Gallimard/Versilio

  • « Enchaînée par le cou à un arbre, privée de toute liberté, celle de bouger, de s'asseoir, de se lever ; celle de parler ou de se taire ; celle de boire ou de manger ; et même la plus élémentaire, celle d'assouvir les besoins de son corps...
    J'ai pris conscience - après de longues années - que l'on garde tout de même la plus précieuse de toutes, la liberté que personne ne peut jamais vous ôter : celle de décider qui l'on veut être ». Même le silence a une fin raconte les six ans et demi de captivité d'Ingrid Betancourt dans la jungle colombienne aux mains des FARC. Récit intime d'une aventure qui ne ressemble à aucune autre, voyage hanté, palpitant du début à la fin, c'est aussi une méditation sur la condition des damnés - et sur ce qui fonde la nature humaine.

  • « Le rendez-vous de Saigon », c'est le titre du grand livre qu'Yvan Audouard, à la fin de sa vie, rêvait de pouvoir écrire.
    Il en parlait à son fils Antoine comme de l'oeuvre qui romprait avec une succession de romans secondaires (soixante ou soixante-dix en tout) égrenés tout au long d'une vie de jouisseur dilettante. Parvenu à l'âge adulte, celui où l'on cesse de faire des reproches à ses parents, Antoine Audouard se réconcilie avec ce vieux Provençal qu'il eut parfois, de son vivant, tant de mal à supporter, malgré la profonde affection qui les unissait.
    Au fil d'un récit très touchant, il dessine le portrait d'un homme charmeur et insaisissable, amateur de bonne chère et d'alcool, plus soucieux de plaire à ses lecteurs (et à ceux du Canard enchaîné où il officia pendant 25 ans) qu'à ses propres enfants. Plein d'un humour vif et d'une gentillesse qui désamorçaient les reproches, il fut l'ami de Blondin (parrain d'Antoine, qui porte son prénom) et de nombreux écrivains.
    Antoine Audouard raconte comment les relations entre lui et son père, souvent tendues, voire amères, se firent plus paisibles et plus tendres lorsque la fin approcha. Il excelle à rendre les détails de cette relation, avec ses nuances et ses non-dits qui la rendent très touchante et lui donnent un sens.

  • Phnom Penh, mars 2009. Kaing Guek Eav, plus connu sous le nom de Douch, responsable de la torture et de la mort de plus de 12 000 victimes à la prison de Tuol Sleng (S-21), est seul derrière une vitre insonorisée : seul face à la justice internationale, seul face aux familles de ses victimes, seul peut-être plus que tout face à lui-même, à l'étendue d'un crime impossible à sonder, impossible à pardonner. Le maître des aveux est une saisissante évocation de son destin, mais aussi de l'étonnante « comédie humaine », tour à tour bouleversante et déroutante, qui s'est déroulée autour de son procès. Thierry Cruvellier est le seul journaliste français qui a assisté à la totalité de ce procès, du premier au dernier jour, qui a vu un événement remarquable et peu noté : pour la première fois devant un de ces tribunaux, un accusé qui reconnaissait sa responsabilité personnelle dans des crimes innommables, plaidait coupable et demandait pardon aux victimes, était à la barre pendant six mois à essayer d'expliquer et de s'expliquer. Ce procès allait-il se dérouler à contre-courant des attentes et apporter enfin, pour la première fois, apaisement aux victimes ? Allait-il dessiner la figure d'un bourreau « différent » ? Allait-il jouer ce rôle toujours attendu et jamais réalisé de « procès pour l'histoire » ? C'est la tragédie particulière, jusqu'à son coup de théâtre final, du procès du génocide khmer rouge qu'il n'en ait, en fait, rien été, et que le bouleversement des rituels attendus ait provoqué des moments d'une intensité exceptionnelle, des scènes d'une émotion considérable, des joutes médiocres et magnifiques - et au final une amertume profonde chez tous les acteurs de cette pièce. Il fallait pour écrire ce livre un ensemble de qualités presque impossible : une connaissance, une expérience, une discrétion, mais surtout, tout simplement un talent doublé d'une humanité profonde.

  • " Une PME en difficulté, des salariés qui s'angoissent pour leur avenir, un nouveau PDG qui arrive, un groupe acharné à rétablir des profits ; pour mettre en scène cette réalité sociale tragique et banale, et faire entendre les voix de tous ses acteurs, des plus hauts placés aux "gens sans importance" qui en sont les victimes, j'ai choisi la chanson de geste - la plus ancienne forme narrative de notre langue. Elle s'est imposée par sa souplesse et par la liberté qu'elle me donnait de me déplacer à travers toutes les couches du français - des plus archaïques aux plus modernes, des chants de trouvères aux slams. Dans cette geste il est question de sujets sérieux - licenciements, harcèlement sexuel - et le champ de la bataille annoncée (ce qu'on appelait la rencontre des hommes dans le fracas des armes et le jaillissement vermeil du sang) est un comité d'entreprise.
    L'excès y passe, le grotesque, le pathétique ; j'en garde les rires avec un fond de larmes. " Antoine Audouard

  • Buenos Aires, années 70. Julia a hérité de sa grand-mère Josefina un don précieux et encombrant : parfois des scènes de l'avenir lui apparaissent, vues à travers le regard de l'autre. À charge pour elle d'interpréter sa vision. Dès l'âge de cinq ans, elle doit intervenir pour empêcher le déroulement d'événements malheureux. L'histoire de Julia va basculer lors du retour de Perón en Argentine. Sympathisants du mouvement des Montoneros, elle et son compagnon vont connaître le destin de cette jeunesse idéaliste et révolutionnaire d'Amérique latine, fascinée tout autant par la figure du Christ que par celle de Che Guevara et confrontée à la réalité de la dictature militaire.
    Capturés par des escadrons de la mort, ils réussiront à s'évader... On retrouve ici certains des thèmes qui traversaient Même le silence a une fin, le grand récit d'Ingrid Betancourt relatant ses années de captivité dans la jungle : la privation de liberté et ses conséquences, le courage individuel et la servilité collective, l'espoir en l'avenir de l'humanité considéré comme un acte de foi. Mais de ce dilemme entre le choix de la vengeance et celui de la vie, elle a d'abord fait la matière d'un vrai roman d'aventures.

  • 1981, Les murs de Paris se couvrent des affiches du candidat Mitterrand

  • "Il n'y a pas de phrases, si éloquentes soient-elles, qui puissent exprimer toute la passion, toute la fougue, toute la folie, que contiennent ces deux mots notre amour. Nous goûtons à de telles extases qu'on serait inhabile à les vouloir conter!" Cette correspondance érotique des années 20, découverte par hasard par Jean-Yves Berthault, ancien ambassadeur, dévoile la folle passion d'une femme pour son jeune amant. Un trésor épistolaire écrit dans une langue recherchée, souvent crue et d'une grande modernité. L'audace des mots, la transgression, s'imposent en même temps que celles des gestes, et si Mademoiselle S. nous fait partager ses fantasmes les plus fous, elle nous révèle avant tout une magnifique et tragique histoire d'amour.

  • Ils ont tout enduré.
    Le peuple de Sierra Leone a vu son pays si riche devenir le plus pauvre du monde. Ils ont vu disparaître électricité, eau, routes, hôpitaux et écoles - eux qui avaient été le phare universitaire de l'Afrique de l'Ouest. Ils ont connu l'État policier et le parti unique. Ils ont subi la terreur des seigneurs de guerre et des cortèges d'enfants soldats drogués jusqu'aux yeux. Ils ont nourri les prébendiers, hébergé les vendeurs d'Évangile et les pilleurs de diamant. Ils ont traversé l'épouvante de la plus grande épidémie de fièvre Ebola, celle qui impose le temps, disait Camus, "des sentiments monotones".
    Pourtant, ils n'ont jamais perdu le sens de l'entraide, une tolérance religieuse hors du commun, un humour inébranlable et le goût de la liberté.
    Voici l'épopée tragique et héroïque d'un peuple, maître de l'endurance, capable de supporter l'intolérable et de le surmonter sans perdre son âme. Un récit de la condition humaine dans tous ses extrêmes, où surgissent l'homme-rat des taudis de la capitale et le coupeur de bras d'une révolution éventée, mais d'où émergent toujours le chant souverain de l'ironie, une bienveillance apaisante et la force de l'espérance.

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