Syllepse

  • Est-il encore nécessaire de présenter Thomas Piketty? Il est l'auteur d'un best-seller mondial, Le ­Capital­ au XXIe siècle et plus récemment de Capital et idéologie, qui lui ont valu d'être invité dans le monde entier. La hardiesse de certaines de ses propositions de taxation des hauts revenus et des grandes fortunes pour étendre le champ de la redistribution en a fait une figure incontournable du débat politique en France comme à l'étranger. Dans ses deux ouvrages, l'auteur entend également jeter les bases d'un «socialisme participatif» présenté comme un dépassement du capitalisme.
    Le critiquer apparaît donc comme une entreprise aussi difficile que risquée.
    Plus qu'une attaque, c'est une déconstruction des analyses de Piketty que nous proposent Alain Bihr et Michel Husson. La référence appuyée de Piketty au Capital les surprend puisque l'auteur, oubliant les analyses de l'ouvrage éponyme de Karl Marx, «se contente des apparences» et préfère lier les inégalités sociales à l'idéologie et non aux rapports de production capitalistes qui les fondent et les organisent.
    Les deux auteurs passent au crible les fondements théoriques du modèle de Piketty et lèvent le voile des apparences que le réformateur fiscal entretient.
    Ils développent les éléments d'une critique radicale de son approche, tant d'un point de vue historique qu'économique. Partant, Alain Bihr et Michel Husson reviennent à ce qui fonde les inégalités sociales dénoncées, à juste titre, par Piketty et nous éclairent sur le fonctionnement profond et présent du capitalisme.
    En conclusion, ils discutent de ses propositions de réforme du capitalisme pour révéler l'impasse d'un tel projet.

  • «De telles listes sont dressées depuis les années 1970. Compilées par plusieurs générations de militants, elles sont enfouies dans les caves des archives associatives et présentent toutes le même format, à la fois sec et funeste. On y trouve la date du crime, le nom de la victime, suivis d'une ou deux phrases laconiques. Elles frappent par leur rudesse, leur longueur et leur nombre. Poser une liste conduit inexorablement à en trouver une autre quelques jours plus tard. Ces listes expriment l'idée d'une injustice. Elles dénoncent le racisme et l'impunité du racisme. Elles pointent du doigt les crimes, mais également la grande majorité des procès qui ont fini par des peines légères avec sursis ou des acquittements, quand ce n'est pas un non-lieu qui est venu clore l'affaire.

    Elles disent en substance que la racialisation, autrement dit le fait de placer des personnes dans une catégorie raciale afin d'asseoir un rapport de pouvoir et d'en tirer profit, tue deux fois. La première violence touche à l'intégrité physique de la personne. La seconde violence a lieu à l'échelle institutionnelle. Elle est une conséquence du traitement pénal qui ignore la nature raciste des crimes jugés.»

    De la grande vague de violence de 1973 dans le sud de la France aux crimes policiers des années 1990 en passant par les crimes racistes jalonnant les années 1980, cet ouvrage, issu d'une base de données de plus de 700 cas, nous invite à prendre la mesure de cette histoire à l'heure où le racisme institutionnel et l'action de la police continuent chaque année à être à l'origine de nombreux morts.

  • Si bell hooks est connue pour son engagement féministe, l'articulation de cet engagement avec les pratiques dans le domaine de l'éducation et de la pédagogie a été peu débattue en Europe.
    Ce livre est un recueil d'essais sur la pédagogie de l'émancipation qui aborde non seulement l'importance du féminisme dans les salles de classe mais aussi l'articulation de la théorie et de la pratique dans la lutte féministe
    afro-américaine.
    bell hooks y parle de solidarité et d'économie politique, et de la façon dont la pédagogie des opprimés à laquelle elle a été formée par Paulo Freire peut s'appliquer à l'émancipation
    des Afro-américaines. Des cas particuliers y sont décrits pour souligner l'importance de l'enseignant·e dans la pratique de la liberté.
    La traduction de cet ouvrage présente un intérêt bien au-delà du monde universitaire francophone. bell hooks est une enseignante-chercheuse mais son travail
    trouve une résonance tant dans la théorie que
    dans les pratiques politiques. Ainsi, Apprendre à transgresser parlera aux lecteurs·rices intéressées par le féminisme, par les pratiques éducatives et par les stratégies antiracistes.
    C'est d'ailleurs ce qui la distingue de beaucoup d'ouvrages féministes publiés en français : le déploiement
    de la théorie en pratique de l'enseignement et la transformation de la salle de classe en lieu d'émancipation Les pratiques éducatives françaises et la singularité des élèves dans le contexte scolaire ont été débattues en France ces deux dernières années, et ce livre apporte un regard
    différent en décrivant des stratégies d'enseignement
    dans un monde multiculturel.
    Par ailleurs, l'intérêt du public pour l'intersectionnalité et le féminisme antiraciste s'est développé en France. Le modèle universaliste français étant réinterrogé et la question de l'identité plus que jamais d'actualité, l'ouvrage constitue une contribution importante au débat, que ce soit dans le champ disciplinaire des sciences humaines et politiques et dans le milieu associatif féministe, LGBT et antiraciste.

  • La simultanéité, l'ampleur et la radicalité des soulèvements populaires de l'automne 2019 au Chili, en Équateur et au Liban surprennent. Elles obligent à réévaluer d'autres mouvements, débutés plus tôt et toujours en cours - en Haïti, au Soudan, en Algérie, à Hong Kong... -, et à porter un regard plus attentif sur la conflictualité sociale dans le monde.
    Au-delà des affinités relevées, la coïncidence dans le temps et la diffusion dans l'espace marquent-elles un nouveau «printemps des peuples»? Si les revendications et les modes d'action convergent jusqu'à un certain point, le développement des luttes demeure tributaire du mode de gestion étatique de la contestation et de la cohésion des élites au pouvoir. Et les soubassements politiques et moraux de ces mobilisations sont ancrés dans des histoires nationales, dont l'héritage est revendiqué. Le visage des révoltes - celui d'une jeunesse urbaine précarisée au sein de laquelle les femmes jouent un rôle important -, ainsi que l'évidence médiatique de ressorts communs - l'utilisation des réseaux sociaux, le recours aux cultures populaires, la spontanéité et l'horizontalité des modes d'organisation... - méritent d'être interrogés.
    Ces soulèvements répondent à des contextes particuliers, mais traduisent aussi de nouvelles circulations internationales des luttes. Assiste-t-on dès lors à une mondialisation de la protestation sociale?

  • Le constat est implacable: le partage des tâches domestiques n'existe pas.
    Il ne s'agit pas, nous disent Christine Delphy et ­Diana­ Leonard, du seul produit d'une mauvaise volonté des hommes qui profitent de ce travail gratuit, mais plus fondamentalement d'un système d'exploitation et d'oppression qui dépasse les relations affectives que peuvent entretenir les individus concernés: le patriarcat, et dans le patriarcat, le mariage, y compris le concubinage et le pacsage.
    Celui-ci s'incarne concrètement dans une exploitation domestique - qui ne s'applique pas seulement au travail dit «ménager» - dont les autrices s'attachent à dévoiler les mécanismes dans cet ouvrage où la lectrice ou le lecteur ne manqueront pas de reconnaître leurs propres moments de vie quotidienne.
    Les autrices proposent ici une nouvelle approche radicale de la subordination des femmes dans les sociétés occidentales focalisée sur la famille, en tant que système économique. Elles révèlent que celle-ci constitue en réalité un système de rapports de production dont les hommes sont les artisans - politiques, juristes et autres gouvernants - et les bénéficiaires - tous les autres. Ce sont la structure hiérarchique et les  rapports de production entre les membres de la famille qui sont ici mis à jour.
    Pour les autrices, la subordination des femmes constitue un cas particulier d'exploitation économique qui ne réduit pas au capitalisme dominant dans nos sociétés. Exploitation domestique et exploitation capitaliste ne peuvent se confondre même si l'un et l'autre doivent être renversés.
    Ouvrage de référence du féminisme matérialiste, ­L'Exploitation­ domestique est publié ici pour la première fois en français.

  • Pourquoi et comment un médiocre parlementaire d'extrême droite, nostalgique de la dictature militaire, ouvertement raciste, misogyne et homophobe a-t-il pu se hisser à la tête du plus grand pays d'Amérique latine?
    L'arrivée de Bolsonaro à la présidence du Brésil n'est ni un
    événement fortuit, ni une parenthèse sans lendemain. Portée par une lame de fond, elle est à la fois le produit des circonstances et la conséquence d'un travail de conquête et de formatage de l'opinion par de nouvelles droites radicales et militantes.
    Dans un contexte marqué par une profonde crise économique, morale et institutionnelle, ces courants ont exploité les frustrations et les ressentiments de la société brésilienne, pour s'imposer aux affaires. Avec l'appui des vieilles oligarchies et des secteurs les plus conservateurs, ils entendent aujourd'hui solder l'héritage du «lulisme» et dicter leur agenda ultralibéral, rétrograde et autoritaire. Révision des droits sociaux, démantèlement des protections environnementales, privatisation des entreprises publiques, réalignement de la politique étrangère sur les États-Unis, croisade morale et sécuritaire..., le tournant engagé risque de réduire à néant les progrès démocratiques engrangés au terme de plusieurs décennies de luttes.
    Sonnée et divisée, la gauche s'est jusqu'à présent montrée impuissante à contrer la vague réactionnaire. Elle devra, coûte que coûte, retrouver son unité et proposer un nouveau projet mobilisateur pour éviter que le pays, champion toutes catégories des inégalités, ne s'enfonce dans l'abîme.

  • Dans la lignée du livre Afrofem qui entendait «traduire politiquement ses révoltes en révolution» contre le racisme d'État et le féminisme dominant, ce livre est un manifeste qui tente d'esquisser des horizons d'organisation et de libération pour la condition noire en France.
    Le coeur de ce manifeste est le suivant : «Être noir·e et vouloir appartenir à une communauté et à un projet politique révolutionnaire de libération qui s'inscrivent dans une pensée panafricaniste, anticapitaliste et radicalement afroféministe.»
    Dans une langue vive, ce manifeste veut éclairer les objectifs et les modalités d'une telle entreprise dans un pays où le mot «race» provoque passions et fantasmes.
    Partir de l'expérience spécifique des Noir·es en France, mais aussi des rapports entretenus par la France avec les Noir·es permet de comprendre le défi que représente un tel projet.
    Dans un pays obsédé par le spectre du «communautarisme», l'autrice propose de faire de la notion de «communauté» une arme contre le projet néolibéral et individualiste de dépolitisation des luttes de libération noire.
    Afroféministe, ce manifeste s'inscrit dans une lecture politique du monde qui voit la nécessité pour tout projet de libération d'en finir avec les structures d'exploitation économique, sociale et politique que sont le racisme, le patriarcat et le capitalisme.

  • « J'étudie l'oppression des femmes. Mais l'oppression des femmes est spécifique non pas parce que les femmes seraient spécifiques, mais parce que c'est un type d'oppression unique. » « Oppression », le mot est important car en l'utilisant on comprend qu'il ne s'agit plus d'améliorer la « condition des femmes » mais de la rébellion d'un groupe social.
    « Patriarcat » est un mot qui désigne le système d'oppression des femmes : il s'agit d'un système, et non d'une série de hasards malchanceux.
    « Genre » est le système de division hiérarchique de l'humanité en deux moitiés inégales.
    Avec Penser le genre, le tome 2 de L'ennemi principal, l'auteure nous présente la suite de son analyse matérialiste de la société, une analyse en termes de rapports sociaux et donc politiques, fondamentale pour la compréhension de toutes les oppressions, fondamentale à tout projet d'émancipation.

    - « Les femmes n'ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de vie qui sont introduites au monde, d'autant que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles », Montaigne.
    - « Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson », Rebecca West.

  • Ce livre en deux volumes rassemble la plupart des textes publiés par Christine Delphy à partir de 1970 au sujet de ce qu'on appelait jusqu'alors la «condition féminine» ou «la question des femmes», et qu'avec la deuxième vague du mouvement féministe du 20e siècle, elle a désigné comme l'oppression des femmes et la question du patriarcat.
    L'oppression étant la situation des gens opprimés, les femmes étant le nom que l'on donne à ces opprimés-là, et le patriarcat étant le système socio-politique qui organise tout cela.
    Qui est donc alors «l'ennemi principal»? Pour la féministe matérialiste qu'est Christine Delphy, il ne s'identifie ni à l'Homme - avec une majuscule -, ni aux hommes en général. Ce n'est en effet ni une essence ni un groupe naturel: c'est un système. Or ce n'est pas non plus, ou plutôt pas principalement, pour cette théoricienne qui s'inspire de Marx mais dans un parfait esprit d'hétérodoxie, le système capitaliste.
    L'ennemi principal, c'est ce qu'elle a choisi d'appeler le patriarcat: à savoir un système autonome d'exploitation et de domination, une structure sociale hiérarchique et inégalitaire. Elle refuse toute explication de la subordination des femmes en termes idéalistes - que ce soit sur des bases biologiques, naturalistes ou essentialistes, ou bien encore fondées sur l'idéologie ou le «discours».
    Les différences entre femmes et hommes ne sont pas seulement des différences, mais aussi des hiérarchies. La société s'en sert pour justifier son traitement « différent » - en réalité inégal, hiérarchique - des groupes et des individus.

  • Concluant sa somme sur le premier âge du capitalisme, Alain Bihr explore dans les deux volumes du troisième tome la constitution d'un premier monde capitaliste.
    Il en traverse les différents cercles, en partant de son centre et en progressant vers ses marges.
    Ainsi sont examinées les différentes puissances d'Europe occidentale qui ont été, tour à tour, motrices de l'expansion outre-mer.
    Saisir les avantages respectifs dont ces puissances ont successivement tiré parti renvoie à leurs relations conflictuelles et aux rapports de force entre les ordres et classes qui les constituent.
    La Grande-Bretagne, s'appuyant sur les Provinces-Unies et les acquis de sa révolution bourgeoise, finit par en sortir victorieuse, au détriment de la France.
    L'auteur revient régalement sur le statut semi-périphérique et la forte hétérogénéité des États d'Europe baltique, centrale, orientale et méditerranéenne qui, cause et effet à la fois, ne peuvent prendre part à l'expansion européenne.
    Toutefois, certaines d'entre elles (la Savoie, la Prusse, la Russie) pourront réunir des conditions leur permettant, par la suite, de jouer dans la «?cour des grands?».
    L'ouvrage examine enfin les principales forces sociales marginales, affectées par l'expansion européenne mais encore capables d'y résister et, dès lors, de se développer selon leur logique propre.
    Ce qui explique à la fois pourquoi le capitalisme n'a pas pu naître dans la Chine des Ming et des Qing, en dépit de ses atouts évidents, et pourquoi, en se fermant, le Japon féodal a au contraire préparé les conditions de son rapide rattrapage capitaliste à l'époque Meiji.
    Alain Bihr renouvelle et enrichit, grâce aux acquis historiographiques les plus récents, les intuitions et les analyses qui ont jalonné l'histoire du développement capitaliste.
    La dimension narrative et descriptive n'est pas le moindre atout de ce travail.

  • Les femmes noires en France doivent être sauvées de leur famille, de leur communauté (pères, frères, cousins). Ce sauvetage est proposé gracieusement par l'État au travers de l'école républicaine, appuyée par des allié·es de choix (médias, monde de la culture, associations, intellectuel·les).
    Mwasi est un collectif de femmes qui ne veulent pas être «sauvées» par qui que ce soit et qui prend la parole. Les autrices, des femmes noires et afro-descendantes, désignent l'État français, le «féminisme» blanc dominant, le racisme d'État comme des ennemis politiques.
    Ce livre est un instantané de ce qu'est le collectif Mwasi et de ce qu'il veut:
    «Notre seule préoccupation est d'être à la hauteur des idées, des pratiques et de l'héritage qui sont les nôtres: les combats contre la négrophobie, l'impérialisme, l'hétéro-patriarcat et le capitalisme.
    Nous avons choisi l'afroféminisme pour traduire politiquement nos révoltes en tant que femmes noires; révoltes que nous voulons transformer en révolution pour un changement radical de système. Un système de justice sociale pour tou·tes, sans racisme, débarrassé de la domination masculine et du capitalisme.
    Nous faisons le choix de la lutte collective, de l'organisation politique autonome et de la libération comme horizon.
    Nous voulons que notre lutte soit comprise, reprise et interrogée par les Afro-descendant·es de France et les générations de militant·es noir·es qui nous suivront.
    Que ceci soit pris comme notre contribution afroféministe à la libération noire et panafricaine.»
    Les femmes noires en France doivent être sauvées de leur famille, de leur communauté (pères, frères, cousins). Ce sauvetage est proposé gracieusement par l'État au travers de l'école républicaine, appuyée par des allié·es de choix (médias, monde de la culture, associations, intellectuel·les).
    Mwasi est un collectif de femmes qui ne veulent pas être «sauvées» par qui que ce soit et qui prend la parole. Les autrices, des femmes noires et afro-descendantes, désignent l'État français, le «féminisme» blanc dominant, le racisme d'État comme des ennemis politiques.
    Ce livre est un instantané de ce qu'est le collectif Mwasi et de ce qu'il veut:
    «Notre seule préoccupation est d'être à la hauteur des idées, des pratiques et de l'héritage qui sont les nôtres: les combats contre la négrophobie, l'impérialisme, l'hétéro-patriarcat et le capitalisme.
    Nous avons choisi l'afroféminisme pour traduire politiquement nos révoltes en tant que femmes noires; révoltes que nous voulons transformer en révolution pour un changement radical de système. Un système de justice sociale pour tou·tes, sans racisme, débarrassé de la domination masculine et du capitalisme.
    Nous faisons le choix de la lutte collective, de l'organisation politique autonome et de la libération comme horizon.
    Nous voulons que notre lutte soit comprise, reprise et interrogée par les Afro-descendant·es de France et les générations de militant·es noir·es qui nous suivront.
    Que ceci soit pris comme notre contribution afroféministe à la libération noire et panafricaine.»

  • L'ampleur du désastre écologique, chiffrée à l'envi, sidère. Scientifiques et acteurs de la société civile auront mis cinquante ans à agiter les consciences, avant que l'évidence s'impose.
    Ses causes sont connues, enfin admises. Ou presque. Principaux responsables du gâchis environnemental, le productivisme et le consumérisme des grands producteurs et des gros consommateurs. Un mode d'exploitation séculaire de la nature, irresponsable, sans limites, mû par l'appât du gain et la logique de l'accumulation. Et dont les effets délétères s'accélèrent et réactualisent la sentence de Victor Hugo - «c'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches» -, la vulnérabilité des premiers étant sans commune mesure avec celle des seconds.
    Les pollueurs majeurs tardent à passer à la caisse, tandis que les secteurs populaires et les pays non industrialisés en font les frais.
    Comment les États du Sud, «émergents» ou «moins avancés», se positionnent-ils dans les négociations climatiques internationales?
    Quelles politiques mener en vertu du principe des «responsabilités communes mais différenciées»? Green Deal velléitaire ou System Change assumé?
    Les concepts d'éco-impérialisme, de justice verte, d'écologie décoloniale convoqués par les mouvements qui, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, à rebours des opinions publiques, se mobilisent sur des enjeux environnementaux, apportent des réponses.
    Au carrefour des luttes sociales, des combats indigènes, du féminisme et des luttes multiples des peuples du Sud, la question écologique est devenue un prisme indispensable pour qui veut comprendre l'avenir et les possibles de l'humanité.

  • La montée en puissance des «pays émergents», au premier rang desquels la Chine, venant après celle du Japon et des «dragons» sud-est-asiatiques (Corée, Taïwan, Hong Kong, Singapour), a été l'occasion de réinterroger voire de réviser l'histoire du capitalisme. Et de se demander si le premier rôle, longtemps tenu par l'Europe occidentale, au sein de cette dernière n'avait été qu'un accident dont les conséquences seraient en train de s'épuiser et une parenthèse en train de se refermer.
    Cet ouvrage soutient que, si l'Europe occidentale a été le berceau du capitalisme et a pu, des siècles durant, en constituer l'élément moteur et dirigeant, c'est à son emprise sur le restant du monde qu'elle l'a d'abord dû. Ce premier tome revient sur l'acte inaugural de ce processus : l'expansion dans laquelle elle s'est lancée en direction des continents américain, africain et asiatique à partir du XVe siècle et qui se poursuivra au cours des trois siècles suivants.
    Cet ouvrage décrit et analyse les deux formes fondamentales de cette expansion : commerciale et coloniale. Il en précise les principaux acteurs : les États et leurs agents, les compagnies commerciales, les diasporas marchandes, la foule des migrants anonymes, etc. Il en donne le résultat global : la constitution d'un premier monde centré sur l'Europe occidentale dans l'exacte mesure où c'est par elle et pour elle que les autres continents vont se trouver interconnectés et progressivement extravertis.
    L'ouvrage s'attache à montrer qu'à travers les comptoirs commerciaux ouverts sur leurs côtes autant que par le biais des territoires occupés et colonisés dans leurs arrière-pays, des régions entières de ces continents ont commencé à être soumises à un processus d'exploitation et de domination. Ce processus opère par le biais du commerce forcé et déloyal, par l'échange inégal ou, plus directement encore, par la réduction au servage ou à l'esclavage de leurs populations.
    Il explique ainsi comment les sociétés locales ont vu leurs propres circuits d'échange perturbés, leurs structures productives altérées, leurs pouvoirs politiques traditionnels instrumentalisés ou détruits. De la sorte, elles furent subordonnées aux exigences de la dynamique de formation du capitalisme en Europe même.
    Mais, loin de verser dans une sorte de misérabilisme à l'égard des pays et populations en proie à l'expansion européenne, l'ouvrage insiste au contraire sur la résistance qu'ils ont su lui opposer, en la tenant souvent en échec. Résistance cependant inégale, fonction de leur développement historique antérieur et des structures sociales toujours singulière auxquelles il avait abouti.
    C'est pourquoi l'ouvrage consacre également une grande attention à l'état de chacune des sociétés que les Européens vont aborder au cours de leur expansion. Il fournit de la sorte un panorama du monde à l'aube de cette dernière.
    En dernier lieu, cette analyse de l'expansion européenne tente d'expliquer les divergences qui vont surgir entre les États européens quant au calendrier selon lequel ils vont se lancer dans cette aventure et les formes qu'ils vont y privilégier. Elle se penche également sur les rivalités et conflits qui vont les opposer et redistribuer les cartes entre eux à différentes reprises. Enfin elle souligne les bénéfices fort inégaux que les divers États européens vont retirer de leur expansion outre-mer, dont la pleine explication est cependant renvoyée aux deux tomes suivants de l'ouvrage.

  • Thomas Sankara reste une figure de premier plan du panafricanisme et de l'anticolonialisme.
    Durant son passage à la tête du Burkina Faso, interrompu par son assassinat en 1987, Sankara a marqué l'histoire de son pays, de son continent, et plus largement la mémoire des luttes anti-impérialistes.
    Pourtant aujourd'hui encore, de nombreux discours restent inédits, une motivation suffisante pour la publication de ce nouveau recueil, dont les textes ont été rassemblés et commentés par un spécialiste de la révolution burkinabè et biographe de Thomas Sankara.
    On entend souvent dire que Thomas Sankara est populaire parce qu'il faisait ce qu'il disait. Confronter les discours à la réalité que vivait le pays, comparer le projet aux réalisations, sont parmi les objectifs majeurs de cet ouvrage.
    Ce qui est nouveau, par rapport aux autres recueils de discours, c'est que cette fois chaque discours est précédé d'une introduction spécifique.
    Mieux le situer dans son contexte permet en effet de mieux en saisir la portée, mais aussi le mouvement.
    Pour la première fois, sont présentés ici tous les discours prononcés à l'occasion des anniversaires de la révolution, ou du nouvel an, dans lesquels Thomas Sankara fait le point sur ce qui a été réalisé, les difficultés rencontrées et les objectifs fixés pour l'année à venir.
    Mais sont rassemblés aussi les principaux discours de Thomas Sankara. Ceux qui abordent les thèmes qui lui étaient chers?: la libération de la femme, la lutte contre la dette, l'utilisation de la langue française, la défense de l'environnement, la justice, le mouvement des non-alignés, les Comités de défense de la révolution, la justice populaire mais aussi le fameux discours à l'ONU où il s'affirme comme porte-parole de tous les opprimés.
    Enfin, trois textes viennent encadrer ces discours?: une biographie de Thomas Sankara, la présentation de son projet, et la synthèse de ce qu'on sait sur son assassinat. Un ouvrage complet permettant d'avoir une connaissance approfondie de cette expérience révolutionnaire inédite et du rôle qu'y a joué son leader Thomas Sankara.
    Cet ouvrage, enrichi une chronologie détaillée, offre aux lecteurs un aperçu complet de la révolution au Burkina Faso, et du rôle spécifique que Thomas Sankara y a joué.

  • Ce deuxième tome de «Le premier âge du capitalisme» est intitulé «La marche en avant de l'Europe occidentale vers le capitalisme». Il analyse méthodiquement les voies et les formes sous et lesquelles se poursuit, du 15e au 18e siècle, la transition de l'Europe occidentale du féodalisme au capitalisme, sous l'impulsion de l'expansion commerciale et coloniale outre-mer dont a traité premier tome, «L'expansion européenne».
    S'arrêtant notamment sur le déploiement multiforme de la manufacture, les prodromes de l'industrie mécanique, la formation des premiers marchés proprement capitalistes, la mise en oeuvre des politiques mercantilistes, mais loin de s'en tenir aux seuls aspects économiques de ce processus pluriséculaire, il en scrute tout aussi bien les facettes sociales, politiques et culturelles.
    Il comprend donc des développements consacrés: à la transition d'une société d'ordres à une société de classes; à la formation d'un nouveau type d'État, dont la monarchie absolue est le principal mais non pas le seul avatar; à ces révolutions culturelles majeures qu'ont été la Réforme, la Renaissance et les Lumières; enfin à l'émergence d'un nouveau type d'individualité cultivant son autonomie, appelé à un bel avenir dans les âges ultérieurs du capitalisme.

  • Malcolm X

    Manning Marable

    Une biographie magistrale de Malcolm X écrite par un historien africain-américain de référence.

    Depuis sa mort, Malcolm X est devenu bien plus qu'un militant de la libération noire : son héritage et sa mémoire font l'objet de luttes acharnées.
    Prédicateur sectaire de la Nation of Islam, ou musulman orthodoxe converti à la tolérance, nationaliste noir ou révolutionnaire ouvert à toutes les alliances, ancien dealer, ex-prisonnier, partisan de l'autodéfense armée, dirigeant panafricain : dans les années, puis les décennies qui ont suivi sa mort, tout ou presque a été dit sur Malcolm X.
    Devenu une icône de la culture populaire africaine-américaine et plus largement de la culture populaire et révolutionnaire dans de nombreux pays, la vie et le parcours politique de Malcolm X restent paradoxalement très mal connus, principalement au travers de son autobiographie écrite dans des conditions très controversées.
    C'est ce vide que vient combler cette biographie de Malcolm X. Fruit d'années de recherches dans les archives du FBI, d'entretiens avec les innombrables personnages qui l'ont accompagné ou croisé, ce livre, écrit par un grand historien africain-américain, apporte un éclairage inédit sur les vies de Malcolm X, des rues de Harlem à sa mort brutale.

    Ouvrage récompensé aux USA par le prix Pulitzer en 2012 et unanimement salué comme une somme unique de la vie de Malcolm X..
    « Un portrait extraordinaire d'un homme et de son époque. Un chef-d'oeuvre. » -- San Francisco Chronicle « Dans cette biographie prodigieusement documentée [...] M. Marable fait astucieusement sauter les multiples couches de vernis plaqués sur la vie de son sujet - d'abord par Malcolm lui-même dans sa célèbre autobiographie, puis, après son assassinat, par ses partisans et ses opposants. » -- The New York Times

  • Le racisme et les discriminations sont un système. Véronique De ­Rudder nous en dévoile ici les mécanismes et passe au crible les relations ­inter-ethniques qui en découlent. Elle explore la place de l'immigration et de sa descendance dans la société française.
    Ses textes s'avèrent d'une étonnante actualité, alors même que les ­enfants d'immigrés, désormais adultes, sont porteurs de revendications d'égalité.
    Elle nous propose une analyse critique du ­républicanisme français dont l'universalisme, ­inscrit en lettres d'or dans les textes ­constitutionnels, coïncide en pratique avec un système de discriminations tolérées, voire, à l'occasion, codifiées.
    Les victimes du racisme sont massivement les ­immigrés originaires des anciennes colonies et leurs enfants, citoyens français de plein droit, et pourtant de seconde zone, renvoyés à leurs origines comme à une marque d'indignité.
    Se réclamant d'un universalisme en actes, l'auteure souligne la nécessité de changer les politiques qui malmènent les valeurs démocratiques.

  • Rues, boulevards, avenues et places, sans oublier collèges, lycées, statues et monuments parisiens, sont autant de témoins de l'histoire et de la légende du colonialisme français.
    Alors qu'aux États-Unis, poussées par les manifestant-es, les statues des généraux esclavagistes s'apprêtent à quitter les rues pour gagner les musées, ce guide invite à une flânerie bien particulière sur le bitume parisien.
    Sur les quelque 5 000 artères et places parisiennes, elles sont plus de 200 à « parler colonial ». Qui se cachent derrière ces noms, pour la plupart inconnus de nos contemporains ? C'est ce que révèle ce livre, attentif au fait que ces rues ont été baptisées ainsi pour faire la leçon au peuple de Paris et lui inculquer une certaine mémoire historique.
    On n'y retrouve pas uniquement les officiers ayant fait leurs classes « aux colonies ». Il y a aussi des « explorateurs » - souvent officiers de marine en « mission » -, des bâtisseurs, des ministres et des députés. On croise également des littérateurs, des savants, des industriels, des banquiers, des « aventuriers ».
    Laissons-nous guider, par exemple, dans le 12e arrondissement. Le regard se porte inévitablement sur le bâtiment de la Cité de l'histoire de l'immigration, l'ancien Musée des colonies construit en 1931 pour l'Exposition coloniale qui fut l'occasion d'honorer les agents du colonialisme et d'humilier ses victimes.
    Les alentours portent la marque de l'Empire colonial : rues et voies ont reçu le nom de ces « héros coloniaux » qui ont conquis à la pointe de l'épée des territoires immenses.
    Les alentours de l'École militaire sont également un lieu de mémoire très particulier, très « imprégné » de la culture coloniale.
    Dans le 16e, nous avons une avenue Bugeaud : Maréchal de France, gouverneur de l'Algérie, il pratique la terre brûlée et les « enfumades ». Il recommande d'incendier les villages, de détruire les récoltes et les troupeaux, « d'empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer ». Il faut, ordonne-t-il, « allez tous les ans leur brûler leurs récoltes », ou les « exterminer jusqu'au dernier ». S'ils se réfugient dans leurs cavernes, « fumez-les à outrance comme des renards ».
    Un peu partout, dispersées dans la capitale, on traverse des rues et des avenues dont les noms qui, tout en ayant l'apparence de la neutralité d'un guide touristique, sont autant de points de la cartographie coloniale : rues de Constantine, de Kabylie, de Tahiti, du Tonkin, du Dahomey, de Pondichéry, de la Guadeloupe... Toutes célèbrent des conquêtes et des rapines coloniales que rappellent la nomenclature des rues de Paris.
    Classés par arrondissement, les notices fournissent des éléments biographiques sur les personnages concernés, particulièrement sur leurs états de service dans les colonies. Des itinéraires de promenade sont proposés qui nous emmènent au travers des plaques bleues de nos rues en Guadeloupe et en Haïti, en Afrique, au Sahara, au Maroc, en Tunisie, en Algérie, en Nouvelle-Calédonie, en Indochine, à Tahiti, etc.
    Un livre qui se veut un outil pour un mouvement de décolonisation des cartographies des villes et qui propose un voyage (presque) immobile dans la mémoire coloniale de Paris.

  • Depuis 1998 et l'élection d'Hugo Chávez, plusieurs pays d'Amérique­ latine ont connu un «tournant à gauche». Cet élan a alors incarné un espoir de transformation sociale et de construction de diverses expériences aux accents anti-impérialistes: «révolution bolivarienne» au Venezuela, «révolution citoyenne» en Équateur, État plurinational en Bolivie, nouvelle politique avec Lula.
    L'époque était au changement, la «longue nuit néolibérale» semblait s'estomper, fruit d'une période de mobilisations populaires et de révoltes sociales. Les inégalités sociales et la pauvreté reculaient, Washington perdait du terrain, alors que la participation de celles et ceux d'«en bas» progressait.
    Plus de vingt ans après l'ouverture de ce cycle, la région est pourtant entrée de nouveau dans une zone de fortes turbulences et ­incertitudes, tandis que le bilan des gouvernements «progressistes», au-delà de leur diversité, est très largement contrasté. Capitalisme d'État et crise économique, colonisation des imaginaires de gauche par des logiques gestionnaires, modèles économiques basés sur le saccage des biens communs, leaderships charismatiques, dérives autoritaires, corruption et rupture avec les mouvements sociaux: les problèmes se sont accumulés.
    En parallèle, la réorganisation des droites sociales, politiques et religieuses, la montée des extrêmes droites, les défaites électorales, mais aussi les coups d'État parlementaires, sont désormais un fait majeur.
    Faire le bilan d'un cycle commencé dans l'espoir et qui s'achève dans la violence est fondamental pour comprendre l'Amérique ­latine ­actuelle.

  • « Il y a plus d'adultes africains-américains sous main de justice aujourd'hui - en prison, en mise à l'épreuve ou en liberté conditionnelle - qu'il n'y en avait réduits en esclavage en 1850. L'incarcération en masse des personnes de couleur est, pour une grande part, la raison pour laquelle un enfant noir qui naît aujourd'hui a moins de chances d'être élevé par ses deux parents qu'un enfant noir né à l'époque de l'esclavage. » Dans ce livre devenu un classique des luttes contre la prison et le système judiciaire aux États-Unis, ­Michelle Alexander revient dans des pages ­fulgurantes sur les mutations de la domination ­raciale et de l'enfermement. De l'esclavage aux innombrables prisons actuelles, en passant par la ségrégation de l'ère « Jim Crow », ce livre explore la façon dont en quelques décennies, avec la « guerre contre la drogue », les Noirs et les Latinos ont commencé à être enfermés en masse, jusqu'à dépasser aujourd'hui deux millions de prisonniers. Du quadrillage policier aux ­cellules, en passant par le profilage racial et une machine judiciaire implacable, l'auteure dévoile tous les ­mécanismes de cette nouvelle ségrégation qui a créé une nouvelle « sous-caste raciale », une « race des prisonniers ».

  • Textes et déclarations des Black Panthers. Des documents d'époque qui éclairent un des épisodes les plus marquants de la lutte de libération noire américaine et l'un des mouvements sociaux qui auront marqué le plus la conscience américaine et l'imaginaire des opprimés. Un an après l'assassinat de Malcolm X, deux militants noirs, Huey P. Newton et Bobby Seale fondent le Black Panther Party qui sera détruit par une sanglante répression conduite par le FBI, qui fit des centaines de morts et plus encore d'emprisonnés. Au-delà de l'image très connue, trop connue, des rangées de militants armés, vêtus de bérets et de cuirs noirs, ce livre nous plonge dans les multiples activités du parti et de ses membres, dans leur pratique quotidienne, au coeur des ghettos noirs, mais aussi en prise avec la révolution cubaine, la mobilisation contre la guerre du Vietnam et les luttes de libération dans le monde entier. Des petits-déjeuners gratuits pour les enfants des ghettos à l'autodéfense armée, en passant par la lutte dans et contre les tribunaux et les prisons, les écoles de la liberté ou encore les cliniques de soin communautaires, les textes, les déclarations et les entretiens rassemblés dans ce livre racontent à plusieurs voix une expérience inédite dont la force exemplaire peut encore nous faire réfléchir.

  • Un tabouret et mille femmes sont pris en photo.
    Eh oui, en français, le masculin l'emporte sur le féminin même lorsque des humaines côtoient des objets?!
    Cette logique tordue n'est pas intrinsèque à la langue française. Elle est le fruit d'une lutte menée aux 17e et 18e siècles contre le féminin - et contre les femmes - par les «autorités» linguistiques.
    En effet, dans le passé, on accordait une phrase selon le genre du mot le plus proche (accord de proximité). Ainsi, des hommes et des femmes pouvaient se montrer généreuses.
    Ce n'est plus le cas aujourd'hui puisque le masculin, en tout temps, doit l'emporter. Le masculin a été décrété générique comme dans l'expression «droits de l'homme», caractéristique attribuée à la construction d'une langue, alors qu'en réalité l'usage en a été délibérément masculinisé.
    Des mots comme autrice, professeuse, philosophesse et capitainesse ont été relégués aux oubliettes, car les femmes n'étaient pas aptes à exercer de telles fonctions, seuls les hommes le pouvaient, prétendait-on.
    On a donc décrété que ces mots devaient disparaître, effaçant ainsi de notre histoire les femmes qui osaient penser, créer et agir.
    Depuis, on ne cesse d'inventer de nouveaux mots féminins, comme auteure et professeure, pour décrire la réalité telle qu'elle est au grand dam des cerbères des académies de la langue qui résistent à la féminisation de toutes leurs forces en déclin.
    Comment écrire et parler de façon non sexiste? Michaël Lessard et Suzanne Zaccour proposent différentes façons de le faire, évaluant les avantages et les inconvénients de chacune d'elles.
    Leur livre n'impose pas de règles grammaticales. En fait, il est une invitation à apprendre, à désap­prendre, à critiquer, à discuter et à oser se lancer à la recherche de la langue des femmes.
    C'est en cela que c'est un véritable manuel proposant à ce titre des exercices, des entraînements et des corrections (voir les bonnes feuilles).
    Les lecteurs et les lectrices, les enseignant-es, celles et ceux qui rédigent textes et articles y trouveront matière à réfléchir à notre langue pour l'adapter aux évolutions sociales et à la nécessaire construction de l'égalité entre les femmes et les hommes, y compris dans les formes d'expression langagières.

  • Des Juifs s'expriment contre le racisme.
    Pas seulement contre l'antisémitisme. Contre toutes les formes du racisme!
    Les Juifs sont encore parfois victimes de crimes de haine, mais les principales victimes des discriminations et agressions racistes aujourd'hui ne sont plus les Juifs. Dans notre société, négrophobie et bavures policières ont partie liée tandis que l'islamophobie inventive des autorités ouvre la porte aux discriminations et légitime les agressions.
    Musulman·es, Noir·es, Asiatiques, réfugié·es, homosexuel·les... les formes du racisme changent, mais des procédés comparables d'exclusion sont à l'oeuvre.
    Il faut d'abord définir le racisme?: sa prétention à être «scientifique?» doit être anéantie?: le racisme est une construction politique et sociale. Pour le comprendre, deux questions doivent être posées?: «?Le racisme, à quoi ça a servi?» et «?À quoi sert le racisme aujourd'hui???»
    Les auteur·es partent de l'histoire des Juifs dans l'Europe de la Shoah comme dans les pays arabes colonisés. C'est pour mettre cette histoire douloureuse au service des solidarités antiracistes d'aujourd'hui. C'est le sens des actions évoquées ici, comme le Manifeste des enfants cachés dans lequel des victimes des lois raciales vichystes rappellent que sans la solidarité active de délinquants solidaires, ils ne seraient pas en vie.
    Il faut remonter plus loin dans l'histoire?: le racisme d'État a produit la traite négrière, l'esclavage codifié dans le Code noir. Le colonialisme est à l'origine d'un siècle et demi de discriminations légales, dont l'apartheid sud-africain.
    Les fondements du profond racisme qui imprègne la société française se trouvent incontestablement dans des institutions, des pratiques et des discours qui ont été élaborées dans le cadre de l'empire colonial français.
    Ce livre est une petite pierre à ajouter à la construction d'une nouvel antiracisme politique et décolonial, dans la solidarité avec les mouvements autonomes des racisé·es.

  • La géographie doit s'affranchir de son statut de discipline subalterne, fragmentée en expertises techniques (cartographie, aménagement du territoire, architecture...) directement au service des puissances politiques, étatiques et économiques.
    David Harvey développe ici une théorie de la production de l'espace au sein de laquelle la question spatiale est inséparable des enjeux et des luttes politiques, ainsi que de la reproduction des rapports de production capitalistes. On apprendra dans cet ouvrage comment les crises capitalistes s'incarnent physiquement dans les espaces qu'elles produisent.
    Sa pensée s'inscrit dans la continuité des problématiques inaugurées par Henri Lefebvre, dont elle constitue tout à la fois l'actualisation et la systématisation au travers de la formulation d'une théorie du développement géographique inégal à l'ère de la mondialisation néolibérale.
    /> On trouvera ici un cadre théorique à même de penser quelques-unes des questions posées par la mondialisation?: la dialectique du global et du local, l'intégration de la Chine aux mécanismes de la concurrence mondiale, l'écologie et les questions de justice environnementale, l'actualisation de l'analyse marxiste de la lutte de classe à échelle planétaire ou de l'impérialisme?
    Ce livre est aussi une histoire de la géographie comme discipline, un diagnostic historique des contradictions constitutives de celle-ci?: tout à la fois instrument du pouvoir et productrice d'une connaissance du réel, dont une géographie populaire doit se réapproprier à des fins d'émancipation sociale.

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