Table Ronde

  • Juillet 1937. À Home Place, au coeur du Sussex, jardiniers, femmes de chambre et cuisinière sont sur le pont. La Duche orchestre le ballet des domestiques avant l'arrivée de ses trois fils, Hugh, Edward et Rupert Cazalet, en chemin depuis Londres avec épouses, enfants et gouvernantes. Où dormira Clary, adolescente mal dans sa peau en plein conflit avec sa belle-mère ? Quelle robe portera Villy, ancienne ballerine désormais mère au foyer ? Polly, terrorisée à l'idée qu'une guerre éclate, s'entendra-t-elle avec sa cousine Louise qui rêve de devenir actrice ? Rachel, la seule fille de la Duche, trouvera-t-elle un moment pour ouvrir la précieuse lettre de son amie Sid ?
    Non-dits, chamailleries, profonds chagrins... Aux préoccupations des adultes font écho les inquiétudes des enfants, et à la résilience des femmes, qu'elles soient épouses, fillettes ou domestiques, répond la toute-puissance - ou l'impuissance - des hommes. L'été regorge d'incertitudes mais, sans l'ombre d'un doute, une nouvelle guerre approche : entre pique-niques sur la plage et soirées auprès du gramophone, il faudra inventorier lits de camp et masques à gaz.

  • Winchester, 1932. Violet Speedwell, dactylo de trente-huit ans, fait partie de ces millions de femmes restées célibataires depuis que la guerre a décimé toute une génération de fiancés potentiels. « Femme excédentaire », voilà l'étiquette qu'elle ne se résigne pas à porter, à une époque où la vie des femmes est strictement régentée. En quittant une mère acariâtre, Violet espérait prendre son envol, mais son maigre salaire lui permet peu de plaisirs et son célibat lui attire plus de mépris que d'amis. Le jour où elle assiste à un curieux office à la cathédrale, elle est loin de se douter que c'est au sein d'un cercle de brodeuses en apparence austère - fondé par la véritable Louisa Pesel - qu'elle trouvera le soutien et la créativité qui lui manquent. En se liant d'amitié avec l'audacieuse Gilda, Violet découvre aussi que la cathédrale abrite un tout autre cercle, masculin cette fois, dont Arthur, sonneur de cloches, semble disposé à lui dévoiler les coulisses.
    À la radio, on annonce l'arrivée d'un certain Hitler à la tête de l'Allemagne.

  • Jim agite doucement la main en refermant la porte derrière sa femme Annie qu'il a envoyée faire des courses. Il enroule alors soigneusement son pardessus dans le sens de la longueur et le pose au pied de cette même porte. À son retour, c'est un miracle si Annie ne fait pas sauter la maison entière en craquant une allumette dans l'appartement rempli de gaz.
    Les chevilles enflées après une journée à faire l'aumône, soeur Saint-Sauveur prend la relève des pompiers auprès de la jeune femme enceinte et des voisins sinistrés de ce petit immeuble de Brooklyn. La nouvelle du suicide étant déjà parue dans le journal, elle échouera à faire enterrer Jim dans le cimetière catholique, mais c'est très vite toute la congrégation qui se mobilise : on trouve un emploi pour Annie à la blanchisserie du couvent où sa fille Sally grandit sous l'oeil bienveillant de soeur Illuminata, tandis que soeur Jeanne lui enseigne sa vision optimiste de la foi. Et quand cette enfant de couvent croira avoir la vocation, c'est l'austère soeur Lucy qui la mettra à l'épreuve en l'emmenant dans
    sa tournée au chevet des malades.
    "Si j'étais Dieu, avait coutume de dire soeur Saint-Sauveur, je ferais les choses autrement." À défaut de l'être, les Petites Soeurs soignantes des Pauvres Malades, chacune avec son histoire et ses secrets, sont l'âme d'un quartier qui est le véritable protagoniste du roman d'Alice McDermott.

  • Le 1er décembre 1969, Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac huppée de la côte Est, voient leur destin se jouer en direct à la télévision alors qu'ils assistent, comme des millions d'Américains, au tirage au sort qui déterminera l'ordre d'appel au service militaire de la guerre du Vietnam. Un an et demi plus tard, diplôme en poche, ils passent un dernier week-end ensemble à Martha's Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, le quatrième mousquetaire, l'amie dont ils sont tous les trois fous amoureux.
    Septembre 2015. Lincoln s'apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l'île. À bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le "beau gosse" devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d'angoisse, et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley. Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après leur week-end de 1971. Qu'est-il advenu d'elle ? Qui était-elle réellement ? Lequel d'entre eux avait sa préférence ? Les trois sexagénaires, sirotant des bloody-mary sur la terrasse où, à l'époque, ils buvaient de la bière en écoutant Creedence, rouvrent l'enquête qui n'avait pas abouti alors, faute d'éléments. Et ne peuvent s'empêcher de se demander si tout n'était pas joué d'avance.

  • Constellations ; éclats de vie Nouv.

    Comment raconter l'histoire d'une vie à travers un corps, qui connaît divers stades, la maladie, la force, la maternité ? Comment raconter cette histoire quand on est non seulement une femme, mais une femme en Irlande ? C'est précisément ce que fait Sinéad Gleeson dans Constellations. Toute la vie se trouve dans ces pages, de la naissance au premier amour, de la gestation à la maternité, en passant par la maladie terrifiante, la vieillesse et la mort elle-même.
    Un recueil vaste et varié qui se tourne aussi, d'un oeil tourmenté, vers l'extérieur, plongeant dans le travail, l'art et notre façon de percevoir le monde. À sa manière, d'une voix vive et généreuse, Sinéad Gleeson nous emmène en voyage, un voyage à la fois très personnel et à la résonance universelle. De la joie et de la douleur féroces d'être en vie.

  • Canción

    Eduardo Halfon

    Par un matin glacial de janvier 1967, en pleine guerre civile du Guatemala, un commerçant juif et libanais est enlevé dans une ruelle de la capitale. Pourquoi ? Comment ? Par qui ? Un narrateur du nom d'Eduardo Halfon devra voyager au Japon, retourner à son enfance dans le Guatemala des années 1970 ainsi qu'au souvenir d'une mystérieuse rencontre dans un bar miteux - situé au coin d'un bâtiment circulaire - pour élucider les énigmes entourant la vie et l'enlèvement de cet homme, qui était aussi son grand-père.
    Eduardo Halfon, dans ce nouveau livre, continue d'explorer les rouages de l'identité. En suivant à la trace son grand-père libanais, il entre avec lui dans l'histoire récente, brutale et complexe, de son pays natal, une histoire dans laquelle il s'avère toujours plus difficile de distinguer les victimes des bourreaux.

  • C'est un fait : Hemingway était un homme à femmes. Seulement l'auteur du Vieil homme et la mer ne se contentait pas d'enchaîner les histoires d'amour. Il a voulu épouser ses maîtresses. L'une après l'autre, à l'issue d'un scénario qui ne variait que de quelques lignes, il en a fait des Mrs. Hemingway : la passion initiale, les fêtes, l'orgueil de hisser son couple sur le devant d'une scène - la Côte d'Azur, le Paris bohème, la Floride assoiffée, Cuba, l'Espagne bombardée... - puis l'alcool, les démons, les noires pensées dont chacune de ses femmes espérait le sauver. Naomi Wood se penche sur la figure d'un colosse aux pieds d'argile, et redonne la voix à celles qui ont sacrifié un peu d'elles-mêmes pour en ériger le mythe. "Derrière la légende hyper-masculine se trouvait un homme dont quatre femmes, sur quatre décennies, étaient tombées follement amoureuses. Toute sa vie, il a entretenu avec elles des relations qui donnent à voir une part de sa personnalité laissée de côté par les biographies classiques de l'écrivain. Mrs. Hemingway tente de raconter l'histoire de ces quatre femmes, qui se sont toutes retrouvées à la fois dans le rayonnement et dans l'ombre du grand homme." Naomi Wood.

  • En 1838, dans l'Ohio, les fièvres ne font pas de cadeau. À chaque début d'hiver, James Goodenough creuse de petites tombes en prévision des mauvais jours. Et à chaque fin d'hiver, une nouvelle croix vient orner le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes originaires du Connecticut. Mais la fièvre n'est pas le seul fléau qui menace les Goodenough : l'alcool a fait sombrer Sadie, la mère, qui parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent ; les caprices du temps condamnent régulièrement les récoltes de James, et les rumeurs dont bruisse le village de Black Swamp pointent du doigt cette famille d'étrangers. Heureusement, la visite de John Chapman, figure majeure de l'introduction des pommiers dans l'Ohio, la saveur d'une pomme mûre à point et la solidarité qui peut unir deux enfants partageant le même sort éclairent parfois l'existence de Martha et Robert Goodenough. Des années et un drame plus tard, frère et soeur sont séparés. Robert a quitté l'Ohio pour tenter sa chance dans l'Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis il renouera avec l'amour des arbres que son père lui a donné en héritage. Au fin fond de la Californie, auprès d'un exportateur anglais fantasque, Robert participe à une activité commerciale qui prendra bientôt son essor : il prélève des pousses de séquoias géants pour les envoyer aux amateurs du Vieux Monde. Auprès de Molly, cuisinière le jour, fille de joie la nuit, il réapprend le langage de la tendresse. De son côté, pendant toutes ces années, Martha n'a eu qu'un rêve : quitter sa prison mentale de Black Swamp et traverser les États-Unis à la recherche de son frère. Avec la précision et le sens du romanesque qui ont fait sa marque de fabrique,Tracy Chevalier plonge les mains dans l'histoire des pionniers et dans celle, méconnue, des arbres : de la culture des pommiers au commerce des arbres millénaires de la Californie. Mêlant personnages historiques et fictionnels, À l'orée du verger rend hommage à ces hommes et ces femmes qui ont construit les États-Unis.

  • En rentrant chez lui un vendredi après-midi de tempête de neige, après une journée à l'université privée de Chosen où il enseigne l'histoire de l'art, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre - depuis combien de temps ?

    Huit mois plus tôt, il avait fait emménager sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie (mais récemment repérée par de riches New-yorkais à la recherche d'un havre bucolique) où ils avaient pu acheter pour une bouchée de pain la ferme des Hale, une ancienne exploitation laitière.
    George est le premier suspect, la question de sa culpabilité résonnant dans une histoire pleine de secrets personnels et professionnels. Mais Dans les angles morts est aussi l'histoire des trois frères Hale, qui se retrouvent mêlés à ce mystère, en premier lieu parce que les Clare occupent la maison de leur enfance, celle qu'ils ont dû quitter après le suicide de leurs parents.
    Le voile impitoyable de la mort est omniprésent ; un crime en cache d'autres, et vingt années s'écoulent avant qu'une justice implacable soit rendue.

    Portrait riche et complexe d'un psychopathe, d'un mariage aussi, ce roman étudie dans le détail les diverses cicatrices qui entachent des familles très différentes, et jusqu'à une communauté tout entière.

  • Quand Honor Bright se décide à franchir l'Atlantique pour accompagner, au coeur de l'Ohio, sa soeur promise à un Anglais fraîchement émigré, elle pense pouvoir recréer auprès d'une nouvelle communauté le calme de son existence de jeune quaker : broderie, prière, silence. Mais l'Amérique de 1850 est aussi périlleuse qu'enchanteresse ; rien dans cette terre ne résonne pour elle d'un écho familier. Sa soeur emportée par la fièvre jaune à peine le pied posé sur le sol américain, Honor se retrouve seule sur les routes accidentées du Nouveau Monde. Très vite, elle fait la connaissance de personnages hauts en couleur. Parmi eux, Donovan, 'chasseur d'esclaves', homme brutal et sans scrupules qui, pourtant, ébranle les plus profonds de ses sentiments. Mais Honor se méfie des voies divergentes. En épousant un jeune fermier quaker, elle croit avoir fait un choix raisonnable. Jusqu'au jour où elle découvre l'existence d'un 'chemin de fer clandestin', réseau de routes secrètes tracées par les esclaves pour rejoindre les terres libres du Canada.

    Portrait intime de l'éclosion d'une jeune femme, témoignage précieux sur les habitudes de deux communautés méconnues - les quakers et les esclaves en fuite -, La Dernière Fugitive confirme la maîtrise romanesque de l'auteur du best-seller La Jeune Fille à la perle.

  • Hiver 1870, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des articles de journaux devant un public avide des nouvelles du monde : les Irlandais migrent à New York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatepetl, près de Mexico, est entré en éruption. Un soir, après une de ses lectures à Wichita Falls, on propose au Capitaine de ramener dans sa famille,
    près de San Antonio, la jeune Johanna Leonberger. Quatre ans plus tôt, la fillette a assisté au massacre de ses parents et de sa soeur par les Kiowas qui l'ont épargnée, elle, et élevée comme une des leurs. Le vieil homme, veuf, qui vivait jadis de son métier d'imprimeur, profite de sa liberté pour sillonner les routes, mais l'argent se fait rare. Il accepte cette mission, en échange d'une pièce d'or, sachant qu'il devra se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l'armée fédérale. Sachant aussi qu'il devra apprivoiser cette enfant devenue sauvage qui guette la première occasion de s'échapper. Pourtant, au fil des kilomètres, ces deux survivants solitaires tisseront un lien qui fera leur force.
    Dans ce splendide roman aux allures de western, Paulette Jiles aborde avec pudeur des sujets aussi universels que les origines, le devoir, l'honneur et la confiance.

  • Dans Deuils, le narrateur éponyme d'Eduardo Halfon voyage au Guatemala à la recherche de secrets qui le hantent. Il tente de démêler le vrai du faux parmi les histoires contradictoires et interdites de la famille de son père, des Juifs libanais partis de Beyrouth en 1919. Et plus particulèrement l'histoire de son oncle Salomón qui s'était noyé, enfant, dans le lac Amatitlán. De quoi Salomón est-il vraiment mort ?
    Plus il avance, plus le narrateur comprend que la vérité réside dans son propre passé enfoui, dans la brutalité du Guatemala des années 1970 et son exil en Floride. Un roman profond et émouvant, qui appuie la réputation de son auteur, un de ces écrivains qui savent dire beaucoup en peu de mots.

  • Au début du XXe siècle, dans une petite ville anglaise bourgeoise et puritaine du bord de mer, Eustache et Hilda s'abandonnent aux plaisirs des jeux de plage. Eustache, délicat et sensible, est totalement dominé par sa soeur aînée Hilda, maternelle et passionnée. Un jour, Hilda pousse Eustache à aborder l'étrange Miss Fothergill, vieille et défigurée, qui se promène le long de la falaise. Eustache, qui vit dans une sorte de cocon où rien de ce qui est laid n'a sa place, est terrifié à l'idée de cette rencontre. Pourtant, il y sera contraint, et sa vie ainsi que celle de sa famille en seront bouleversées.
    Ce volume, complété de La Lettre d'Hilda, met en scène les principaux protagonistes d'une trilogie romanesque qui conduit Eustache et Hilda de l'enfance à la maturité. La sensibilité et la finesse si caractéristiques de l'oeuvre de L.P. Hartley sont ici amenées à leur point culminant.

  • Trajectoire

    Richard Russo

    À la veille de Thanksgiving, Janet s'impose d'affronter un étudiant qui lui a rendu un devoir plagié.
    Nate se demande bien pourquoi son frère Julian lui a proposé de l'accompagner en voyage organisé à Venise.
    Ray, agent immobilier, doit trouver le moyen de vendre à un couple de Texans la maison de Nicki.
    Et Ryan, lui, a beau se méfier des producteurs de cinéma, il traverse les États-Unis pour se voir offrir un marché de dupes.

    Quatre histoires puissantes et surprenantes, dont les héros, confrontés à des obstacles à première vue insignifiants, s'empêtrent dans des crises existentielles. Avec son sens du détail, Richard Russo a le chic non seulement pour déceler le comique de toutes ces situations, mais aussi pour faire s'entrechoquer présent et passé, et examiner les regrets qui entravent la trajectoire de ses personnages.

  • Quand Douglas Raymer était collégien, son professeur d'anglais écrivait en marge de ses rédactions : "Qui es-tu, Douglas ?" Trente ans plus tard, Raymer n'a pas bougé de North Bath, et ne sait toujours pas répondre à la question. Dégarni, enclin à l'embonpoint, il est veuf d'une femme qui s'apprêtait à le quitter. Pour qui ? Voilà une autre question qui torture ce policier à l'uniforme mal taillé. De l'autre côté de la ville, Sully, vieux loup de mer septuagénaire, passe sa retraite sur un tabouret de bar, à boire, fumer et tenter d'encaisser le diagnostic des cardiologues : "Deux années, grand maximum." Raymer et Sully sont les deux piliers branlants d'une ville bâtie de travers. Quand un mur de l'usine s'écroule, tous ses habitants - du fossoyeur bègue au promoteur immobilier véreux, en passant par la femme du maire et sa case en moins - sont pris dans la tempête. De courses-poursuites en confessions, de bagarres en révélations, Raymer, Sully et les autres vont apprendre à affronter les grandes misères de leurs petites existences.
    C'est avec un plaisir communicatif que Richard Russo retrouve ici les personnages d'Un homme presque parfait, et nous livre une symphonie humaine féroce et déjantée.

  • The girls

    Emma Cline

    Le Nord de la Californie, à l'époque tourmentée de la fin des années 1960. Evie Boyd a quatorze ans, elle vit seule avec sa mère, que son père vient de quitter. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Mais les deux amies se disputent dès le début de l'été qui précède le départ en pension d'Evie. Un après-midi, elle aperçoit dans le parc où elle est venue traîner, un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Très vite, Evie tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d'une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais aux yeux d'Evie, il est exotique, excitant, électrique, et elle veut à tout prix s'y faire accepter. Tandis qu'elle passe de moins en moins de temps chez sa mère, et tandis que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche à grands pas d'une violence impensable, et de ce moment dans la vie d'une adolescente où tout peut basculer.

    Dense et rythmé, le remarquable premier roman d'Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, comme jamais remise de son expérience sectaire ni de son enfance ballotée, il est un portrait indélébile des filles comme des femmes qu'elles deviennent. Il est aussi le tableau très documenté d'un monde parallèle et inquiétant. Celui d'une secte qui n'est pas sans rappeler la tristement célèbre Famille de Charles Manson, dont la légende noire flotte au-dessus de Hollywood depuis près d'un demi-siècle.

  • Midwinter

    Fiona Melrose

    Landyn Midwinter et Vale, son fils, agriculteurs dans le Suffolk, sont des hommes du terroir. Les temps sont durs, et face à la concurrence des grandes entreprises ils doivent lutter pour garder leur propriété, leur gagne-pain et leur héritage. Mais un combat plus profond et plus brutal est à l'oeuvre en arrière-plan : un face-à-face à propos de l'horrible mort de Cecelia, épouse et mère adorée, dix années auparavant
    en Zambie ; un passé que tous deux ont refusé d'affronter jusque-là.
    Lors d'un hiver particulièrement éprouvant, Landyn et Vale se débattent avec leurs souvenirs et leur douleur, remuant ce qui reste de leur fragile unité familiale sans cesse menacée d'éclatement. Tandis que Vale prend des décisions de plus en plus désespérées, Landyn se réfugie auprès de sa terre et de ses bêtes.
    Dans une langue à la fois sensible, orale et elliptique, les récits de Landyn et de Vale alternent pour raconter à la fois le Suffolk et la Zambie. Un va-et-vient temporel et géographique remarquablement construit.
    Midwinter est un roman naturaliste et poétique qui traite de la culpabilité et des occasions perdues, de la relation entre ces deux hommes aussi fragiles que leur quotidien est rude. Un premier roman polyphonique, sombre et magistral.

  • Brooklyn, annes 30, quartier irlandais. Marie vit avec ses parents, immigrs avant sa naissance, et son grand frre Gabe dans un minuscule appartement bien astiqu. Son pre boit trop mais il aime sa fille tendrement. Sa mre a la rudesse des femmes qui tiennent le foyer. Tandis que Gabe se destine ds le plus jeune ge la prtrise, Marie trane sur les trottoirs de New York avec ses copines, colportant les cancans du bloc d'immeubles, assistant aux bonheurs et aux tragdies d'une quartier populaire. Viendront le temps des premiers mois, puis du premier emploi, chez le croque-mort du quartier, le dbonnaire M. Fagin. Un jour, elle rencontre Tommie, GI dtruit par la guerre qui vient de s'achever, employ d'une brasserie de bire et ancien paroissien de Gabe. Tommie est ce qu'on appelle 'un gars bien'. Ensemble, ils vont lever quatre enfants qui connatront l'ascension sociale amricaine. Poignant et caustique, le rcit de la trs ordinaire vie de Marie - un parcours de femme, des tracas et des joies d'pouse, de mre, de fille, de soeur, d'amie - devient un tmoignage historique vocateur de la communaut irlandaise du New York des annes 30, du traumatisme de la guerre, des mutations sociologiques de l'poque contemporaine.

  • Le 6 décembre 2013, Johannesburg se réveille à l'annonce de la mort de Nelson Mandela. Ce jour-là, Gin, de retour dans sa ville natale pour les quatre-vingts ans de sa mère, prépare la fête qui aura lieu le soir même. Mercy, l'employée de maison, l'aide à tout organiser, mais guette ce qui se passe dehors : quelques rues plus loin, la foule commence à se masser autour de la Résidence pour rendre hommage à Madiba. Peter, ami de jeunesse de Gin devenu juriste pour une société minière, passe devant les camions de télévision et les journalistes pendant son jogging matinal. Sur son îlot au milieu de la circulation, September, blessé par la police lors d'une grève, fait la manche avant d'aller manifester, seul, devant le siège de la mine qui l'employait. Sa soeur, Dudu, aide ménagère chez les voisins de Gin, lui apportera de quoi manger dans le bout de jardin où il a élu domicile. Johannesburg bruisse de vie et de mort en ce jour de forte chaleur et de tension historique, et Gin, qui s'est installée à New York pour fuir l'Afrique du Sud et ses démons, n'a d'autre choix que d'y replonger, tête la première.
    Le deuxième roman de Fiona Melrose est un chant d'amour à sa ville ainsi qu'un subtil hommage à Mrs Dalloway de Virginia Woolf.

  • Épuisé par quinze heures de vol, en manque de sommeil et de nicotine, Eduardo attend ses bagages aux côtés de son frère, à l'aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Les deux hommes sont venus du Guatemala assister au mariage de leur soeur cadette avec un Juif orthodoxe originaire de Brooklyn, et la perspective ne les réjouit ni l'un ni l'autre. Car si certains se rendent en Israël pour se rapprocher de la Terre promise, Eduardo n'a fait le voyage que par devoir familial. La visite de Jérusalem, et en particulier du centre hassidique que fréquentent sa soeur et son futur époux, provoque en lui un malaise croissant. Les jours passent, sous une torpeur étouffante, jusqu'à ce matin où la sensuelle et impulsive Tamara, une Israélienne rencontrée dans un bar d'Antigua Guatemala des années plus tôt, le contraint, le temps d'une excursion au bord de la mer Morte, à affronter les fantômes de son histoire familiale, ces légendes que transportent avec eux les survivants.

  • Belfast, 1969 : tension dans les rues, trouble dans les âmes. De loin, Katherine a tout d'une femme comblée. Trois petites filles, un bébé adorable, un mari valeureux, George, ingénieur et pompier volontaire. Seulement, Katherine a un passé... En 1949, chanteuse lyrique amateur, passionnée par son rôle de Carmen, elle fait la connaissance de Tom, jeune tailleur chargé de lui confectionner son costume de scène. Le coup de foudre est immédiat, mais elle est déjà fiancée à George et la double vie a un prix. Vingt ans après le drame qui a décidé de son destin, Katherine ne parvient plus à garder ses émotions sous cloche. Au moment où sa ville se déchire, où certains de ses voisins protestants la regardent d'un mauvais oeil, où ses filles grandissent et se mettent à poser des questions, elle sent son corps la lâcher. Fatigue, douleur lancinante dans le dos, le verdict est implacable. Talonnée par le temps, Katherine doit affronter les zones d'ombre de son passé. Exploration de la mémoire, de l'enfance, de l'amour illicite et de la perte, Phalène fantôme dépeint des morceaux de vie ordinaire qui ouvrent sur de riches paysages intérieurs.

  • Messine est la ville natale d'Ida. Elle y revient aider sa mère à faire du tri dans l'appartement où elle a vécu toute son enfance et où commencent des travaux sur le toit-terrasse. Elle a trente-six ans, une vie à Rome, un mari, mais le passé a choisi ce moment pour resurgir : vingt-trois ans après la disparition de son père, vingt-trois ans après ce matin où un homme rongé par la dépression a quitté le domicile familial sans rien laisser derrière lui, vingt-trois ans après que son corps s'est évaporé dans la nature, que son nom est devenu tabou, que son souvenir s'est mis à hanter les murs sous forme de taches d'humidité. Seule face aux fantômes de la maison, Ida devra trouver le moyen de rompre le sortilège pour qu'enfin son père puisse quitter la scène.
    Entre les souvenirs de jeunesse d'Ida et son récit d'adulte se tisse un roman d'une grande sensibilité, sombre et introspectif. Nadia Terranova, par la finesse de son observation des liens familiaux dans une maison frappée par le drame, fait apparaître le bonheur des choses simples.

  • Rien ne semble troubler la paix de Hardborough, aimable bourgade de l'East Anglia. Mais Florence Green, une jeune veuve, a décidé d'y ouvrir une librairie, ce qui déplaît aux notables de la ville. Florence voulait créer innocemment un lieu de sociabilité inédit ; elle découvre l'enfer feutré des médisances. Puis l'ostracisme féroce d'une partie de la population. Surtout lorsqu'elle s'avise de mettre en vente Lolita, le sulfureux roman de Nabokov. Alors, la guerre est déclarée, les clans s'affrontent, les personnages révèlent leur acrimonie. Florence sera très seule pour affronter le conformisme ambiant.

  • Un an après la mort de don Quichotte, c'est avec quelques inquiétudes que les plus fidèles compagnons du chevalier - son écuyer Sancho Panza, sa nièce Antonia, le bachelier Samson Carrasco et la gouvernante Quiteria - se mettent en route pour Séville. Samson s'est brouillé avec son père. Antonia fera le voyage enceinte. Quiteria partage de mauvaise grâce la compagnie de Sancho, qui laisse derrière lui sa femme Thérèse et leurs deux enfants. Les malveillances du notaire, M. De Mal, les vilenies des anti-quichottistes et les nombreux préparatifs pour se rendre aux Indes ne sont qu'une infime partie des pièges à déjouer avant la traversée à bord de La Favorita, qui leur réserve encore bien des surprises. C'est un miracle s'ils survivent à la tempête, aux pirates, aux voleurs et aux profiteurs avant de débarquer à Arequipa, où se poursuivent leurs aventures.
    En 2004, Andrés Trapiello s'attelait à une tâche des plus quichottesques : écrire la suite de Don Quichotte de la Manche. Dix ans après, il récidive. Dans Suite et fin des aventures de Sancho Panza, les personnages de Cervantès continuent de côtoyer les siens, toujours à l'ombre du défunt chevalier qui leur sert de lanterne dans la tourmente.

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