Tiers Livre Éditeur

  • Cinquante-deux proses brèves, lapidaires, qui vont définir pour plus d'un siècle l'ambition d'écrire la ville.
    Le vieux saltimbanque, le mauvais vitrier, "assomons les pauvres", la corde d'un pendu, un jouet pour des enfants qui n'en ont pas - ou tout simplement les nuages, ces "merveilleux nuages" sont désormais autant de repères légendaires pour l'imaginaire et la langue.
    Le projet de Baudelaire est désormais un fondement pour toute littérature :
    "Quel est celui de nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, rêvé le miracle d'une prose poëtique, musicale sans rhythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? C'est surtout de la fréquentation des villes énormes, c'est du croisement de leurs innombrables rapports que naît cet idéal obsédant."
    Cinquante-deux raisons d'embarquer à bord de votre téléphone, tablette, liseuse, ces textes qu'il fait si bon relire ou redécouvrir, leur modernité intacte, leur puissance de rêve.
    Présenté ici avec une introduction de François Bon.



  • Le texte légendaire et fondateur de Lovecraft.
    Déjà, dans ses nouvelles les plus sombres et fantastiques, s'affirme le pressentiment d'un ordre plus ancien que l'humanité, dont les figures restent endormies au fond des abysses.
    Alors cette fois il prend la légende à bras-le-corps. Des morts mystérieuses à Boston, un jeune universitaire qui se lance dans l'enquête, les achives d'un congrès d'arhéologie qui nous emmènent successivement au Groenland puis dans les sauvages forêts de Louisiane.
    Enfin de l'autre côté des mers, jusqu'à une île où culminera la terreur.
    Un récit fou, mais toujours comme étarqué par la rigueur du compte rendu qui en est fait. "L'appel de Cthulhu" ne prendra pourtant son élan qu'après la mort prématurée de Lovecraft (1890-1937), ne sera pas publié en livre de son vivant, mais engendrera une postérité inouïe autour de la figure de cet objet étrange, sculpté par un étudiant d'après son cauchemar, et qui représente ce dieu au culte terrible, Cthulhu.
    On est dans le coeur essentiel d'une oeuvre absolument majeure.
    FB

  • On sait que, 1908 à 1913, soit de ces dix-huit à ses vingt-trois ans, le jeune Lovecraft traversa une phase encore mal expliquée d'enfermement et claustration - sans laquelle probablement il n'y aurait jamais eu le grand inventeur de littérature que nous connaissaons.
    C'est exactement à ces mêmes dates qu'une étrange amnésie se saisit d'un très honorable professeur d'économie à l'université, qui certes ne s'était jamais intéressé au surnaturel ni au paranormal. Et quand il reprend conscience et possession de lui-même, il n'a de cesse de comprendre ce qui a pu ainsi lui arriver - sauf qu'il doit suivre deux pistes en même temps : celui qui agissait sous son nom, doté d'étranges propriétés, et l'être encore plus étrange qui était lui-même, mais captif d'un monde étonnant et terrible, dont l'horreur est insurmontable.
    Écrire de novembre 1934 à février 1935, alors qu'il reste à Lovecraft deux ans à vivre, d'abord une brève version de seize pages et puis le manuscrit que nous connaissons, c'est seulement en 1994 que nous disposerons du manuscrit original, et d'une édition non fautive, qui a servi de base à cette nouvelle traduction.
    Les temps inconnus de civilisations qui nous ont précédés, la coexistence et la possible communication mentale entre des espèces vivant à différents points et époques du cosmos, Lovecraft pratique ces thèmes depuis toujours (lire "Dagon" ou "Par-delà le mur du sommeil", ces deux textes dès 1919). Dans cette période où s'invente la science-fiction, le récit de Lovecraft devient livre-culte : jamais on n'a jonglé avec autant de fascination hallucinée avec les règles du temps.
    Mais si le coup de force, ici, était moins dans le thème que dans ce qui nous relie au monde du narrateur ? Jamais Lovecraft n'a affronté d'aussi près la possible continuité et porosité entre le monde dit normal et l'horreur toujours présente au fond de nous-mêmes.
    À quatre-vingts ans exactement de sa première rédaction et publication, toujours un livre du vertige.
    FB


  • Un Lovecraft grande période, un de ses romans les plus longs, et surtout dans une dimension tragique qui en ferait presque un roman réaliste. Presque.
    Un homme qui vit seul dans les montagnes isolées du Vermont, par temps de cataclysme et d'inondation charriant d'étranges cadavres. Empreintes découvertes au matin, bruits dans la nuit, tous les ingrédients de la peur sont là.
    Le narrateur lui vient de la ville, et c'est un feu d'artifice aussi pour mettre tous les moyens de communication moderne au service de la transgression fantastique, du surnaturel. Train, voiture, téléphone, télégramme, courrier postal. Les photographies qu'on fait, et qui sont volées, et même des enregistrements avec des outils radiophoniques, avant la révélation finale de ces cerveaux placés avec électrodes dans d'étranges bocaux, à partir de quelques révélations einsteiniennes et écho de la récente découverte de Pluton.
    Écrit du 24 février au 26 septembre 1930, période inhabituellement longue pour Lovecraft, basé sur la description d'inondations réelles, et d'un voyage de Lovecraft lui-même sur les lieux, un livre géant aussi par la majesté de ces paysages hostiles de l'Amérique originelle, intouchée et mystérieuse.
    Et si "The whisperer in the darkness", publié dans le fameux "Weird Tales" en août 1931, était aussi une magnifique et dérangeante porte d'entrée pour qui ne connaîtrait pas Lovecraft ou souhaiterait le redécouvrir?
    FB

  • Et si la planète, dans les zones que personne n'a explorées encore, préservait intacts des secrets d'avant l'âge humain?
    Et si l'évolution, l'art, les guerres mais aussi la décadence de ces races pré-humaines nous parlaient de notre propre cvilisation, ses peurs, ses dangers?
    Les années 20 sont un point culminant de l'exploration antarctique. On explore le continent inconnu en avion, et les expéditions communiquent par radio avec les journaux du monde civilisé. La photographie, la radio, les transports aériens sont des révolutions techniques à égalité de ce qu'on apprend sur l'univers, la dérive des continents, ou tout simplement le corps, ou le cerveau.
    C'est dans cette cette Amérique-là qu'à Providence, dans sa chambre du 10 Barnes Street, Lovecraft le solitaire va écrire ses plus grandes oeuvres.
    «Montagnes de la folie»: une première rédaction manuscrite de 80 pages, biffurée, raturée, surchargée, écrite du 24 février au 22 mars 1931, et qui va devenir, les deux mois suivants, un dactylogramme de 115 pages. Ce texte exceptionnel, qu'on ne peut lire sans frissonner, un des plus grands classiques de la littérature fantastique de tous les temps, et un des plus longs de Lovecraft, sera pourtant refusé par tous ses éditeurs, dont le principal, le magazine «Weird Tales», et ne sera publié que 5 ans plus tard, quelques mois avant sa mort (en 1937, à 46 ans), dans une version tronquée et charcutée.
    C'est depuis quelques années seulement qu'existe un texte fiable et complet des «Montagnes de la folie», en voici la première traduction française.
    En route pour le grand Sud de tous les mystères, tous les mirages, sa cité morte et ses montagnes interdites.
    FB

  • Qui aujourd'hui pour attribuer à Baudelaire l'expression devenue emblématique pour les hallucinations dues à la drogue, les "paradis artificiels"?
    Quand il publie son livre en 1860, le Baudelaire de 39 ans a besoin du scandale. Il le provoque. Mais pas besoin d'aller chercher loin : ces années de ses vingt ans, dans l'hôtel Pimodan, au coeur de l'île de la Cité, avec Gautier et les autres, il a dilapidé un petit tiers de son héritage à ses passions de dandy, et à leurs expériences du haschich et de l'opium. C'est ce qui vaudra à Baudelaire que son beau-père, le général Aupick, le fasse mettre sous tutelle, et que lorsqu'il mourra, à 46 ans, dans les conditions abjectes d'un hospice pour syphillitiques, la moitié de cet héritage n'aura pas été dépensée.
    Un livre légendaire, qui rouvre - bien avant que Sade et les autres aient droit de publication - l'espace maudit de la littérature. Michaux prolongera, avec "Connaissance par les gouffres" et "Misérable miracle", puis "L'infini turbulent" qui conviendraient si bien aussi à ce que décrit Baudelaire. Et l'ombre d'Edgar Poe est partout sous les lignes, puisque c'est avec lui qu'on a appris à ce que la littérature renverse et transgresse le réel.
    Deux parties: le retour sur les années haschich et opium de Pimodan, puis un voyage halluciné à la poursuite du grand Anglais qu'est De Quincey. Alors, entre le portrait agrandi, distordu, de De Quincey en "mangeur d'opium", et les visions qui s'écrivent, s'établit pour toujours la légende sulfureuse du romantisme en acte.
    À nous de faire en sorte que, ce qu'il y a ici de brûlant, nous le portions dans nos propres mains.
    Quant à lire, c'est d'un trait.
    FB

  • En 1931, alors qu'il s'engage pour les 6 années qui lui restent dans ses récits les plus sombres et les plus immenses, Lovecraft dit que "La couleur tombée du ciel" est l'histoire dont il est le plus fier.
    Vrai que, dans ce récit d'un seul bloc, il ne nous laisse pas vraiment respirer. Mais c'est autre chose : l'objectivité de ce narrateur, jeune ingénieur hydraulicien venu inspecter une vallée qu'un barrage va recouvrir. Puis, ailleurs, Lovecraft dit qu'un de ses plus grands souvenirs d'adolescence c'est cette nature sauvage, qui commençait juste après la colline de Providence, et qu'il explorait à bicyclette (d'où ce nez cassé, qui rend si étrange son profil). Et c'est cette nature-là, tout de suite indomptée, à quelques kilomètres de la ville (ici, la fictive et mystique Arkham) qui accueille le plus déroutant événement : la chute de ce météorite qui va se révéler une telle catastrophe.
    C'est aussi le côté scientifique qui vient mordre à même la mort ici décrite : expériences métallurgiques, et le grand mystère qu'est l'espace après Einstein. Et ce qui se joue du destin, quand c'est le hasard et l'arbitraire qui abattent sur vous le mal. Ou, corollaire : mais qu'est-ce donc de si mystérieux, qui a fait que les hommes ici ne se sont pas sauvés, sont restés comme tétanisés par le mal même?
    FB

  • Rolling Stones, une biographie, paru aux éditions Fayard en septembre 2002, repris peu après au Livre de Poche et constamment réédité depuis lors, est la première tentative d'une approche globale, en français, d'une histoire monumentale: les années 60 vues à travers l'histoire des Rolling Stones.
    Avant tout, la déplier, cette histoire. Qui ils sont, d'où ils viennent, la musique apprise comment. Les dettes, les trahisons, les hasards et les bagarres. L'Amérique, les maisons, la prison, les guitares...

    Comprendre comment les morts, l'excès, mais avant tout la musique, se sont rejoints dans l'aventure singulière d'une si petite poignée d'individus pour bousculer le monde tout entier.
    Plus de dix ans de rechecher, sur la base d'un corpus uniquement anglophone, le plus exhaustif possible - livres, films, photographies, interviews, et bien sûr l'oeuvre musicale elle-même, les prises de studio alternatives, les captations pirate de concerts, tout parle. Tout devait parler. .
    Alors que les Rolling Stones ont fêté leur cinquantenaire, une version complétée, révisée, affinée pour cette édition numérique d'un livre de près de 1000 pages.
    FB, août 2015.

  • Un drôle de moment : l'ami que j'accompagne à cet enterrement, c'est lui qui a découvert le corps. Un sac poubelle sur la figure, une bonbonne de camping-gaz dedans, et ça suffit pour tuer une vie de vingt ans.
    Nous sommes là dès la levée de corps, dans le tout petit village. Nous comprenons vite, et la mère nous prend à part pour nous l'enjoindre, qu'on n'a pas révélé ici que c'était un suicide. Or tout le monde sait que cet ami et moi, puisque nous venons de la ville et étions proches du mort, savons le vrai.
    Quand j'écris ce texte, la forme m'en vient tout de suite: superposition de trois couches, trois temps. D'abord le cortège, le parcours qui va à pied, derrière le break noir au ralenti, de la maison au cimetière, en passant par l'église. Mais aussi cette heure préalable dans la maison familiale, entre la cuisine et le salon aux volets fermés où repose le corps. Et puis le repas qui suit, à la fois parce que beaucoup sont venus de loin, mais qu'on touche là un très vieux rituel d'adieu.
    Une part autobiographique. Et lourde: moi j'apprenais à écrire, cet ami luthier, décédé lui aussi depuis lors, était un inventeur génial mais ignoré, et le suicidé un passionné de bois qui était passé par l'école de Mirecourt. Mais un soubassement de fiction: quand on s'explique avec ça, on s'explique avec soi-même. Alors c'est dans mon propre village d'origine, dans la Vendée devant la mer, que j'ai resitué la scène, prenant à mon propre environnement ce que j'avais là à chercher.
    Le livre est paru chez Minuit en 1991, m'a valu le prix de l'Humanité et le prix Poitou-Charente, il a été réédité deux fois en Folio, le voici en numérique.
    FB

  • Fin 2003, on apprend la liquidation en Lorraine des usines Daewoo. Le groupe coréen, ayant bénéficié de larges subventions publiques, déménage ses machines en Pologne ou Turquie, où la main d'oeuvre est moins chère. Pourtant, quel bruit on avait fait autour de ces usines modernes, fabricant des biens d'équipement ménagers (télévisions, fours à micro-ondes) pour compenser la fin des aciéries dans cette symbolique vallée de la Fensch.
    Reportages, interviews, manifestations, déclarations et actions, Daewoo devient le symbole des luttes en Lorraine, dans un contexte où les dérapages violents marquent l'actualité. Qui met le feu à l'usine de Longwy ?
    Charles Tordjman, metteur en scène, directeur du Centre national de Nancy, décide d'ouvrir sa scène à ces paroles qui disent le temps vide, le sommeil absent, la révolte ou la solidarité. Mais quand nous entrons au culot dans l'usine de Fameck, en plein déménagement: plus rien. Archives envolées, et l'agence chargée du reclassement partie avec la caisse, porte close et faillite bidon.
    Alors nous décidons d'enquêter quand même. Pour moi, un journal de bord, à mesure des incursions à Fameck, des rencontres. Mais aussi une enquête virtuelle, dans cette période où l'Internet est balbutiant, pour retrouver rapports et témoignages.
    Et, comme il s'agit de rassembler en brèves scènes ces quatre voix de femmes que nous souhaitons comme l'architecture d'un quatuor musical, la construction d'entretiens fictifs, de scènes imaginées : ce qu'on appelle "roman".
    Sauf que bien souvent, en particulier pour ce personnage qui se suicide, auquel vous donnez le nom d'une des "Filles du feu" de Nerval, découvrir que la réalité avait déjà anticipé cela au plus près.
    Daewoo, théâtre, recevra un Molière, et Daewoo, roman (publication originale Fayard 2004), le prix Wepler.
    FB


  • Bernard-Marie Koltès meurt en avril 1989, après 11 ans d'écriture très dense, qui bouleversera les formes et le statut du théâtre, y introduisant la ville, la nuit, la dérive des êtres, dans une langue à la fois chargée de tous les symboles d'une époque et ses marges, et d'un classicisme d'une beauté stupéfiante.
    Lettres, entretiens, biographie, textes de transition avant le premier accomplissement ("La nuit juste avant les forêts"), nous commençons seulement à mieux cerner cette oeuvre atypique et fulgurante.
    Faire du théâtre sur un événement qui ne dure pas plus que le croisement de regard avec un personnage accroupi dans la rue, dix ans plus tôt. Chercher à tout prix le "roman" sans avoir conscience que ces proses brèves d'une ou deux pages sont peut-être déjà cette irruption hors du théâtre.
    Et tout ce qu'il nous dit de l'écriture, de la vitesse, de la contrainte de s'en tenir à une réplique par jour...
    J'ai rencontré une seule fois Bernard, en octobre 1988, et nous avions longtemps parlé de Balzac. Depuis, ses livres n'ont plus quitté ma table.
    À un moment donné, il s'agit de comprendre pourquoi. Ce livre est d'abord paru en 2000, édition numérique révisée et actualisée.
    FB

  • En 1998, tout un hiver, chaque mardi 13h20, je franchis la porte du Centre de jeunes détenus de Gradignan, près de Bordeaux, pour y proposer un atelier d'écriture.
    Au tout début, je n'ai qu'un seul participant volontaire, Frédéric Hurlin. Victime de mauvais traitements, sans liens ni amis, quand il est libéré au mois de décembre il reçoit le soir même un coup de couteau fatal dans un squat près de la gare.
    Je ne sais pas encore que j'aurai à la même place, quelques semaines plus tard, l'auteur de ces coups de couteau.
    Tout l'hiver, à mesure des séances, c'est l'image de la ville qui s'inscrit, dite par ceux qui y sont à la frontière, ou les plus instables. Les routes, les parcours, les frontières, les mauvais rêves.
    Lorsque celui qui a remplacé Hurlin craque et écrit un jour, en atelier, cette phrase : lenvi de me donner la fin de ma vie, je sais que la tâche pour moi n'est plus ici, en tout cas je ne saurais pas l'assumer. Revenir à la table de travail, se saisir de ces mots et comprendre pourquoi ils ont fini par vous pousser vous-même à la limite.
    Un livre en résultera, "Prison", publié chez Verdier en 1998, suivi d'un procès qui ne sera pas facile non plus à vivre.
    C'est pour cela que le texte est suivi ici d'un certain nombre de pièces liées à cette première parution, rassemblées sous le titre "Écrire en prison", et inédites.
    FB

  • Au tout début, une commande d'Arte : un film de 20 minutes, associant un auteur, un réalisateur, et un acteur.
    J'ai triché : pour le film réalisé par Roman Goupil, et tourné de nuit dans un parking parisien, il y aurait deux acteurs : le gardien, en rôle muet, et cette femme qui l'apostrophe, d'abord depuis les écrans de surveillance, et puis directement.
    Et j'ai joué lourd : la part autobiographique, les rêves d'enfance, la perception de la ville. Le souhait surtout de retraverser ces vieilles et ancestrales formes de la tragédie rituelle.
    J'ai souvent lu ce texte en public. Une fois, un ami me demande: - Mais ça t'est venu comment ?
    Je me souviens que le lendemain je devais faire plusieurs heures de train, Montpellier-Bordeaux ou quelque chose comme ça. Alors j'ai cherché à savoir ce qui s'était passé dans l'invention de ce texte, et pousser la fouille au bout.
    Le livre est paru aux éditions de Minuit en 1996, et pour cette édition numérique j'ai gardé la structure en trois volets: le monologue Parking, ce texte sur «Parking comment et pourquoi», enfin l'adaptation pour trois acteurs, préparée pour Jean-Marc Bourg à Montpellier.

    FB

  • Depuis son origine, l'écrit n'a connu que 5 mutations majeures. Mais chaque fois totales, et irréversibles.
    De toute évidence, la mutation numérique de l'écrit, qui a rejoints de plein fouet le livre et l'écriture modernes, est la suivante de ces mutations.
    Mais sommes-nous si démunis devant ses conséquences, et son souffle chaotique?
    Par exemple, nous n'avions guère besoin jusqu'ici d'approfondir l'histoire du livre et de l'imprimerie - et ce qu'elle (ne) doit (pas) à Gutenberg.
    Au terme de plusieurs d'années d'interventions et conférences, j'ai voulu faire le point avec mes propres usages - non pas définir un "futur du livre", mais revenir sur une double histoire.
    La première, et qui pour nous est considérablement nouvelle, d'étudier aussi les précédentes transitions, ces étranges époques où les deux modes, l'ancien et le nouveau, coexistent et se construisent l'un par l'autre : quand nous utilisons une police Garamond, savons-nous ce qu'elle doit au premier calligraphe de François 1er?
    La deuxième : mais enfin, fini, les "nouvelles technologies" - voici 25 ans que nous disposons d'ordinateurs personnels au lieu de nos machines à écrire, et 15 ans que nous lisons le web. Or, de la fin du CD-Rom, de l'ADSL ou de l'écran multi-tâches, avons-nous su percevoir ce qui changeait le plus nos usages?
    Alors, plutôt que se demander ce qui se serait passé si Balzac ou Marcel Proust avaient pu disposer d'un ordinateur, apprendre à relire autrement notre héritage.
    La transmission, la mémoire sont à ce prix.
    Mais aussi et simplement, dans ce contexte où tout va si vite, où le texte est devenu profusion, pour le seul plaisir : le plaisir de lire.
    Cette suite de courts essais a d'abord été publiée aux éditions du Seuil en 2011, mais c'est bien sûr un chantier continu.
    Et si c'était en cela aussi un magnifique exemple des possibles du numérique, et de ce qu'il nous ouvre?

    FB





  • Dans le milieu des années 1990, la collection Page Blanche de Gallimard a revitalisé l'idée du roman dit jeunesse.
    Tout simplement peut-être parce qu'on ne cherchait pas à s'adresser à une tranche d'âge, ou à simplifier pour elle la vision du monde.
    Je crois plutôt, pour chaque écrivain invité à y écrire, qu'on cherchait à s'adresser à nous-mêmes, et s'approcher de ce qu'aurait été pour nous, à cet âge, le livre rêvé.
    Et pour moi, une seule piste: le goût du fantastique, de la légende, du mystère, était-il compatible avec la ville moderne?
    Pouvait-on se saisir d'un territoire avec immeuble, ascenseur, anonymat des cités, et retrouver les anciennes routes d'énigme?
    Quelques mois plus tôt, j'avais passé toute une année à Bobigny, au 14ème étage d'une tour de la cité Karl-Marx. Puis, juste avant d'écrire ce roman, j'avais accompagné une classe de 4ème d'un collège de cette même ville en atelier d'écriture.
    Mais on retrouvera au passage des silhouettes amies: si un personnage ressemble à Claude Ponti, et un autre à Jean Echenoz, il doit bien y avoir une raison...
    Ce livre, à sa parution en septembre 1995, à obtenu le prix Télérama au Salon du livre de jeunesse de Montreuil. C'est assez de plaisir pour en proposer aujourd'hui une version numérique.
    FB

  • Cela faisait dix ans que j'avais quitté l'univers des usines.
    Mon premier livre, "Sortie d'usine" (Minuit, 1982), transcrivait fictionnellement une expérience de presque 4 ans à Sciaky (Vitry-sur-Seine), entreprise pour laquelle j'avais mené plusieurs chantiers à l'étranger, sur des machines à souder par faisceau d'électrons.
    Mais, dans les images et les rêves qui restaient à hanter, se mêlaient bien plus large : les aciéries de Longwy en intérim dans les années étudiantes, la violence des bizutages aux Arts & Métiers (qui perdure, et qu'on ne dénoncera jamais assez), ou tel chantier de trois semaines dans une étrange et improbable usine au fond de la Sarthe, "Le tabac reconstitué". Ou ces 4 mois dans un centre nucléaire à Bombay en 1979 ("Les Indes noires").
    Alors commença pour moi une nouvelle sensation: l'impression que tout cela, à distance, pouvait se perdre si je ne l'écrivais pas, si je n'en tenais pas comme un journal rétrospectif.
    Accueilli cette année-là à Stuttgart par la fondation Bosch, je bénéficiai d'un accès à leur centre d'essai qui contribuait à faire jaillir ces images enterrées. Et notamment les plus anciennes, le grand-père devant son établi, dans le petit garage Citroën de Vendée.
    Ainsi est né "Temps machine". Rarement eu autant l'impression qu'un livre était ma propre trace, ma propre mémoire au-delà de ce que j'en peux tenir.
    Initialement publié chez Verdier en 1993, en voici une édition numérique révisée et augmentée.
    FB

  • C'est tout simple : avec un ami réalisateur, Fabrice Cazeneuve, nous sortions d'un rendez-vous à Arte. Nous leur avions proposé l'idée suivante : partir en petite équipe pendant plusieurs jours d'affilée sur les autoroutes du nord-est de la France, n'en jamais sortir, filmer tout ce qui nous arriverait, paysages, rencontres, événements.
    Et le refus avait été assorti de la réflexion suivante (notre interlocuteur de la chaîne de télévision) : - Mais qu'est-ce qui me dit que vous tomberiez sur des trucs intéressants ?
    Moi ça m'avait énervé. Fabrice Cazeneuve est quelqu'un de plus patient (ou de mieux habitué), il me dit : - Ce que tu devrais faire, c'est écrire tout ce qu'on pourrait rencontrer en partant comme ça sur la route...
    Alors, les jours suivants, avec mon Mac, une pile de cartes routières, une autre du magazine France Routes et autres journaux pour routiers (on n'avait pas encore Internet, mais je venais de lire le grand livre de Cortazár, "Les autonautes de la cosmoroute"), je me suis lancé dans un voyage fictif, ou virtuel comme on dirait maintenant.
    Cinq jours complets sur les autoroutes de France, par l'équipe de tournage d'un film qui n'existerait jamais.
    C'est comme ça qu'est né ce livre.
    FB

  • Est-ce que jamais Lovecraft est allé si loin dans l'horreur ?
    Déjà parce qu'il s'agit d'un récit tardif, d'un écrivain qui sait son outil, avec parfaite maîtrise d'une technique implacable : pas un élément qui ne soit nécessaire à la trame générale et la résolution finale. Pas un élément qu'on pourrait déplacer sans que tout s'écroule - le plaisir qu'on a aux textes qui font peur, c'est aussi le plaisir du travail bien fait, la fascination à comment ça marche.
    Et rarement celui qu'on présente habillé en redingote comme un ancien maître, soi-disant cloîtré à Providence, alors qu'à cette époque il passe au moins 3 ou 4 mois par an à explorer de haut en bas la côte Est par trains, bateaux et autocars, se s'est autant appliqué à faire surgir le fantastique de la peau la plus contemporaine du monde : électricité, voiture (magnifiques évocations et rôle des voyages de nuit en voiture), téléphone.
    Et puis cet arrière-fond maudit, les livres interdits, l'hôpital psychiatrique. Sur un thème qui pourtant obsède l'ensemble des grands inventeurs du récit d'horreur: s'accaparer l'idée d'un autre, entrer dans son corps, avec ici d'étranges commutations de genre et de pulsions entre le narrateur, son ami le malheureux Derby, l'épouse de ce dernier et le père de l'épouse. Et tout cela bien sûr dans un territoire, entre Arkham, Innsmouth et Portsmouth entièrement inventé par l'auteur pour les besoins de ses fictions.
    C'est en 7 chapitres, merci de ne rien prévoir durant l'heure nécessaire à la lecture.
    FB

  • On est en 1922. Lovecraft, revenu à Providence mais qui vient de passer trois mois à New York, et se préparant à rejoindre Sonia Greene pour la vie commune et leur mariage, quitte progressivement l'univers du journalisme amateur pour celui de la fiction. Devenir écrivain professionnel? Cela suppose de savoir aussi s'éloigner de la prose lyrique et poétique qu'il affectionne, aller vers l'efficacité (et il y trouvera ses marques, ô combien!), savoir aussi s'adapter aux revues et magazines qui l'accueillent.

    Home Brew est un tout récent mensuel, à vocation plutôt humoristique et au curieux slogan « Pour la soif des amoureux de la liberté personnelle », ce qui évoque plus l'érotisme discret que la philosophie. Le couple qui l'a fondé, les Houtain, viennent eux aussi du journalisme amateur. La demande faite à Lovecraft: une histoire en quatre séquences, qui sera publiée dans quatre numéros successifs, et soit plus près du roman de détective (le personnage principal sera un journaliste) que de la tradition fantastique ou surnaturelle. Autre précision, explicite : « You can't make them too morbid ». Lovecraft touchera 5 dollars les 2000 mots, soit un total de 22 dollars pour l'ensemble (l'histoire sera republiée dans "Weird Tales" en 1928).

    Et c'est ainsi que va naître "The lurking fear". Si c'est un texte à part dans l'oeuvre de Lovecraft, par sa construction, il a été pour lui une école magistrale. Quant à la peur...

    Écrite quelques mois plus tard, à peine un peu plus courte, "Les rats dans les murs" nous ramènent à une veine plus proche de la vieille passion de Lovecraft pour Edgar Poe. Le fantastique projeté dans les ruines sans origine de la vieille Europe, ses contes et légendes de terreur, ses rites traversant le temps. Il suffit d'un grattement sous le papier peint d'un mur, d'une hésitation dans une maison vide, et les abysses qui s'ouvrent sous la terre seront définitivement le pays de Lovecraft. Et ce sera, début 1924, son premier texte accepté par une toute nouvelle revue, qui s'appelle... "Weird Tales".

    Dans cette très faste période de création que sont les derniers mois de Lovecraft avant New York ("Herbert West le ressusciteur", "La musique d'Erich Zann"), cette marche vers le monde professionnel est aussi une des justifications de présenter ensemble ces deux perles de l'horreur.

    FB

  • Dans le village de Vendée, le mécanicien faisait tout : il avait vendu le premier tracteur, la première voiture, il s'occupait du monocylindre de la génératrice électrique quand l'électricité et l'eau courante sont arrivées vers les années 30, il faisait aussi chauffeur de la châtelaine, moniteur d'auto-école, ambulancier et disposait d'un papier spécial pour le transport des morts, qui lui rendrait bien service pour les évacuations clandestines de parachutistes pendant 39-45.
    Et comme on habitait, près de l'Aiguillon-sur-Mer, un marais plus bas que la surface de la mer, mon grand-père puis mon père réparaient aussi les pelleteuses sur la digue, et les Bolinder des pêcheurs qui progressivement laissaient la voile pour le moteur.
    Et c'est ainsi que toute une enfance se passe dans un garage, entre le Dodge et les Panhard ou les Dauphine, mais avec surtout l'évolution progressive, de 1965 jusqu'à ce qu'on s'en aille vivre sa propre vie, du panonceau Citroën.
    La vie de mon père s'est confondue avec celle de l'épopée automobile, la petite épopée : la façon dont elle a modelé le territoire jusqu'au bout des plus petites routes, celles qui menaient à notre village. Il avait aussi la photographie, sa caméra Super 8, et chaque vacances de Pâques nos équipées en 2CV pour voir les autres régions de France.
    Il partira brutalement, en décembre 2000, comme s'il n'avait pas voulu voir le nouveau siècle. Après le choc, c'est les rêves, les images, l'afflux en désordre de ce qu'on imaginait oublié. J'ai tout noté comme ça, à mesure que ça venait, tel que ça venait. Quelques semaines. Ensuite commence le deuil.
    Le livre paraîtrait le 11 septembre 2001. Le voici en numérique, avec un cahier de photographies inédites, les siennes.

    FB



  • Quel bonheur de suivre Ambrose Pierce, grand maître en prose fantastique, dans cet inventaire successif de maisons hantées, disparitions inexpliquées, soldats morts et en vie...
    Comment un auteur comme Ambrose Bierce a pu passer à ce point entre les mailles de la traduction en langue française, hors son Dictionnaire du diable et 2 ensembles traduits par Jacques Papy, le premier traducteur de Lovecraft (comme par hasard), bien difficiles à trouver maintenant.
    Pourtant, il ne s'agit pas seulement d'un des maîtres de ce fantastique américain sans lequel il n'y aurait rien eu de la science-fiction.
    Ce qui donne à Ambrose Bierce sa dimension, c'est sa phrase. Tendue, abstraite. Presque rien de paysage ni de matériel, psychologie encore moins. Mais comme un très sec compte rendu d'autopsie ou rapport policier - il construit délibérément ainsi les images fulgurantes et puissantes qui émergent l'une après l'autre de sa phrase.
    Est-ce dû à l'étrangeté de sa vie, jusqu'à sa disparition en 1914, à 71 ans, en expédition chez les rebelles du Mexique ? Mais la réticence française qui le qualifie d'écrivain "et" journaliste comme si c'était un crime, n'est-ce pas précisément cette force particulière de ces récits présentés comme des enquêtes réelles, et qui vous projettent dans le surnaturel sans qu'on puisse rien remettre en cause?
    Explication complémentaire : lui-même témoin impliqué de la guerre civile, l'ouest américain, ses hameaux et villes perdues, ses errants et ses solitaires, est le matériau même de sa fiction. Ce qui pouvait déranger ou effrayer les traducteurs d'il y a 50 ans, est-ce que ce n'est pas justement ce qui nous le rend si troublant et fascinant ?
    Les 18 récits de ses Histoires de fantômes (1899), chacun tenu dans l'espace serré de 5 ou 7 pages, nous les reconnaissons comme nôtres : apparition des mourants et revenants vengeurs, sinistres maisons dans le coeur ordinaire de la ville et autres terreurs populaires, ce sont presque les mêmes que les nôtres, ou que l'Ankou breton des "Légendes de la mort" d'Anatole Le Braz. Pas d'exotisme chez les fantômes, rien que la peur.

    Fantômes qui surgissent sur les routes de campagne ou en pleine ville, puis explorations de maisons hantées, ou épisodes singuliers et occultes de la guerre civile, enfin une incursion dans les disparitions non élucidées, chaque récit d'Ambrose Bierce est un monde à lui seul.

    FB

  • Lovecraft accède tout juste, dans son pays même, au statut d'un des principaux écrivains américains du XXe siècle.
    Ces dernières années, non seulement nous en avons appris beaucoup plus sur lui, sa vie, et le contexte de ses récits, son rapport à l'imaginaire scientifique ou géorgaphique, à la modernité des villes, mais les textes sont enfin accessibles dans des versions vérifiées et complétées.
    C'est seulement depuis la fin des années 80 que l'oeuvre apparaît sous ce nouveau jour.
    Cette entreprise progressive de retraduction de Lovecraft tente de ne pas contourner, simplifier. C'est une oeuvre noire, tranchante, qui tire sa force implacable de la rigueur de son système narratif, les écrits de Lovecraft sur l'écriture même en témoignent.
    Après 5 ans de ce travail, l'idée s'impose d'elle-même: une intégrale, qui sera progressivement complétée (il suffira de la mettre à jour auprès de votre librairie numérique), de l'ensemble de ces traductions.
    2 récits, romans & nouvelles - et leurs introductions : avec une première série des grands romans, un vaste parcours dans la diversité des récits brefs qui sont le laboratoire du solitaire de Providence.
    FB
    Contient : La maison maudite, Celui qui hante la nuit, Horreur à Red Hook, La couleur tombée du ciel, La chose sur le seuil, Chuchotements dans la nuit, La peur en embuscade, Les rats dans les murs, La musique d'Erich Zann, L'appel de Cthulhu, Montagnes de la folie, Dans l'abîme du temps, Dagon, La ville sans nom, L'étrange maison haute dans la brume, Lui, La rue, Dans le caveau, Le temple, Le chien, L'Innommable, Un air glacial, Par delà le mur du sommeil, L'étranger, Le livre.

  • 13 récits qui représentent les différentes facettes du laboratoire d'un écrivain essentiel, et probablement ses réussites les plus aiguisées, aussi bien pour l'horreur, le surnaturel, que dans sa fascination pour le poème en prose.
    Son entrée dans la fiction surnaturelle avec le légendaire "Dagon". Ou la farce morbide dans "Le caveau", et l'horreur la plus nue avec les déterreurs de cadavre dans "Le chien". Une étrange maison fantôme dans "L'innommable", mais aussi l'évolution urbaine de l'Amérique des années 20/30 dans "La rue" ou dans cette traversée de la mort chez les mal-logés de New York, dans "Un air glacial" ou la vision apocalytique du futur de la ville dans "Lui". Mais Lovecraft sait faire tenir aussi toute une hstoire dans un sous-marin de la Première Guerre mondiale dans l'étrange "Le Temple". Et bien sûr s'infiltrer dans tous les interstices du temps avec "Par-delà le mur du sommeil", en convoquant la psychiatrie, le rêve, la radio...
    Et bien sûr les livres maudits, les livres interdits de son ancienne bibliothèque familiale, ou le fameux "Necronomicon" qu'on retrouve dans les moments les plus critiques de ses grandes fictions. Ce qu'il doit à Poe, à Baudelaire, à Dunsany. Ici, avec "Le livre" ou "L'étranger" c'est encore le livre comme métaphore perpétuelle du chemin pour échapper à soi-même et au monde qu'on recroise.
    Contient: L'Étranger (the Outsider), Dagon, Le caveau, Le temple, Le chien, L'innommable, Un air glacial, Lui, La ville sans nom, La rue, Par delà le mur du sommeil, L'étrange maison haute dans la brume, Le livre.
    FB

  • Ici naît la langue française.
    Et quelle langue... Remplie de ce rire qui déborde les papes, les rois, ou le petit potentat qui est votre voisin. Remplie de musique, de merveilles, une langue qui s'écrit et se donne par la voix.
    Compliqué ? "L'ancien français est une langue étrangère qu'on sait d'avance", disait Valéry. C'est ici ce qu'on a voulu respecter, ce grand son, cette rythmique (ponctuation originale respectée).
    Et, avant chacun des quatre livres, une solide introduction qui aide à s'y lancer, redonne les repères, les enjeux.
    Parce que Rabelais ce n'est pas seulement la farce. C'est un monde en trouble, rempli de guerres. C'est un monde qui ne sait plus si le soleil tourne autour de la terre ou le contraire, qui ne sait plus si c'est l'Inde ou l'Amérique qu'il y a au bout de la route des navires, qui se doute que dans les mystères du corps, quand on approche la lentille optique, il y a bien d'autres énigmes.
    C'est pour cela que Rabelais à la fois nous enseigne et nous fascine. Avec cette première édition numérique globale, on peut se déplacer d'une occurrence à l'autre, on peut retrouver en un clic le fou du Petit Châtelet (celui qui mangeait son pain à la fumée du rôtisseur et prétendait ne pas la payer), ou la fabuleuse tempête, ou les mystérieuses "paroles gelées" ou tout simplement ces moutons qui n'ont jamais eu le temps d'être à Panurge.
    Un Rabelais cruel, un Rabelais voyageur, avec ce grand voyage vers le pôle qu'entreprennent les navigateurs du Quart Livre, un Rabelais satirique, qui dans le Tiers Livre se moque des philosophes autant que de la sorcière de village, du poète à l'agonie ou du médecin qui compte ses sous.
    On a toujours à relire Rabelais. Désormais, on peut l'emporter avec soi. Même le dictionnaire qu'il s'écrit à son propre usage, cette "Brève déclaration d'aulcunes dictions les plus obscures contenues on present livre", qui est un livre à elle seule.
    Par les temps qui courent, croyez-moi, ce n'est pas un luxe.

    FB

empty