocation. Pour ce « fils de vieux » qui a sauté sur Diên Biên Phu, les responsables de son échec sont les baby-boomers, qui refusent d'abandonner leur place dorée au sommet de la société du spectacle. Pire, en détruisant toute idée de transmission, patrimoniale, culturelle ou même génétique, ils ont laissé une génération sans repères, écartelée entre la tentation du nihilisme et la volonté de dépassement.
    Leur salut ? Renoncer au bien-être et à la sécurité, pour retrouver le goût du combat.

    Alexandre Guyomard est l'auteur de Sur la Panaméricaine, paru chez Léo Scheer en 2012. Il vit actuellement à Panama City.

  • «  Tout ce que je souhaite, c'est de pouvoir aimer ce qui commence et ce qui finit, sans faire semblant, sans faire passer un effondrement pour une révélation, ni une gestation pour une agonie. »
     
    Le deuxième tome de Kaléidoscope rassemble une nouvelle série de textes de l'écrivain et philosophe Tristan Garcia. Tous sont reliés par un fil secret : la recherche d'une limite entre le monde ancien et le monde nouveau, entre la nostalgie et l'impatience, entre ce que nous gagnons et ce que nous perdons dans les changements de l'époque.
     
    Où débute, où s'arrête une frontière ? Qu'est-ce qu'un esprit réactionnaire ? Comment voir quelque chose d'original dans des images sans cesse recopiées ? Pourquoi lisons-nous des romans policiers ? Autant de questions contemporaines, parfois inattendues, auxquelles ces courts essais se proposent de répondre. La pensée de Tristan Garcia est exigeante, rétive aux fausses simplifications, mais toujours éclairante. Là où le monde nous semble défait, abîmé ou incompréhensible, elle nous guide, du moins nous apprend, ici et maintenant, à ne pas confondre les aurores et les crépuscules. »

    Extrait de: Tristan Garcia. « Kaléidoscope II, Ce qui commence et ce qui finit. » Apple Books.

  • San Francisco, creuset de la révolution numérique qui a déferlé sur nos existences. Dans cette ville où triomphent les geeks avides de gloire et d'argent, Marc, viré de sa propre start-up par ses associés, rumine son échec. Ses rares moments de répit, il les trouve dans des discussions tarifées par webcam interposée avec Luz, une étudiante colombienne, qui l'entraîne dans un règlement de comptes avec une star des réseaux sociaux. Grisé, Marc cherche bientôt à se venger, en s'inspirant des attaques que mène un mystérieux groupuscule contre les géants du Web.
    Ce roman-monde décrit l'envers de la Silicon Valley, dont Palo Alto est l'épicentre, et les ravages sur son tissu social. Par extension, il raconte notre rapport ambigu à la technologie, entre plaisir coupable et souffrances, désir de briller et condition d'otage.

    Loïc Hecht est né en 1984. Journaliste indépendant, il explore les marges de notre monde et les effets de l'emprise digitale sur nos vies. Il a été le rédacteur en chef de Snatch Magazine.
    Le Syndrome de Palo Alto est son premier roman.

  • On peut lire La Logique et l'Amour comme un livre sur l'amitié et sur l'amour, sur ce que la pensée leur doit.
    On y rencontre des êtres et des oeuvres que lient des affinités électives, des solidarités intellectuelles, des influences croisées.
    On y revit les moments d'une époque dont un fameux mois de mai fut le symbole.
    On y retrouve Lacan, Sollers, Bataille, Quignard, Klossowski, Vuarnet, Foucault, Le Brun, Genet, Pachet.

    Philosophe de formation, élève de Jacques Lacan, Catherine Millot est psychanalyste. Elle est l'auteur, notamment, dans la collection « L'Infini » (Gallimard) de Gide, Genet, Mishima (1996), La Vie parfaite (2006), O Solitude (2011) et La Vie avec Lacan (2016).

  • Cet ouvrage est le premier d'une série de recueils, sous le titre Kaléidoscope.
    Il rassemble seize textes, hétéroclites en apparence, par leur style et par leurs objets, qui expriment pourtant une même vision du monde et de l'époque : il y est question de philosophie, de politique, de foi, de sciences et d'arts, de sons, de textes et d'images, de culture populaire et savante, de réalité et de fiction, du beau et du laid, du faux et du vrai, de l'espace et du temps, d'animaux humains et non humains, de genres, de races, de classes et de générations... L'important étant de les considérer tous sans hiérarchie, mais avec distinction.
    Les articles se répondent et s'enchaînent, en sorte de construire une manière de vivre et de penser, mais ne sont pas soumis à un ordre rigide. Ainsi, le lecteur peut ouvrir le volume au hasard, sans craindre de perdre le sens de l'ensemble.
    Kaléidoscope II paraîtra en octobre 2019.
     
    Tristan Garcia est écrivain et philosophe. Il est l'auteur de nombreux romans et essais, dont, récemment, La Vie intense (Autrement, 2016) ou Âmes. Histoire de la souffrance I (Gallimard, 2019). 

  • Seize minutes et cinquante secondes. C'est le temps qu'il faut pour se rendre du collège de Dreux à celui d'Anet, en traversant la forêt qui sépare les deux établissements ; l'un est qualifié de REP +, l'autre non. Francesco vient d'y être nommé pour enseigner l'italien et découvre ce pays et son système éducatif. La réalité à laquelle il est confronté, parfois brutale, souvent attendrissante, tranche avec l'aura baroque et mélancolique de cette « sylve obscure » peuplée d'animaux, d'arbres et de mythes. À son contact, le récit du quotidien morne et répétitif du professeur et poète se métamorphose, entre allégories affectueuses et désabusées de l'adolescence, et peinture savoureuse de l'Éducation nationale.

  • Ceci n'est pas un traité musicologique mais les mémoires d'un auditeur libre venu renier le testament musical de cette humanité nocturne qui va de Wagner à Daft Punk. Et poser une fois pour toutes la question : comment des ténèbres du xxe siècle a pu surgir la lumière de Monteverdi, Purcell, Lully, Vivaldi, Bach, Haendel... et tant d'autres ?
    Fallait-il que chute monstrueusement le genre humain pour mériter d'entendre, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la voix miraculeuse d'Alfred Deller ? Le chaos assourdissant de ce monde serait-il le détonateur de ce retour en grâce de la voix qu'incarnent la Billie Holiday de Versailles Agnès Mellon ; la reine du jour Sandrine Piau ; la gitane de Pleyel Patricia Petibon ; la comète Jaroussky et ses coruscantes coloratures ?
    "Sans la musique, la vie serait une erreur" disait Nietzsche. Rectification : sans le baroque, la musique serait une erreur ! »
     
    Thomas A. Ravier 

  • Et si la crise des Gilets jaunes était aussi la révolte de ces « Gaulois réfractaires » dont parlait Emmanuel Macron ? L'indignation sociale et économique recouperait un besoin de reconnaissance culturelle de la part de ceux que l'on désigne comme les blancs modestes de province.
    Mobilisant le récit et l'analyse, ce livre poursuit une réflexion débutée dans Les Petits Blancs. Pourquoi ces Gaulois s'estiment-ils stigmatisés ? Pourquoi pensent-ils ne pas avoir droit au chapitre au sein des démocraties modernes ? Ne représentent-ils pas une communauté impossible, jugée coupable alors qu'on lui répète qu'elle n'existe pas, tenue pour majoritaire alors qu'elle se vit comme reléguée ? Ils participent pourtant à cette société des cultures en archipel, chère à Édouard Glissant, paradoxalement régie par une forme singulière de libéralisme : le libéralisme identitaire.

    Agrégé de Lettres, diplômé d'HEC et de l'EHESS, Aymeric Patricot est professeur, romancier et essayiste.

  • Dans ce roman aux multiples résonances claudéliennes, Rose, mariée trop jeune, s'ennuie, et ressent le besoin de demander à Pierre, son mari, de faire une pause. Elle se donne trois mois pour retrouver cette part d'elle-même qu'elle pense avoir perdue, trois mois qui tiennent en trois pas, ceux de la samba, qu'elle a dansée, adolescente. Elle s'envole pour le Brésil, suivie par Stan, le secrétaire de son mari chargé de la surveiller au cours de ce voyage qui pourrait se révéler dangereux à plus d'un titre.
    Dès son arrivée à Rio, Rose embrasse le rythme de la ville, et les hommes qui surgissent de la nuit : un professeur sensuel, un devin puissant, un intellectuel mystérieux. Enivrée de danse et de liberté, elle oublie un temps les raisons qui l'ont conduite à s'éloigner de Pierre... mais la mémoire n'accorde-t-elle pas que des sursis ?

  • Les images - films et photographies - prises à la libération des camps d'extermination nazis, ont bouleversé notre relation à l'image en général. Elles ont constitué les preuves de ce à quoi il eût été impossible de croire sans elles. Dans Nuit et Brouillard, Alain Resnais en fait un usage exemplaire. Plus problématique est l'évocation de la Shoah dans les films de fiction inévitablement marqués par une mise en scène artistique de l'horreur, laquelle a toujours suscité de sévères critiques.

    C'est pourquoi l'accueil unanimement enthousiaste du film de Laszlo Nemes, Le Fils de Saul, qui s'expose aux mêmes reproches que La Liste de Schindler ou La vie est belle peut être interprété comme un symptôme. Un verrouillage théorique a été imposé au public, ralliant des personnalités concernées par le sujet, habituellement en désaccord.
    Si Le Fils de Saul est considéré comme le chef-d'oeuvre sur Auschwitz, faut-il comprendre qu'il est temps de s'intéresser à d'autres sujets et que la Shoah est enfin passée de l'Histoire à l'histoire de l'art ?
     
    Écrivain, cinéaste, plasticien, Alain Fleischer a publié plusieurs de ses romans, nouvelles et pièces de théâtre aux Éditions Léo Scheer, ainsi qu'une monographie consacrée à son oeuvre d'artiste, La Vitesse d'évasion (2003). 

  • À mesure que paraissent, dans La Revue littéraire, les pages du Journal, Richard Millet brûle les cahiers qui les rassemblent. Cette destruction est la condition pour qu'il accepte de livrer les traces de ce qui constitue une trajectoire : celle d'un écrivain qui a longtemps eu du mal à se dire tel, taisant des expériences fondamentales (découverte tardive de la sexualité, expérience de la ruralité, travail en usine, rencontre avec le Démon), en effaçant d'autres, comme la guerre du Liban, pour des raisons sur lesquelles il reviendra un jour.
    On n'aura cependant pas là le « making off » d'une oeuvre ; ce qu'on lira ici c'est un texte en mouvement, le récit d'une expérience qui fait du journal une tentative pour exister non pas littérairement, mais dans ce dehors absolu qu'on appelle la vie.
    Ce journal commence en 1971, et se poursuit jusqu'en 1994. La guerre, la sexualité, la solitude, l'amour, la maladie, la musique, la littérature, la distance entretenue avec un monde que l'écriture apprend à aborder de biais, en constituent les grands thèmes. Richard Millet est l'auteur de plus de quatre-vingt livres, dont, récemment, Tuer (2015), Province (2016), La Nouvelle Dolorès (2017) et Déchristianisation de la littérature (2018) publiés aux Éditions Léo Scheer. 

  • TRANS est le préfixe de notre temps. Transhumain, transgenre, transparence : autant de notions à la mode, que l'auteur explore ici à rebours.
     
    Dans L'Homme révolté, bilan des deux totalitarismes du XXe siècle, Albert Camus distinguait entre révolte sociale et révolte métaphysique, entre protestation au nom de la dignité humaine et contestation de l'existence de Dieu et de la Création. La première avait donné les grandes gestes d'émancipation, la seconde conduisit au nihilisme et à la terreur. « L'homme, écrivait ainsi Camus, est la seule créature qui refuse d'être ce qu'elle est. » Si l'homme se définit par le refus d'être ce qu'il est, alors le désir TRANS est le propre de l'homme. Mais ce désir de sortie de l'humain peut entraîner des dérives menaçantes. Les Grecs nommaient cela hybris.
     
    Bruno Chaouat est professeur de littérature à l'université du Minnesota, aux États-Unis.

  • « Moi-même et mes amis des Cahiers du cinéma (c'est-à-dire Claude Chabrol, Jacques Rivette, François Truffaut et Jean-Luc Godard), nous allions presque tous les soirs à la Cinémathèque voir des films. C'est là que j'ai vu la grandeur du cinéma ; et que j'ai voulu le dire aussi grand que la littérature, la peinture et les autres arts. »
    Éric Rohmer

    En 1955, Éric Rohmer, qui n'est encore que critique, publie une étude retentissante dans les Cahiers du cinéma : « Le celluloïd et le marbre », enquête sur les arts observés du point de vue du dernier-né d'entre eux, le cinéma.
    En octobre 2009, alors que son oeuvre, devenue l'une des plus importantes de son époque, est achevée, il donne un entretien-fleuve à Noël Herpe et Philippe Fauvel. C'est l'occasion pour lui de reprendre sa réflexion sur la littérature, la peinture, la musique, l'architecture, confrontées cette fois à son expérience de cinéaste - mais aussi de livrer quelque chose de son intimité intellectuelle et sensible.
    Ce volume réunit les deux temps. Il met en vis-à-vis le texte de jeunesse et la parole du vieil homme jetant un dernier regard sur ce qui fut le coeur de sa vie : ce qu'il a nommé, naguère, le goût de la beauté.


    Éric Rohmer (1920-2010) est l'auteur et le metteur en scène de vingt-cinq longs métrages, du Signe du Lion aux Amours d'Astrée et de Céladon, en passant par Ma nuit chez Maud, Le Genou de Claire, Pauline à la plage, Les Nuits de la pleine lune, Le Rayon vert ou Conte d'été.

  • Bois vert

    Eric Vuillard

    "Quiconque mange de mon corps sera mon époux et ne mourra jamais. Celui qui portera sa main contre moi se verra changé d'aspect. Celui qui s'élancera à ma poursuite connaîtra le malheur dans une grande richesse. Une femme me prendra pour son fils et je laverai le sang de son visage. Et nous nous mettrons à pleurer. Nous serons profondément émus. Je serai dans une très grande détresse. Je me jetterai contre sa poitrine. Elle me mettra entre les mains la statue du Seigneur dont elle me dira : "C'est lui-même qui se l'est taillée dans une pierre." J'allumerai un feu et je ferai cuire la statuette. Une fois brûlante, je la tiendrai dans les mains. Je soufflerai dessus. Mais je ne la lâcherai pas. Jusqu'à ce qu'elle refroidisse."

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